CHAPITRE 2 : MIAOUSS
Miaaaa ! Je sens la chaleur sur ma peau de miaouss, j'ai chaud, je suis bien et je ne veux pas bouger d'un poil. Pourquoi serai-je obligé de me déplacer, alors que je suis sur la plage, bronzant et sans humains autour pour m'embêter ? Je suis tranquille, pas de James qui se plaint, pas de Jessie qui hurle, juste le soleil et moi. Je pourrai me croire en vacances, il ne manque que des serveurs pour apporter de la nourriture et des boissons fraîches ; James ne me manque que pour ça. Mais au fait, où sont passés les deux zigotos ? Ce n'est pas qu'ils me manquent, mais j'avoue qu'ils ont un côté pratique : quand je ne veux pas marcher, mon ami aux cheveux lavande me porte, sans broncher, juste tranquillement et gentiment. En plus de ça, c'est un excellent cuisinier, et je dois dire que c'est appréciable de manger de la bonne nourriture, préparée avec le cœur… Quand Jessie ne mange pas tout. On ne dirait pas comme ça, mais elle mange comme si elle était enceinte de 18 mois, à chaque fois ! Ce n'est pas rare qu'on se retrouve avec notre assiette vide alors qu'on avait tourné la tête juste pendant quelques secondes. On ne se pose pas beaucoup de question, elle n'a jamais été discrète : là n'est pas son point fort, à la rouquine de l'équipe !
Moi je dis que je suis le plus indispensable de nous trois. Je suis fort, intelligent, rapide, discret et surtout : je suis un interprète entre les pokémons et les humains ! Quel autre humain dans ce monde est capable de comprendre les deux espèces ? C'est vrai ! Les pokémons nous comprennent, mais nous, on ne les comprend pas toujours ! Sauf que… Attendez… Si Jimmy était là, il m'aurait rapidement fait comprendre que je suis moi aussi un pokémon. D'un autre côté, j'ai la sensation d'être plus humain que les humains eux-mêmes. Quand on regarde Jessie, on voit un Ronflex doublé d'un Goinfrex, triplé d'un Leviator. James, lui, est plus un Rondoudou doublé d'un Psykokwak ou d'un Ramoloss. En soit, si on omet que je suis un Miaouss, je suis un humain capable de grandes choses… Sauf de nager ou de marcher dans l'eau. Quel Miaouss aime l'eau en même temps ? Ça ne devrait pas exister !
C'est incroyable. Je suis tout seul et pourtant ces humains qui sont mes équipiers hantent mes pensées. Je dois profiter de ce calme si rare, et c'est pour ça que je vais me prélasser pendant des heures sur ce sable, écoutant le va-et-vient des vagues qui font frétiller mes oreilles. Rien ni personne ne pourra me retirer cette zen-attitude, à part si je suis malchanceux et que les guignols reviennent en me criant dessus, que je suis une feignasse qui ne sait rien faire d'autre que profiter de la vie. Connaissant Jessie, je parie n'importe quoi qu'elle est comme moi, et qu'elle va nous rouspéter, Jimmy et moi, parce qu'on ne lui a pas mis de la crème solaire et qu'elle se retrouve aussi rouge qu'un écrapince. Puis après, viendra les gémissements de douleur, amplifiés, simplement pour qu'on s'occupe de sa majesté matin, midi, soir et la nuit. Les yeux clos, leurs visages me reviennent : oui ils ont leurs défauts, mais pour rien au monde je ne voudrais les remplacer. Ils sont bizarres, il faut l'avouer, mais ils ont chacun leur part de tendresse, leurs qualités et… Quelle est cette sensation d'humidité entre mes oreilles ? Je ne m'y connais pas tellement en langue, mais celle-ci est toute douce bien que baveuse. J'ouvre mes yeux à la vitesse de la lumière et vois le visage d'un kapoera penché sur ma tête. Je me redresse afin de constater qu'un malosse se trouve assis derrière moi.
"Qu'est-ce que vous faites ici, vous deux ? Où sont vos maîtres ?"
Ils ne me répondent pas, ils m'observent. Le malosse tire la langue en respirant rapidement, le kapoera penche la tête en m'interrogeant de son regard.
"Quoi, vous n'avez jamais vu un pokémon qui parle ? Vous savez, c'est tout un art à maîtriser et ça demande énormément de travail, d'envie, de force intérieure."
Rien à faire, ils me contemplent simplement en se taisant. Je reste assis devant eux, comme si j'étais le chef d'une secte, un gourou qui a réussi à convaincre des gens naïfs de me considérer comme leur dieu. Je ne perds pas pied et je recommence à leur parler, en espérant avoir une réponse.
"Dîtes-moi comment vous êtes arrivés ici. Je suppose que c'est de la même façon que moi, à cause de l'explosion, de la maman lugia énervée, de nos folles en furies qui se sont battues juste pour leur égo…"
"Kapoera ! Kapoe… Kapoera !"
"Ne vous inquiétez pas, je vais retrouver vos maîtres. Vous pouvez compter sur moi et sur mon intelligence supérieure."
"Malosse ?"
"Quoi ? Je dis ce que je veux d'abord, et si ça vous plaît pas, partez."
Je me redresse, fier de mon effet, et pose mes pattes sur mes hanches. Je m'imagine soudainement avoir une cape rouge, tel un super héros prêt à aller au sauvetage de l'humanité, avec des bottes et un "S" inscrit sur mon costume.
"Super Miaouss va vous sauver, je vous le promets."
Les pokémons de nos adversaires me lancent un regard qui n'est pas très bon signe. D'un coup, sans prévenir, ils semblent partir dans un fou-rire, se roulant dans le sable, comme s'ils se fichaient de moi. Une colère m'envahit, mais aussi un drôle de sentiment semblable à de la honte… Me penchant vers eux, les pattes serrées en poings, je leur crie :
"EH ! VOUS ALLEZ VOIR QUE JE VAIS VOUS SAUVER ! APRÈS CETTE AVENTURE, VOUS ME REMERCIEREZ JUSQU'À LA FIN DE VOS JOURS !"
Ma petite crise a son effet : ils cessent de pouffer et sont redressés devant moi tels des petits soldats devant leur général. Seulement, il y a un problème majeur : où chercher ces humains ? Les bras ballants, la tête retombant sur ma poitrine, je soupire de désespoir.
"Malosse ? Ma-ma-malosse ?"
"Vous avez raison… Je ne sais pas par où commencer, on est perdu."
"Kapoera ! Kapoe-kapoera !"
"Ma-malosse !"
"Mais c'est vrai ça ! Vas-y malosse, cherche !"
Le pokémon canin fourre son nez dans le sable, renifle avant d'éternuer. Il relève la tête vite fait, la laissant tomber légèrement en hauteur à la recherche d'une moindre odeur, ne bougeant pas d'un poil. Après quelques minutes, je le vois se déplacer vers le centre boisé de l'île, regagnant la terre, courir dans un buisson pour dénicher un roucool qui s'envole. Il tente de le courser, en vain, et je ne peux m'empêcher de me taper le front en prenant garde de ne pas frapper la rune qui se trouve sur mon front.
"C'est ta maîtresse qu'on cherche, pas de la viande fraîche ! J'aimerais bien t'aider mais je n'ai pas de nez, donc ça va être dur."
"Kapoera ?"
"Quoi, ne me dis pas qu'il ne connaît pas l'odeur de Cassidy !"
"Malosse ! Ma-malosse !"
"Eh bah alors, si tu la connais, alors trouve-la !"
"Malosse !"
"Pourquoi tu ne pourrais pas la trouver sans objet lui appartenant ? C'est débile !"
"Ma-malosse !"
"Mais tu n'en as pas besoin !"
"Kapoera !"
"Tu sais grimper aux arbres ? Pour retrouver Hutch ?"
"Kapoe-kapoera…"
"Je sais que son nom c'est Butch."
Rien à faire, l'aventure sera longue. Le malosse m'explique qu'il ne sent aucune odeur de Cassidy dans les parages, et le kapoera veut faire de l'alpinisme pour retrouver son maître… Je suis sur le point de perdre tout espoir quand, tout à coup, malosse se met à aboyer et à grogner. Je comprends qu'il a trouvé quelque chose, ce qui se confirme lorsque quelque chose commence à gigoter dans les branches de ce qui semble être un palmier.
