Je suis vraiment désolée de vous avoir ainsi fait patienter... Ma très chère Taranis K, qui s'occupe de la bêta-lecture, a été très submergée par de nombreuses choses au cours de ces derniers mois. Et je ne voulais pas vous poster la suite sans avoir eu son avis sur les derniers chapitres, je voulais que vous receviez le meilleur !

Ne vous inquiétez pas, à partir de maintenant je posterais un chapitre chaque mercredi vers 16h. La fiction est terminée, et je dois seulement finir de corriger les chapitres restants.

J'espère que l'attente aura tout de même valu le coup et que vous apprécierez le dénouement de cette horrifique histoire !

La bise sur vos truffes.


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— Comment tu te sens ?

— Sonné.

— C'est… rassurant.

— Et mon pied droit me brûle.

— … C'est moins rassurant pour le coup.

Tu te penches sur le pied blessé de ton comparse à la chevelure rousse. Ta bouche se déforme en une grimace, qu'il ne manque pas de remarquer. Un sourire nerveux éclaire alors son visage, tandis qu'il s'assoit sur la passerelle.

— C'est mal parti, c'est ça ?

Oui, c'est mauvais. Tu ne sais même pas s'il sera en état de marcher. Sa cheville est couverte de marques violacées, et le gémissement qui échappe à Kaku lorsque tu l'effleures ne fait que confirmer tes doutes.

Il ne pourra pas marcher.

— Disons que tu es…

— Condamné à mourir ? Oui. J'avais cru comprendre.

Le rouquin prend la nouvelle avec détachement, sans peur ni rancœur. Il accepte la situation si facilement, et ne craint pas les conséquences d'une telle blessure. Tu crois comprendre son sentiment, et devines qu'avec une arme à portée il aurait mis fin à ses jours sans sourciller. Dans votre monde, il vaut mieux se tirer une balle en pleine tête plutôt que d'attendre vainement des secours. Les monstres sont voraces, quant aux humains… Tu ravales ta salive et forces ton esprit à ne pas t'égarer dans de telles considérations. Après tout, aucun de vous ne possède le moindre pistolet et tu ne comptes pas l'abandonner ici.

Il t'a sauvé, tu espères bien lui rendre la pareille.

Tu te redresses puis te penches par-dessus la passerelle. Charlos n'est toujours pas revenu, et sa respiration nauséabonde ne te parvient pas. Tu pries pour que cela dure, tu ne tiens pas à rencontrer ce monstrueux personnage de nouveau.

— Je vais te porter.

Kaku te jette un regard surpris, puis catastrophé.

— Tu plaisantes ?

Il s'attendait sans doute à ce que tu déguerpisses, à ce que tu renonces à sa survie.

Dans d'autres circonstances, tu n'aurais pas hésité. Tu aurais vu sa mort comme un sacrifice nécessaire et tu aurais disparu dans l'obscurité sans lui accorder le moindre regard. Cette fois, tu refuses de fuir lâchant en laissant un homme derrière toi.

Tu as déjà perdu Pekoms. Hors de question que cela recommence.

De plus, tu imagines les conséquences de ton acte : Kaya effondrée de perdre un énième ami, Usopp qui la serre en silence pour ne pas sombrer et Paula qui souffre en dépit de son apparente indifférence. Tu ne les connais pas depuis longtemps, pour autant leur douleur commence à devenir tienne.

Le contact humain t'a manqué, et peut-être l'as-tu cherché sans le savoir.

Ton regard se plonge dans celui du rouquin, qui accuse encore le choc de ta décision. Finalement, tu t'accroupis puis le hisse dans ton dos. Après un instant, il enroule ses bras autour de ton cou, s'accroche et enfouit sa tête entre tes omoplates.

Toi, tu souris. Tu veux croire que vous échapperez au monstre tous les deux.

— Il va falloir que tu me guides, par contre.

Il rit contre ton dos, amusé, presque soulagé par cette explication.

— C'est vrai que tu ne connais pas les souterrains.

— Pas aussi bien que ta bande et toi.

— Ce qui rend ta survie encore plus incroyable. Je ne t'aurais pas donné deux jours, la première fois.

Votre discussion, aussi étrange et insouciante soit-elle, réconforte ton cœur. Tu traverses la passerelle lentement, tu sais que la précipitation pourrait vous mener à votre perte. Tu prends ton temps, inspectes les environs, jettes des coups d'œil inquiets par-dessus la rambarde et suspend ton avancée lorsqu'un bruit parvient à tes oreilles.

Lorsque tu atteins enfin le bout du chemin, un bâtiment à demi-effondré, dévoré par les ténèbres et la poussière t'accueille. Le bois craque et le métal grince à ton passage, même en prenant toutes les précautions du monde, la vieillesse des planches et des matériaux joue en ta défaveur.

Dans ton dos, Kaku ressent ton angoisse qui tend peu à peu tes muscles. Il resserre légèrement sa prise autour de ton cou, puis glisse des mots doux à ton oreille :

— Tant que nous entendons pas la respiration de Charlos, nous n'avons pas à nous inquiéter.

Tu hoches la tête, pour autant tu n'es guère rassuré.

— Comment est-ce que…

— … Nous en savons autant sur les Hurleurs ?

— Oui.

Le rouquin réfléchit un instant, tandis que vous entamez votre voyage dans ce bâtiment sombre, ruiné par les années.

— Nous les avons observés, plus ou moins longtemps en fonction de leur danger. Charlos est sans doute le moins dangereux, il n'est pas très intelligent contrairement aux autres. Il répète les mêmes gestes jour après jour, jusqu'à présent nous n'avions pas noté de changement dans sa routine.

Le savoir de Kaku t'impressionne, inonde également ton esprit de questions en tout genre. Soudain, tu trouves les siens plus courageux que toi. Ils ont risqué leur vie bien des fois pour espionner le quotidien de ces montres aux capacités et à l'appétit exacerbé. Toi, tu te contentais de fuir, de te cacher et de prier.

Tu as honte de toi et de ton comportement digne d'un couard. Si tu avais été plus téméraire, peut-être aurais-tu pu sauver ton frère.

La voix de ton blessé t'arrache à la culpabilité.

— Est-ce que tu voudrais bien me dire ton nom ?

Ah. Oui. Tu as gardé l'anonymat jusqu'à présent.

Tu protégeais ton identité pour ne pas t'attacher, créer des liens inutiles et regretter par la suite. Tu voulais rester solitaire, en vain.

Les restes de ton humanité ont eu raison de toi.

— Pedro.

— Merci, Pedro.

— Nous ne sommes pas encore tirés d'affaire.

— Oui, je sais. C'est pour ça que je prends de l'avance, au cas où nous mourrions en chemin.

Sa répartie macabre déclenche une légère crise de rire. Pendant un instant, tu oublies les monstres, tu oublies le danger, la mort qui vous guette et l'angoisse qui frappe avec elle. Vous riez comme deux idiots bravant la faucheuse et ses anges aux corps décharnés, toujours affamés.

Puis à nouveau, le silence. Vous glissez entre les murs, les portes entre-ouvertes, les murs fracassés et les débris plus ou moins épais. Des grincements suspects accompagnent votre errance, des rats s'enfuient sur votre passage et soudain, une respiration vous fige à la limite d'une maison abandonnée.

La peur te fait reculer d'un pas, puis de deux avant de t'immobiliser. Sur ton dos, Kaku ferme les yeux, écoute et attend. Il garde son sang-froid, et sa présence apaise tes tourments. Son souffle détendu caresse ton oreille, détend tes muscles et te pousse à clore les paupières.

Tout comme lui, tu attends.

La respiration se rapproche, des grognements se font entendre dans les tunnels. Tu sens le Hurleur à tes côtés, seul un mur de bois vous sépare. Il s'arrête, renifle l'air et reprend sa route. Il ne vous a pas remarqués. Tu penses, « y-a-t-il encore un dieu pour nous protéger » ?

— Heureusement que je t'ai remonté avant qu'il ne revienne, murmures-tu après cinq minutes de silence.

— De nous deux, Pedro, c'est toi qui étais le plus en danger.

Tu fronces les sourcils. Tu n'es pas sûr de comprendre ses insinuations.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Charlos ne fait rien à ses « ampoules ». Il se contente de les regarder, et de les déplacer si l'humeur lui en dit. Toi, en revanche, il comptait te dévorer.

Peu à peu, la respiration de Charlos disparait.

— Il revient sans doute d'une excursion dans la mine inférieure afin de trouver une broche.

— Une… broche ?

— Pour te faire rôtir.

Ah.


On reste dans la joyeuseté, comme d'habitude !