Je lance un dernier merci à l'attention de ma chérie, ma perle, mon chaton qui a subi mes caprices et a corrigé cette histoire de sa plume exigeante !
Je t'aime, ma Taranis K.
Merci aussi à Miss Macaronii dont les adorables reviews m'ont réchauffé le cœur ! J'espère que cette fin te plaira.
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Au-dessus de ta tête, la lumière grésille. Parfois l'ampoule gémit et grince, elle faiblit au fil des jours. Bientôt, elle s'éteindra à jamais.
Ce soir, ton œil s'accroche à sa lente agonie. Tu observes en silence, les narines embouées par la poussière.
Des mains se glissent soudain contre ton corps. Une étreinte te cueille et t'arrache aux réflexions muettes. Un nez se frotte contre ta chevelure blonde, bouclée, rendue terreuse par les épreuves.
Tu souris, confiant, et fredonnes un petit air qui te vient de loin. Une mélodie issue d'une époque moins solitaire, lorsque ton frère et toi entremêliez vos doigts pour chasser le désespoir et la faim.
Il t'écoute, les yeux clos.
Puis des baisers volatiles effleurent ta gorge, puis ton menton.
Les muscles de Kaku se détendent entre tes bras, puis des mots glissent contre tes oreilles :
— Je ne savais pas que tu étais aussi… romantique.
Tu ne te souviens plus des paroles qui allaient autrefois si bien avec cet air. Tu sais seulement qu'il est question d'amour, de l'affection que les vivants se portent les uns aux autres. Cette mélodie parle d'amour filial, d'amour fraternel, d'amour entre amis, et de l'amour que tu ressens pour l'homme allongé à tes côtés.
Un rire discret, presque un souffle échappe à vos lèvres. Il t'enferme dans un cocon de chaleur, rabat la couverture tachée sur vous et referme ses bras autour de tes hanches.
Dans l'obscurité, Kaku t'interroge, le sourire au coin des lèvres :
— C'est Kaya qui te contamine avec sa naïveté adolescente ?
— Peut-être.
Sur un autre matelas aux ressorts rouillés, Paula dort paisiblement. Tu entends sa respiration, lente et apaisée.
Ici, tout est paisible.
— Fais attention, je pourrais te transmettre cette faiblesse de cœur.
D'un coup, tu te retournes vers lui et embrasse son épaule, son cou puis ses lèvres. Entre tes bras, Kaku glousse et gesticule.
— Tu vas finir par réveiller Paula, si ça continue.
— Dixit celui qui ne se gênait pas pour m'embrasser.
Ses mains remontent sous ton pull, tandis que ses doigts caressent ta colonne vertébrale. Il affiche un rictus amusé, presque coquin dans l'obscurité.
— Je peux arrêter, si cela te dérange.
Tu lui dérobes un énième baiser.
— Je préfère tes caresses à celles de Sharlia. Elles sont bien plus douces.
— Pour l'instant… Mais cela pourrait changer si je désirais te tuer.
Tu te hisses sur son corps, le surplombe de toute ta puissance puis glisse quelques mots à son oreille.
— Pas si je t'épuise avant.
Au creux de ses pupilles, un soleil de désir s'embrase.
— C'est une menace ?
Vous échangez un regard entendu un regard qui précède les chaudes étreintes et les bienfaits de l'amour. Vos mains se rejoignent, vos doigts s'entremêlent, et tu les embrasses.
— Une promesse.
Au-dessous de vos têtes, le plafond tremble et la lumière vacille. L'espace d'un instant, tu écoutes avec ton compagnon le monstre qui arpente les tunnels obscurs.
Après un dernier baiser, tu te recouches aux côtés du rouquin. Tu clos ta paupière devenue lourde, tandis que le souffle d'un monstre vous berce.
Tu acceptes le sommeil.
Tu acceptes les ténèbres pour les nuits prochaines ; et la grandeur du soleil pour les jours à venir.
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Une silhouette bleutée se jette dans la maison la plus proche. Sa course s'achève par une chute contre le plancher. Il grince et se plaint de son poids pourtant si fin. Épuisée par la distance parcourue en quelques secondes, la jeune femme tremble.
La fatigue la cloue au sol malgré ses nombreux efforts elle ne parvient pas à se relever. Ses bras, tout comme ses jambes, se dérobent à chaque tentative. Elle retombe. Une fois. Deux fois. Trois fois. Abandonne enfin.
Ses yeux se ferment. Son souffle s'apaise au fil des secondes.
Le silence reprend ses droits.
Après d'interminables minutes, la silhouette encapuchonnée recouvre ses forces. Mais affaiblie par la malnutrition, la solitude et la lassitude, elle parvient tout juste à s'asseoir.
Le bois se tord et gémit misérablement. Les yeux de la jeune femme le foudroient du regard. Ils maudissent sa faiblesse et ses jérémiades traitresses.
Une heure s'écoule ainsi. Elle demeure assise dans l'entrée d'une maison dévorée par les ténèbres avec le silence pour seule compagnie. La créature ne l'a pas suivie, et pourtant, rien ne réconforte son cœur. Elle ne tire aucune réjouissance dans cette énième fuite. Le front perlé de sueur, elle se demande s'il ne vaut mieux pas abandonner.
Mourir serait plus simple, moins douloureux.
Cette pensée creuse son nid en elle, s'immisce sournoisement dans son esprit et l'empoisonne.
Soudain, l'inactivité devient pénible.
Elle se hisse sur ses jambes et tire une lampe torche d'une de ses poches. La lumière inonde le couloir et découpe la structure de la maison affaissée. Au loin, la jeune fille aperçoit une trappe entre-ouverte. Elle devine la cave et s'y glisse d'un pas las.
Les toiles d'araignées et la poussière grignotent l'abri de fortune. Toutes les lumières sont éteintes, certaines ampoules sont éclatées, d'autres n'ont tout simplement résistées aux années.
Vivi retire sa capuche. Elle inspire puis explore les lieux, à la recherche d'une conserve, d'une lampe, du moindre petit objet qui se révélerait utile à sa survie.
Elle distingue, dans le recoin de son œil, une porte couverte d'écritures et d'objets. Intriguée, la demoiselle s'en approche avec prudence.
Usopp
Kaya
Kamakiri
Paula
Margaret
Sanji
Nojiko & Nami
Gin
Koala
Hiluluk
Sous chaque nom, un objet.
Elle comprend.
Il s'agit d'une tombe improvisée.
Son regard se porte au lointain, tandis que sa lampe éclaire les environs. Au bout du couloir, elle aperçoit une seconde porte. Après une hésitation, elle se dirige vers elle.
Deux noms sont inscrits.
Kaku
Pedro
Une casquette et une cigarette sont clouées ensemble.
En dessous des symboles, Vivi aperçoit les contours d'un texte.
Elle se rapproche encore afin de déchiffrer les inscriptions. D'un coup, son pied écrase une jambe presque fossilisée par le temps. Sa main tressaute. Ses dents mordent sa lèvre sous une vive impulsion de dégoût.
Un homme.
Non un cadavre.
Ce n'est pas la première fois qu'elle en voit un, mais impossible de s'y habituer.
Vivi détourne le regard, et retient avec grande difficulté les sanglots qui secouent son corps meurtri. Sa lampe torche remonte sur le texte gravé dans le bois par un couteau. Vivi refuse de quitter les lieux sans l'avoir lu.
Ils sont les ténèbres.
Les ténèbres viennent toujours.
Mais puissiez-vous trouver un peu de lumière dans ces couloirs obscurs.
Lorsque vous pensez céder au désespoir, souvenez-vous de nous.
Nous n'aurons jamais le plaisir de nous rencontrer, d'apprendre à nous connaître ou de partager bons comme mauvais moments.
Je ne vous connais pas, étranger qui passera peut-être par ici, mais croyez-moi plus les ténèbres sont proches, plus vous serez en mesure de trouver le soleil.
Croyez l'homme que je fus, l'homme que j'ai aimé et les amitiés que j'ai forgées.
Vous n'êtes pas seuls.
Et la lumière vous trouvera toujours.
FIN
