Helloooo ! J'espère que votre rentrée s'est bien passé pour celles qui sont encore en cours, perso je finis ma formation avec un oral lundi, et après on débute la vie d'adulte (lol lol, j'ai 27 ans, techniquement ça fait 9 ans que je suis une adulte xD). Pour vous consoler de cette reprise, un nouveau chapitre ! Enjooooy !


Au fil des jours, je prends goût à mon nouveau travail et bien vite, je prends mon autonomie. Il ne me faut que deux semaines pour acquérir les automatismes me permettant de travailler en toute confiance. J'arrive aussi facilement à enchaîner avec les tournages qui m'offrent des journées de repos. Le nouveau trio se tourne avec Ontari. Clarke et moi apprécions le moment qui nous rapproche de cette actrice qui est devenue ma voisine de quartier. Nous rentrons d'ailleurs toutes les trois et je l'invite chez moi à boire un verre. Clarke passe la nuit dans mes bras. Et la vie reprend son court.

Nous n'avons plus de nouvelles d'Emori, mais le père d'Octavia nous promet de nous tenir informé dès qu'il y aura un évènement important. En ce qui concerne l'affaire, Alie retourne au poste pour témoigner sur le comportement de son employée. Puis, chaque fille est bientôt auditionnée. Les policiers ont parfois des regards lubriques à notre encontre et ne semblent pas toujours prendre la situation au sérieux. D'autres tentent de débusquer du proxénétisme caché au sein des Filles de Sappho. Mais toutes les filles sont au clair avec leur pratique, ainsi qu'Alie. Elle leur fournira tous les papiers qu'ils demandent, avant de leur rappeler de se concentrer sur la véritable affaire : le meurtre soudain, perpétré par Emori. Après les interrogatoires, je prends soin d'accueillir chaque fille qui débarque pour un tournage. J'essaie de prendre la température quant à leur ressenti chez les flics et tente de les rassurer lorsqu'elles ont été un peu secouées par les évènements. Certaines ont craint que leurs proches soient mis au courant, d'autres ont été vraiment mal à l'aise de se retrouver entourer de tous ces hommes détenteurs de l'autorité.

Après quelques semaines, tout est oublié. Ma vie avec Clarke se passe de mieux en mieux et je finis par lui avouer pour le passer sexuel entre Alie et moi. Elle comprend totalement la situation qui nous avait poussé dans les bras l'une de l'autre à l'époque et ne s'énerve pas comme elle avait pu le faire après la nouvelle de ma partie de jambe en l'air sur le canapé de Raven. Et à ce sujet… j'en profite pour revenir sur le fait qu'après mon retrait des actrices, j'allais avoir un manque de ce côté-là. Clarke tente de me rassurer en me disant que nous en reparlerions en temps voulu, que pour l'instant il fallait juste profiter du moment présent et qu'on devait laisser les conversations pour plus tard.

En attendant, je profite au maximum de nos vidéos trio et je me laisse aller dans nos duos avec Clarke. Oui, j'ai envie d'arrêter et de changer de vie, mais je sais que certains aspects vont me manquer. Bien que je sache pertinemment qu'il me suffise de demander à Alie de me faire tourner dans une vidéo pour qu'elle accepte !

A mon anniversaire, Clarke me fait un cadeau qui m'émeut aux larmes. Elle a confectionné un album regroupant toutes les photos de nous deux depuis notre rencontre. Celles prises au sein de LFS (chaudes, ou moins…), nos selfies, nos photos entre amies. Une lettre accompagne l'album, dans laquelle elle répète ses sentiments pour moi, elle me remercie de l'avoir acceptée dans sa vie, et elle me demande de l'excuser pour le poster de moi dans sa chambre. Cette dernière information est tournée d'une façon humoristique qui me serre le cœur. Elle a bien changé, Clarke n'est plus la fille au poster dans son placard. Elle est la femme de ma vie. Ce soir-là, nous faisons l'amour d'une de ces façons pures dont nous avions le secret, loin, très loin des plateaux des Filles de Sappho.

Bien vite, Alie recrute une nouvelle fille pour remplacer Emori. Elle est évidemment moins efficace au début, mais tout le monde semble sympathiser avec elle. Pour le moment, personne ne lui raconte ce qui est arrivé à sa prédécesseuse. Nous sommes juste contentes d'avoir un nouveau visage pour nous accueillir lorsque nous arrivons sur les lieux. C'est Anya qui avait donné le contact de Manon, de son doux prénom, à Alie pour qu'elle la recrute. Je n'avais pas très bien compris d'où sortait cette Manon, mais elle se débrouille très bien, et c'est tout ce qui compte !

Le temps file, le temps file, ma période d'essai se transforme en CDI, mes jours de seconde se succèdent, les tournages et les shootings photos s'enchaînent, la construction des locaux avancent et à la mi-mai, Alie me convoque dans son bureau.

— Je veux commencer à recruter de nouvelles actrices, m'informe mon amie et patronne avec un aplomb professionnel. Et j'ai besoin de ton aide. J'aurai besoin de toi pour trier les CV, mais aussi pour les castings. Je sais que tu auras le feeling pour choisir les filles et pour déceler si elles seront faites pour ce métier ou non.

— C'est un honneur, si je puis dire. Tu as déjà fait une annonce ?

— Tu penses bien, ça fait des mois qu'elle est prête, j'attendais juste que la construction avance, voir s'il y aurait d'éventuels retards. Pour le moment, tout se passe bien, alors on peut commencer à diffuser des annonces et à trier des CV !

— Ecoute, c'est toi la boss, ça me va !

— Tu veux bien valider mon annonce ?

Elle m'invite à m'asseoir à ses côtés et m'affiche le document. Comme la première annonce qu'elle avait publié au tout début de LFS, celle-ci est très bien tournée et assez discrète. On comprend rapidement qu'il s'agit de tournages de films à caractère pornographique, mais si on en arrive à ce stade de l'annonce, c'est qu'on est déjà intrigué et intéressé.

— Tu veux lancer l'annonce aujourd'hui ?

— Et c'est toi qui vas t'en charger Lexa ! Je vais t'envoyer un mail avec la liste des sites où tu vas pouvoir la poster. L'adresse mail de contact ainsi que ses codes d'accès. Ensuite, tu pourras faire un pré trie dans les réponses. Parce qu'il y aura sûrement une tonne de fausses candidatures. Tu me mettras les vrais profils de côté pour qu'on trie ceux-là ensemble.

— Alors parfait ! Je m'y mets de ce pas !

L'annonce stipule que les postes ne débuteront pas immédiatement, mais seulement une fois que les nouveaux locaux seront prêts. Les poster ne me prend pas énormément de temps et les premières candidatures n'arriveront pas pour cette première journée. Ce sont dans les jours et semaines suivante que commence le gros du travail. Alie avait eu raison, un bon nombre de plaisantins, surtout des hommes, répondent à ce genre d'annonce. Parmi ce flot de déchets, se trouve quand même des filles sérieuses. C'est drôle, mais j'ai hâte de regarder de plus près ces profils avec Alie.

Ce n'est qu'au mois de juin que nous commençons à faire du tri. La directrice de LFS repère les quelques derniers faux profils que je n'avais pas su déceler et nous pouvons attaquer. Poubelle pour : les mineurs, les filles sans la nationalité ou carte de séjour, les actrices déjà trop connues, les actrices ayant déjà travaillé dans la pornographie hétéro. La pile de mails diminue drastiquement. Nous reprenons ensuite toute la liste et regardons les photos envoyées avec les CV et lettres de présentation. Nous jetons celles qui ne sont pas à nos goûts.

— Tu es dure Alie, elle est belle celle-là !

— Ecoute, moi aussi je la trouve jolie, mais je connais ma cible, mes abonnés ne l'aimerons pas. Je sais, c'est horrible, on fait notre marché aux jolis minois, je n'y peux rien. Business is business.

A la fin de la journée, il nous reste cinq filles que nous désirons voir en casting.

— C'est tout ?!

— On va recevoir d'autres candidatures Lexa, ne t'en fais pas ! L'annonce tient jusqu'à ce que les locaux soient terminés ! En effet, ce n'est pas si simple.

Les premiers castings se déroulent à la fin du mois de juin et la troisième fille que nous rencontrons me marque tout particulièrement.

Je le savais avant de la voir passer la porte du bureau d'Alie, mais lorsque Abigaïl, c'est son nom, s'avance devant nous, sa chevelure rousse éclatante me tort les tripes. En jetant un rapide coup d'œil à mon acolyte, je sens qu'elle n'est pas non plus indifférente.

— Bonjour, dit la jeune fille d'une voix timide.

— Bonjour, se reprend Alie, bienvenue à toi ! Merci d'être venue ici aujourd'hui. Je t'en prie, assieds-toi.

Alie lui présente la chaise dos au mur de photo. Ma boss et moi sommes assises côte à côte, derrière son bureau. Une caméra est placée sur la table, braquée sur Abigaïl qui ne semble pas encore l'avoir remarquée. Ou alors elle est très à l'aise avec cette présence.

— Je vais d'abord te présenter l'entreprise et notre façon de travailler, ensuite ce sera à ton tour de te présenter et nous te poserons quelques questions. Tu es d'accord avec ça ?

— Oui, bien sûr.

La fondatrice de LSF commence par se présenter et donner la date de création de la société, puis c'est à mon tour. Je précise que je suis actuellement la tête des Filles de Sappho et je l'invite à se retourner pour prendre connaissance du visage des autres actrices. La voir de dos ravive les remous de mon estomac. Elle a la même longueur de cheveux… Je sens la cuisse d'Alie vibrer contre la mienne. Lorsque Abigaïl revient face à nous, elle se rend compte du malaise. Nous essayons de reprendre contenance.

— Bien, dit Alie après s'être râclée la gorge, cet entretien à partir de maintenant va être filmé. La vidéo ne sera pas diffusée, mais je te ferai signer un contrat de droit à l'image pour cet extrait. Pour éviter les problèmes. Tu es d'accord ?

— Je ne devrais pas signer le contrat avant que vous allumiez la caméra ?

Il y a un petit silence avant que je réponde :

— Elle n'a pas tort Alie…

Prise au dépourvue, elle fouille sur le bureau pour trouver le contrant, un stylo, et le tendre à la demoiselle qui signe sans même lire les lignes.

— Je suis prête !

Autant d'engouement, c'est assez déstabilisant.

— Si tu veux bien te présenter, l'invite Alie après avoir appuyé sur REC.

— Je m'appelle Abigaïl Rotenberg, j'ai vingt-deux ans. J'ai été serveuse après le lycée et aujourd'hui j'aspire à mieux.

C'est tout. Cette fille décide de se présenter avec ces quelques mots. Alie paraît perturbée et met un petit temps avant de lui poser une question pour en savoir plus :

— Qu'est-ce que tu entends par « j'aspire à mieux » ?

— Je n'ai pas de diplôme, et serveuse m'ennuie. J'ai arrêté pour chercher mieux. Je suis tombée sur votre annonce. C'est tout à fait ce que j'avais en tête. Me servir de mes charmes et de mon corps pour devenir quelqu'un.

Sa réponse me scie. Elle pense devenir quelqu'un par la pornographie ? Est-elle au courant que très peu d'actrices de X atteignent une renommée mondiale et une renommée mondiale avec le respect, encore moins ?

— Tu penses que si tu rejoins les Filles de Sappho, tu deviendras quelqu'un ? lui demande Alie en pensant comme moi.

— Je me suis renseignée, répond la rousse, Aphrodite, Vénus, c'est ça, mon but. Détrôner Lexa, ou Clarke, et devenir la tête d'affiche. C'est ça, être quelqu'un. Être au centre de l'attention. Je m'en fiche pas mal des critiques négatives. Je vis pour moi et pour ceux qui me soutiennent, les rageux, qu'ils aillent au diable. J'ai envie de me servir de mes atouts. Pour une fois qu'une femme peut être libre de son corps et en retirer de l'argent, je ne vois pas pourquoi je m'en priverais.

Woaw. Cette fille me laisse émerveillée. Autant d'aplomb, c'est rare pour les actrices ou futures actrices que j'avais eu l'occasion de croiser. Elle sait ce qu'elle veut. Mais si Alie l'engage, je saurai trouver sa faille. Elles ont toutes une faille. Elles ont toutes une raison cachée pour venir ici et une autre qui fera qu'elle voudra partir dès la première difficulté. Quant à détrôner Aphrodite ou Vénus, pourquoi pas ? Je ne vais pas m'en plaindre, je chercher à partir. Et si Clarke se fait détrôner, elle arrêtera peut-être LFS. C'est tout bénéfique pour moi.

— Tu sais ce qu'un tournage de film pornographique entraîne ? demande encore Alie.

— Vous voulez dire, pénétration soudaine, sodomie, anulingus et plan à trois ?

Alie et moi sommes scotchées. C'est la première fois qu'une fille répond à cette question avec autant de détachement.

— Bien sûr que je suis au courant, reprend Abigaïl, je ne m'engage pas là-dedans sans savoir. Je suppose même qu'une sodomie doit être obligatoirement signalée au préalable ?

— Tu me sembles bien renseignée, lui dis-je pour la première fois.

— Comme je viens de le dire, je sais dans quoi je m'engage.

— Tu n'as jamais travaillé dans ce milieu ? s'inquiète Alie.

— Jamais, je me suis renseignée, c'est tout. J'ai envie de le faire. Pour moi. Pour ma liberté.

— Ta liberté ?

C'est encore moi qui pose la question.

— Je ne suis pas des plus à l'aise avec mon corps. Je sais qu'ici j'arriverai à prendre confiance en moi et à en ressortir plus libre.

Cette réponse m'étonne. Elle dégage une aura telle qu'il est difficile d'imaginer qu'une fille comme elle manque de confiance en son physique. Elle est extrêmement belle et les courbes que laissent voir ses vêtements semblent prometteuses.

Alie avance son bras pour couper la caméra. Je suis étonnée, les entretiens sont censés durer plus longtemps.

— J'ai ce que je voulais, lui dit-elle, si tu as des questions, j'y répondrais, sinon, tu peux partir. On t'enverra un mail dans les plus brefs délais.

— J'ai raté l'entretient, hein ?

— Je n'ai pas dit ça.

— Mmh…

Abigaïl se lève en me regardant. Nous nous levons aussi et la raccompagnons à la porte du bureau.

— A bientôt Aphrodite.

Et elle sort de la pièce.

— Pourquoi tu as interrompu l'entretien ? demandé-je à Alie immédiatement.

— Je l'engage.

Un sourire en coin s'imprime sur son visage.

— Elle t'a tant tapé dans l'œil que ça ?

— Oh arrête Lexa ! Tu ne vas pas me dire que tu ne l'as pas vu non plus ! Elle est parfaite !

— C'est vrai…

Nous ne parlerons pas du fait qu'elle nous a fait penser à Costia.

Deux jours plus tard, je lui envoie un mail complet pour lui dire que nous l'engageons. Encore deux jours après, Abigaïl se présente dans le bureau d'Alie pour signer un contrat.

Nous recrutons trois autres filles, leurs tournages ne débuteront que lorsque nous aurons emménagé dans les nouveaux locaux.

Les tournages d'Aphrodite et Vénus continuent. A force, nous avons fait le tour des filles et les trios reprennent avec Raven pour le mois d'août. Je crains un peu la réaction de Clarke puisqu'elle sait à présent que Raven et moi avions couché ensemble en dehors des plateaux. Mais étrangement, elle prend un malin plaisir à profiter du corps de ma meilleure amie pendant le tournage. C'est presque si je n'en suis pas jalouse. Du Clarke tout craché. Comme sur les premiers tournages où elle avait chamboulé chaque actrice. Elle se donne à fond pour couper la respiration à Raven. Qui, d'ailleurs, au « coupez » d'Alie, ne sait absolument plus où se mettre tant l'orgasme l'a consumée. Mais une fois dans la petite loge, tout semble oublié. Trois collègues, trois amies qui discutent.

En ce mois d'août, c'est aussi l'occasion de fêter les un an de Clarke chez les Filles de Sappho, et surtout nos un an de relation. Même si nous ne connaissons pas vraiment la date à laquelle nous nous sommes mises ensemble.

— Tu crois que dans un an on s'aimera toujours ?

— Pourquoi tu poses cette question, Clarke ?

Nous dînons dans un beau restaurant pour fêter notre rencontre.

— Je me demande. Si tu n'es plus Aphrodite, si je ne suis plus Vénus. Est-ce qu'on sera toujours les mêmes ? Est-ce qu'on s'aimera toujours ?

— Tu sais, je ne t'aime pas parce que tu es actrice de X. Et à moins que tu ne m'aimes que pour cette raison, mais je crois que tu as su me prouver le contraire en une année, je ne vois pas pourquoi cela cesserait entre nous.

— Arf, les peurs absurdes, on n'y peut rien…

— Je suppose que c'est normal d'avoir peur lorsqu'on aime. Alors, c'est plutôt rassurant !

— J'aime que tu essaies de tout relativiser et de tout placer sous un prisme positif.

— J'ai trop ruminé dans ma vie ! Maintenant que je suis heureuse avec toi, je tiens à le rester !

En guise de remerciement, ses yeux pétillent et sa main se glisse sur la mienne. Je caresse doucement les jointures de ses doigts auxquelles j'ai accès. L'échange de regard me fait ressentir un léger gargouillis d'estomac et quelques frissons. C'est sûr, je suis dingue d'elle. Si je n'avais pas un peu de retenue et de réalité, je la demanderais en mariage, là, maintenant, tout de suite.

— Je veux aller loin avec toi, Clarke. Je veux bâtir un foyer, une famille. Tu es l'amour de ma vie.

A défaut de la demande, les mots étaient sortis tout seul.

— Oh, Lexa…

Ses quelques secondes de silence me paraissent un vide insupportable et me font peur.

— Moi aussi, Lexa. Moi aussi, je veux construire avec toi. Je suis amoureuse de toi, si tu savais à quel point…

Si nous n'étions pas dans un restaurant, je lui aurais sauté aux lèvres. En guise de substitue, nous nous dévorons du regard jusqu'à la fin du repas.

Après l'amour ce soir-là, Clarke est blottie contre moi et me demande si de nouveaux castings sont prévus :

— On a déjà signé trois filles, maintenant Alie veut attendre que les locaux soient terminés. Et puis elle prépare son mariage, donc elle n'a plus le temps pour ça !

— Oh là là là là là, mais c'est vrai ! Elles vont se marier ! J'ai teeeeeellement hâte si tu savais !

— Et moi donc ! Des années que je les connais ces deux-là, le ship ultime ! Je suis si heureuse pour elles !

— Un jour, nous aussi on connaîtra ce bonheur…

Je n'ose pas encore lui dire que j'espère que ce bonheur sera avec elle. Il est trop tôt.

Le mariage d'Alie et Charmaine se tient début septembre, après la rentrée des classes mais avant que les jours chauds ne disparaissent. Il n'y a pas beaucoup de monde. Les deux principales intéressées, Clarke et moi, les parents de Charmaine, la grand-mère d'Alie, quelques oncles et tantes, quelques amis du couple, un ou deux marmots et, sa présence m'étonne, Roan. Mais je comprends vite, il a un appareil photo autour du cou. Alie avait dû l'engager pour prendre des photos et filmer la cérémonie.

Dans la petite salle de la mairie, nous semblons quand même à l'étroit. En tant que témoin d'Alie, je me tiens assise au tout premier rang, Clarke à mes côtés. A ma droite, le père de Charmaine qui est son témoin, puis sa mère.

Les deux mariées ont délaissé la robe de « tradition » pour se présenter dans un tailleur qui leur va chacune à ravir. Pour elles, le plus important est l'acte d'union, pas toute la cérémonie affriolante et rempli de froufrous et traditions. Elles se marient parce qu'elles s'aiment et qu'elles veulent y apporter un acte civil pour protéger l'autre en cas de problème. Et aussi, bien sûr, pour sceller cet amour qui les unie. Alie est incroyablement belle dans ce costume taillé sur mesure et Charmaine resplendit par son allure certaine et joyeuse. C'est à peine si j'écoute le baratin de la maire qui les marie. Heureusement, je me réveille au moment de l'échange des alliances dont j'avais eu la protection.

Tout émue, je me lève et ouvre l'écrin sous les yeux de ces deux femmes qui sont celles qui m'ont recueillie il y a quelques années. Ma famille. J'en ai l'estomac noué. Mon regard croise celui d'Alie et je sens un immense amour dans ses yeux. Elle prend la bague destinée à Charmaine et lui glisse à l'annulaire. Charmaine fait de même et une fois que leurs doigts sont habillés, ils s'entrecroisent tendrement. Puis, sous les regards de l'assemblée silencieuse, elles échangent un baiser et scelle leurs vœux. S'en suit un éclat d'applaudissements et de sifflements qui fait sourire Alie, forcée de se détacher de sa femme pour regarder l'assemblée. Je lui mime un « félicitation » avec mes lèvres et elle me fait un geste de tête qui exprime toute sa gratitude.

Nous sortons tous sur le parvis de la mairie pour la photo habituelle de groupe que Roan se charge donc de prendre. Il nous ressert, nous aide à nous placer, et déclenche le mode rafale. Il demande ensuite à prendre les mariées seules, puis avec leur témoin. Alie et Charmaine demanderons une photo de nous trois, ainsi qu'une avec Clarke et moi.

Ensuite, direction nos voitures pour bombarder la ville d'un concert de klaxon, puis la voie rapide, et enfin la campagne dans laquelle nous arrivons pour rejoindre la salle des fêtes qui nous accueille pour le repas et la soirée. Même si elles avaient voulu du sobre, la fête leur semblait une chose primordiale.

Une longue et unique table a été dressée au milieu de la salle. Clarke et moi sommes assises tout proche des mariées, pour notre plus grand plaisir. Même Roan a sa place juste à côté de Clarke. « Pour ne pas qu'il se sente seule » justifie Alie. Et je sens bien que la présence du jeune homme plait à Clarke. Loin de l'associer à la tentative de viol par Jaha, Clarke le considère comme son allié, celui qui avait raconté la réalité à la police. Même s'il n'y a pas eu d'enquête puisque le criminel est mort, je sens bien que Clarke reste attachée à lui et est extrêmement reconnaissante. Ils rigoleront d'ailleurs à plusieurs reprises lors du repas.

Repas qui nous sembla traîner en longueur. A 16h nous en étions à peine au dessert et ce n'est que vers 18h30 que la piste de dance commence à se dégager pour laisser place à la nuit de festivités. Les tables sont poussées sur le côté par les employés et garnis de boissons en tout genre et quelques amuses-bouches sucrés et salés pour nous aider à tenir toute la soirée et prévenir d'un petit creux nocturne.

Ce sont Charmaine et Alie qui ouvrent la piste de danse. L'idée me fait rire, elles sont bien remplies de clichés en fin de compte. Elles dansent sur une chanson que Costia et moi avions souvent entendues lorsque nous habitions toutes les quatre.

— C'est logique, dis-je à voix haute.

— De quoi ? me demande Clarke.

— C'est « leur » chanson.

— Cliché !

— Oui !

Nous nous mettons à rire, mais j'observe avec joie la scène qui s'offre à mes yeux. Alie et Charmaine, collées l'une à l'autre, tourbillonnant doucement dans leurs costumes saillants. Une boule de chaleur enveloppe mon cœur. La main de Clarke vient se glisser dans la mienne. Elle aussi est émerveillée.

— C'est mon premier mariage lesbien, dit-elle émue.

— C'est mon premier mariage, lui réponds-je.

— Oh !

Et elle tire sur mon bras pour m'entraîner danser aux côtés de nos amies et des autres invités qui rejoignent le centre de la pièce. Je me refugie dans son épaule et hume son odeur. J'ai envie de m'imprégner de cette ambiance de joie, tout contre son corps.

Après un temps, je me redresse pour venir l'embrasser. Elle accepte le baiser en posant ses mains sur mes hanches. Je me décolle de sa bouche pour venir à son oreille :

— Je t'aime…

Elle répond en m'embrassant à nouveau et en me collant contre elle.

— Dois-je comprendre que tu rêves de mariage, Lexa ?

Je me décolle encore pour regarder son air malicieux, je lui souris et elle a sa réponse. Elle me fait un clin d'œil qui me fait vibrer. Alors, un jour, elle et moi ?

— J'aurais dû lancer un bouquet de fleur…

C'est Alie qui s'est approché de nous avec Charmaine.

— Je l'aurai lancé dans votre direction !

Charmaine se met à rire, Clarke à rougir. Moi, je profite de l'instant, du bonheur et de ma famille.


Clairement, ça sent la fin de cette histoire… Je fais tout pour ne pas la bâcler et la terminer correctement. Je pense qu'il reste un ou deux chapitres… J'espère la finir vite pour ne pas vous faire trop attendre !