Je me rappelle de ce qu'elle me disait... à propos de cet endroit qui lui apportait tant de paix... Et me voilà, sur cette plage, assise sur le sable fin, à attendre.

Attendre quoi ? Je ne sais pas. Sûrement pas son retour... je sais que je ne la reverrai pas. Jamais. Mon cœur se serre. Pourquoi se serre-t-il ? Elle m'a mentie, depuis le début. Elle m'a trahie. Elle a toujours été de mèche avec l'ennemi.

Mes larmes s'échappent dans un flot de regrets. Tout en elle, absolument tout, respirait la sincérité... et j'ai préféré ne pas le voir parce que j'étais blessée et qu'il m'était plus facile de fuir que de lui parler. Plus facile d'hurler que de l'embrasser. Plus facile de nous briser, que de nous réparer.

« Je t'ai choisie ! »

Celui-là me hante encore.

« Ils te voulaient. Mais je t'ai choisie à la place. »

Son cri, ses larmes, son désespoir... Il était plus facile de la blâmer que d'essayer de comprendre ce qui l'avait poussé à devenir ce qu'elle était.

Ce bleu océan... voilà bien une force et une beauté qui lui rendent justice.

Je l'aperçois soudainement, se dirigeant vers moi dans son uniforme cérémonial, un grand sourire sur ses lèvres. J'ai l'impression que la terre s'effondre sous mes pieds, je n'y crois pas, je ne peux pas y croire, je ne veux pas y croire.

Je me relève d'un geste maladroit, je manque de tomber en arrière.

Puis... elle s'arrête et se tourne vers la vaste étendue d'eau.

Je l'admire de loin, dans un premier temps. Je n'ose pas m'approcher. Sa présence m'intimide, pourtant, je n'ai jamais ressenti ça auprès d'elle. Peut-être est-ce parce que je me sens coupable d'être partie sans me retourner. D'être partie, sans lui avoir donné la chance qu'elle recherchait... auprès de moi.

Je ressers mes poings et prends une grande inspiration. Il le faut. Il faut que je lui parle, que je lui dise, qu'elle m'explique.

Mes larmes redoublent d'intensité. Mes pas sont lourds, ma gorge se noue, mes mains tremblent. Elle n'est qu'à quelques dizaines de mètres de moi, j'ai pourtant l'impression que la Muraille de Chine nous sépare.

Je continue d'avancer, petit à petit. Mon cœur s'emballe, ma respiration perd son rythme normal.

Mais quand j'arrive à son niveau, je vois son corps disparaître peu à peu. Son visage a le temps de se retourner vers moi, quelques secondes avant de disparaître à son tour. Ses yeux d'un bleu hypnotisant, ses yeux d'un bleu océan... ses cheveux, ses lèvres, son visage...

Malgré tout ce qu'elle a fait, toutes les personnes qu'elle a assassinées... Je ne pourrai jamais la détester. J'en suis tout bonnement incapable.

Et dans ce même bleu océan, je fais un vœux. Celui qu'où qu'elle soit et quoi qu'elle endure, qu'elle arrive à s'échapper et à se sauver d'elle-même.