Une réembauche possible
Didier ne se sentait pas bien du tout, il était vraiment stressé et sentait son t-shirt tremper complètement parce qu'il transpirait comme par permis. Il n'était pas du genre à suer fortement (il ne savait même pas s'il connaissait quelqu'un dans cette situation-là mais il essayait juste d'échapper au problème qu'il était sur le point d'affronter), mais à cet instant, il était tellement paniqué qu'il n'arrivait pas du tout à rester calme et sérieux alors que c'était vital. Il inspira fortement, secouant ses mains au bout de ses bras pour essayer de trouver son calme et s'avança finalement jusqu'à la porte du bureau pour toquer. De l'autre côté, il put entendre une voix qu'il connaissait très bien lui dire qu'il pouvait entrer mais il resta figé quelques secondes, pas très courageux, avant de mettre les pieds dans la pièce.
Derrière le bureau, installé dans un grand fauteuil en cuir, le docteur Maison était en train de lire un rapport médical. Il leva la tête avec bonne humeur mais son sourire se figea pour disparaître ensuite très vite quand il le reconnut. Didier réfléchit à ses options. C'était peut-être le bon moment pour fuir, il ne savait pas où, ça lui serait très certainement fatal, mais il préférait ça que faire face à son ancien patron. Ce n'était pas quelque chose de facile à expliquer mais affronter les pires criminels du monde lui semblait dérisoire alors qu'il faisait face au docteur Maison qui ne souriait pas, mais alors pas du tout. Il savait parfaitement que lorsque le docteur ne souriait pas, c'était que les choses n'allaient vraiment pas.
« B- Bonjour docteur Maison. »
Il repensait à Kiddy qui lui avait proposé de l'accompagner et il regrettait d'avoir refusé juste pour avoir l'air cool.
Le médecin resta assis et joignit ses doigts ensemble devant son visage, les coudes posés sur le bureau.
« Bonjour monsieur Traoul. Que puis-je faire pour vous ? »
Il n'était plus courageux du tout là, il comprenait à présent ce que ressentaient les Croute quand ils avaient peur et faisaient des syncopes car il voulait faire la même chose. Peut-être que ça l'épargnerait d'une conversation douloureuse dont il devinait très bien l'issue.
« Je… Je sais que j'ai été un très mauvais docteur lorsque je travaillais ici, au LSMS.
- En effet. Si je ne m'abuse, je vous ai d'ailleurs viré à cause de votre incompétence inégalable. »
Didier grinça des dents. Il s'y était attendu mais la façon qu'avait le docteur de lui parler lui fit quand même mal. Il n'espérait même plus que les choses ne finissent pas par un coup de pied dans son arrière-train.
« En… En effet, et je suis là par rapport à ça aujourd'hui. Je… Je voudrais que vous me réengagiez. »
Le docteur Maison lui répondit par un rire qui voulait clairement dire qu'il avait effectivement envie de lui botter le cul hors de son hôpital. Didier joignit ses mains ensemble pour tirer sur les peaux mortes afin de camoufler son stress mais il était plutôt certain que la gueule qu'il t'irait le trahissait.
« Qu'est-ce qui vous fait croire, espérer même, que vous méritez de revenir ? Franchement, si je vous ai viré, c'est pour une bonne raison, plusieurs même, tellement que je ne saurais par où commencer.
- Je sais ! Je sais très bien que vous aviez d'excellentes raisons pour ça mais je vous en supplie, j'ai besoin de ce travail. »
Le regard du docteur Grégoire Maison était encore plus sombre, il avait l'impression de creuser sa propre tombe. En fait, il y avait de grandes chances pour que ce soit ce qu'il se retrouve obligé de faire dans quelques instants. Quitte à y rester, il tenait à finir sa plaidoirie, il fallait qu'il donne tous ses arguments, il voulait sincèrement revenir au LSMS et il fallait qu'il le fasse comprendre.
« Je suis parfaitement conscient de mes erreurs. Déjà, à cause de mon nombre effroyable de comas, j'étais en réalité plus un poids pour les autres docteurs qu'un véritable soutien. Je veux dire, j'ai certainement fait autant de comas que les Croute, c'est pour dire à quel point je suis conscient que c'est un problème.
- Je ne vous le fais pas dire.
- Et je sais aussi très bien que m'associer avec les Vagos, céder à cette tentation et accepter leur argent en les aidant quand ils me le demandaient, c'était mal. J'aurais dû rester intègre, digne, respectueux du titre qui m'avait été donné en tant que médecin et rien de ce que je pourrais dire ne changera cela. »
Il avait vraiment du mal à le convaincre mais trouver les mots justes, ce n'était pas facile.
« Mais j'ai au moins pu aider des gens de cette façon ! Même si les Vagos sont un gang et ont fait des dégâts non considérables dans cette ville, notamment en manquant d'entrer en guerre contre les Families pour une stupide histoire de couleur, ils savaient qu'ils pouvaient compter sur moi pour les soigner et j'ai toujours très bien fait mon travail sans chercher à briser l'ordre du secret médical et en respectant leur intimité ! »
Le docteur Maison baissa les yeux pour jeter un regard à son téléphone qui s'éternisa. Il se moquait ouvertement de ses excuses mais il n'avait pas d'autres choix que de continuer.
« Et je sais que j'ai fait des choses qui ont contrarié mes collègues et leur ont porté préjudice ! Après tout, Vanessa n'a pas hésité à me retirer un rein quand les Families lui ont ordonné et je l'ai motivée à faire une Fleeca comme enterrement de vie de jeune fille, et Bazil a certainement quitté la ville à cause de ma demande en mariage qui était puérile et insultante alors que Vanessa l'avait rejeté auparavant alors il a dû me trouver horrible et je l'ai certainement dégouté de Los Santos et- »
Le docteur Maison releva les yeux sur ses derniers mots et la façon dont il le regarda lui fit complètement oublier ce qu'il était sur le point de dire. Il bafouilla avec difficulté et essaya de se reconcentrer, de se rappeler de ce qu'il avait fait de mal, mais il s'était perdu alors il passa au point suivant.
« Et- Et je sais très bien que je n'ai pas mon diplôme de médecin mais en même temps, je sais que je ne suis pas le seul dans ce cas et même si d'autres n'avaient pas leur diplôme, ils ont fait un travail incroyable, comme Titouan qui- Merde ! Non, oubliez ça s'il vous plait ! Je n'ai donné aucun nom, il n'y a que moi qui n'ait pas mon diplôme, les autres sont tous des médecins confirmés par pleins de diplômes et de papiers et d'années d'études, ce genre de choses, s'il vous plaît ne renvoyez pas les autres.
- Je suis au courant qu'il n'y a que Vanessa qui a son diplôme.
- Pardon ?
- Franchement, vous me prenez pour un incompétent ? Évidemment que j'ai vérifié l'expérience des gens qui travaillent ici dans mon hôpital.
- Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, vous êtes très compétent et vous avez juste omis de le vérifier pour moi mais ce n'est pas grave, je ferai semblant que vous m'aviez juste pris en stage si on me demande, comme Antoine et Daniel, je suis doué pour faire semblant. »
Le docteur Maison soupira et se pinça l'arête du nez.
« Fermez-la, monsieur Traoul.
- Oui docteur Maison. Désolé. »
Le docteur Maison se leva enfin et fit lentement le tour de son bureau pour s'avancer vers lui.
« Vous n'êtes pas très malin, hein ?
- Non, désolé.
- Vous croyez vraiment que le docteur Lombrick est parti à cause de vous ? Vous n'êtes pas le centre du monde, c'est très égocentrique de votre part de croire le contraire.
- Je suis désolé, ce n'est pas du tout-
- Le docteur Lombrick est parti parce qu'il en avait envie. Et si vous tenez à éviter un coup de fer 9, ne répétez pas ce genre de connerie à n'importe qui.
- Bien sûr docteur Maison. »
Il voyait très bien de qui il parlait, il était loin d'être idiot. Il se demandait juste pourquoi le directeur du LSMS lui disait ça.
« Vous avez fait tellement de conneries que même si vous essayiez de toutes les énumérer, je ne suis pas certain que vous y arriveriez.
- Bien sûr. Vous avez raison…
- Pourquoi voulez-vous revenir au LSMS ?
- Je… Je veux rester à Los Santos. Je ne peux pas me marier alors avoir un travail stable est la seule façon d'assurer cela. Los Santos est tout pour moi. Et- Et j'aime sincèrement travailler au LSMS ! Je sais que j'ai dit que je soignais les Vagos mais il y a d'autres personnes qui ont besoin de mon aide, Antoine, Daniel, ils font énormément de comas, et Kiddy. Kiddy, il… il a besoin de moi. Si je n'ai pas de travail, je ne peux pas payer ma partie du loyer. Enfin… enfin avec son travail pour monsieur de Donatien, il a sûrement de quoi payer en fait mais peut-être qu'il a besoin de moi pour quelque chose d'autre… »
Il détourna le regard, observant la ville sous la pluie au travers de la fenêtre. Il ne se croyait même pas lui-même. Bien sûr que Kiddy n'avait pas besoin de lui avec tout l'argent que son travail en tant que garde du corps lui ramenait, il devait plus être une gêne qu'autre chose. Il sentit sa gorge se serrer. Il ne voulait pas partir, il ne voulait pas quitter Kiddy, les Croute, son travail, cette ville… Il se laissa tomber à genoux devant le docteur et attrapa une de ses mains.
« Je vous en supplie, à genoux, laissez-moi revenir. J'ai sincèrement aimé être docteur, j'étais heureux de travailler avec tout le monde, même si Vanessa, vous, tout le monde me détestait. Je n'ai pas besoin de l'affection des gens, je ne faisais pas ce travail pour ça, et je ferai de mon mieux pour devenir un meilleur médecin si vous vouliez bien me reprendre. »
Le docteur Maison sembla être moins en colère, mais vraiment crevé.
« Vous savez qu'ils ont lancé une pétition ?
- Pardon ? »
Il regarda le directeur de l'hôpital chercher quelque chose sur son téléphone avant de le lui montrer. C'était une pétition, effectivement, intitulée « Laissez le docteur Traoul redevenir docteur ! ».
« Les Croute et Kiddy, ils ont lancé une pétition pour que vous retrouviez votre travail. Ils tiennent à vous. »
Il n'eut pas le temps d'en voir plus que l'écran s'éteignit, mais il se sentit étrange à cette découverte. Il n'en savait rien il y avait encore que quelques instants, il était sincèrement surpris et il sentit ses yeux piquer mais il essaya de se retenir pour ne pas pleurer parce que ce n'était pas du tout professionnel. Le docteur Maison ne le remarqua pas, ou alors il ne dit rien à ce sujet.
« Vous savez, pour qu'une pétition soit validée, il faut qu'il y ait au moins 100 signatures. »
Il serra des dents. Evidemment…
« Et comme vous le savez, avec les départs, temporaires et définitifs, des gens de Los Santos, nous n'atteignons clairement pas ce chiffre alors même si tout le monde ici avait signé, la pétition n'aurait jamais été considérée comme une vraie.
- Je… Je m'en doutais un petit peu, docteur Maison.
- 25 personnes ont signé. C'est pas mal. Les Croute, Kiddy, les Vagos, certains flics… Beaucoup de gens semblaient vouloir que vous reveniez.
- Ouais, c'est vraiment adorable de leur part.
- Relevez-vous, cher ami. »
Didier fut sincèrement surpris que le docteur Maison l'appelle comme ça. Le directeur appelait tout le monde ainsi mais lui, il ne lui semblait pas qu'il le méritait et c'était vraiment bizarre. Il finit par obéir, ne sachant pas du tout comment agir.
« Vous savez, Kiddy est venu me voir quand il s'est rendu compte que la pétition n'allait pas fonctionner. Je ne crois pas qu'il l'ait dit aux Croute, car c'était leur idée, il ne voulait pas qu'ils soient tristes de ne pas avoir pu vous aider alors il m'a demandé de vous reprendre. Il a voulu me donner de l'argent.
- Oh, ça ne m'étonne pas de sa part, ça… »
Le docteur Maison lui adressa un drôle de sourire. Didier aimait à penser qu'il comprenait les gens, mais là, il ne savait pas comment l'interpréter.
« Je vais vous reprendre, cher ami. J'accepte de vous laisser une seconde chance, pas que je sois entièrement convaincu que vous le méritiez. Nous avons besoin d'effectifs, tout le temps, et vous avez vraiment l'air motivé.
- P- Pour de vrai ?
- Bien sûr.
- Est-ce que vous me reprenez uniquement pour que les Croute ne soient pas tristes ?
- Non, je vous reprends parce que je le veux bien. Je ne vais pas céder à quelques larmes, je ne l'ai pas fait avant, je ne le ferai pas aujourd'hui. C'est de ma volonté propre que je vous accepte, mais vous pourrez remercier Kiddy qui a donné de bons arguments malgré tout.
- Merci docteur Maison, je-
- Si vous me décevez, je vous briserai les mains moi-même pour que vous ne puissiez même plus vous reconvertir en tant que musicien. »
Didier n'avait pas la moindre idée de la façon dont il devait interpréter ça et il décida de prendre la menace sérieusement, au cas où. Il ne tenait absolument pas à se mettre son patron à dos alors qu'il était sur le point d'être réembaucher. Le docteur Maison alluma sa radio qui se mit à grésiller.
« Docteur Maison à toutes les unités, j'ai réengagé le docteur Traoul pour qu'il puisse nous aider. Il lui est interdit pour les trois prochaines semaines de bosser seul alors vous devrez vous le coltinez car j'ai la flemme. »
Didier entendit quelques voix dans la radio du docteur Maison mais aucune qu'il put réellement comprendre alors il ne sut pas ce qu'il se disait, puis son directeur posa sa main sur son épaule.
« Bon retour parmi nous, docteur Traoul.
- Merci infiniment docteur Maison, vous ne le regretterez pas.
- Je le regrette déjà, à vous de me prouver que j'ai tort de regretter. »
Il ne rétorqua pas à cela, sachant très bien que c'était vrai et qu'il allait devoir redoubler d'efforts pour prouver qu'il était aussi digne que les autres médecins du LSMS, mais il comptait bien faire tous les efforts nécessaires pour ça.
