Désolée pour ce retard, j'ai commencé à travailler cette semaine et je me suis quelque peu déphasée ! C'est seulement le temps que je m'y habitue, ne vous en faites pas.

Bien, nos personnages ont peut-être échappés à Charlos, mais vont-ils survivre aux autres créatures qui rôdent ?


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Tu marches longtemps. Dans ton dos, Kaku s'endort par moments puis se réveille en sursaut. Il s'excuse à chaque fois, tu acceptes sans discuter. À dire vrai, tu es incapable de lui reprocher quoique ce soit. De vous deux, ton cadet est le plus touché. En plus de sa cheville blessée, peut-être cassée, son arcane sourcilière est ouverte et tu imagines bien que la prise de Charlos sur son corps a créée bien plus de problèmes. Tu te promets de l'examiner lorsque vous serez en sécurité, enfin si vous y parvenez.

Parfois, il retient des gémissements. Il veut donner le change, tu trouves son attention admirable, bien qu'inutile. Ses tentatives sont vaines, car rien n'échappe à tes oreilles aiguisées.

Charlos n'est cependant plus qu'un lointain souvenir. Depuis son retour dans la mine, vous n'avez guère croisé sa route. La chance vous sourit, illumine presque votre exploration de sa torche ravivée par l'espoir. Néanmoins tu restes vigilant, tu sais que le danger rôde dans l'obscurité. Des rats et insectes en tout genre accompagnent votre périple. Fort heureusement, aucune autre bête ne se présente sur votre route.

Vous évitez les tunnels sombres, en particulier lorsqu'ils s'étendent sur plusieurs kilomètres. Malgré les conseils de Kaku, tu crains toujours les ténèbres. Tu as peur d'y pénétrer et de ne jamais en ressortir, de mourir dans le noir sans rien comprendre.

Vous errez tous deux, sans but. Et, au bout d'un moment, le rouquin dans ton dos perd ses repères. La fatigue et la fièvre embrument sa mémoire. Trop tard, il se rend compte de ses erreurs trop tard, il jure contre lui-même.

« Paula n'aurait jamais faits de telles erreurs », grogne-t-il souvent pour évacuer la frustration. C'est inefficace, mais tu n'as pas le courage de le rassurer ou de l'arrêter. Toi aussi, tu commences à fatiguer.

Après des heures de marche, tu t'effondres dans une vieille bicoque en pierre grignoté par la poussière. Enfoncée dans les ruines d'une ville souterraine, tu as choisi la maison la moins détériorée. Tu déposes ton paquet sans la délicatesse que tu prévoyais. Il grogne, mais ne se plaint pas.

— Merci.

Un mot gentil qu'il t'accorde avec un sourire.

— Ce…

— … N'est rien, je sais.

Tu t'écroules à ses côtés, contre les murs de pierre. Au-dessus de vous, des centaines de toiles d'araignées vous protègent. La sueur dégouline sur ton front, tu l'essuie d'une main tandis que ton partenaire repose sa tête contre ton épaule.

Une minute passe. Sa chaleur détend tes muscles, et l'odeur prononcée de sa chevelure rousse chatouille ton nez. Tu hésites à passer un bras autour de ses épaules, lorsqu'il t'interrompt brusquement d'un air amusé :

— Tu as déjà fait l'amour avec quelqu'un, Pedro ?

La question te surprend, tu écarquilles les yeux puis te ressaisis soudain.

Entre l'angoisse, les courses désespérées afin d'échapper aux monstres, ton frère à protéger, ta culpabilité, les courtes nuits agrémentées de cauchemars et la peur, tu n'as jamais su aimer. Peu de survivants obtiennent le luxe du temps et de la tranquillité.

— Non… Jamais.

Il ricane, avant de souffler trois petits mots à ton oreille :

— Moi non plus.

Sa voix provoque d'étranges frémissements, tu avales ta salive difficilement tandis qu'il enfouit son nez contre ton épaule couverte de poussière et de sang.

— Et… Est-ce que tu as déjà aimé quelqu'un ?

— Non… Jamais.

Une réponse mécanique. Il y répond avec le même sourire, la même attitude que tu ne parviens pas à décrire.

— Moi non plus.

Tout en douceur, sa main glisse contre la tienne. Ses doigts caressent ta peau, l'explorent puis rejoignent tes phalanges pour les serrer, presque désespérément. Il se redresse, tu l'entends grogner avant que sa bouche n'effleure tes lèvres. La sensation est singulière, bizarre car tu ne sais quel mot choisir pour la définir. Tu souhaites seulement en découvrir davantage, goûter plus ouvertement ces lèvres inconnues et perdre pied pour ne plus penser.

Ne plus penser à la mort. Ne plus penser aux monstres. Ne plus penser aux survivants hostiles. Ne plus penser à la promesse que tu as faite à ton frère. Ne plus penser aux tunnels sombres et aux couloirs piégés.

Finalement, tu abandonnes ta timidité pour presser vos corps l'un contre l'autre.

Vous vous embrassez tous les deux, pour la première fois. Vos gestes sont maladroits, vous souriez de votre manque d'expérience et de vos nez qui s'entrechoquent par moments. Vous vous trouvez adorables, niais mais sincères.

Contre tes lèvres, il soupire et rit.

— On ne tourne pas rond, n'est-ce-pas ?

— On s'en fout, rien ne tourne rond dans ce monde.

Il acquiesce d'un sourire malicieux, puis vous vous embrassez encore. Une fois. Deux fois. Petit à petit, vous gagnez en assurance et vous aventurez sur des chemins inexplorés. Après vos bouches, vos langues se recherchent et s'entremêlent. Tout est nouveau, te chatouille et excite tes pensées.

Dans l'obscurité, vous rougissez.

Au milieu des décombres, de la terre et des cadavres décomposés, vous sentez une flamme s'allumer. Une lumière à la fois fragile et puissante, qui brille comme le soleil que vous n'avez jamais vu, qui brille pour vous préserver du mauvais sort.

Vos mains froides repoussent les vêtements pour découvrir la peau voisine, sentir le cœur de l'autre et se réchauffer au fil des secondes. Kaku mordille tes lèvres avec un sourire, parfois tu l'entends glousser contre ton oreille puis enfouir son nez contre ta chevelure blonde bouclée.

Du coin de l'œil, tu remarques alors un vieux canapé, poussiéreux mais de bonne facture. Le rouquin et toi échangez un regard entendu, puis tu le soulèves et le portes jusque-là. Pendant ce temps, sa bouche embrasse ta gorge, ton cou, ton épaule avant de remonter contre tes joues et enfin tes lèvres.

Cette fois-ci, tu le déposes avec précaution, les ressorts grincent sous votre poids, une épaisse couche de poussière embaume l'air mais vous ignorez ces détails insignifiants. Vos yeux se dévorent, vos doigts fouillent et parcourent la chair offerte. Tout s'embrouille, les gestes se multiplient tout comme les baisers et les caresses.

Une osmose inattendue, réconfortante, sans doute la seule que vous partagerez.

Tu connais la futilité de la vie et entrevois d'ores et déjà ta mort, ta fin.

Vous ne vivrez pas assez longtemps pour profiter de l'autre, apprendre à vous apprivoiser, vous aimer.

Vous mourrez bientôt. Bientôt, mais pas tout de suite.

Alors vous découvrez, après Kaya et Usopp, la beauté fragile de l'amour.

Et pour la première fois, tu t'endors dans les bras d'un être désiré.

Et pour la première fois, tu penses « je veux vivre pour aimer ».


Un chapitre presque 100% positif ! C'est pas beau ça ?