Bonjour chères lectrices ! Tout d'abord, je voulais vous dire que j'étais navrée de ne pas avoir pu vous offrir la suite de cette histoire pendant le confinement, ça nous aurait bien aidé à tenir… Mais pour une sortie de confinement je trouve que c'est aussi pas mal héhé ! A dire vrai, pendant le confinement j'ai écrit un nouveau roman que je compte présenter en maison d'édition, et j'ai eu ensuite beaucoup de mal à me remettre à cette histoire

Je vous poste le premier chapitre pour vous mettre en appétit, mais je n'ai aucune idée de quand je pourrais publier la suite et de si j'arriverai à poster régulièrement. Mais une chose est sûre, c'est que cette histoire est belle et bien en cours d'écriture et que je déclare ouverte la suite des aventures d'Aphrodite et Vénus !

Alors, en espérant que ce premier chapitre vous plaise, enjoy !


Je pose ma main sur le ventre nu de Clarke. Son crop-top en laine ne dupe personne, je sens une chair de poule sur sa peau. CLIC. Je pose à présent mes lèvres sur sa clavicule et dirige mon regard vers son décolleté. CLIC. Elle passe sa main derrière pour la poser sur ma nuque. CLIC. J'ajoute ma deuxième main, à présent j'enroule le buste de Vénus avec amour. CLIC.

— Lexa ?

— Oui ?

— Avant de retirer le haut de Clarke, tu veux bien te poster devant elle, coller ton front au sien, en mettant le bout de tes doigts sur le bas du pull ?

La demande très précise d'Anya me fait sourire. Alie nous avait envoyé une ébauche de scénario pour cette première séance photo officielle d'Aphrodite et Vénus. On sent la jeune réalisatrice à moitié à l'aise avec ce nouvel exercice. Elle a l'habitude de diriger des films, pas des shootings photo. De temps à autre, c'est Sinclair qui donne de sa présence pour nous indiquer une meilleure courbure du dos à prendre ou un profil à présenter plus qu'un autre.

Et c'est la seconde fois que sur le plateau Clarke et moi sommes aussi à l'aise. Je ne le suis pas totalement car je n'aime toujours pas l'exercice des photos — même si le fait de savoir qu'il ne sera pas suivi d'un tournage me détend un peu. En revanche, je sens ma partenaire parfaitement bien. L'alchimie qui règne entre nous nous permet de nous laisser aller et d'offrir à nos deux spectateurs des poses qui, je le sais, ravirons Alie. Cette dernière voulait avoir le premier mois de l'Empire d'Aphrodite et Vénus déjà prêt avant de mettre en ligne la toute première vidéo : le trio avec Raven. Nous avions, depuis ce trio destiné à sortir la première semaine du mois de janvier, déjà réalisé la vidéo duo pour la deuxième semaine, nous étions actuellement en train de réaliser la séance photo pour la troisième semaine, et avant la fin de l'année nous devions tourner la dernière vidéo, un autre duo.

La première vidéo duo d'Aphrodite et Vénus que Clarke et moi avions tournée quelques jours plus tôt avait été comme une consécration de notre réconciliation. A cause des révisions dues à ses examens trimestriels qui approchaient, nous n'avions pas pu nous retrouver dans l'intimité avant le tournage. Il avait donc constitué en un parfait lieu de « réconciliation sur l'oreiller ». Néanmoins, l'idée de lui avoir fait l'amour devant un public plutôt que dans l'intimité m'inquiète un peu encore aujourd'hui. Je redoute que, comme à nos débuts, nous n'arrivions pas à être nous-mêmes lorsque enfin nous aurons le temps de nous voir seule à seule. Mais je laisse là ces préoccupations pour revenir à l'instant présent.

Après une légère caresse sur sa hanche, je me sépare de Clarke pour me placer face à elle. Nous sommes toujours debout devant le lit king-size du studio au second étage. Alie avait décidé que ce serait la chambre officielle du couple. Je ne verrais donc plus jamais le premier étage. Pour répondre au désir d'Anya, je me place face à la blonde, j'entends quelques clics d'appareil photo qui m'apprennent que Sinclair est toujours autant passionné par son métier, et viens coller mon front contre celui de Clarke. J'agrippe le bas de son pull du bout des doigts et nous nous figeons pour laisser loisir au photographe de capturer l'instant. Après un moment, Clarke décide, de son initiative, d'enrouler ses bras autour de mon cou. Et plus les photos passent, plus elle a des propositions qui semblent ravir l'ensemble des participants. A force, moi aussi je me mets à avoir des idées.

Nous suivons néanmoins la trame de la pseudo histoire construite par la patronne. C'est le moment pour que j'aide ma partenaire à retirer son haut. Sinclair prend plusieurs photos du mouvement et en un rien de temps nous nous retrouvons toutes les deux en sous-vêtements. Je n'ai pas l'habitude de cette situation. D'ordinaire, lors des séances photos, toute l'équipe est sur le plateau. Là, l'intimité faussement créée par l'unique présence d'Anya et Sinclair, me gêne un peu. Comme si nous allions finir par coucher ensemble tous les quatre. Cela me ramène à mon passé, lorsque qu'après la mort de Costia, Alie me filmait seule et que nous finissions par faire l'amour elle et moi.

Je pousse Clarke sur le lit, elle tombe en arrière avec un petit rire. Nous recommençons la manœuvre plus de dix fois pour obtenir une photo exploitable.

— J'ai le tournis, s'exclame Clarke après son dernier rebond sur le lit.

— On peut faire une petite pause si tu veux, lui propose Anya.

— Non, ça va aller… C'était juste pour me plaindre !

Son ton espiègle nous tire un sourire à tous. Je grimpe la rejoindre et me poste à califourchon sur elle en me mordant la lèvre inférieure — cette morsure, par exemple, est de ma propre idée. Ses mains trouvent mes poignées d'amour, je dois me retenir pour ne pas foncer sur sa bouche. C'est là que je me rends compte que cette année, en espérant que cela ne soit qu'une année, à jouer l'amoureuse devant un public allait se révéler compliquer. A chaque fois que mon regard tombe dans celui de Clarke j'ai envie de l'embrasser avec fureur et passion, mais sous le joug d'un scénario, et sous les yeux d'une équipe, j'allais devoir faire des efforts.

Pendant que Sinclair évolue tout autour pour nous bombarder, je descends une bretelle du soutien-gorge en face de moi, Clarke finit par le retirer d'elle-même pendant que je me débarrasse du mien.

— Lexa, intervient Anya, si tu veux bien donner un baiser sur la culotte de Clarke.

Je m'exécute, puis l'ordre de nous déshabiller est donné. J'essaie pendant cinq minutes de faire abstraction du public, mais puisque nous devons mettre des arrêts entre nos positions pour les photos, c'est peine perdue. Il vaudrait mieux que j'applique une dissociation pareille à celle que nous avions instaurée avec Costia. Nous jouissions dans l'intimité et simulions à l'écran. Avec Clarke, il est évident que nous n'allons pas appliquer cette règle étant donné l'intensité de nos échanges sur les plateaux. Je peux néanmoins essayer de mettre mes sentiments de côté pour aujourd'hui et tenter de ne la regarder que comme Vénus.

Elle place son visage entre mes cuisses pour y déposer un baiser. Vénus m'embrasse vraiment, me forçant à retenir un souffle trop fort. Je ne me retiens néanmoins pas de m'agripper à la bordure du matelas, le soucis du détail plaira à Alie. Un baiser sur ma cuisse, ma main dans ses cheveux, un baiser sur le plat de mon ventre, ma poigne derrière sa nuque, une morsure d'un téton, ma main agrippe ses épaules. Nous nous embrassons. Réellement. Vénus s'évapore dans mon esprit pour laisser place à Clarke… Je n'y arriverais jamais… Mes entrailles ont bien trop saisie qu'il s'agissait de l'unique même personne. Nos bouches se dessoudent et nous nous regardons encore. « Je t'aime » veut lui crier tout mon corps. Ma vision se trouble et la nuit se fait.

J'entends Sinclair et Anya râler et je comprends que ce n'est pas mon esprit qui a disjoncté mais bien la lumière qui s'est évanouie. Je sens Clarke profiter de l'obscurité pour m'embrasser une dernière fois et elle se décolle de moi, avant que les yeux de tout le monde ne s'habituent à la pénombre et qu'ils s'aperçoivent que nous ne jouons plus.

— Je vais voir ! s'exclame Sinclair. J'ai les clefs du local dans la poche.

Il quitte la pièce en laissant la porte ouverte. La lumière du couloir est éteinte elle aussi et à cet étage la lumière du jour ne peut pénétrer. Tout comme dans cette chambre dont les fenêtres donnent sur une autre pièce qui accueillent les projecteurs censés nous éclairer. Anya finit par attraper son téléphone pour en allumer le flash qu'elle dirige au plafond. Le blanc clair de la peinture reflète assez de la lueur pour que je puisse voir Anya venir vers nous.

— Je peux ? fait-elle en montrant le bord du lit.

Clarke et moi nous redressons, lui disant qu'évidemment elle peut s'asseoir près de nous. Mais avant de prendre place, Anya fait demi-tour pour attraper nos peignoirs au porte manteau.

— Merci, répond Clarke en se couvrant les épaules.

Je n'ai pas envie d'enfiler le mien mais je le fais quand-même. Je n'en vois pas l'utilité puisqu'il fait presque noir et que lorsque la lumière reviendra nous nous remettrons directement complètement à nu.

— J'ai entendu dire que le dossier contre Jaha avançait bien, lance Anya avec un désir réel de vouloir s'informer sur la situation.

— Oui, répond Clarke, il ne reste plus que mon témoignage…

On y voit un peu plus clair à présent et je distingue la honte sur le visage de la blonde. Honte qu'elle ne devrait pas ressentir mais qu'elle ne peut s'empêcher d'éprouver. Elle se sent salie par Jaha, et comme la plupart des victimes, elle se sent coupable.

— J'aurais bien aimé pouvoir plus contribuer à faire tomber cette ordure, ajoute Anya, mais comme je ne suis pas une actrice il ne m'a jamais touchée…

— Tu as témoigné de ce que tu avais vu, la rassuré-je, c'est déjà beaucoup. Tu accrédites la parole de certaines filles, et c'est de ça qu'on a besoin, croiser et recouper les faits pour qu'il ne puisse pas nier.

— C'est comme le principe du vote, ajoute Clarke. Un vote seul semble ne pas compter, c'est l'addition de tous les votes, de tous les témoignages, qui a un impact. Et j'apporte mon vote cet après-midi…

— Ça va aller.

Anya et moi l'avons prononcé en même temps. J'allie une étreinte à la parole en serrant les épaules de Clarke entre mes mains. Nous n'avions jamais réellement parlé de son témoignage. Roan serait là, et moi aussi, comme j'avais été présente avec chaque fille. Alie tenait à ce que je sois témoin et porte-parole.

— Vous avez trouvé un avocat ? s'enquiert la réalisatrice.

— Oui, lui répond tout de suite Clarke, le père de ma meilleure amie accepte de nous représenter. Il a beaucoup aimé l'idée d'Alie de monter un dossier de témoignages.

— Ça tombe à pique qu'il soit avocat !

— Oui, sur ce coup on a eu de la chance.

— Hé ! m'exclamé-je. On ne peut pas être perdantes sur tous les points. On a assez vécu de malheurs comme ça. Alors, réjouissons-nous d'avoir un avocat en lequel on puisse avoir entièrement confiance. Je pense qu'on peut même aussi se réjouir d'une future victoire.

— Tu sais ce qu'on dit, répond Anya, ne jamais crier victoire trop vite. Mais oui, c'est bien parti pour l'instant. J'espère vraiment que vous aurez gain de cause.

— Que nous aurons, rectifié-je.

— Je… j'ai du mal à m'inclure dans l'histoire…

— Le fait qu'il ne t'ait pas harcelée directement, rebondit Clarke, ne veut pas dire que tu ne peux pas être avec nous.

— Ce n'est pas ça… Je m'en veux de n'avoir rien dit ou rien fait. Je ne l'ai vu mettre que trois ou quatre mains aux fesses depuis que je suis ici, mais c'était déjà trop. Et j'ai laissé couler.

— Comme tout le monde, se lamente Clarke, c'est à cause de sa position, pas d'une quelconque lâcheté.

— Oui mais, jamais je n'aurais dû me taire... pas après… Pas après ce que j'ai vécu moi-même. Je m'étais toujours jurée que je ne me laisserais plus faire et que je protégerai les autres, j'en ai été incapable…

A travers la lumière blanche de son flash je vois les traits d'Anya se déconfire. C'est la première fois que je la vois dans cet état, elle qui est d'habitude si joyeuse comparée à Indra qui se montre souvent sous un visage froid. Clarke glisse sur le matelas pour se retrouver aux côtés de la jeune réalisatrice. Je distingue leurs épaules entrer en contact, la blonde pose sa main sur le genou d'Anya.

— Toi aussi tu as été victime…

Clarke ne termine pas sa phrase, ne voulant sûrement pas prononcer de bêtises ou de vérité qui s'encreraient dans une réalité trop difficile en fusant dans l'air.

— Oui… Avant d'arriver chez LFS je travaillais déjà dans ce milieu, pour la pornographie plus classique. En tant que femme je n'ai jamais vraiment été laissé tranquille, mais à mon dernier poste c'était pire que tout… Je… Je vous passe les détails, mais j'ai dû démissionner parce que je ne pouvais plus supporter de me rendre sur mon lieu de travail. Le mec en question s'est est sortie. Évidemment, j'ai rompu mon contrat avant de l'accuser… J'ai voulu fuir ce milieu mais je suis tombée sur une annonce d'Alie. Ce poste m'a sauvée en quelque sorte. J'ai pu arriver dans une ambiance de travail bienveillante et joyeuse. J'ai pu oublier ce que j'avais vécu. Alors, quand j'ai vu Jaha dépasser quelques limites, je suppose que j'ai préféré ne pas voir, pour ne pas faire remonter les souvenirs douloureux…

— Tu n'as pas le droit de t'en vouloir pour ça, la rassure Clarke. Ce n'est pas de ta faute et c'est légitime que tu aies préféré fermer les yeux.

C'est drôle. Alors qu'elle n'arrive pas à se pardonner, Clarke parvient à donner à Anya les conseils qu'elle devrait s'appliquer à elle-même. Je veux ajouter quelque chose pour appuyer les propos de ma petite amie mais la lumière qui se rallume nous interrompt. Comme gênée tout à coup par la luminosité trop grande, Clarke s'éloigne du corps d'Anya. Était-ce la pénombre qui nous avait permis d'avoir cette birbe de conversation ? Jamais je n'avais échangé avec Anya, et j'en avais appris en quelques minutes, plus qu'en toutes ces années.

— Les plombs avaient sauté, nous explique Sinclair lorsqu'il revient dans le studio. Je suppose que j'ai merdé en branchant un projo…

Il marmonne avant de ressortir.

— Le pauvre, le soutient Anya, Alie n'a pas pensé à payer un électro pour la séance photo. Je suppose que Sinclair se sentait capable de gérer sa lumière…

— Mais visiblement on ne lui a pas expliqué où brancher ses projos…

Nous rions face à la remarque de Clarke et je change de sujet :

— Il nous reste beaucoup de photos à faire ?

— Alie ne veut pas trop entrer dans les détails pour cette première palette de photographies. Elle a peur de perdre du temps à trier ou d'en proposer trop aux abonnés. On reste dans les préliminaires. J'ai encore besoin de clichés dans lesquels Lexa prend le dessus et c'est bon. Pour Clarke en position de dominante je pense qu'on a ce qu'il faut.

Le temps que Sinclair revienne, Vénus et moi nous débarrassons de nos peignoirs pour nous allonger sur le lit. Anya nous intime de changer de position, c'est donc mon corps qui se retrouve au-dessus. Heureusement, le photographe ne tarde pas, rester ainsi sous les seuls yeux d'Anya me parait étrange. Pour toute autre personne cela aurait d'ailleurs constitué en une scène totalement ubuesque. Mais Sinclair pénètre dans la pièce, empoigne son appareil photo et attend la permission de sa réalisatrice avant de dégainer.

Ma bouche se dépose sur celle de Clarke avec mon envie habituelle. Cependant, la coupure de courant m'a apaisée et j'arrive à garder mon sérieux. Le baiser n'est qu'un simulacre pour les photos, pas de langues sensuelles. Je dépose mes lèvres sur sa clavicule. CLIC. J'embrasse un sein. CLIC. Je creuse la ligne de ses abdominaux avec le bout de mon nez. CLIC. Le bout de ma langue contre sa cuisse. CLIC. Je remonte capturer sa bouche, ma main contre son sexe fade. CLIC.

— Ça suffira pour aujourd'hui, annonce Anya.

C'est comme si elle avait voulu prévenir la montée d'excitation de Clarke dont la chaleur commence à irradier entre les jambes. Je retire ma main, la laissant sur sa faim, et je m'étire avant de me redresser. Nos yeux se croient, Clarke me sourit. Une sourire sincère qui me fait fondre. Je ne suis plus l'image sur papier glacé qu'elle a idolâtrée pendant des années, n'est-ce pas ?

Sinclair pose un peignoir sur les épaules de ma partenaire, Anya m'aide à enfiler le mien. Je regroupe nos vêtements pour en former une boule sommaire et les serre contre moi. En tournage, c'est Nathan qui se charge des vêtements, mais puisque nous ne sommes que quatre aujourd'hui...

— Tu veux de l'aide pour remballer ?

Anya propose son aide au photographe qui la gratifie d'un sourire redevable. Nous les saluons et nous échappons pour revenir en loge. Clarke s'affale sur la banquette, on dirait qu'elle est exténuée. Pourtant nous n'avons pas transpiré. La douche se révèle même une idée inutile. Je pose les vêtements au sol et m'accroupis face à elle en glissant ma main sur son genou dénudé.

— Ça va aller Clarke. Il n'y aura que des personnes qui sont déjà au courant de ce qui t'est arrivé. Alie a été plus que bienveillante avec toutes les autres filles qui ont déjà témoignées. Je ne devrais peut-être pas te le dire, mais certaines ont pleuré, et je peux te jurer qu'à aucun moment Alie ou moi n'avons porté un regard accusateur, dur, ou qui les aurait mises mal à l'aise. Tu te doutes bien que Roan, vu comme il t'a défendue, saura créer une atmosphère sécurisante lui aussi.

— Tout ça je m'en doute, d'accord. Mais le jour du procès ? Ou lorsqu'on devra témoigner à la Police ? Seront-ils tous aussi bienveillants ?

— C'est pour ça qu'on a monté un dossier avec tous les témoignages. Pour permettre à celles qui n'en auront pas la force de ne pas raconter de vive voix leur histoire à des inconnus.

— Mais je suis une des seules qu'il a tentées de violer, on voudra que je parle…

— S'il n'y avait qu'une fille qui devait parler, ce serait moi. Et je suis prête à porter ce rôle sur mes épaules. Je me suis suffisamment laissée embobiner durant toutes ces années. J'en ai fini avec le silence. Mais tu n'es pas obligée d'aller dans des zones qui te mettent mal à l'aise. Et quoique tu décides, je serais là.

Ma main avait glissé doucement sur sa cuisse, dans un geste affectif uniquement. Mes yeux avaient trouvé les siens. Son regard penaud me tord les tripes. Moi aussi je me sens coupable. Si j'avais parlé plus tôt, Jaha ne lui aurait jamais fait de mal. Sa tristesse et sa peur aujourd'hui, j'en suis l'entière responsable. Même si je n'ai pas réellement tué Costia, même si c'était un accident, même si j'ai enfin accepté l'idée que je ne l'ai pas assassinée, mon esprit n'arrive pas à se soustraire à l'idée que, pour l'agression de Clarke, je suis responsable. Comme si les tourments de mon cerveau avaient eu besoin de se trouver de nouvelles horreurs pour s'en accuser et se fustiger. Je me suis tant habituée à me détester que c'est devenu un mécanisme vital. Je n'en ai pas encore fait part à Clarke, mais j'espère en être capable un jour et qu'elle m'aide à me voir autrement. Ce n'est néanmoins pas le moment. Pas tant que Jaha ne sera pas derrière les barreaux.

La main de Clarke vient se poser sur la mienne, elle l'attrape et la décolle de sa cuisse pour l'amener jusqu'à sa bouche. Elle embrasse chacun de mes doigts, les uns après les autres, avec la même quiétude. Puis, par un petit mouvement sec, elle me force à me redresser et m'attire à elle. Le magnétisme de nos passions initie un baiser que je n'avais pas prévu. Je sens qu'elle cherche à se revigorer au travers de cet échange. J'arrête l'instant pour me poser à ses côtés.

— On y va alors ? propose-t-elle.

— On s'habille avant peut-être !

— C'était évident Lexa !

Nous rions doucement. Je sens ses membres tremblant lorsqu'elle s'habille. Je dois même l'aider à boutonner correctement son chemisier. Ses paumes sont moites. J'enroule mes doigts avec les siens avant que nous sortions de la loge.

— Ce n'est pas de ta faute, lui dis-je, personne ne va te juger, tout se passera bien.

Un sourire étire le coin gauche de sa bouche. Elle délie nos doigts pour venir caresser ma joue.

— Merci de prendre soin de moi.

Je lui fais un clin d'œil et nous sortons.

Roan est devant le bureau d'Alie.

— Je n'ai pas osé frapper, avoue le jeune homme sans salutations, et en même temps j'avais peur de tomber sur Jaha.

— Je vois que je ne suis pas la seule à être stressée, ironise Clarke.

— Je veux faire au mieux pour vous venir en aide…

Et comme si notre présence lui en avait enfin donné la force, il toque. La voix de la directrice nous invite à entrer. Alie est surprise de nous voir tous les trois arriver en même temps. Trois fauteuils sont placés face à son bureau, dos au mur de photos. Clarke prend place au milieu. Je me tourne vers les photos avant de m'asseoir. En noir et blanc, Aphrodite et Vénus trônent au centre du mur. Deux photos plus grandes que les autres qui les entourent. Chacun de ces visages a déjà témoigné. Aphrodite la première, Vénus la dernière. Les souveraines ouvrent et ferment le bal. Entre temps, les récits ont été éprouvants. Chacune a eu sa façon de raconter son histoire, chacune a eu un ressenti différent de la situation. Si Ontari n'avait écopé que de mains aux fesses, elle avait pourtant semblé beaucoup plus touchée qu'Harper qui avait dû subir deux baisers volés dans le cou accompagnés d'une main habile de Jaha glissant sous son peignoir. J'avais été étonnée et très énervée d'apprendre tous ces faits. Les mains aux fesses, les yeux dans le décolleté, j'étais au courant, tout le monde l'était, mais les filles n'avaient jamais osé se raconter entre elles la véritable teneur des attaques du bourreau. Moi qui vois rarement Jaha dans les locaux, j'avais été loin d'imaginer qu'il avait autant croisé la route de toutes les autres pour en arriver à ce point. Je suis sûre alors qu'il évitait soigneusement de se rendre à LFS en mes jours de tournages, pour avoir une meilleure emprise sur moi dans les ruines des anciens locaux, pour me faire croire que j'étais la seule. Il savait que les filles ne parleraient pas, ou si peu, il savait qu'il pourrait faire passer les petits mots glissés entre actrices pour des ragots. Et Alie l'avait aveuglément cru.

Le témoignage de Gaïa m'avait aussi étonnée. Jaha avait plusieurs fois tenté de la coincer le soir lorsqu'ils prenaient le même métro. Selon la jeune fille, il n'avait jamais vraiment rien fait de très poussé à cause des témoins oculaires. Il ne s'était donc pas limité aux locaux et au lieu de mort de Costia.

— Jaha ne t'a toujours pas contactée ?

Alie vient de me sortir de ma rêverie. Je me tourne face à son bureau.

— Non, j'ai peur qu'il se doute de quelque chose.

— Ou depuis qu'il a touché à Clarke, intervint Roan, il a peut-être pris peur.

— Pourtant, il vient toujours travailler comme si de rien n'était, répond Alie.

— C'est étrange, surenchéris-je, mais le mois de décembre n'est pas encore tout à fait fini, et il pourrait aussi bien décider de me voir en début d'année. Je t'enverrai un message dès qu'il m'aura contactée, Alie.

— Bien. De toute façon, tant qu'il vient travailler, c'est qu'on l'a toujours sous la main.

— Vous savez si…

Roan hésite avant de formuler sa pensée.

— Vous savez s'il a touché d'autres filles depuis le début du recueillement des témoignages ?

Sa question me rappelle qu'aujourd'hui n'est pas uniquement le témoignage de Clarke, mais aussi celui de Roan. J'avais été présente également avec chaque membre des équipes et du personnel. Les hommes n'avaient fait que répéter et confirmer les propos des femmes. Les sexes sont bien définis dans cette affaire et pourtant, nous sommes sur un pied d'égalité. Tout le monde veut que Jaha finisse derrière les barreaux.

— J'ai parlé avec Raven, réponds-je au cameraman, elle m'a dit que certaines filles avaient peur de le fuir, comme si par ce geste de protection elles mettraient la puce à l'oreille de Jaha. Mais visiblement, il n'a pas retenté le coup. Aucune main aux fesses, aucun regard lubrique. Je pense vraiment que maintenant que Roan l'a démasqué, il se tient à carreaux.

— Tant mieux ! s'exclame Alie avec vigueur. Alors, Clarke, je crois que c'est à ton tour… Sauf si tu veux laisser parler Roan avant.

— Non, répond la blonde, je vais raconter point par point ce que j'ai vécu. Ensuite, je laisserais Roan donner sa version.

— Comme tu préfères, je t'écoute.

Alie actionne le petit enregistreur dont elle se sert depuis le début de cette enquête et s'arme d'un stylo et de son carnet que je connais bien à présent. Après chaque entretient, elle ré-écoute les témoignages pour les taper au propre sur son ordinateur. Dans le carnet, elle écrit les réactions physiques et émotionnelles survenues au cours du récit. Elle tient à être la plus précise possible.

Clarke se racle la gorge et commence d'une voix peu assurée.


Avec ce début, les bases de ce deuxième tome sont posées. On fait la peau à Jaha et l'Amour de Lexa et Clarke ne fera que croître !

J'espère vous retrouver vite pour la suite.