Le temps passe vite, vous ne trouvez pas ? Je me suis encore rendue compte que je postais un chapitre en retard, et ça, c'est franchement très triste.
Sur ce, bonne lecture !
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Tu détailles le visage endormi de ton compagnon.
Tu es certain d'avoir dormi à un moment, d'avoir fermé les yeux et rêvé. Pour autant, tu as l'impression de regarder Kaku depuis toujours. Une étrange béatitude remplace la peur, noie la faim et bannit les doutes. Sans savoir pourquoi, tu te sens différent. Un autre homme dans un corps nouveau.
Tu te dis que c'est l'amour, le sexe qui t'a ouvert les portes d'un monde inconnu.
Un peu mélancolique, tu glisses une main dans la chevelure courte et rousse. Dans son sommeil, le jeune homme sent ton geste et arbore soudain un léger sourire. Tu te retiens de l'embrasser, tu ne veux surtout pas briser la beauté de l'instant.
Au loin, une respiration résonne mais tu décides de l'ignorer. Tu veux chérir le moment présent, peut-être jouer avec le feu et risquer ta vie pour une seconde de trop.
Ta vie ne sera ni longue, ni heureuse, alors tu dois absolument profiter du peu de répit que tu grappilles.
Un cri aigu, déchirant, remue la terre et tire ton partenaire de sa sieste réparatrice.
Ses paupières s'ouvrent, vos yeux se croisent et tu remarques un changement. Incapable d'expliquer clairement la chose, tu es pourtant certain que ni Kaku, n'êtes plus les mêmes. C'est étrange de se sentir autre après si peu, puis tu te rappelles des regards et des baisers échangés par Usopp et Kaya. Tu te dis qu'eux comprendront ton ressenti, et que – si vous les retrouvez – ils se feront un plaisir de disserter à ce sujet. Le sniper n'a pas sa langue dans sa poche, après tout.
Tu souris, puis dépose un baiser contre le front de ton partenaire. Il l'accepte, puis son regard se porte au lointain. Il réfléchit un temps, écoute le vent et la respiration avant de déclarer doucement :
— Sharlia.
Pressentant tes questionnements, il ajoute presque aussitôt ces quelques mots :
— Nous avons dû nous rapprocher de l'hôpital, il s'agit de son territoire.
— Est-elle dangereuse ?
Kaku hoche la tête et redresse légèrement le torse.
— Plus que Charlos, en tout cas.
— Comment est-elle ?
Tu interroges, tu veux prévoir la suite des évènements. Cette fois-ci, tu comptes bien protéger l'homme qui se trouve à tes côtés. Tu ne le laisseras pas tomber, s'évanouir dans les ténèbres et disparaître à jamais. Pour lui, tu souhaites vivre plus longtemps. C'est idiot, niais et sans doute vain mais qu'importe.
Cette pensée te réconforte.
Pendant ce temps, il observe les alentours avec attention, se plonge à nouveau dans son rôle de guide comme si de rien n'était. Cependant, sa main serre toujours la tienne.
— Longue et rapide. Imagine une sorte de lézard désarticulé de plusieurs mètres, avec une mâchoire tombante et des dents pointues.
Le retour à la réalité est brutal, tu dois bien l'avouer.
— Est-ce que nous sommes en danger ici ?
— Oui, mais partir pourrait tout aussi bien nous condamner. Elle a une ouïe particulièrement développée, toutefois Usopp a réussi à lui crever les yeux il y a quelques mois.
— Usopp ?
Kaku t'offre un sourire malicieux, avant de se hisser sur ses coudes.
— C'est un tireur d'élite, et je te conseille de ne jamais le sous-estimer.
— Je… retiendrai.
Cette petite compagnie t'impressionne de plus en plus. Tous semblent exceller dans leur domaine, à moins que tu ne sois devenu plus sensible aux talents des autres au fil des ans.
Un autre cri interrompt tes pensées. Le rouquin perd son rictus, reprend son sérieux car votre survie en dépend. Il connait plus ou moins les lieux et sans son expérience, tu risques fort d'y laisser la peau.
— Qu'est-ce que l'on doit faire ? murmures-tu au creux de son oreille.
Il pense, peut-être une seconde, détaille les alentours puis affiche un air étrange, à demi-mystérieux.
— Est-ce que tu as déjà frotté deux pierres ensemble, Pedro ?
Tu vois où il veut en venir.
D'un hochement de tête, tu lui réponds avant de l'embrasser.
— Un feu ?
— Un incendie, te lance-t-il avec malice, c'est que ces choses-là se répandent vite et font un boucan de l'enfer, assez pour couvrir la fuite de deux petits humains.
Tu regrettes soudain de ne pas pouvoir lui faire l'amour, encore une fois.
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— Fouillez-les.
Tu ne comprends pas comment vous en êtes arrivé là.
Tout a dérapé.
— Ils n'ont rien d'intéressant, Wiper.
Alors que vous vous apprêtiez à mettre le feu à la ville enfouie, des hommes ont surgi. Peut-être ont-ils entendus votre conversation. Peut-être passaient-ils là par hasard pour fuir quelques monstres. Peut-être recherchaient-ils de la nourriture, des médicaments, des couvertures, etc afin de survivre.
Tu supposes mais aucun d'eux ne te donnera la moindre réponse.
Ils ne sont pas du côté de Kaku, ni même du tien. Ils sont hostiles.
L'un d'eux est blessé, mais les autres…
— Regardez bien, tout peut être utile.
Ils vous ont maitrisés en un instant. Tu as voulu protéger Kaku, ils en ont profité pour te rouer de coups et ficher une balle dans ton épaule.
Quatre hommes. Une femme. Armés et apeurés. L'angoisse les rend plus dangereux et à tout instant ils peuvent décider de vous liquider, Kaku et toi.
Ton regard retombe sur le rouquin, trainé dans la terre par l'un de vos assaillants, le plus rond de tous. Tu te demandes comment, avec le peu de nourriture dans ces tunnels, un homme de sa stature peut encore exister. Comment fait-il pour être aussi gros ? Il fouille Kaku sans ménagement, tandis que la femme aux longs cheveux noirs inspecte ses blessures.
— À en juger par les blessures du rouquin, ils ont croisés la route d'un Hurleur.
Ton partenaire se laisse faire, tandis qu'un autre homme te tient en joue. Un pied posé sur ton ventre, il s'assure que tu ne poses aucun problème à ses compagnons. Lorsque tu esquisses un mouvement, aussi mince soit-il, il te rappelle à l'ordre en pressant sa botte contre ton estomac. Tu grognes, mais impossible de lui échapper.
Ses balles n'hésiteront à traverser ton front.
Soudain, le chef de la bande, Wiper si tu souviens bien de son nom, se penche sur ton partenaire. Il saisit son menton sans douceur, et plonge son regard acéré dans le sien.
— Où se trouve votre planque ?
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
Malgré le danger, Kaku pense toujours à ses camarades. Vous devinez tous deux que ce petit groupe n'épargnera aucun d'eux s'ils découvrent le bastion. Paula, Usopp et Kaya ne seront qu'une gêne, des bouches de plus à nourrir dans un monde hostile. Ils seront exterminés si vous parlez.
Wiper, l'homme aux tatouages bleutés, comprend sans doute le sentiment mais se moque de vos états d'âmes. Il relâche le menton du rouquin et écrase sans pitié son pied blessé. Le cri de Kaku te fend le cœur.
— Parle maintenant, et je vous offrirais une mort rapide. Résiste et tu agoniseras longtemps.
Tu es impuissant. Inutile malgré tes belles pensées et ton esprit chevaleresque. Ta bonne volonté ne vous sauvera pas, pas cette fois.
En revanche, la sensibilité de la femme aux cheveux noirs te redonne un semblant d'espoir.
— Nous n'avons pas le temps pour ça, Wiper. Kamakiri est…
— À cause de qui, Laki ?!
Elle baisse la tête aussitôt, tu sens une terrible tension entre les membres de cette petite compagnie.
— Je me suis déjà excusée, et je sais que cela ne changera rien à mes erreurs mais ce n'est pas le moment de…
— Alors laisse-moi faire et tais-toi. Si tu n'avais pas agi aussi stupidement, Kamakiri ne serait pas dans cet état.
L'homme au-dessus de toi s'extirpe de son mutisme.
— Laki a raison, Wiper. Nous ne pouvons pas nous donner le luxe des disputes, elle n'était pas loin derrière nous.
Elle ? Peu à peu, tu penses assembler les pièces du puzzle. Vos assaillants sont tombés sur Sharlia, et si elle se révèle aussi redoutable que les dires de Kaku, tu entraperçois une porte de sortie.
L'idée est dangereuse, mais tu es prêt à risquer ta vie pour vous sortir de cet enfer.
Tout à coup, la terre tremble, tous se pétrifient sur place. Au-dessus de ta tête, tu perçois une respiration nauséabonde.
Tu lèves les yeux au plafond, et la peur s'empare de ton corps. Elle est là.
Dans un gigantesque conduit, le Hurleur désarticulé ouvre la bouche.
Et toi, fou mais déterminé, pousse le hurlement de ta vie.
Tatataaa ! On se rapproche de la fin !
