CHAPITRE 5 : MALOSSE & KAPOERA

PARTIE 1 : MALOSSE

J'aboie sur la queue violette qui pendouille du haut de l'arbre. Le pokémon qui s'y trouve est, à n'en point douter, un arbok, certainement celui de la rivale de ma maîtresse. Je remarque très rapidement qu'il semble coincé, puisqu'il gigote de manière intempestive en criant à l'aide. Miaouss arrive vite, courant avec ses petites pattes, et commence à tirer sur la queue du serpent violet, avec l'aide de mon ami Kapoera. Quant à moi, je ne peux pas faire grand-chose, car je n'ai pas la capacité de me mettre sur mes deux pattes arrière pour utiliser la force de celles de devant. Je regarde donc la scène qui se joue devant moi, conseillant les pokémons habiles pour qu'ils puissent décoincer le pauvre pokémon violet. Subitement, celui-ci finit par retomber sur eux, et tout ce que je trouve à faire, c'est m'approcher pour voir si tout se passe bien, s'ils ne sont pas blessés. Visiblement, tout à l'air de bien aller, ils geignent seulement un peu, écrasés sous le poids d'arbok. J'aboie de bonheur, faisant plusieurs tours sur moi-même, heureux de voir que tout est parfait. Je crois que mes gestes fous inquiètent le chat à deux pattes, car il me regarde d'une manière étrange, comme s'il me jugeait. Quoi ? Je n'ai pas le droit d'être heureux ?

« Tu es complètement fou, mon pauvre malosse. Tu n'as rien fait pour nous aider, en plus, et toi tu te réjouies ? Ah les pokémons canins, qu'est-ce que c'est bête ! » Me dit le chat pokémon.

Je le regarde, grognant les crocs dehors et les babines retroussées. Comment peut-il oser me dire ça alors que c'est moi qui ai trouvé son ami serpent ? Je commence à en avoir assez de cet orgueilleux, donc il me faut retrouver mes maîtres le plus tôt possible pour plus le voir. Je soupire, laissant ma tête retomber vers le sol quand, d'un coup, mes oreilles frétillent : j'entends un autre bruit dans les buissons, et je crois reconnaître un Qulbutoké qui chante. Je relève la tête, la faisant pencher sur le côté, et je regarde le bulbe bleu qui sort, tout content avec des pommes dans les bras. C'est bien ce qui me semblait, il chante une chanson étrange : l'a-t-il inventée ? Miaouss et Kapoera se hâtent sur lui, lui prenant les pommes, affamés. Moi-même, j'ai très faim, alors je me mets à courir vers lui, remuant ma queue dans tous les sens. Ce Qulbutoké n'est pas très futé, mais il a bon fond, puisqu'il nous laisse déguster les fruits juteux et sucrés sans rien dire.

« Qulbu-qulbu-qulbutoké. »

« Tu as aussi retrouvé Empiflor ? »

« Qulbutokéé ! Qu-qulbu-qulbutoké ! »

« Comment ça vous avez déjà préparé un camp ? Mais il est où ? Emmène-nous au lieu de rester planté là ! »

Le pokémon bleu se retourne vers les bois d'où il sortait, regarde partout comme s'il cherchait quelque chose avant de monter son bras derrière sa tête. Il fait volte-face, nous observe en silence puis nous confie qu'il ne sait plus d'où il vient. Miaouss se jette sur lui, les griffes sorties, prêt à l'attaquer. Sans doute par pur réflexe, le Qulbutoké réagit avec son attaque riposte, projetant le pokémon chat à l'autre bout de là où nous sommes. Nous le suivons des yeux lorsqu'il vole par-dessus nos têtes, se retenant de rire. Mon ami Kapoera décide de prendre les choses en main, voulant montrer qu'il est meilleur que les autres tandis que moi, passant devant, commence à chercher l'odeur du Qulbutoké. Après tout, je suis le seul à avoir un excellent odorat, j'ai simplement à sentir les traces du bulbe bleu ce qui nous donnera la possibilité de retracer son chemin. Eh oui ! Kapoera et moi, nous sommes quand même les pokémons de deux des meilleurs agents de la Team Rocket, on ne peut pas leur faire honte !

J'ignore pendant combien de temps je marche, la truffe sur le sol, Kapoera sur mon dos et les autres me suivant. Ma queue s'abaisse instinctivement, je suis pris de tremblements car je sens qu'un orage approche. Je déteste ça ! J'ai toujours eu peur de tout ça, je ne comprends pas pourquoi certains humains apprécient de regarder de l'électricité déchirer le ciel, c'est dangereux en plus ! J'accélère mon pas, veillant à ne pas perdre l'odeur du pokémon bleu de Jessie. Arbok siffle avec sa langue, ce qui est désagréable pour mes oreilles, Qulbutoké chante pendant que Miaouss marmonne qu'il en a marre de l'imbécilité de ses amis. En attendant, je me retourne et voit que le chat est installé confortablement sur la tête du bulbe. Une branche craque au loin, des bonds raisonnent sur le sol : je comprends rapidement que c'est l'Empiflor du gars aux cheveux bleus qui vient à notre rencontre. Ouf ! Il nous a retrouvé ! Ma cadence change puisque je me mets désormais à courir, allant vers le drôle de pokémon plante. On a à peine le temps de discuter ensemble qu'on va vers le camp monté par Qulbutoké et Empiflor.

Je ne m'attendais pas à de la grande structure, et j'avais bien raison. Le pokémon plante m'explique qu'il n'arrive pas à allumer le feu de camp qui se trouve au centre, un peu en fouillis et ne ressemblant à rien. Kapoera et Miaouss réorganisent ensemble ce futur feu, ajoutant des gros cailloux autour et des branches sèches, puis grâce à mon attaque lance-flamme, je parviens à créer de quoi nous réchauffer. Un grondement attire de nouveau mon attention, levant mes yeux vers le ciel avec les oreilles basses… Le ciel est en colère contre nous, j'ai peur… D'habitude Maîtresse Cassidy me fait des câlins, me caresse et m'autorise à rester contre elle. Mais elle n'est pas là, et je crains pour elle : et si elle n'était pas en sécurité ?

PARTIE 2 : KAPOERA

Il y a du tonnerre dans l'horizon je sais que mon copain malosse n'aime pas ça. Il est couché par terre, la tête posée sur ses pattes avant, la queue et les oreilles basses. Tout ce qu'il fait, c'est observer les flammes qui dansent devant ses yeux, en silence, tandis que l'équipe de bras cassés qui est avec nous se dispute pour savoir qui prépare à manger. Mais comment faire à manger si nous n'avons plus la moindre nourriture ? Et si ce Qulbutoké partait à la recherche de fruits et qu'il se perdait de nouveau ? Je suis tenté de partir à la pêche aux pommes, aux poires ou à je-ne-sais quels fruits, mais je ne veux pas pour autant abandonner Malosse. C'est vrai, il se sentira seul sans moi, déjà qu'il n'est pas très bien… Et qui sait ce qui peut arriver pendant mon absence ? Si la foudre tombe sur un arbre et les écrase ? Je ne peux pas faire confiance à ces crétins de pokémons, même si Miaouss semble malin et aussi intelligent que des humains… Mais qu'est-ce qu'il peut m'énerver à se croire meilleur que nous ! D'après ce que j'ai déjà vu, il est nul en combat, tandis que moi je suis un boss pour ça. Lui, il n'est bon qu'à manger et à dormir.

Retournant mon attention vers mon ami canin, je pose une main sur sa tête, le caressant, le réconfortant. Peut-être que Butch et Cassidy ne sont pas avec nous, mais je suis près de lui, moi, donc je peux l'aider à aller mieux. Quelque chose vient se poser sur ma tête, je secoue la tête et je comprends rapidement qu'il commence à pleuvoir. Il va falloir que nous trouvions un autre endroit et vite, sinon on va finir trempés, ce qui n'est pas pour me déplaire… Contrairement à Miaouss qui miaule en disant qu'il déteste l'eau parce que ça mouille. Tout à coup, un autre grondement, beaucoup plus assourdissant retentit dans le ciel, faisant hurler malosse qui se lève sur ses quatre pattes à la vitesse de la lumière.

« Kapoera ! Kapoe-kapoera ! »

« Tu as raison, Kapoera ! Il faut que nous trouvions un autre endroit pour se mettre à l'abris… Je déteste l'eau. »

Tous ensemble, on se met à courir à travers la vaste forêt, ne sachant pas où nous allons. Mais avons-nous réellement le choix, après tout ? Ma vue commence à se brouiller, je me croirai en plein milieu de la nuit tant le ciel s'est noirci sans qu'on ne s'y attende. On court, encore et toujours, sous un véritable déluge, et je me mets à songer à mon maître : qu'en est-il de lui ? Est-ce qu'il est tout seul, dehors, sous la pluie ? Est-ce qu'il est avec la maîtresse de Malosse ? C'est compliqué de savoir, mais les retrouver ne fait plus partie de notre priorité. La peur au ventre, j'avance en tête de file, à l'aveugle jusqu'à ce que je tombe face à une immense bâtisse assez vieille. Je suis sûr qu'il y a des fuites partout dans cette maison, mais on ne peut pas faire autrement. Me tournant vers mes partenaires éphémères, je pointe le manoir de mon poing.

« Kapoera ! Kapoera ! Kapoera ! »

« Elle me fait froid dans le dos, cette baraque, dit Miaouss en déglutissant. Bon eh bien, les amis, je crois qu'on n'a pas le choix, allons-y. Mais s'il y a des fantômes, ne comptez pas sur moi pour vous sauver la vie ! »

« Malosse ? Ma-malosse ! »

« Oh ça va hein ! Les super-héros peuvent aussi avoir des phobies tu sais. »

Après un éclat de rire, nous décidons d'entrer lentement dans cette gigantesque demeure abandonnée. J'espère presque y trouver mon maître et sa compagne, au moins je sais que je serai en sécurité avec eux.