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Bonjour tout le monde !
Me voici avec une petite histoire que j'avais commencé il y a très longtemps, et que je viens de remettre au propre. Elle ne fait que quatre (longs) chapitres, mais j'espère qu'elle vous plaira !
Un grand merci à Miss MPREG pour la correction !
Bonne lecture.
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Chapitre 1
Le Trèfle des Prince
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Un trèfle à quatre feuilles se trouvait à ses pieds, alors que le soleil se couchait à l'horizon. Ses chaussures défoncées et recouvertes de terre le faisaient souffrir, mais il n'en disait pas un mot. Le silence était pesant, comme lourd d'un secret qui avait trop longtemps pesé sur les épaules du temps.
La Bataille de Poudlard avait été effrayante, épuisante, sanglante. Et les questions tourbillonnaient dans la tête de l'Élu. Pourquoi envoyer des enfants au bûcher ? Pourquoi Dumbledore avait-il permis tant de choses au sein de son école ?
D'abord Quirrell, puis le Basilic, Pettigrow, la Coupe… N'avait-il pas senti la magie noire qui tournait autour de Quirrell ? Les adolescents n'avaient rien remarqué, à l'époque… trop innocents. Ils s'étaient focalisés sur l'homme qui haïssait Harry pour son apparence. Sans aucune preuve. Ils s'étaient laissés conduire par la haine générale contre tous les Serpentard. Puis… Dumbledore… N'aurait-il pas pu évacuer les élèves dès la première attaque du Basilic ? Pourquoi avait-il fait en sorte que Harry subisse autant d'épreuves ?
Pour qu'il se sacrifie à la fin de l'Histoire. Voilà pourquoi.
Et Harry ne l'avait compris que la veille, lorsqu'il se dirigeait vers sa mort. Mort qui n'avait pas voulu de lui. Encore une fois. Quel but avait-il, maintenant ? Aucun. A part celui de respirer et de distribuer de faux sourires à qui en réclamait.
Harry secoua la tête. Penser au passé ne servirait plus à rien, désormais. Le temps fermerait les blessures… certainement. Il avait quitté Poudlard le matin même, après avoir veillé les morts aux côtés de ses amis. Il avait brièvement expliqué au professeur McGonagall que Snape avait été, en réalité, un héros. Plus que lui-même. Un homme courageux, qui avait donné sa vie pour le fils de sa meilleure amie, qu'il avait aimé par-dessus tout jusqu'à son dernier souffle, et bien plus encore. Il lui avait également indiqué l'endroit où gisait l'homme. Il n'avait pas eu le courage d'y retourner. A quoi bon ? L'homme en noir était mort. Et lui… Il était fatigué.
Il avait quitté Poudlard en disant à ses amis de ne pas le chercher pour les jours à venir. Il avait besoin de se retrouver, de se calmer, de se changer les idées. Hermione et Ron avaient, de toute façon, l'un et l'autre pour se soutenir. Lui n'avait personne.
Il secoua à nouveau la tête, agacé. Bien sûr qu'il n'était pas seul. Il avait cherché la solitude. Il l'avait demandé, suppliant presque ses amis de comprendre. Son cœur criait après des sources dont il ne connaissait même pas leur aspect. Il était donc venu au Cottage de Godric's Hollow. Dévasté.
Détruit… par un homme qui n'en était plus réellement un. Par le temps, aussi. Le jeune homme soupira et cueilli avec tendresse le trèfle qu'il avait failli écraser, se remémorant une histoire de porte-bonheur que Tante Pétunia avait tenté d'inculquer à son fils.
Son estomac laissa entendre quelques bruits de détresse. Il n'avait pas mangé de la journée et grimaça en enjambant la maigre barrière en bois, séparant la propriété du chemin. Il sentait une douce magie protectrice crépiter tout autour du petit domaine, comme protégeant les lieux de regards trop curieux. L'avant de la maison était encore debout, seul le toit et une grande partie du premier étage étaient en ruine. Il n'y aurait très certainement rien à voir à cet endroit, mais Harry ne put freiner cet élan de curiosité. Il poussa la porte qui émit plusieurs bruits de protestation, et la poussière attaqua ses narines. Le couloir était assez large, comprenant une penderie rongée par les mites sur la droite, et une porte ouverte sur des toilettes dans un sale état sur la gauche. Les doubles-portes séparant l'entrée du salon étaient ouvertes et les fenêtres brisées, des morceaux de verre gisant sur le sol poussiéreux.
Il chuchota un Lumos afin d'éclairer la pièce et fut surpris d'y trouver un canapé aux couleurs passées, une table basse en parfait état si on omettait la poussière, et quelques commodes. Il aperçut sur sa droite une cuisine avec une grande table en son centre, mais son regard se focalisa bien plus longtemps sur la gauche, où des escaliers en bois, abîmés par l'humidité et par le temps, semblaient l'appeler corps et âme.
Un sortilège confirma au garçon qu'il était bien le seul être humain en ces lieux. Ce qui n'était pas forcément rassurant, en soit, mais Harry avait vraiment besoin de visiter cet endroit où il aurait dû grandir. Précautionneusement, il grimpa les marches en observant minutieusement ce qui l'entourait. Le palier était encore en bon état, mais des courants d'air arrivaient sur sa droite. Il ouvrit d'abord la porte face aux escaliers et y découvrit la chambre parentale, figée dans le temps. Un lit, deux tables de chevet, quelques livres et des cadres photos. D'une main tremblante, il détacha un cadre du mur et observa les visages heureux de ses parents. Il ouvrit ensuite les tiroirs d'une des tables de chevet et y découvrit avec horreur la baguette magique de son père. James n'avait-il donc vraiment aucune baguette à portée de main, lors de l'attaque ? Se croyait-il autant en sécurité ?
La mâchoire de Harry se crispa. Il préféra ne pas y penser davantage pour l'instant et prit le bout de bois avec un chiffon. Il plaça ce petit trésor dans un sac à dos qu'il avait acheté dans un petit magasin du village. Il y mit aussi quelques cadres et ouvrit cérémonieusement le tiroir de la seconde table de chevet. C'était indéniablement le côté du lit de sa mère, remarqua-t-il en souriant malgré sa tristesse. Un livre parlant des potions de soin, un lys figé dans le verre et, en-dessous, des bouquins entassés dans le tiroir, un cadre photo poussiéreux ainsi qu'une fiole où brillait quelques filaments argentés.
- Des souvenirs… murmura Harry pour lui-même.
Il renifla et mis ses trouvailles dans le sac qu'il devrait certainement agrandir. Il prit un pull dans l'armoire ouverte, et sortit de la pièce en fermant doucement la porte. Prenant son courage à deux mains, il ouvrit la deuxième porte du palier, et découvrit une grande chambre dont le mur de droite était éventré. La charpente s'était effondrée sur la troisième chambre et il pouvait apercevoir le ciel.
Son regard s'accrocha aux peintures et aux tableaux brodés sur le mur. Une peinture bleue et blanche attira son regard plus que les autres et il décida de prendre avec lui les quelques objets de décorations qui lui plaisaient. Après tout, tout cela lui appartenait bien que cela datait d'un temps révolu dont il ne se souvenait pas, ou plus.
Il préféra ne pas s'attarder sur le berceau brisé, sur le bois qui jonchait le sol, ni sur la moisissure. Ne pouvant plus rester sur ces lieux trop chargés de tristesse, Harry préféra transplaner à Londres, stoppant ainsi sa visite imprévue. Il frissonna en retrouvant le Square Grimmaurd, s'aventurant au premier étage de la vieille bâtisse. Il n'avait pas eu pour but de se loger là, mais il n'avait aucun autre lieu de vie à sa disposition. Il ne voulait pas aller chez les Weasley, et Hermione devait certainement être en train de planifier le retour de ses parents en Angleterre, si elle arrivait à leur rendre la mémoire… Il soupira en remarquant que Molly avait réussi à faire disparaître tout un tas d'objets de magie noire, mais il ne se sentait pas vraiment en sécurité au Square. Il était cependant trop tard pour chercher un autre endroit où passer la nuit.
- Kreattur ?
L'elfe apparut devant l'adolescent, et commença à grogner. Harry leva les yeux au plafond et se mit à genoux devant son elfe, revenu des cuisines de Poudlard. Surpris par le geste du garçon, le vieil elfe se redressa et l'observa de ses yeux perçants.
- Le travail de Regulus est achevé. Le médaillon est détruit, Kreattur.
- Dé… Détruit ? Kreattur a pourtant essayé !
- Je sais, fit Harry avec un sourire triste. C'était très compliqué. Mais Regulus ne sera pas mort en vain. Ton maître était un héros.
Intrigué, l'elfe pencha la tête et fixa son Maître.
- Je sais que tu n'aimes pas les Traîtres à leur sang, et que tu ne m'apprécies pas. Cependant, tu es mon elfe et je me dois de prendre soin de toi, tout comme tu as pris soin de cette maison.
- Le Maître n'aime pas cette maison, grogna l'elfe.
- J'ai du mal avec la magie noire, fit Harry en riant nerveusement. Je te laisse deux possibilités : soit tu continues à aller travailler à Poudlard durant l'année scolaire, ton aide y était précieuse d'après la Directrice, soit tu restes ici et tu m'aides à donner une nouvelle vie plus lumineuse à cette maison. Il te faudrait, dans tous les cas, une pièce que l'on pourrait aménager en duplex pour que tu puisses y mettre les choses qui te sont précieuses, à condition qu'elles ne soient pas gorgées de magie noire. Et je pense que tu aurais besoin de l'aide d'un ou d'une autre elfe.
- Le Maître… propose à Kreattur ? fit l'elfe, en hoquetant.
- Oui. Est-ce un problème ?
- Kreattur n'est pas habitué, Kreattur doit…
- Réfléchir ?
- Kreattur doit réfléchir, confirma l'elfe, dont les grands yeux s'humidifiaient.
- Eh bien, tu as jusqu'à demain midi pour réfléchir. Je vais voir s'il y a quelque chose de comestible dans la cuisine. Voudrais-tu… Manger avec moi ?
- Manger ? Mais… Kreattur n'a pas le droit. Kreattur est un elfe de Maison !
- Mais aussi un être vivant, répondit Harry en haussant les épaules, bien décidé à bousculer son elfe psychologiquement. Je n'ai pas envie de rester seul dans la cuisine.
- Très bien, Kreattur mangera avec le Maître.
Un léger sourire aux lèvres, Harry dévala les marches alors que Kreattur disparaissait en un claquement de doigts. Il avait bien amené un paquet de chips, mais il doutait que cela lui suffise et fut heureux de découvrir quelques pommes de terre ainsi que des carottes protégées par un léger dôme de magie protectrice au fond d'un placard.
Il devrait demander à Molly de lui enseigner quelques sortilèges, pensa-t-il en cuisinant à la moldue sous le regard dubitatif de l'elfe qui ne pipa pas un seul mot.
- Saurais-tu s'il y a une pensine ici s'il te plaît ? demanda Harry avec le plus de politesse possible.
L'elfe était obligé de lui répondre la vérité, mais il ne voulait pas se comporter comme son parrain l'avait fait. Sans compter qu'Hermione l'aurait frappé plusieurs fois à l'épaule s'il se mettait à manquer de respect à un elfe.
- Dans le bureau du défunt Maître Orion, Maître.
- Pourras-tu m'emmener dans ce bureau après le repas s'il te plaît ? J'aurais besoin de la pensine. Est-ce qu'elle fonctionne ?
- Kreattur pense que oui, Maître Harry. Kreattur a vu Maître le traître Sirius l'utiliser peu avant sa disparition.
Harry acquiesça et termina son assiette sans grand entrain.
- Désolé, je ne sais pas très bien cuisiner.
L'elfe ne répondit pas et mangea l'assiette préparée par son maître sans rechigner. Il semblait à la fois craintif et perdu.
Harry mangea donc en silence et l'elfe l'accompagna au premier étage. Impressionné, il observa Kreattur poser sa main sur le mur alors qu'une porte apparaissait devant eux.
- Tu avais caché cette pièce ? demanda Harry alors que son elfe baissa la tête.
- Oui Maître.
- Tu as bien fait.
Choqué, l'elfe releva la tête brusquement et fixa Harry comme s'il avait perdu la tête.
- Il y a certainement des choses de valeur, sans compter des papiers ou des objets rares qui auraient pu être volés ou jetés, expliqua Harry. Y-a-t-il des objets de magie noire ?
- Non Maître, répondit vivement le vieil elfe dont les yeux brillaient sous la lumière des bougies.
- Super, merci Kreattur.
L'elfe entra en premier dans la pièce, qui était certainement la mieux entretenue de la bâtisse. Les vitres étaient propres et laissaient entrevoir les bâtiments environnant puis le ciel, il n'y avait ni poussière ni aucune saleté. Harry observa l'elfe faire le tour du bureau et sortir une pensine d'une très grande commode sur laquelle étaient disposés plusieurs coupes et bibelots en argent et en bronze. L'adolescent fit venir à lui le sac plein à craquer et prit délicatement la fiole entre ses doigts en réfléchissant.
- Le Maître veut rester seul ?
- Tu peux aller te reposer, répondit Harry en fixant brièvement l'elfe. La journée a été assez longue, je présume.
L'elfe disparut sans rien dire et Harry soupira. Il prit la chaise face au bureau et observa le liquide incolore qui se mouvait au fond de la pensine en pierre. Ne devrait-il pas attendre le lendemain ? Après tout, il ne savait pas ce qu'il allait trouver, ni combien de temps cela durerait pour visualiser ces souvenirs.
Il se frotta les yeux et versa tout de même les quatre filaments de la fiole dans la pensine et plongea la tête. Il se sentit aspiré par le souvenir puis se retrouva dans un parc ensoleillé. Il cligna des yeux plusieurs fois afin d'habituer ses yeux à la soudaine luminosité et distingua enfin sa mère, assise sur un banc. Harry reconnu l'endroit comme étant le parc où les deux adolescents se retrouvaient régulièrement à l'époque. Il tourna doucement sur lui-même et prit place sur un autre banc, proche de celui sur lequel sa mère était assise, perdue dans ses pensées. Une légère brise bousculait ses cheveux mi-longs, et un sourire triste était dessiné sur ses lèvres fines. Ses yeux parcouraient l'horizon, et ses doigts agrippaient le bois du banc.
- Lily, fit une voix rauque derrière Harry qui sursauta violemment.
Perdu dans sa contemplation, il n'avait pas entendu l'homme approcher. Celui-ci contourna le banc où était assis Harry pour s'asseoir près de son ancienne amie. Hésitante, celle-ci pris les mains abîmées entre ses doigts fins.
- Sev'…
- Pourquoi voulais-tu me voir ? demanda Snape en récupérant ses mains.
- N'as-tu rien à me dire ?
Harry observa l'homme déglutir.
- C'est dangereux pour toi, de venir ici.
- James m'a demandé en fiançailles.
- Et tu as besoin de mon avis ? ricana méchamment Severus.
- Sev' !
- J'ai été odieux avec toi, Lil'. Tu m'as rayé de tes amis. Je n'ai même pas pu m'excuser et…
- Tu as le temps de t'excuser maintenant, répliqua la rousse en mettant ses chaussures sur le banc, rapprochant ses jambes contre son torse.
- C'est trop tard, Lily, fit tristement Severus en baissant les yeux.
- Il n'est jamais trop tard, Sev'.
- Je t… Je m'excuse, Lily, je te demande pardon, fit l'homme en fixant sa meilleure amie. Je n'aurais jamais dû dire ça. L'habitude de dénigrer les gens… je ne sais pas. J'ai tout raté.
- Je te pardonne, Severus. Je t'avais pardonné le jour même. Mais j'attendais que tu viennes me voir.
- Je ne serais jamais venu, Lily.
- Tu avais honte.
L'homme, habillé de noir, ne répondit pas et fixa à son tour l'horizon où le soleil commençait à disparaître.
Lily posa sa tête sur l'épaule de son ami d'enfance en soupirant doucement. Elle passa ses bras autour du torse de Severus qui ne semblait pas être à l'aise, mais ne faisait rien pour s'écarter.
Harry détourna les yeux lorsque les lèvres de Severus se posèrent sur le crâne de Lily, en essuyant une larme. Devait-il vraiment voir cela ?
Du coin de l'œil, il vit sa mère se redresser et embrasser son ami sur les lèvres. Lily avait-elle donc des sentiments pour ce mauvais garçon ? Harry ne savait pas, jusqu'à la veille, que sa mère avait été la meilleure amie du professeur aigri et détestable. Personne ne lui parlait de Lily, si ce n'est qu'il avait ses yeux. Tout le monde parlait du merveilleux James Potter, à qui il ressemblait tant, qui avait été un gentil garçon et un très bon Auror. Un homme qui s'était sacrifié pour sa femme et son fils.
Un homme qui n'avait pas eu sa baguette sur lui lors de l'attaque de Voldemort, se remémora Harry, amer. Un homme qui se croyait en sécurité puisque le Cottage avait été protégé par Dumbledore. Naïf. Un homme qui n'avait pas protégé son épouse. Un père qui n'avait pas protégé son enfant.
Mais cela, personne ne le savait. Ou l'information s'était perdue avec le temps…
Les deux mots que Maugrey répétait sans cesses résonnèrent dans son esprit. « Vigilance constante. »
Il grimaça lorsqu'il vit Snape répondre un peu trop violemment au baiser de la jeune femme, et s'éloigna du couple. Il n'avait pas besoin de ce genre de vision ce soir. Il les suivit lorsqu'ils se levèrent, main dans la main. Le transplanage des deux jeunes l'emmena dans un petit appartement chaleureux, certainement celui de Lily, d'où il pouvait voir Big Ben. Il grogna lorsqu'il vit les tourtereaux s'embrasser avec fougue et pria pour que le souvenir s'arrête là. Il ne savait pas comment sortir de la pensine avant la fin d'un souvenir et se traita mentalement d'idiot.
Malheureusement, les deux jeunes se dirigèrent vers ce qui devait être une chambre et Harry s'installa sur le canapé en soupirant. Il se boucha les oreilles lorsqu'il entendit quelques grognements de plaisir et voulut feuilleter un magasine moldu, posé sur la table basse. Malheureusement, les souvenirs avaient leurs limites et il lui était impossible de tourner les pages. Il se contenta donc de lire les couvertures des livres éparpillés dans le salon, la seule pièce avec la chambre qui lui était possible de voir.
Il sursauta en voyant Snape sortir de la chambre, en pantalon noir et t-shirt, hagard et blanc comme un linge. L'homme griffonna un petit mot avant de disparaître hors de l'appartement.
« Je suis désolé, Lil'… Sois heureuse. Je t'aime. »
Le souvenir prit fin quelques minutes plus tard, et il se vit transporter dans le deuxième, bien plus sombre. Il se trouvait dans un cimetière, entre Pétunia et Lily qui fixaient une pierre tombale sans vraiment la voir.
- C'est à cause de toi ! s'écria méchamment la brune.
- Tunie ! S'il te plaît…
- A cause de toi et de tes tarés d'amis ! Je ne veux plus jamais te revoir, tu m'entends ? Je ne veux plus jamais avoir quelque chose en commun avec un monstre comme toi !
Lily observa tristement sa sœur quitter le cimetière alors que les invités quittaient peu à peu les lieux. Le souvenir prit fin lorsque James rejoignit sa fiancée en l'embrassant sur la tempe.
Le troisième souvenir emmena Harry dans un couloir désert. Il entendait sa mère marmonner que Dumbledore n'était pas digne de confiance, mais que lui seul pourrait trouver une solution. Elle semblait à bout de nerfs, perdue, et totalement apeurée.. Harry fixa brièvement l'anneau au doigt de sa mère, ce qui lui prouvait que le mariage avec James avait déjà eu lieu. Il l'observa tristement rejoindre le bureau de Dumbledore.
Lily, en larmes, expliqua alors la situation à un Dumbledore impassible. Il avait encouragé la relation de James et Lily, jadis, appuyant sur le fait qu'ils étaient les deux plus jeunes meilleurs combattants de l'Ordre et qu'en s'unissant par le mariage devant la Magie, ils pourraient être bien plus puissants. L'écart de la jeune femme l'énerva cependant.
Il écouta Lily, réfléchissant à ses futures paroles. Les parents de son ancienne élève étaient morts, attaqués par les Mangemorts, et elle se retrouvait enceinte de son ancien meilleur ami.
- Cet accès de faiblesse aurait pu être bien plus grave, jeune fille, commenta froidement le directeur alors que Harry fronçait les sourcils. Cependant, il est hors de question que vous brisiez votre mariage et je pense pouvoir trouver une solution.
Les yeux brillants d'espoir de Lily tordirent l'estomac de son fils.
- Vous allez me chercher James, et nous discuterons de tout cela ensemble.
- Mais…
- Ayez confiance, Miss Evans. Tout va bien se passer.
Le souvenir prit fin à son tour, laissant place au quatrième et dernier filament argenté.
Le ventre de Lily était déjà bien arrondi et James avait passé un bras autour des épaules de sa femme en guise de soutient. Harry écouta d'une oreille distraite Dumbledore expliquer la situation à James : il n'était pas le père de l'enfant, et il leur faudrait procéder à un rituel cachant l'identité du garçon. James s'était d'abord outré des insinuations de son mentor, et fini par s'écarter de sa femme, la regardant avec dégoût.
- Comment as-tu osé ? finit par crier James en giflant son épouse.
Lily ne riposta pas, trop choquée, et reçut une deuxième gifle, ainsi qu'un coup de pied dans les genoux. Ne tenant plus debout, elle s'assit et voulut sécher ses larmes. Si Dumbledore n'avait pas retenu James, Harry était certain que Lily aurait fini par terre.
Pétrifié par la surprise et la rage qui s'emparait de lui, Harry ne put qu'observer le Directeur lancer un léger sortilège de confusion à James sous le regard triste de Lily.
- Laissez-moi faire, murmura Dumbledore. James. Vous allez prendre soin de cet enfant comme s'il était vôtre et faire ce rituel sans discuter.
Harry reconnut sans mal le léger Imperium et commença à se sentir nauséeux. Il n'osait pas réfléchir aux conséquences de ses découvertes. Il n'osait tout simplement pas pas penser.
- La clé du sortilège sera un simple « spe revelio », annonça le directeur en fixant Lily. C'est un sortilège simple et ancien, qui n'est plus utilisé depuis plusieurs décennies.
Elle acquiesça, prise au piège de ses décisions. Un filament doré entoura le couple, et une goutte de sang tomba de la paume de James, étourdit. Le futur père prit place dans le fauteuil, tremblant.
- Miss Ev… Mrs Potter, vous mettrez ce qui vous reste de souvenirs comprenant cet accident dans une fiole, et vous la mettrez en lieu sûr.
La jeune femme, plus pâle que jamais, acquiesça à nouveau, essuyant ses mains moites sur sa longue robe. Elle s'exécuta et fit disparaître la fiole avant que Dumbledore ne puisse la lui demander.
- Obliviate, murmura Dumbledore en direction des deux adultes.
Le souvenir prit fin lorsque le sortilège toucha la poitrine de Lily et James. Harry se vit éjecter de la pensine sans ménagement. Il prit sa tête entre ses mains, se balançant doucement sur la chaise alors qu'une migraine l'attaquait de plein fouet.
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Kreattur était inquiet malgré lui. La magie de son Maître appelait à l'aide, mais il ne l'appréciait pas plus que cela. Mais c'était son devoir. Le Maître n'était pas sorti du bureau depuis la veille, et il allait être midi. Kreattur devait donner sa réponse à Harry concernant sa volonté de rester ou non au Square. Quelle punition pourrait lui réserver le traître deuxième du nom s'il n'obtempérait pas ?
Il marmonna quelques insultes en grimpant les marches, profitant de cet instant pour dépoussiérer les belles rampes. Il entra silencieusement dans le bureau de son ancien maître et fronça les sourcils. Le jeune homme était affalé sur le petit canapé et ses mains étaient agrippées à ses cheveux.
- Le Maître ne voudrait-il pas manger ? osa l'elfe.
Sursautant violemment, Harry se leva en quatrième vitesse et pointa l'elfe de sa baguette avant de l'abaisser, un air désolé collé sur le visage. Il reprit sa respiration et s'excusa auprès de Kreattur qui fronça encore plus les sourcils.
- Le Maître est dans un état lamentable, marmonna l'elfe.
- Merci, Kreattur.
L'elfe grogna encore, et tendit deux fioles à son Maître.
- C'est quoi ?
- Potion de clarté d'esprit et de soin contre la migraine. Votre magie a demandé à Kreattur de venir ici.
- Oh… Merci.
Hoquetant, l'elfe l'observa, horrifié. Harry se douta que Kreattur n'avait pas eu autant de remerciements depuis bien longtemps, mais estima que ce n'était pas son problème. Il avala les deux fioles d'une traite, ne pensant même pas son elfe capable de l'empoisonner.
Le jeune homme alla ensuite se laver puis s'habiller à la moldue pour aller faire quelques courses. Il se débrouilla sans trop de difficultés et revint les bras chargés de nourriture au Square. Il nettoya les placards et positionna un réfrigérateur qu'il avait miniaturisé. Il avait remarqué depuis longtemps les quelques prises de courant qui étaient dans la maison, souvent cachées par des meubles ou des morceaux de tapisserie.
Il soupira d'aise en se servant un verre de jus de fruit et appela Kreattur, attendant sa décision.
- Le Maître a proposé à Kreattur. Mais Kreattur ne sait pas. Kreattur pense préférer rester à la maison mais peut aussi aider à Poudlard.
- Il y aura peut-être besoin d'aide pour la rénovation du château, s'ils ont besoin d'elfes pour les repas…
- Kreattur pourra.
- D'accord.
L'après-midi arriva bien rapidement et Harry vagabonda dans les rues d'une ville moldue en Ecosse, pour se changer les idées. Il sursauta en voyant son professeur de Métamorphose sortir d'un magasin de vêtements.
- Potter ! s'écria McGonagall. Comment allez-vous ?
- Professeur, fit Harry mal à l'aise. Vous n'êtes pas à Poudlard ?
- J'ai osé prendre une journée de repos en effet. Les professeurs Flitwick et Chourave s'occupent de superviser un premier nettoyage du château.
- Vous n'êtes pas blessée ?
- Non, Potter, fit la professeure en levant les yeux au ciel. Que faites-vous ici ?
- Je souhaitais changer d'air, répondit évasivement Harry.
- Je comprends. Ce serait bien que vous alliez faire un tour à Sainte Mangouste cela dit.
- Pourquoi ?
- Le professeur Snape y est installé et quelque peu agité. Peut-être que votre présence calmera ses nerfs.
- Le… Professeur Snape ?
- Oh. Vos amis ne vous ont rien dit ?
- Je suis parti hier matin, professeur, je ne les ai pas revus depuis.
- Vos indications m'ont permis de retrouver le corps presque sans vie du professeur Snape. Mademoiselle Granger avait tenté de mettre du dictame sur son cou et si cela n'a pas eu l'effet escompté, la potion s'est retrouvée dans le sang et aurait soigné quelques tissus internes. Le poison de Nagini est cependant encore présent dans ses veines et il est toujours entre la vie et la mort, bien que conscient malheureusement.
- Souffre-t-il ?
- Probablement, répliqua sèchement McGonagall. Mais vous connaissez le professeur Snape. Têtu comme il est… marmonna la vieille professeure.
- Je ne sais pas si ma présence lui ferait plaisir, par contre.
- Au moins il pourrait faire ses nerfs sur vous, ce qui prouverait un état psychologique stable, répliqua McGonagall avec un petit rictus. Allez donc vous promener, mais pensez à aller le voir. J'ai cru comprendre, d'après vos propres dires, qu'il vous avait sauvé la vie à plusieurs reprises. C'est peut-être le moment d'aller le remercier avant qu'il ne soit trop tard.
Harry acquiesça alors que son professeur le saluait, rejoignant certainement son lieu de vie. Il marcha encore quelques minutes avant de soupirer et transplaner pour Sainte Mangouste.
Il évita soigneusement les regards qui le fixaient ainsi que les appels d'inconnus puis se dirigea vers le bureau d'accueil, annonçant son but. La femme l'observa avec attention et le laissa la suivre jusque dans les étages.
- Avez-vous vu un médicomage, Monsieur Potter ? demanda la jeune femme.
- Euh, non.
- Ok. Allez voir le professeur Snape, mais je vous prierai d'aller voir le Docteur Brias. Vous avez tout de même combattu à Poudlard et la balafre sur votre joue ne me semble pas très bien cicatrisée. D'accord ?
- Très bien Madame, fit Harry en se frottant la joue.
Il n'avait aucunement envie de voir un médicomage, mais si c'était le prix à payer pour qu'elle le laisse tranquille, pourquoi pas. Elle l'amena ensuite jusqu'à la chambre souhaitée.
- Cet homme a dû être isolé dans une chambre à part. Entre les menaces de mort que nous avons reçues et son état de santé, sans compter les cauchemars répétitifs qu'il fait, il a fallu prendre des mesures strictes et il n'a théoriquement pas le droit aux visites. Cependant, la directrice de Poudlard m'avait heureusement informé de votre éventuel passage. Et…
- Et ? demanda Harry alors que l'assistante médicale avait la main sur la porte.
- Je pense qu'on vous l'a déjà souvent dit, mais vous ressemblez beaucoup à votre mère. J'ai eu la chance de pouvoir travailler avec Lily quelques mois avant son décès tragique. C'était une femme adorable.
Surpris, Harry ne put répondre et laissa la femme d'une cinquantaine d'année le pousser gentiment à l'intérieur de la pièce. Elle lui indiqua rester dans le couloir, puis verrouilla la porte. Il inspira un peu trop brutalement l'air chargé de produits désinfectants et tourna la tête vers le lit.
- Potter, remarqua une voix rauque, presque inaudible. Sortez d'ici immédiatement.
- Non.
- Potter !
- J'ai promis au professeur McGonagall de passer.
- Passer voir un mourant, quelle joie cela doit vous faire ! se moqua amèrement Snape, tentant en vain de se redresser.
Harry soupira, agacé, et pris place sur le tabouret près du lit. Il observa les traits fatigués de son professeur et ne put s'empêcher de repenser aux souvenirs de sa mère.
- Merci pour tout ce que vous avez fait, professeur.
Mais Snape ne répondit pas, trop occupé à sonder le garçon, trouver un indice qui discréditerait ses paroles. Résigné, il soupira à son tour.
- Vous ne mentez même pas.
Harry leva les yeux au ciel. Pourquoi était-il venu, déjà ?
- Ou sont vos amis ?
- Certainement à Poudlard ou au Terrier, répondit Harry en haussant les épaules. Je les ai quittés hier matin.
Son regard fixait un petit écran qui émettait un bruit régulier. Il ne remarqua pas le regard légèrement inquiet de son professeur.
- N'y-a-t-il vraiment aucun remède contre le venin de Nagini ?
- Non, Potter. Mais ce n'est pas réellement cela qui me tue.
- Quoi donc, alors ?
- A part votre présence ? marmonna l'homme avec sarcasme. Les blessures infligées par le serpent ne se referment pas, à cause de son venin. Du moins pas encore. Les pertes de sang, les carences, les sortilèges de do… fit le professeur avant de se taire quelques secondes. De multiples choses me tuent peu à peu, Potter. Des choses que vous ne comprendriez pas, même si je passais cinq ans à vous les expliquer. Le venin a quitté mon corps depuis plusieurs heures, mais la peau qu'il a consumée ne cicatrisera pas.
- Il faudrait une greffe de peau, fit alors Harry.
- Pardon ? fit Snape, semblant ne pas comprendre.
Harry leva les yeux au plafond et fixa le visage fatigué de l'homme. Il se promit d'en parler au médicomage, peut-être y-avait-il une chance pour qu'il puisse aider le meilleur ami de sa mère.
- Qu'allez-vous faire, lorsque vous serez guérit ? fini par demander Harry.
- Je ne guérirai pas, Potter, cracha Snape.
- Mais…
- J'aurais dû mourir sous les crocs de Nagini. Laissez-moi mourir en paix, maintenant.
- Professeur…
- Sortez.
Harry souffla mais obtempéra. Il retrouva l'assistante dans le couloir qui verrouilla la chambre dès qu'il sortit, puis elle l'accompagna d'office dans le bureau d'un médicomage.
L'homme le salua aimablement et l'ausculta, lui prescrivant quelques potions et un baume pour sa joue. Harry lui parla ensuite de son idée concernant Snape, ce qui intéressa vraiment le médicomage qui n'avait jamais entendu parler d'une greffe de peau.
- Les moldus ont essayé à deux reprises si je me souviens bien, fit Harry, mais ils n'ont pas réussi… peut-être qu'avec vos connaissances, peut-être qu'avec la magie… peut-être que... cela serait faisable ?
- Ce serait envisageable, encore faut-il que Monsieur Snape tienne jusqu'à ce qu'on trouve le moyen de pratiquer une telle greffe. De plus, il nous faudrait un donneur. Je vais me renseigner auprès de mes confrères et je vous tiendrai informés si vous le souhaitez.
- Très bien.
- Par ailleurs… nous avons un souci concernant ce patient. Nous ne savons guère s'il a une famille, mais il faudrait rembourser tous ces soins.
- Je m'en occupe.
- Eh bien, dans ce cas, allez à l'accueil et demandez la facture. Il est enregistré au nom de Prince, à la demande de Minerva McGonagall. Afin d'éviter trop de problèmes...
- Merci, monsieur.
- C'est moi qui vous remercie pour ces informations. N'oubliez pas d'aller chercher vos soins en bas et de vous reposer. Vous en avez bien besoin.
Harry le salua et redescendit à l'accueil avant d'être envoyé au sous-sol, dans le service de distribution des soins. Il y avait peu de monde et il fut soulagé de quitter les lieux une demi-heure plus tard.
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Les jours défilaient lentement alors que Harry apprenait, grâce à de nombreux grimoires, les sortilèges de protection pour les domaines sorciers. Il avait lancé plusieurs charmes sur la bâtisse déjà bien protégée et craignait que les membres de l'Ordre ne veuillent venir en ces lieux. Il avait timidement demandé de l'aide à McGonagall qui s'était fait un plaisir de venir avec son mari que personne ne connaissait. Celui-ci bloqua les accès du réseau de cheminette, pour ne laisser l'accès qu'au bureau de Minerva à Poudlard. Seule elle et son époux pouvaient, pour le moment, venir au Square. L'homme bourru avait alors demandé si Harry comptait faire des travaux dans la demeure, et le garçon acquiesça.
- Il faudrait changer la tapisserie, éclaircir tout ça… remplacer les fenêtres aussi, mais je ne sais pas comment faire. Il doit y avoir des entreprises.
- En effet, fit Joris McGonagall. Mes fils et moi sommes justement du métier. Si besoin, nous sommes disponibles ! Ce serait avec plaisir.
- Oh… euh… ce serait super, oui, fini par dire Harry en rougissant légèrement.
- Nous pourrions venir faire un devis, je pense que la maison va nous demander beaucoup de travail n'est-ce-pas ?
- En effet.
- Un budget en tête ?
- Pas vraiment, je me renseignerai.
- Très bien, quand pourrions-nous passer faire le devis ?
- Demain après-midi si cela vous convient.
Le rendez-vous fut pris sous le regard amusé de la nouvelle directrice de Poudlard qui reprit sa légère cape.
- Oh Harry… Je sais qu'il est encore tôt pour y penser, car nous ne sommes qu'en juin. Mais si vous souhaitez faire votre dernière année à Poudlard, les inscriptions pour les septièmes années sont ouvertes jusqu'au quinze août.
- Merci, professeur, fit Harry.
Le couple s'en alla, et le jeune homme retourna à ses pensées. Il avait écrit une lettre à Hermione, qui lui avait envoyé une beuglante la veille pour ne pas leur avoir donné de nouvelles plus tôt. Il avait simplement écrit qu'il allait bien, et qu'il avait besoin de temps. Il n'avait parlé ni de Snape, ni de ses récentes découvertes.
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Les travaux avaient commencé depuis une semaine et Harry avait trouvé un bon rythme de vie. Il écrivait à Hermione tous les trois jours, lui demandant des nouvelles de la famille Weasley mais aussi de ses parents. Elle n'en avait pas fait mention dans ses précédents courriers et cela inquiétait lentement mais sûrement Harry. Elle allait partir pour deux semaines à Paris avec Ron et ils semblaient heureux de pouvoir enfin passer quelques jours ensemble, loin de la famille aimante mais imposante de Ron.
Joris et ses deux fils avaient commencé par déblayer les combles. Ils avaient déjà tout nettoyé à l'aide de la magie et ils avaient refait l'isolation. Les murs et les mansardes étaient maintenant peints en blanc, et ils s'occupaient du sol bien abîmé. Harry avait commencé le nettoyage du quatrième étage, bien que Molly ait déjà fait un grand tri. Quatre pièces étaient déjà vides et ne restait plus qu'une chambre et une salle de bain à nettoyer. Harry avait demandé à ce que les cinq pièces soient transformées en deux chambres un peu plus spacieuses en détruisant les cloisons et il aménagerait la cinquième en un salon confortable avec quelques bibliothèques. Les héritages des Potter et des Black réunis lui laissait de quoi vivre sereinement pour au moins trois cents ans, et Harry avait envie de redonner vie à ce lieu lugubre.
Les fenêtres avaient toutes été changées en début de semaine et Harry adorait le résultat. Le soleil entrait enfin par les fenêtres et Kreattur avait même été surpris de la luminosité. Il avait par contre tenu à ce que la tapisserie horrible du salon du premier étage reste intacte, et Harry était arrivé à un compromis : ils nettoieraient ensemble la tapisserie, raviveraient les couleurs et enlèveraient les tâches de brûlure. Kreattur avait fini par accepter et Harry ne savait toujours pas quoi faire de cette pièce. L'elfe avait suggéré un lieu de travail, ou un petit atelier pour du bricolage.
Le jeune homme avait été surpris par les propositions et ne les avait pas refusées. Il ne pensait pas véritablement en faire son lieu de vie, mais ne voulait pas non plus quitter le seul véritable souvenir de Sirius qu'il avait. Après tout, cette maison avait été l'objet de ses rêves les plus fous lorsqu'il avait rencontré son parrain. Il avait imaginé une grande maison confortable et accueillante, un foyer. Cette maison était grande, peut-être confortable mais absolument pas accueillante. Il leur restait encore beaucoup de travail.
- Harry ? appela une voix qu'il reconnut pour être celle de Daniel, le premier fils des McGonagall.
- Oui ?
- Un volatile réclame ton attention.
Harry se leva alors du sol poussiéreux sur lequel il triait quelques livres, puis se dirigea vers l'étage supérieur. Un grand hibou frappait le carreau avec son bec. Il lui ouvrit et l'oiseau s'engouffra rapidement dans la pièce, attendant que le jeune homme détache le courrier.
« Monsieur Potter,
Comme convenu lors de notre dernier entretien, je me suis renseigné sur la possibilité d'une greffe de peau. Nous avons opté pour un essai avec de la peau du cou d'un dragon blanc d'Egypte qui pourra se fondre sur le teint de notre patient. Ses propriétés permettront une guérison rapide de la plaie. Des tests ont été effectués au préalable sur d'autres personnes et cela semble fonctionner. Bien sûr, celles-ci n'avaient pas souffert d'une attaque de serpent mais il y a de forte chance que cela, accompagné d'un traitement approfondit sur une semaine entière, sauve la vie de Monsieur Prince.
Au vu de l'état de santé de cet homme, nous vous demandons de prendre la responsabilité d'un tel traitement.
Salutations,
L. Brias
Médicomage. »
Il remarqua l'air interrogatif de Joris McGonagall avec un temps de retard et lui tendit la lettre.
- Vous pouvez avoir confiance en cet homme, Harry. Je le connais personnellement, c'est un homme bien. C'est un bon médicomage qui sait ce qu'il fait.
Harry remercia le père de famille pour son avis, et celui-ci proposa d'ajouter un petit mot en sa faveur lorsqu'il enverrait sa réponse, ce que Harry fit immédiatement. Il était d'ailleurs étonné de ne pas être harcelé par le Ministère et savait seulement de Joris que sa femme avait menacé Kingsley, qui avait pris le poste de Premier Ministre depuis quelques semaines, d'un mois entier à enseigner à Poudlard s'il ne contrait pas les tentatives désespérées de certains citoyens d'atteindre Harry Potter. Elle lui avait également fait part de ses découvertes quant à Snape et Kingsley avait d'ores et déjà annoncé à la presse que cet homme était un héros qui avait aidé à sauver le Monde Magique jusqu'à en sacrifier sa propre vie.
Les jours continuèrent leur défilé jusqu'à la mi-juin où Harry devait se rendre à Sainte Mangouste pour la seconde fois. Le médicomage avait demandé de le rencontrer et il avait fini par accepter, bien que venant à reculons. Il avait réglé les soins de Snape sans rechigner, il avait un peu aidé pour son traitement, que lui voulait-on encore ?
- Monsieur Potter, l'interpella le médicomage Brias. Par ici.
Le garçon le rejoignit dans son bureau et s'installa.
- Monsieur Prince est à peu près guéri, mais a besoin de repos dans un endroit sûr, où personne ne le dérangera. Joris m'a informé que les travaux de votre bâtisse étaient sacrément avancés, j'oserais espérer que vous puissiez l'accueillir.
Harry grimaça. Ils avaient en effet vidé, nettoyé et repeint toutes les pièces dans des couleurs plus claires, plus sobres. Le parquet avait été rénové dans la quasi-totalité de la maison et il ne restait plus que le premier étage et le rez-de-chaussée.
- Et si cela vous convient, j'organiserai le transfert en venant avec Joris qui a déjà accès à votre demeure. Je doute que vous souhaitiez que d'autres personnes y aient accès, n'est-ce-pas ?
Harry, surpris par toutes les responsabilités qui ne finissaient pas de lui tomber dessus, acquiesça. Il n'avait, après tout, pas réellement le choix puisqu'il ne voulait pas que Snape meure d'une quelconque manière, mais doutait fortement que cela ne plaise à la chauve-souris des cachots. Quoique le troisième étage était indépendant des autres puisqu'il comportait maintenant une petite cuisine, un salon, deux chambres et une belle salle de bain. Peut-être que cela pourrait devenir le lieu de vie provisoire de son professeur. Il irait chercher la sœur de l'elfe qu'il avait acheté l'avant-veille et demanderait à Breval de s'occuper de Snape.
Snape allait le trucider.
- Votre idée de lui attribuer un elfe n'est pas mauvaise en soi, mais il aura besoin d'un suivi psychologique.
- Je crois qu'il vous détesterait s'il entendait ça, fit Harry, riant nerveusement.
- Je veux bien vous croire, se moqua doucement le médicomage. Mais les traitements devront s'arrêter un jour, et il vaut mieux qu'il y soit préparé au plus tôt. Je pourrai passer de temps à autre, si vous m'y autorisez. Je pourrai suivre son évolution et lui faire la conversation même si ce n'est pas une chose aisée avec lui. Joris me tiendra compagnie au pire.
Ne pouvant refuser, l'adolescent qui devenait un jeune homme approuva et lui donna un lieu de rendez-vous. Les deux hommes passeraient par Poudlard afin d'arriver à l'ancien QG de l'Ordre et Harry allait aménager le troisième étage. Il quitta les lieux pour se rendre à Gringotts et retira une lourde bourse de son coffre. Ne connaissant pas ou trop peu les magasins sorciers, et n'ayant aucune envie de se faire repérer par qui que ce soit, il reparti de Londres pour aller dans une ville sorcière qu'il avait repéré sur une vieille carte dans le bureau d'Orion Black.
Il y trouva quelques meubles dont un grand lit, deux belles commodes et une grande armoire. Il acheta également une armoire vitrée pour y placer de la vaisselle puis acheta des vêtements qui, d'après la vendeuse, s'adapteraient automatiquement à la morphologie de la personne. Il fallait juste une taille approximative pour qu'elle lui donne de quoi habiller cette personne. Il décrivit brièvement la taille de l'homme qui devait bien avoir une tête de plus que lui ainsi que bien plus de muscles.
Il prit ensuite le chemin de la ville moldue d'à côté pour commander un très bon matelas dans un grand magasin. Il se ferait livrer devant chez lui en fin de journée et se débrouillerait pour amener le paquet à l'intérieur. Il retourna du côté sorcier pour se prendre une glace et aperçu une petite vitrine d'apothicaire. Par instinct plus que par envie, il décida d'y entrer pour voir ce qu'il pourrait y avoir d'intéressant. Ne serait-ce que pour occuper Snape durant son séjour au square.
Il découvrit une série de livres sur les potions qui, apparemment, venait d'être éditée. Avec un petit sourire, il prit le paquet de sept livres et observa les divers ingrédients. Certains étaient étiquetés comme étant très rares et bénéfiques dans certaines potions de soin, et il se rappela brièvement que l'homme avait bien trop souvent subi le Doloris. Le médicomage était d'ailleurs inquiet à ce sujet et considérait Harry comme le tuteur de Snape puisque l'homme n'était, pour l'instant, plus capable de prendre les « bonnes » décisions pour sa vie.
Il demanda à la vendeuse de lui mettre quelques ingrédients ainsi que quelques pierres dans un petit carton, et prit deux chaudrons de très bonne qualité ainsi que quelques ustensiles dont aurait certainement besoin la terreur des cachots s'il venait à vouloir préparer des mixtures étranges. Il ne savait pas pourquoi il faisait cela, mais puisque, d'après Minerva, la maison où logeait Snape avait été brûlée par des délinquants – ou des mangemorts – le professeur serait bien obligé d'accepter ces objets que Harry ne comptait pas garder. Il ne savait même pas si c'était une bonne idée d'apparaître devant Snape. Il enverrait certainement Enora ou Breval annoncer à l'homme que les affaires présentes dans les pièces du troisième étage lui appartenaient.
A cette pensée, il fit venir Breval qui emporta les différentes trouvailles avec joie puis Harry retourna dans la rue après avoir réglé ses achats, afin de trouver un magasin de livres. Il en avait déjà acheté plusieurs à Godric's Hollow, mais souhaitait également lire des livres d'écrivains sorciers. La fin de journée arriva bien trop rapidement à son goût et il rentra, exténué.
- Maître Harry ! s'écria Breval. Maître Harry semble très, très fatigué.
- Ça va, ça va, fit le jeune homme, amusé malgré lui. Kreattur ?
- Le Maître a appelé Kreattur ? fit le vieil elfe en apparaissant devant lui.
- Oui. Je suis heureux que vous ayez fait vos propres vêtements, ils sont beaucoup plus dignes des familles Black et Potter.
Kreattur semblait boire ses paroles alors que Breval ne semblait pas pouvoir rester en place.
- Breval, tu as quelque chose à proposer ?
- Breval… hésita l'elfe. Breval pense que ce serait agréable de faire ses propres chaussures. Si le Maître est d'accord.
Kreattur positionna immédiatement ses mains devant sa propre bouche, horrifié.
- Kreattur, tout va bien, le rassura Harry. Je ne vais pas vous punir. Si vous avez des idées, n'hésitez pas et je l'ai déjà dit. Est-ce que tu voudrais aussi des chaussures, Kreattur ?
- Kreattur n'a pas le droit de…
- Kreattur doit me dire ce qu'il veut, lui, protesta Harry en s'accroupissant devant ses elfes.
- Kreattur aimerait faire ses chaussures avec Breval, ainsi que des chaussettes, finit par murmurer la créature, les yeux rivés au sol.
- Eh bien vous pourrez vous faire cela, ou même aller en acheter. Il me semble que cela ne vous libèrera pas, n'est-ce pas ?
- Seulement si le Maître donne des vêtements directement à ses elfes, Monsieur, fit Kreattur. Si nous les achetons ou si nous les faisons, il n'y a aucun risque.
- Très bien… Et… Kreattur, essaye s'il te plaît de m'appeler Harry. Tout comme Breval. Je ne suis pas fan que vous m'appeliez « Maître ».
- Kreattur essaiera.
- Bien. J'ai deux nouvelles pour vous. Breval est venu chercher quelques sacs et paquets que j'ai acheté cet après-midi. Dans un jour et demi, un homme au mauvais caractère qui fut le meilleur ami de ma mère viendra vivre ici pour quelques temps, mais n'aura accès qu'au troisième étage. Pourriez-vous aménager cet étage-là avec les meubles que je vous ai donné, et remplir les commodes de vêtements et de vaisselle neuve ? Il faudrait également continuer l'aménagement de la cuisine et mettre une baignoire dans la salle de bain.
- Kreattur fera ça, fit le vieil elfe.
- Breval aidera Kreattur ! rajouta joyeusement le jeune elfe.
- Et j'ai une petite surprise pour vous. Du renfort. Enora ?
- Enora ! s'écria Breval alors que sa petite sœur apparaissait devant eux.
Harry laissa échapper un petit rire alors que Kreattur levait les yeux au plafond.
- Viens, Kreattur, allons préparer le repas pendant que les deux jeunes se retrouvent.
L'elfe approuva vivement, et le duo se mit aux fourneaux. La soirée se déroula tranquillement et l'arrivée de Snape avec. Harry avait vérifié le travail de ses elfes et approuvé la décoration simple mais présente. Il avait rajouté un cadre photo sur la cheminée où Lily et Snape riaient devant un grand arbre, dans le parc où ils se retrouvaient durant les vacances. Une des chambres avait été transformée en laboratoire de potion, protégée par plusieurs sortilèges et peintures spécifiques pour supporter les projections de tous types. Une table de travail avait été placée près du mur et des vitrines protégées par la magie attendaient tranquillement d'être remplies de potions diverses.
Harry ne savait pas vraiment pourquoi il faisait cela, mais il voulait que Snape se sente bien. Après tout, si les souvenirs de sa mère étaient réels… Snape était son père. Il se frotta les yeux, essayant d'ignorer le sentiment étrange qui le prenait à chaque fois que ses pensées se dirigeaient vers ce souvenir. Il ne savait pas s'il devait être heureux, ou horrifié.
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