Note de l'auteure :
Bonjour / Bonsoir !
Voici un petit OS que j'ai écrit assez rapidement… (Deux heures, un truc comme ça, si vous voulez le fin mot de l'histoire.) Attention, ça spoil sévère pour ceux qui suivent l'anime ou qui attendent la sortie du tome 34 en manga relié (car il me semble qu'il n'est pas encore sorti), puisque cet OS prend place pendant l'ellipse de 3 ans du dernier chapitre (le 139). Après, je ne vous empêche pas de lire, mais c'est à vos risques et périls si vous ne désirez pas être spoilés.
Je l'ai écrit il y a un certain temps déjà (deux-trois mois, dans ces eaux-là), et donc je me suis relue à ce moment-là, ce qui veut dire qu'il pourrait y avoir des tournures de phrases un peu étranges (?), des fautes de frappe / d'orthographe, ou autres.
Ensuite : on pourrait interpréter cet OS comme une sorte de RivAru (Livaï x Armin), c'est d'ailleurs dans ce but initial que je l'ai écrit, sauf que… je pense que ce n'est pas spécialement flagrant, tout compte fait. Donc tout dépend de votre jugement.
Aussi, j'espère avoir évité le OOC, même si pour ce qui est du caractère de Livaï, ce n'est franchement pas facile… Et, puisque j'y pense, bien sûr, L'Attaque des Titans appartient à Hajime Isayama et je ne fais qu'emprunter ses personnages et les éléments de l'histoire !
Et sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !
OS – Pourquoi ?
« Caporal. »
L'homme ne cilla pas.
« Ne fixez pas la mer comme ça. »
Le jeune homme était à quelques mètres du caporal, sur le quai. Mais l'autre ne bougeait pas. Il regardait sans la voir l'étendue salée.
« Ça fait un an. »
Armin hésita.
« Le Major ne reviendra pas. »
Il l'avait dit. S'il n'y avait que lui qui ne reviendrait pas. Mais le caporal ne réagissait toujours pas.
Ça fait un an. Un an depuis la fin du Grand Terrassement. Un an qu'Eren était mort. Un an que quatre-vingt pourcents de la population avaient perdu la vie. Un an que le pouvoir des Titans avait disparu. Un an. Ce fut à la fois long et court.
À part Mikasa, aucun des dix à avoir lutté contre Eren n'était retourné à Paradis. Pourquoi ? La peur. La peur d'être hués après ce qu'ils avaient fait. La peur que personne ne leur fût reconnaissant. Ils avaient tué Eren. Si pour les autres pays, Armin Arlelt était un héros, pour les habitants de l'île du Paradis, c'était Eren Jäger leur héros.
« En réalité, en ce monde, la vérité n'existe pas. Tout le monde peut devenir un dieu ou un démon. Pour peu que les autres en décident ainsi. » (1)
L'île du Paradis était peuplée de démons. Mais une poignée de ces démons avaient lutté contre les leurs. Aux yeux des autres peuples, ils étaient devenus des dieux. Les Eldiens avaient un dieu. Ce dieu, c'était Eren Jäger. Une sorte de démon aux yeux des Mahrs.
Une sorte de dieu aux yeux d'Armin aussi. Armin admirait Eren. Lui avait eu le courage de se sacrifier pour sauver les gens chers à ses yeux. La seule fois où Armin avait consciemment choisi de se sacrifier, qu'il savait qu'il allait mourir – mais il n'était pas mort –, c'était pour sauver la mère de Conny. Il y avait un tel fossé entre Eren et lui. Pourtant, c'était lui qui endossait la gloire d'avoir décapité son meilleur ami. Était-ce vraiment une gloire ?
Armin observa le Caporal – il ne devait plus l'appeler comme ça, ce terme était désormais désuet.
L'ex-Caporal-chef était celui qui garderait le plus de séquelles de cette guerre. Il ne pouvait plus marcher, sa jambe gauche ne lui répondait plus. Il restait juste vissé dans son fauteuil, à fixer l'océan sans le voir, sur les quais de Takamichi (2), une ville portuaire de Heazul, là où ils avaient trouvé refuge en attendant que les choses se tassassent à Paradis. Et dans le monde entier, d'ailleurs.
Et Armin se tenait là, à côté de l'ex-Caporal qui vivant l'aboutissement du sacrifice de tous ses camarades tel un mort vivant. Il ne parlait plus, mangeait à peine, mais refusait toute aide. Sans qu'il sût pourquoi, cela chagrinait Armin de le voir dans un tel état.
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La foule, moins dense en ce début de soirée, passait autour d'eux. Ils étaient envahis de toutes parts par les bruits de la ville. Mais aucun d'entre eux n'y faisait attention. Ils étaient seuls. Juste eux deux. Seuls devant l'immensité de la mer.
« Vous teniez beaucoup au Major, je me trompe ? »
À vrai dire, Armin aussi tenait à Hansi. Mais iel était mort. Cela affectait le jeune homme. Mais sans doute pas autant que le Caporal.
« … »
Armin n'attendait pas non plus de réponse. Près d'un an que le Caporal n'avait plus fait sortir un seul son de sa bouche. Ce n'était pas ce jour-ci que cela allait changer, non ?
« Eren vous a aussi parlé. »
Ce n'était pas une question. Il avait parlé à tout le monde, via l'Axe.
« Avant de mourir. »
C'était leur dernier contact avec Eren. Avec le vrai Eren. Avant qu'il ne remît son masque de grand méchant.
« Je n'aurais pas aimé hériter de l'Originel. »
C'était la vérité. Eren avait l'air sacrément tourmenté sans même être descendant de la famille royale. Qu'est-ce que ça devait être pour les Reiss, eux qui étaient sous influence directe du cent quarante-cinquième monarque Fritz.
« J'aurais dû sauver Hansi. »
Ce furent les premiers mots qui sortirent de la bouche du Caporal après un an de silence. Sa voix était rauque. Les mots lui brûlaient la gorge, d'autant plus que c'était dur de formuler ces pensées-là, d'autant plus que cela faisait longtemps qu'il n'avait plus parlé. Il se sentait coupable.
Armin ne savait plus quoi dire. Alors il préféra écouter le Caporal.
« J'aurais dû sauver Hansi. »
Il le redit une deuxième fois. Ça le tenait à cœur. Ça lui prenait aux tripes. Il aurait dû le sauver.
« Hansi… C'était la seule personne que j'aie jamais eu besoin de sauver, avant. Un vrai taré. Il avait failli mourir des dizaines de fois avec ses expériences sur les Titans. Pourtant il mourait pas. Pourquoi ça a changé ? À un moment… On a appris la vérité. Alors : plus d'études sur les Titans, on avait tout compris d'eux. C'était plus eux qui nous menaçaient. Hansi, c'était plus le binoclard maboul que j'avais connu. Pourquoi les choses ont-elles pris une telle direction ? »
Armin resta muet, à son tour. Il comprenait. Il y avait eu une sorte de déclic. Et, du jour au lendemain, ils avaient changé. Tout s'était terni. Tout s'était teinté de sang.
« Il y a… des gens que vous vouliez sauver ? »
Armin prit soin d'utiliser le passé. Parce que c'était fini, le Caporal ne pourrait plus sauver personne.
« Des centaines. Ma mère. Isabel, Furlan. Faragon (3). Petra, Erd, Auruo, Gunther. Nanaba, Gelgar. Mike. Nifa. Peut-être même Kenny. Marlowe. Erwin, Sasha, Hansi… Eren. Tous les soldats qui ont donné leur vie pour une cause aujourd'hui dépassée. »
Et encore. Il y avait tellement de gens qui avaient perdu la vie au sein du Bataillon d'Exploration. Alors…
« … Pourquoi ? »
Une plainte. Un gémissement de désespoir.
« Pourquoi quoi ?… »
Armin espérait se montrer doux.
« Pourquoi est-ce toujours moi qui reste en vie ? »
C'était un sanglot. Qui se mua en cri.
Le Caporal avait les mains crispées sur le tissu de son pantalon. Les épaules voûtées. Le corps pris de tremblements.
Et il pleurait.
Les larmes ruisselaient sur ses joues. Il poussait des geignements.
« Pourquoi est-ce toujours moi qui souffre ? »
Ces mots furent entrecoupés de hoquets.
Armin en fut soufflé. Il avait toujours considéré le Caporal comme une sorte de surhomme. Mais ce n'était plus le Caporal.
Non. L'homme qui se tenait là, à côté de lui, c'était Livaï. Juste Livaï. Et Livaï n'était pas insensible. Il avait mal. Probablement depuis des années. Peut-être depuis toujours. Il avait mal et il repoussait la douleur.
Mais aujourd'hui… Aujourd'hui, plus besoin de repousser la douleur. Tout était fini et il pouvait la libérer, l'extérioriser.
Et Armin ne pouvait que l'encourager. Il devait l'aider.
« Sache juste que, désormais, tu es investi à la fois de l'esprit d'Erwin et du pouvoir d'un Titan. (4)
– Jamais tu ne remplaceras Erwin. Mais il est évident que tu possèdes certaines qualités hors du commun. Aussi… Fais en sorte qu'on n'ait pas de regrets. » (5)
Non, bien sûr… C'était son souhait le plus cher. Que personne n'eût de regrets. Ni Livaï, ni Eren et Mikasa, ni lui, Armin.
Alors il s'agenouilla devant Livaï. Le visage de l'homme était baigné de larmes, mais il ne faisait rien pour les essuyer. Il continuait de pleurer. Armin le prit dans ses bras. Il le serra entre ses membres, contre son torse, même si Livaï ne lui rendit pas cette étreinte.
« Livaï… Je ne peux sans doute pas comprendre l'ampleur de votre tristesse, mais… Je suis là. Souvenez-vous-en. Je ne vous laisserai pas tomber. Accrochez-vous. C'est… C'est vous qui avez choisi de me ramener à la vie… Je me dois de vous exprimer toute ma reconnaissance… »
Armin ne se rendit pas compte qu'il pleurait aussi, que sa voix se brisait. Il ne savait pas réconforter les gens, il ne pensait plus. Les mots sortaient juste de sa bouche, en phrases décousues.
Et Livaï pleurait aussi. Non pas parce qu'il était triste, mais parce que c'était un véritable soulagement. Il laissait la douleur partir. Pas comme à la fin de la bataille. Là, il s'était retenu. Maintenant, il avait l'impression que les larmes ne cesseraient jamais.
Mais il y avait Armin.
Même s'il ne lui rendait pas son étreinte – Livaï ne savait pas comment s'y prendre.
Il y avait Armin.
Et Armin serait là pour l'aider.
Alors, peut-être que ça suffisait. Peut-être qu'il pouvait vivre.
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FIN
Les notes :
1. « En réalité, en ce monde, la vérité n'existe pas. Tout le monde peut devenir un dieu ou un démon. Pour peu que les autres en décident ainsi. » Citation d'Eren Kruger, tirée du tome 22, chapitre 88. J'ai recopié mot pour mot ses paroles.
2. Takamichi : C'est un prénom mais je n'avais pas trop d'idées de nom de villes qui fasse « japonais ».
3. Faragon : Probablement personne ne se souvient de lui, mais c'est le premier chef de Livaï, lorsqu'il rejoint le Bataillon d'Exploration. Keith Shardiz demande à Faragon de prendre les trois ex-voyous (Livaï, Isabel et Furlan) dans son escouade.
4. « Sache juste que, désormais, tu es investi à la fois de l'esprit d'Erwin et du pouvoir d'un Titan. » Paroles de Hansi, tirées du tome 21, chapitre 85.
5. « Jamais tu ne remplaceras Erwin. Mais il est évident que tu possèdes certaines qualités hors du commun. Aussi… Fais en sorte qu'on n'ait pas de regrets. » Paroles de Livaï dans le tome 21, chapitre 85 encore.
Note de fin :
Et voilà ! Ai-je réussi à transmettre une quelconque émotion au travers de ce texte ? À vrai dire, je ne sais pas trop moi-même, mais je suis assez insensible, et c'est moi l'auteure, donc mon jugement n'est pas très objectif…
Donc, si vous avez le temps, j'espère que vous laisserez votre avis là-dessus…
