CHAPITRE 6 : CASSIDY

L'angoisse monte en moi plus nous marchons sans idée de là où on se dirige, mais aussi à cause de l'arrivée tonitruant de l'orage. Je n'apprécie pas tant de me savoir sous le ciel tempétueux d'une île inconnue, sans mon Butch avec moi. Ce n'est pas avec la femme qui me suit que je vais être très avancée, je n'ai jamais vu quelqu'un autant flipper de toute sa vie à cause d'un phénomène météorologique. Certes, je n'en suis pas très fan non plus, mais au moins je ne pleure pas comme James le fait : comment Jessie parvient-elle à garder son calme avec lui ? Il est séduisant, adorable mais bon sang ! Il me fait penser à une fillette qui voit sa poupée de porcelaine fondre au soleil telle Sophie. Je soupire, repère une grotte et me hâte à l'intérieur, saisissant la main de mon drôle d'équipier par la même occasion. Je l'entraîne dans l'obscurité du tunnel de pierre, et rien que pour lui changer les idées, alors que je suis trempée, pose mes deux mains sur ses joues et l'embrasse d'un coup. Si Jessie apprend ça, elle sera morte de jalousie. Après m'être reculée, je contemple le garçon face à moi et ris doucement face à sa non-réaction.

« Euh… »

« En effet, tu n'avais jamais embrassé personne. Maintenant c'est chose faite ! » lui dis-je en ajoutant un clin d'œil.

Sans plus attendre, je poursuis ma route, m'enfonçant davantage dans le noir, si bien qu'à un moment, mes yeux ne sont plus en mesure de s'accommoder. Je sens la présence de James non loin de moi, essayant de se calmer pour ne pas m'énerver encore plus. Etant incapable de continuer ma route sans voir, je tâte le mur de mes mains gantées, faisant attention à ne rien me prendre : cela est difficile puisque je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il y a sur le sol.

« Cassidy… Attends… Je… Je crois que j'ai quelque chose qui pourrait nous aider dans une de mes poches. »

Je m'arrête, voulant savoir ce qu'il a qui pourrait tant nous être utile. Je me sens bête de ne pas avoir songé plus tôt à sortir une lampe de poche comme il vient de le faire. Il l'allume, ce qui rend notre vision plus agréable et moins douloureuse. Je lui souris en guise de remerciement, décide de me calmer et d'être un peu plus gentille avec lui. Tout en continuant notre marche lente, je prends l'initiative d'engager une conversation, comme il le désirait quelques heures avant. Si je lui parle, il pensera à autre chose et se détendra, bien que ses pensées semblent être tournées vers mon acte d'avant.

« Tu m'as demandée pourquoi je suis entrée dans la Team Rocket. Disons que… Je ne supportais plus ma vie de petite fille modèle, celle que ses parents voulaient voir avocate, procureure, juge, médecin ou que sais-je ? Tout ça, ça ne m'a jamais intéressé : moi je voulais faire des études de littérature ou un truc dans le genre. Je n'ai pas eu une enfance triste, j'ai simplement été privée de choses simples : mais là, je ne t'apprends rien. »

« Donc… Tu viens aussi d'une famille extrêmement riche ? »

« Oui, tu le sais forcément puisqu'on s'est déjà croisés plusieurs fois pendant de grandes réceptions. Jusqu'ici j'ai toujours nié, mais franchement… Un garçon aux cheveux violets, ça ne court pas les rues. »

« Ils sont lavande, pas violets… Il y a une légère nuance, mais j'y tiens. »

Je ne peux retenir un petit rire de s'échapper du fond de ma gorge. C'est vrai… Quand j'y repense, j'ai plutôt eu une vie de rêve, j'avais tout ce dont je désirais : la danse, l'équitation, le patinage, la musique, les vêtements luxueux… Mais je ne sais pas… Au fond, je suis convaincue que le bonheur se trouve ailleurs. Lorsque je suis arrivée à la Team Rocket Académie, j'ai bien failli repartir tellement je maudissais l'autorité qu'on m'imposait. Moi, Cassidy, on ne m'avait jamais donné de limites, je pouvais faire tout ce que je désirais sans qu'on ne me dise quoi que ce soit. C'est pour cette raison que Butch et moi avons eu quelques soucis, au tout début. Mais cela est une autre histoire, peut-être qu'un jour je la raconterai à quelqu'un d'autre.

« Regarde Cassidy ! Il y a une énorme porte en bois, là ! »

« Elle paraît bien vieille, bien lourde… Elle me fait penser aux portes de vieux pénitenciers… Il va certainement falloir qu'on s'y mette à deux si on veut la faire bouger. »

Mes yeux ne peuvent pas s'empêcher de parcourir cette sublime porte : le bois est vieux et pourtant il est encore bien lisse, l'anneau servant de poignée est surmonté d'un blason à tête d'Arcanin. Nul doute que nous pénétrons dans une propriété privée, mais qu'importe ? Après tout, nous sommes des voleurs, et entrer par effraction c'est notre domaine. Je m'approche du barrage en bois et commence à tirer sur l'anneau pendant. En effet, comme je le pensais, cette porte doit peser des tonnes, et je ne suis pas assez costaude pour l'ouvrir seule. James arrive à mes côtés et m'aide, après avoir coordonné nos gestes, on parvient à la faire bouger… Légèrement. On réitère nos mouvements et nos efforts, ce qui a pour effet de décoincer le bois en un énorme nuage de fumée, toujours sans bruits. Nous nous mettons à tousser, asphyxiés par la poussière blanche qui nous tombe dessus. Nous reprenons notre souffle, quand un terrible cri retentit au-dessus de nous. Je me sens pâlir et une nausée me vient.

« Qu'est-ce que c'était que ça ?! Cassidy, c'était quoi ?! »

La panique de James est communicative. Je suis le genre de fille rationnelle, mais là, dans ce cas-précis, mon imagination est en fusion. J'ai peur pour moi, pour lui, pour nous. Peut-être n'était-ce qu'un pokémon ? Peut-être que ce n'était qu'un écho indésiré de la porte que nous essayons d'ouvrir ? Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que le tonnerre résonne dans la grotte, et James me saute au cou.

« James, je sais que ce n'est pas facile mais il faut que nous gardions notre sang froid, ok ? Aller, ouvrons cette porte, on y est presque. »

Il hoche la tête, en silence, une larme perlant sur sa joue blanche. Il est littéralement terrifié et je ne peux pas le rassurer car la situation m'effraie. On se remet ensemble à la charge, voulant définitivement ouvrir cette foutue planche qui nous barre la route. On tire, encore, encore et encore, et à un moment, elle s'ouvre en un énorme fracas, nous vrillant les oreilles. On se retrouve tous les deux gris par la poussière qui nous est tombée dessus, crachant nos poumons et essayant de retirer les débris fins de nos yeux. Quelques instants s'écoulent puis nous passons par la crevasse créée par notre force, glissons dans la propriété dont nous ne percevons rien. Grâce à la lampe-torche de James, nous avons un peu plus de luminosité, ce qui nous permet de deviner un peu plus à quoi ressemble la pièce dans laquelle nous sommes. D'énormes fauteuils sont recouverts de draps, des statues grecques sont exposées dans des coins, des débris par milliers jonchent le sol. Nous découvrons chacun de notre côté l'endroit dans lequel nous avons atterri, se demandant où nous sommes. Accidentellement, j'écrase quelque chose en verre qui se trouve par terre, je me baisse et ramasse la photographie en noir et blanc, que le jeune homme s'empresse de venir voir avec moi. Une jeune femme avec un gardevoir pose devant une magnifique fontaine. Je suis obnubilée par cette image, si bien que je ne m'aperçois pas d'un détail, qui, pourtant, a sauté aux yeux de James.

« Regarde… La photo est déchirée dans un coin. C'est bizarre. »

J'hausse les épaules, laisse retomber le cadre puis d'un signe de tête, fait comprendre à James qu'on ne doit pas cesser notre route ici. Cherchant un endroit pour sortir, nous traversons de nombreux lieux, tous plus étranges les uns que les autres. Finalement, après de multiples interrogations et craintes, nous trouvons le Graal : un escalier. Depuis tout ce temps, nous étions dans un sous-sol ? James monte les marches deux par deux, déverrouille la porte finale puis pousse un soupir de soulagement. Je le suis, moins rapidement, mais une fois sortie de cet endroit de malheur, mes yeux s'ouvrent en grand. Face à moi se trouve Butch, qui se dépêche de courir vers moi. La présence de Jessie derrière lui me bloque, et je ne cherche pas à montrer à quel point je suis heureuse de revoir mon coéquipier de toujours. Butch et moi sommes face à face à Jessie et James, la tension est palpable, l'envie de se battre est omniprésente… Mais nos pokémons manquent tous à l'appel.