Coucou ! J'adore le fait d'avoir repris un bon rythme de publication ! Ce chapitre est du point de vue de Clarke, et je sens que vous n'allez pas être déçu… On en sait un peu plus sur l'affaire Jaha, enjoy !
Point de vue Clarke
Après le témoignage de Lexa, les évènements se sont enchaînés à une vitesse folle. J'ai tout de suite appelé le père d'O et Bel pour lui expliquer la situation. Il a immédiatement détruit le témoignage de Lexa et contacté cette dernière pour lui demander d'en écrire un nouveau en excluant Costia. Il s'est rendu par la suite au commissariat pour proposer à Emori de la défendre, par chance, elle a accepté. De là, il lui a fait promettre de ne jamais parler de la mort de Costia et du chantage que Jaha faisait à Lexa. Ce sont les seuls détails qu'il m'a donnés, je n'ai pas eu le droit d'en savoir plus sur les motivations d'Emori.
Puisque qu'aucune actrice n'a été impacté directement par cet événement, Alie a décidé de maintenir les tournages et nous a donné nos prochaines dates. Nous tournons la vidéo trio du mois suivant, la veille de l'anniversaire de Raven et Miles qui aurait lieu chez Lexa.
Entre mes allers-retours chez les Blake et quelques-uns de mes devoirs à rendre, je n'ai pas pu voir Lexa depuis que nous avons quittés Charmaine et Alie. Elle m'a quand même proposé de passer chez elle quelques heures avant le nouveau tournage, elle a besoin de me parler.
Quand elle m'ouvre la porte, elle se jette à mon cou, pas pour m'embrasser, mais pour me serrer fort contre elle. Je blottie mon visage dans son épaule pour profiter de ce moment paisible de pure tendresse qui sera bientôt transformé lors du tournage.
— Tu vas bien Lexa ?
— Je ne sais pas trop… je n'arrive pas encore à réaliser. Et il y a une part de moi qui a peur. Si Emori parle de moi, je suis fichue, parce qu'on va comprendre nos magouilles pour dissimuler la mort de Costia. En plus, même le père de ta meilleure amie risque gros… J'ai mis tout le monde dans une sacrée merde… Et surtout Emori.
— Eh oh ! Ce n'est quand même pas toi qui as demandé à Emori de supprimer Jaha ! Pour le reste, je te jure que ça n'arrivera pas. Tu me fais confiance ?
— Oui…
Je me détache d'elle pour prendre son visage entre mes paumes. Je lisse ses lèvres du bout du pouce avant de venir y déposer ma bouche.
— Ce qui compte à présent c'est qu'on ne sera jamais séparées toi et moi, oublie tout le reste, cela ne nous regarde plus…
— Tu sais qu'on risque quand même d'être appelées pour témoigner ?
— Oui, mais dans combien d'années ? La justice roule encore à vapeur, il nous reste plein de temps pour y penser ! D'ici là tu auras ta petite vie posée, bras droit d'Alie, marraine de leur premier enfant, et peut-être toujours à mes côtés si tu en as envie.
— J'en ai envie.
— Alors ne te torture pas, laisse l'avenir advenir.
Comme pour valider mes propos, elle me rend mon baiser et je le fais durer. *Je suis convaincue de ce que je dis, je suis même soulagée qu'Emori se soit occupée de Jaha. Maintenant nous pouvions être tranquilles.*
— Tu voulais me parler d'un truc en particulier Lexa ?
— Je voulais te montrer le faux témoignage que j'ai écrit avant de l'envoyer à l'avocat.
— Oui bien sûr !
Elle m'apporte un petit carnet dans lequel elle a pris et rayé des notes. Son témoignage ressemble au mien, sans la tentative de viol. Quelques mains aux fesses, des intimidations au détour d'un couloir. Des actes qu'il a fait subir aux autres et qui sont donc parfaitement crédibles.
— Ça me paraît bien mon cœur. Je pense que tu peux lui envoyer.
— J'espère que ça ira… Ça me stress de ne pas en savoir plus… Je ne comprends pas ce qui lui a pris, à Emori je veux dire.
— Je vais essayer de tirer les verres du nez à Octavia, mais ça m'étonnerait que son père lui ai dit quelque chose.
— T'embêtes pas trop, je ne voudrais pas que tu t'attires des ennuis.
— Mais non ! Ne t'en fais pas. On y va ? On va être en retard !
Elle attrape son manteau et nous prenons la direction des locaux. L'accueil est vide. *Wah, ça fait bizarre de ne pas voir Emori… Est-ce qu'il reste des traces de sang ?!*. Je me mets à scruter la pièce, mais il n'y a rien de louche. Lexa ne dit rien. Le portail vitré est ouvert et nous montons. Au premier étage, rien d'anormal. La situation me titille. Je ne veux pas que Lexa se rende compte de ma curiosité alors je prétexte aller aux toilettes le temps qu'elle se douche. Je vais vers les toilettes, je ne trouve rien. Je repasse devant la loge pour continuer vers le couloir qui mène au bureau d'Alie et là je trouve ce qui m'intéresse. La porte du bureau de Jaha a été condamné par un ruban jaune et noir sûrement posé là par la Police. J'ai très très envie de pousser la porte pour découvrir ce qui s'y trouve, mais je ne suis absolument pas sûre d'assumer la vision qui pourrait m'y attendre. Je ravale ma curiosité malsaine et je retourne dans la loge.
L'ambiance sur le plateau est atroce. Trop pesante, trop lourde. Personne ne parle de Jaha et pourtant c'est comme s'il était présent dans la pièce avec nous tant tout le monde pense fort à lui. Je sens que tous se posent des questions et se demandent qui en sait plus que les autres. Lexa et moi tentons de nous mettre au mieux dans notre rôle, mais avouons que ce ne sera pas la meilleure vidéo de Vénus et Aphrodite.
En retournant en loge, Lexa regarde son portable, un message non lu d'Alie qui lui demande de venir la voir dans son bureau avant de rentrer, et avec moi. Nous nous exécutons et Alie nous fait assoir sur les sièges, dos au mur de photographies.
— Je ne vais pas y aller par quatre chemins. L'enterrement de Jaha a lieu dans deux jours. Et je ne sais pas quoi faire.
— Comment ça ? demande Lexa que je sens irritée.
— Je ne sais pas si je dois y aller ou non. D'un côté ça va se savoir qu'il vous harcelait toutes et que je n'ai rien fait, de l'autre, c'était quand même mon employé et mon bras droit pendant des années…
— La question est simple Alie, est-ce que l'amour que tu lui as porté par le passé est assez fort pour écraser les années d'attouchements qu'il nous a fait subir ?
La question de Lexa est cinglante. A vrai dire, elle est plutôt rhétorique. Je peux deviner que si Alie ne répond pas de la bonne façon, Lexa va se lever et claquer la porte sans rien ajouter.
— Non…
— Alors tu n'y vas pas.
Et elle se lève sous nos regards surpris.
— Tu viens Clarke ?
— Lexa ! lui lance Alie d'un ton suppliant.
— Le fait que tu te sois posé la question me blesse. Mais ça va passer Alie, ce n'est rien. J'ai un anniversaire à préparer, on doit y aller. On se voit plus tard.
Sa voix se veut douce tout de même. Nous sortons et le trajet n'évoquera pas cette discussion.
J'avais promis à Lexa de venir chez elle ce soir pour l'aider à ranger son appartement, à pousser les meubles du salon pour faire de la place pour les invités de Raven et Miles. Nous étions allées chercher deux tables pliantes chez les propriétaires d'Ontari, laquelle nous avions du coup invitée, histoire d'ajouter une personne en plus. *Un peu plus, un peu moins !*
Après l'amour ce soir-là – moment intime qui m'avait manqué et dont j'avais grandement besoin – je suis lovée contre elle et je joue avec une de ses mèches de cheveux.
— Peut-être qu'il faudrait que j'aille à l'enterrement en fin de compte.
— Hein ?! Que vaut se revirement de situation Lexa ?
— Bah, je ne sais pas, pour ne pas paraître coupable ?
— Tu as avoué des attouchements, tu n'as aucune raison d'aller à son enterrement. Pour rencontrer toute sa famille en plus ? Beurk !
— Peut-être que je comprendrais des choses en voyant qui l'a élevé…
— Mais on s'en fiche de savoir qui est Jaha ! Merde ! Il est bien où il est.
— Haha, je vais finir par croire que c'est toi qui l'as tué !
— Ce n'était pas l'envie qui m'en manquait certes. Mais je ne comprends pas ce qui a pris à Emori…
Une idée me vient en tête. Demain après la fac j'irai chez les Blake pour fouiller un peu avant la soirée. J'ai besoin de réponses.
C'est ainsi que je me retrouve entre Bellamy et Octavia sur le canapé de leur salon. *Il ne me reste plus qu'à trouver un moyen de les semer pour aller fouiller dans le bureau du père… Putain, ils vont me détester ! Tant pis !*
— On se fait une partie de Smash Bross ?
Bellamy est en train de me proposer l'échappatoire parfaite sans le faire exprès !
— Oh mais je suis nulle à ce jeu, réponds-je très sérieusement. Mais faites une partie, je sais que vous adorez ! Et puis j'aime bien vous regarder vous écharper !
— T'es sûre ?
— Mais oui Octavia. Je vais prendre des photos ! Ça fera des photos à montrer à vos futurs enfants et neveux/nièces !
— Hahaha ! se marre le frère. Alors il faut que je lui mette la pâtée !
— Commencez sans moi, je vais aux toilettes, le temps que la console s'allume, tout ça.
— Prends ton temps, on va s'échauffer !
Bellamy se frotte les mains tandis qu'Octavia court pour attraper sa manette fétiche. Je sais qu'ils vont être concentrés à fond, ce qui me laisse le temps d'aller fouiner.
Je prends la direction des toilettes, décidemment cette excuse est parfaite. J'ouvre la porte, la liasse entre-ouverte, et me dirige vers le bureau de leur père. Il n'est pas fermé à clef. Pour quelle utilité ? Ils ont une alarme qu'ils activent lorsque la maison est vide, et le père fait confiance à ses enfants. *Bah ! C'est de sa faute s'il a trop confiance !*. Je pousse la porte tout doucement pour qu'elle ne fasse pas de bruit, et je la referme derrière moi avec tout autant de précaution. J'étais déjà venue une fois dans cette pièce. La première fois que j'avais diné ici quelques mois après avoir rencontré mes amis. Leur père avait tenu à me faire visiter leur demeure et son bureau lui tenait à cœur. Une preuve de sa confiance en moi. Confiance que je m'apprête à trahir. Pendant un instant, je songe à retourner dans le salon. Mais c'est déjà trop tard. Si l'enquête met du temps, nous ne saurons jamais ce qui s'est passé. En tant que témoins je suppose que nous n'aurons pas non plus le droit de savoir les détails avant un certain temps.
— Et même, pourquoi je me cherche des excuses ?! J'ai envie de savoir, c'est plus fort que moi…
J'avance dans la pièce sans vraiment savoir où regarder. Derrière l'imposant bureau en bois se trouve une bibliothèque avec des dizaines de dossiers en cartons. Je m'approche et commence à chercher la logique de rangement. Visiblement c'est assez simple, par ordre alphabétique. Mais si c'est le nom de famille d'Emori que je dois chercher, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il pourrait être, et je n'ai pas le temps de tout ouvrir. Un peu dépitée, je me retourne, espérant trouver le dossier en évidence devant moi. Mais non, tout est rangé. Il a sûrement dû le prendre avec lui à son cabinet. En dernier recours, je m'assoie dans son siège pivotant et j'appuie sur le clavier de l'ordinateur. Il s'allume, un mot de pass. *Maitre Blake, tu es avocat pénale, mais je suis sûre que tu n'es pas si doué en informatique…* J'entre la date de naissance d'Octavia, ça ne passe pas. La date de naissance de Bellamy, non plus. *Réfléchis, un truc qui compte pour lui… Ah putain !* En pensant, mes yeux tombent sur une photo de famille posée à côté de l'écran. On y voit mes deux meilleurs amis, le père, la mère et… leur chienne Prunelle décédée deux années après ma rencontre avec eux. Je tape les huit lettres sur le clavier, aucun résultat. Je m'apprête à abandonner quand une idée me transperce. J'écris de nouveau le prénom du chien et y ajoute l'année de sa mort.
— Bingo !
Au même moment, j'entends Bellamy hurler de rage face, sûrement, à un puissant coup d'Octavia. Il faut que je me dépêche, avant que leur première partie ne se termine. Je fouine dans l'ordinateur en tapant des mots clefs. Grâce à « Jaha », je tombe enfin sur le dossier d'Emori. Je l'ouvre. Il est maigre pour l'instant. Je vais dans les notes et je trouve son témoignage. Celui qu'elle lui a visiblement fait le jour où il est allé lui proposer ses services d'avocat. Je m'imprègne du texte dans sa totalité, je prends en photo l'écran et j'éteins l'ordinateur. Je ressors en silence, retourne aux toilettes et tire la chasse avant de sortir et de revenir dans le salon comme si de rien n'était.
Bellamy est visiblement en train de perdre. Je m'assoie à côté de lui et je les regarde vaguement terminer leur duel. Mais mon esprit n'est plus là. Je ne peux pas ignorer ce que j'ai lu. *Tout ce sang… Comment… Bah Clarke aussi ma vieille tu as cherché hein ! Ne fais pas te mijaurée maintenant !* Mais comment rester de marbre face à ce qu'Emori avait fait, et Jaha… Le pauvre…
— Bon alors, je croyais que le plan c'était de nous prendre en photo ?
Octavia me sort de mon cauchemar, et heureusement ! Je me mets aussitôt sur pieds et attends qu'ils commencent une nouvelle partie pour les bombarder et faire quelques vidéos. Mon esprit oublie pendant un temps ce qu'il a lu. Mais il sait très bien qu'il va devoir en parler à Lexa pour ne pas porter l'horreur tout seul.
Je quitte les Blake assez tôt pour arriver à temps chez Lexa pour la fête de ce soir. Malheureusement, je n'arrive pas la première comme je l'avais promis. Ma copine me fait un peu la tête, mais elle redescend vite car Raven et Miles arrivent et qu'elle n'a plus le temps de penser à moi. Tous les quatre nous mettons tout en place, la bouffe, le reste de déco, des cendriers sur le balcon, un fléchage pour les toilettes et le « vestiaire » qui sera la chambre d'amis. Je sais que Lexa leur a acheté un cadeau, caché dans sa chambre. Elle n'a jamais voulu me dire de quoi il s'agissait !
On sonne à l'interphone et c'est la première invitée qui arrive, une amie de Raven. Les présentations se font pendant que l'interphone sonne à nouveau. Et c'est bientôt une symphonie cacophonique qui commence entre la sonnerie de la porte et celle de l'interphone, plus celles des téléphones de Raven et Miles de temps à autre. Un brouhaha s'installe au fur et à mesure que le salon se remplie. Mais l'ambiance fait plaisir à voir. Je sais ce que Lexa se dit, elle doit être fière de pouvoir inviter autant de gens dans son « nouveau chez elle » comme elle aimait à le dire. Je m'approche d'elle pour glisser ma main dans son dos.
— Tout se passe bien mon amour ?
— Super ! Je suis contente d'avoir proposé à Raven et Miles de faire la fête chez moi !
— C'est vrai que c'est l'endroit parfait ! Tu viens, on va boire un verre ? Je crois que tout le monde est arrivé.
— Avec plaisir !
Nous rejoignons la table des boissons devant laquelle se trouve Ontari qui fait la connaissance d'un des amis de Miles. Le courant à l'air de passer, cela me met du baume au cœur. D'autant que je sais que les amis de Miles connaissent le métier de Raven et qu'ils la respectent. Lexa et moi commençons à discuter avec une amie de Raven, petit à petit, d'autres se joignent à nous. Les groupes se font et se défont sur une musique dont le volume est encore assez acceptable pour discuter.
Vers 22h, Miles décide de monter le son. Il avait eu l'autorisation de Lexa qui avait elle-même prévenu les voisins. Et une ambiance boîte de nuit s'installe. Je remarque Ontari se trémousser fasse à l'ami de Miles, je souris encore. Raven s'amuse avec son petit ami. Je prends la main de Lexa pour aller danser. Elle tente de se mettre à l'aise, mais visiblement bien entourée, ce n'est pas difficile pour elle.
Sur une musique un peu plus calme, je vois du coin de l'œil un invité se renverser un peu de sangria sur son jean blanc et un flash de souvenir me déséquilibre. C'est Niylah, juste derrière moi, qui me rattrape.
— Alors Vénus ! L'alcool il faut y aller mollo !
— Je n'ai pas tant bu…
— Ça va Clarke ? me demande Raven qui avait tout vu.
— Je crois…
Lexa arrive à mon tour pour me prendre contre elle.
— Il… j'ai lu le dossier à propos du meurtre de Jaha…
Je ne sais pas pourquoi je lâche l'info à ce moment précis. Il faut croire que j'en avais besoin et que ces visages autour de moi m'empêchaient de me retenir. Ces trois filles de Sappho me dévisagent sans comprendre.
— C'était horrible… je ne peux pas garder ça pour moi…
— Venez.
C'est Lexa qui prend un ton ferme et qui me traîne jusque dans sa chambre. Les deux autres suivent. Une fois toutes les quatre dans la chambre, Lexa ferme à clef. J'ai un peu bu, mais pas tant que ça. Pourtant, la situation me parait extrêmement étrange, comme si j'allais devoir passer aux aveux.
— Pourquoi tu nous as amené là Lexa ? demandé-je.
— Je te connais Clarke, tu as envie de nous raconter ce que tu sais.
— Mais et Raven et Niylah ?
— Tu viens de dire devant elles que tu savais quelque chose, c'est trop tard, maintenant elles sont dans la confidence. Dommage pour Ontari, Anya et Maya qui s'amusent innocemment à côté.
— Ou plutôt tant mieux… Je ne suis pas sûre que vous vouliez entendre ce que j'ai à vous dire.
— Comme a dit Lexa, c'est trop tard. Parle.
Les yeux de Raven pétillent. *Mais qu'est-ce que j'ai foutu putain… Enfin bon, Raven et Niylah sont au courant pour Costia, alors c'est vrai que ce sont des personnes sûres…*
— Je ne sais pas si Lexa vous l'a dit, mais je suis amie avec les enfants de l'avocat qui devait s'occuper du dossier contre Jaha. Il s'occupe d'Emori maintenant. Et cet après-midi j'ai fouillé dans ces dossiers…
— Clarke ! s'énerve Lexa.
— Lexa ! la gronde Raven. Laisse-la parler !
Alors je continue mon récit, je sors mon téléphone pour avoir les notes de la déposition d'Emori sous les yeux, et je leur raconte toute l'histoire :
Flashback - Quelques jours auparavant : Point de vue Emori
— Oui, mais bon, tu sais, avec le procès qui s'annonce…
— Bah quoi le procès ?
— Ah, on ne t'a pas mise au courant… Je risque la prison Emori.
— Comment ça ?
Lexa m'explique ce qu'elle a vécu. Si je comprends bien, elle a poussé son ex petite amie, la première fille qui tournait avec elle pour Alie, et cette dernière est morte sur le coup. Jaha l'a aidé à dissimuler les preuves en mettant le feu, et depuis il lui faisait du chantage. Wow, j'étais si loin d'imaginer tout ça. Moi qui étais si heureuse de la croiser ce matin, je ne sais plus où me mettre… Cet enfer qu'elle a vécu, la pauvre… Je comprends mieux pourquoi elle risque la prison, mais… Mais non, elle a l'air si heureuse avec Clarke… Et c'était le rêve d'Alie… Non…
— Je suis désolée Lexa… Tu ne mérites pas ça… Tu es si rayonnante et bienveillante… C'est lui… lui qui mérite de croupir en prison ! Et dire que je l'ai laissé vous faire du mal pendant toutes ces années…
— Arrête Emori, dit Lexa en posant sa main sur la mienne, ne commence pas. Se fustiger ne sert à rien. J'aurais sûrement une remise de peine, ça va aller.
— Mais et pour Clarke et toi ?
— On verra bien… Je ne pense pas que cela sera simple mais bon…
— C'est injuste…
— Arf, c'est une belle journée, n'en parlons plus ! Toi alors, tu passes le 14 avec quelqu'un ?
— John m'a invité au resto !
— Oh ! Mais je croyais que tu voyais quelqu'un ?
— Je t'ai laissé penser ça ? C'est une erreur ! Tu ne te souviens pas comment je matai les fesses de Roan ?!
— Hahahah mais oui ! Suis-je bête ! J'espère que le cul de John te plaira aussi…
— Lexa !
Nous rions toutes les deux de bon cœur.
— Allez, trêve de bêtises, tu es venue pour me faire une petite signature. Attends, je t'imprime le document…
J'attrape la souris de l'ordinateur et cherche le document dans mes mails reçus. Mais un nouveau mail attire mon attention. C'est la réponse pour mon concours pour intégrer Science Po' ! Je ne pensais pas avoir les résultats si vite ! Mais… je clique dessus et parcours le message en diagonale… Je suis refusée… Je n'ai pas eu une assez bonne note… Non, c'est impossible… Je suis venue ici tous les week-ends pour le préparer ce concours… C'était ma porte de sortie… Je devais intégrer Science Po' pour arrêter d'être standardiste ou secrétaire, non… Je vais avoir 29 ans, c'était ma dernière chance… non… Ma vie est foutue… Ah mais Lexa est toujours là ! J'essaie de reprendre mes esprits pour faire comme si de rien n'était. Je trouve le bon document et je l'imprime.
— Ça va Emori ?
— Moi ? Oui, oui, ne t'en fais pas !
Je donne un stylo à Lexa pour qu'elle signe.
— Allez, file Lexa, je ne veux pas te retenir !
— Passe une belle soirée !
— Toi aussi !
Au moment où elle se retourne pour s'en aller, Jaha arrive dans les locaux. Je me sens mal à l'aise et en colère. Lui en revanche, il avait réussi. Ce connard ! Il nous regarde et nous salue comme d'habitude.
— Qu'est-ce que tu fais là Lexa ? demande-t-il.
— Je devais rendre un livre qu'Emori m'avait prêté.
Il ne fait pas attention au mensonge de Lexa et hausse les épaules. Il s'arrête devant le portillon en verre qui ne s'ouvre pas. Il se retourne vers moi. Je le fusil du regard. Hé ouais Jaha, sans moi, tu n'es rien.
— Tu m'ouvres ?
J'appuis quand même sur le bouton et sans rien dire, il monte à l'étage. L'ambiance est ultra tendue. Lexa s'en va avec un maigre signe de main et je me retrouve seule. Seule dans l'établissement avec Jaha.
Je rouvre le mail de refus à Science Po'. Après tout, je l'ai peut-être mal lu. Cette fois je parcours chaque ligne avec attention. Mais la sentence est claire, je n'ai pas obtenu au-dessus de la moyenne, je ne peux donc pas intégrer l'école à la rentrée prochaine. Je suis complètement dépitée. J'étais tellement sûre de l'avoir.
— C'est pas possible, c'est sûrement une erreur !
Je m'empare du téléphone fixe sous mes yeux et je compose le numéro en bas du mail. Mais c'est sans appel, la personne au bout du fil me confirme mon échec.
— Dans trois mois j'aurais dépassé l'âge pour le concours, c'est mort… Je vais rester ma vie derrière ce comptoir… Tout ça pour quoi ?!
De rage, j'abas mon poing sur le rebord devant moi. Je me fais mal et porte tout de suite ma main à mon visage pour souffler dessus et apaiser la douleur.
— Et l'autre connard qui va s'en sortir pendant que Lexa va aller en prison et que je vais gâcher ma vie dans un job de merde… Lui évidemment, c'est le boss, il contrôle tout ! Je suis sûre qu'il fait aussi chanter Alie pour être payé plus… Et pour que je sois payée moins !
Je ne pense peut-être plus clairement, mais je m'en fiche. Des larmes s'accumulent aux coins de mes yeux, je vois tout flou. Un mélange de tristesse et de rage. Je lance un autre coup de poing, la douleur se ravive et je hurle. Pendant un moment j'ai peur que Jaha m'ait entendu et qu'il descende voir ce qu'il se passe. J'aurai honte qu'il me voit pleurer. Et j'espère que personne ne va arriver à l'accueil, car je ne supporterai pas qu'on me trouve dans cet état. J'appuis sur le bouton du portique et je me jette dans l'escalier pour aller me cacher aux toilettes. Avant, j'avais fait attention de fermer la porte d'entrée. Mais évidemment, je tombe sur Jaha.
— Emori ? Ça va ?
— Ah ! N'essaie pas de me faire les yeux doux ! Je sais qui tu es, c'est bon, arrête de te cacher !
— Hein ? Qu'est-ce que tu racontes ?
Il ne semble réellement pas comprendre de quoi je veux parler.
— Tu es un porc ! Je sais tout ! Tout ! Toutes tes mains aux fesses, toutes tes tentatives de drague, ta tentative de viol sur Clarke, et ton chantage auprès de Lexa ! L'incendie, Costia, tout ! Je sais tout !
Je lui hurle dessus et je vois mes postillons lui sauter au visage. Il devient vert. Cette fois, il réalise. Sa poigne de fer s'empare de mon bras et il me plaque contre le mur du couloir.
— Qu'est-ce que tu racontes ?! Comment tu sais pour Lexa ?
— Elle vient de me le dire ! Elle risque la prison à cause de toi !
— Pff, la prison, n'importe quoi. Jamais je ne la dénoncerai, je m'en sers juste pour la faire chanter ! T'es stupide ? Si je la dénonce, je plonge aussi !
Aussitôt son aveu fait que je sens qu'il a envie de ravaler ses mots.
— Hé merde… Viens ici !
Il augmente la pression sur mon bras et me traîne dans son bureau dont il ferme la porte derrière lui. Il me jette dedans et me lâche. Sous la surprise, je titube et me prends une table qui retient ma chute. Il garde une distance raisonnable.
— Bon, Emori, il faut éviter de répéter ça, hein ? Sinon tu vas foutre mon plan en l'air. C'est compris ?
— Ah ? Et qu'est-ce que tu vas faire pour m'en empêcher, mmh ? Moi aussi tu vas essayer de me violer ?
— Mais roh, qui parle de viol ?! Je n'ai pas tenté de violer Clarke ! C'était… un coup de rage, c'est tout !
— N'importe quoi ! De toute façon, t'es cuit ! En ce moment Alie est en train de monter un dossier contre toi.
— Un dossier ?
— Oui, qui regroupe les témoignages de toutes les filles et de toutes les fois où tu les as menacées sexuellement. Plus le témoignage de Lexa qui t'accuse d'avoir dissimuler un incendie volontaire.
Alors que je pensais qu'il allait devenir fou de rage et s'approcher de moi, il perd complètement ses moyens et semble se recroqueviller sur lui-même.
— Non… non, ce n'est pas possible… Tu mens !
— Non, pas du tout. Comment tu expliques que je sois au courant pour Costia autrement ?
Il ne répond pas. Son silence me rend folle de rage.
— Ah tu te sens con hein ?! Ordure. Tu vas payer et c'est tout ce qui compte !
— Non, non, non, je ne peux pas, non… pas la prison, non…
Il se tourne vers la fenêtre et regarde au loin. Je la regarde aussi pour comprendre ce qu'il cherche. Et d'un coup, il se met à courir vers cette dernière.
Oui, j'ai coupé pile au bon moment parce que sinon le chapitre allait être trop long… Oups ! On se retrouve vite pour la suite de l'épisode sur Emori et Jaha !
