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Chapitre 2
Rénovation
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Le médicomage Brias arriva peu avant seize heures, accompagné de Joris McGonagall et de Snape, qui était dans un état second. Harry les accueillit, redoutant la réaction de son professeur qui ne vint pas. Il sembla à peine le reconnaître et le médicomage l'informa que l'homme était sous sédatif pour que le transfert se passe dans les meilleures conditions. Harry n'aima guère la situation mais ne protesta pas. C'était certainement mieux ainsi, après tout. Il les fit entrer et passa devant eux, ouvrant la marche fastidieuse vers le troisième étage. Le palier ne comprenait plus qu'une seule porte, permettant ainsi la fermeture du petit appartement qui y était aménagé. Lucien Brias approuva les aménagements sécurisés dans la salle de bain – Harry s'était laissé inspirer par les aménagements moldus – et dans la chambre à coucher où Snape allait certainement passer les deux prochains jours, avant de pouvoir à nouveau faire quelques pas.
Joris verrouilla les fenêtres afin d'éviter une quelconque fuite ou attaque par ce biais-ci, puis ils installèrent l'homme, habillé d'une simple tunique blanche, sur le grand lit. Harry les laissa là, et les deux hommes expliquèrent brièvement la situation à l'homme affaibli. Il semblait comprendre mais n'émettait aucune phrase le prouvant, et Joris fini par présenter Enora qui se fit un plaisir de leur préparer du thé. L'elfe devrait ensuite surveiller le malade et s'en occuper tant qu'il vivrait sous ce toit, ce qui ne durerait certainement pas une éternité.
Snape dormi deux jours durant, et Enora l'alimentait grâce à des potions nutritives qu'elle lui administrait avec l'aide de Breval. Et lorsque Snape ouvrit en grand les yeux, pour la première fois depuis son arrivée, Enora chercha immédiatement le docteur Brias. Celui-ci tenta de calmer l'homme qui se débattait, voulant quitter les lieux à tout prix.
- Monsieur Snape, calmez-vous ou je vous ligote à ce fichu lit ! grogna l'homme massif.
- Qui êtes-vous ? grogna le directeur de Serpentard en tentant encore une fois de se lever.
- Vous pouvez vous asseoir sur le lit, jeune homme, mais si vous posez un orteil sur le sol, je vous fixerai avec de la glue perpétuelle, râla Brias. Je suis votre médicomage attitré et vous prierai de me parler sur un autre ton. Bienvenue parmi les vivants, monsieur.
Le médicomage voyait bien que l'homme avait des centaines de question et lui promis d'y répondre autant que possible mais lui demanda d'abord de boire une potion que Snape identifia comme étant une potion calmante et lui lança un regard noir mais but sans discuter plus longtemps, comprenant qu'on ne lui laissait pas le choix.
Severus se redressa un peu mieux puis s'adossa au mur, reprenant plus calmement ses esprits.
- Suis-je vraiment au Square Grimmaurd ? demanda-t-il en premier, ne reconnaissant pas la pièce qui détonnait de ce qu'il connaissait de l'endroit insalubre et sombre.
- Oui. Rénové par la famille McGonagall et le jeune Harry.
Snape grogna à l'annonce du prénom et Brias eut un rictus amusé.
- Le jeune Potter a quitté Poudlard le lendemain de la bataille. D'après ce que j'ai compris des bribes d'informations que j'ai eu, ce jeune homme est d'abord aller faire un tour dans la bâtisse qui a vu le décès de ses parents avant de rejoindre cette demeure. Ce ne fut que le lendemain après-midi, après que Minerva, la femme de mon meilleur ami, ne rencontre par hasard votre cher élève vagabondant dans les rues d'un village pommé en Ecosse que Harry est venu à Sainte Mangouste, sous les ordres déguisés de Minerva. Elle lui demandait de venir vous voir, et c'est ainsi qu'il apprit votre surprenante survie. Sans les informations sur l'attaque de Nagini qu'il avait fournies à la Directrice, vous seriez bel et bien six pieds sous terre à cette heure-ci. Vos élèves avaient en vain tenté d'appliquer du dictame sur vos plaies, ce qui a retardé votre mort cérébrale par on ne sait pas trop quel miracle. Minerva m'a appelé dès qu'elle vous a trouvé, gisant au milieu d'une flaque de sang. L'arrivée du jeune garçon à Sainte Mangouste nous a permis de l'ausculter également. Il avait plusieurs blessures non soignées qui auraient pu, sur le long terme, lui être fatales.
- Et pourquoi ai-je été amené ici ? le coupa Snape, pas intéressé par l'état de Potter pour une mornille.
- Vous ne pouviez pas rester éternellement à l'hôpital. Des gens vous recherchent et ne vous veulent pas que du bien. Même si notre Ministre vous décrit comme un héros de guerre à l'heure qu'il est, votre maison a été brûlée par un groupe de mangemorts il y a quelques semaines.
- Semaines… Quelle date ?
- Nous sommes le 20 juin, monsieur Snape. Le jeune Potter a rénové cette bâtisse avec les McGonagall. Il s'est coupé du monde dès le lendemain de la bataille et n'a donné aucune information sur votre état à ses amis qui, de toute façon, ne sont plus en Angleterre pour l'instant.
Snape fronça les sourcils, ce qui incita l'homme à continuer sur sa lancée.
- Votre jeune élève, Hermione Granger, est venue me demander conseil grâce à Minerva. Il se trouve qu'ils sont actuellement en France, et rejoindront ensuite l'Australie pour réparer des dégâts qui sont, d'après moi, irréparables.
- C'est-à-dire ?
- Mademoiselle Granger a, en septembre dernier, effacé tout souvenir la concernant des esprits de ses parents.
- Pardon ? couina presque Snape, abasourdit.
- Elle craignait visiblement qu'ils ne soient la cible d'attaques. Elle avait disposé quelques magazines parlant de l'Australie, ce qui a, semble-t-il, décidé le couple de partir loin de notre pays. Si Ronald Weasley a d'abord traité sa petite amie de tous les noms, il a fini par comprendre qu'elle avait besoin de soutien plutôt que des insultes à peine voilées. Mais revenons à l'instant présent. Vous êtes actuellement au troisième étage de la Maison des Black. L'étage entier vous est réservé et l'elfe Enora vous est attitrée. Le jeune Harry ne viendra que sur votre demande. Vous avez donc à votre disposition une cuisine, un salon ainsi qu'un laboratoire de potion fraîchement aménagé et cette chambre. Tous les objets, meubles et habits présents ici-même vous appartiennent. Je vois que vous n'appréciez pas ce geste à sa juste valeur. Dites-vous que c'est un présent que vous fait Harry, en souvenir de l'amitié que vous aviez pour sa mère. Il n'attend aucun remerciement de votre part. Il ne le fait pas non plus par pitié, je peux vous l'assurer. Et j'avoue m'inquiéter pour son état psychologique, mais il est à présent majeur et je ne peux rien faire contre sa volonté. Ce garçon me semble totalement perdu dans ses pensées, à vrai dire. Et il a d'ailleurs insisté pour que je vous donne ceci.
Le médicomage tendit une petite pochette de velours blanc, duquel Severus tira sur un bout de verre renfermant un lys. Quelques souvenirs le frappèrent de plein fouet et il déglutit péniblement. Lily.
- Il m'a également demandé de vous transmettre cette fiole de souvenirs. Il l'a trouvée au Cottage de Godric's Hollow. Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais cela l'a assez secoué pour oser me demander, à moi, un inconnu, de vous le donner. Il aimerait que vous visualisiez ces souvenirs. Une pensine est rangée dans l'armoire du salon au besoin. Cela fait cependant beaucoup d'informations en peu de temps. Comment vous sentez-vous ?
- J'ai vécu pire, grogna le professeur en fixant la fiole que le médicomage avait placée sur la table de chevet avec une grande délicatesse.
- Un repas nous attend au salon, Minerva sera présente avec son mari. Vous sentez-vous capable de supporter notre présence le temps d'un repas ?
Snape, pour toute réponse, se leva avec difficultés. Il remercia d'un bref signe de tête l'aide apportée par le médicomage qui le soutint jusqu'au couloir. Il fit apparaître deux béquilles et Snape le remercia. Mieux valait des béquilles que s'appuyer sur le bras d'un homme qu'il ne connaissait pas. Quant à sa dignité, il pensait l'avoir abandonnée près du lac de Poudlard.
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Une semaine que Snape était au troisième étage. Une semaine qu'Enora donnait quelques nouvelles positives à Harry sur l'état de son protégé. Il mangeait, lisait, dormait bien. Son visage semblait s'apaiser de jour en jour et Harry était certain que les efforts d'Enora n'y étaient pas pour rien. Elle faisait brûler un ensemble d'encens anti-stress dans la chambre à coucher, et préparait de très bons repas aux deux habitants de la maison. Harry avait aménagé lui-même les combles pour en faire un duplex aux trois elfes, plus que surpris par cet élan de sympathie envers leur espèce. Il avait également surpris une conversation entre les elfes le matin même et n'avait pas pu s'empêcher d'intervenir.
- La pauvre Rosie, ses maîtres l'ont mise à la porte lorsqu'ils ont vu qu'elle attendait des petits ! fit Enora en reniflant. Les humains sont tellement ignobles.
- Rosie, l'amie d'Erwan ? demanda Breval qui réparait une chaussure.
- Oui… soupira sa sœur.
- Mais cela leur aurait fait plus d'aide, remarqua Kreattur. Je ne comprends pas.
- Rosie aurait eu moins de temps pour s'occuper de la maison, fit Breval. On les croisait des fois sur les marchés, ce sont des gens sans cœur…
- Où est-elle maintenant ? demanda Harry qui était posté à l'entrée de la cuisine.
- Oh, Enora est désolée Maître Harry ! Je…
- Non, ne sois pas désolée. Où est Rosie maintenant ?
- Enora ne sait pas, Maître Harry, fit l'elfe en baissant la tête. Elle dormait dans la rue, avec une couverture bleue, près de Londres… sous un buisson. Quelle vie va-t-elle avoir ?
- Allons la chercher, fit Harry.
- Maître Harry est sérieux ? demanda Kreattur.
- Est-ce que cela te dérangerait ? demanda à son tour Harry avec une once d'inquiétude.
- Non, il faut sauver ces petits. Ils risquent de mourir ! fit vivement le vieil elfe, surprenant Breval et Enora.
- Ok. Enora, Kreattur, vous venez avec moi. Breval, pourrais-tu préparer un bon repas pour ce midi s'il te plaît ?
- Bien sûr !
- Merci. Enora, tu nous amènes à l'endroit ou dormait ton amie pour la dernière fois ?
Pour toute réponse, Enora se moucha bruyamment et prit les mains de son nouvel ami et de son Maître. Ils transplanèrent dans une impasse et Harry se prit à penser que le transplanage des elfes était bien plus agréable que celui des sorciers. Quelques petits cris se firent entendre et Enora se précipita vers une poubelle renversée.
- Et mince, râla Harry.
La jeune mère tirait sur les bras de quatre tout petits, tout en fouillant les déchets pour trouver de quoi se nourrir. Retenant sa respiration, et alors qu'Enora annonçait à son amie avoir une solution pour eux, Harry empoigna le bras de son elfe qui demanda à son amie de regrouper ses petits. Kreattur en prit deux avec lui, et ils transplanèrent tous ensemble dans la demeure des Black.
- Il vous faut un bon bain, commenta Breval en sortant de la cuisine. Ensuite, vous pourrez vous mettre à table.
- Breval ? Mais… fit Rosie, perdue.
- Bienvenue à la maison, fit Enora avec un grand sourire. Maître Harry veut bien vous prendre sous son aile.
- Il faut du monde pour entretenir une maison comme celle-ci fit Harry en haussant les épaules. La salle d'eau du rez-de-chaussée vient d'être aménagée. Enora, tu les y accompagnes ?
- Oui Maître ! Merci !
Harry observa Kreattur secouer la tête de dépit.
- Tu veux aller les aider aussi ?
- Ah non ! réagit vivement le vieil elfe alors que Harry explosait de rires.
- C'est bien ce qu'il me semblait, se moqua le jeune homme avant de pousser son elfe vers la cuisine. Allons mettre la table.
La journée continua doucement, alors que Kreattur et Enora prodiguaient les soins nécessaires aux petits et que Rosie se remettait doucement de sa fatigue excessive. Harry avait demandé à Breval d'aller voir Snape en lui demandant si cela le dérangerait si Breval prenait la relève pour deux ou trois jours, à cause de l'arrivée de Rosie et de ses petits. Le Maître des Potions renvoya Breval, informant Harry que cela ne le dérangeait absolument pas.
C'était leur premier contact, certes par elfe interposé, et Harry fut surpris quand Breval lui annonça que Snape n'avait absolument pas été agressif ni désobligeant. Le jeune propriétaire des lieux soupira en s'affalant dans le petit salon du rez-de-chaussée en réfléchissant à ce qu'il devrait écrire à Hermione la prochaine fois, n'ayant vraiment aucune idée de ce qu'il devait ou non dire. Il décida d'attendre un jour de plus et demanda à Kreattur d'aller chercher les journaux des trois jours précédents ainsi que quelques magasines actuels du monde sorcier et moldu, et tout cela en double. L'elfe ne se fit pas prier pour sortir de la maison, trop heureux d'avoir une pause sans cris de nourrissons affamés.
Le vieil elfe revint les bras chargés, ayant même cherché quelques viennoiseries prétextant que Harry devait prendre du poids. Le jeune homme demanda ensuite à Breval de donner les doublons à Snape, ainsi que quelques viennoiseries qui ne pourraient pas non plus faire de mal à la terreur des cachots. Il se demanda brièvement s'il devait rendre visite à Snape, bien qu'il ne sache absolument pas quoi lui dire, et il n'osait même pas penser trop profondément aux souvenirs de Lily.
Lily dont presque personne ne parlait. Tout le monde le comparait à son père, et la remarque de l'assistante médicale lui avait fait chaud au cœur : son apparence, aussi fausse soit-elle, prenait aussi en compte l'héritage de sa mère. Il soupira en se réchauffant une soupe, alors que Kreattur vaquait au premier étage de la bâtisse. Breval était sûrement en train de nettoyer les quartiers de Snape et Enora aidait Rosie avec les petits. Il prit sa tête entre les mains et fixa le contenu de son bol sans aucune motivation et sans aucun appétit.
- Manger une soupe en plein été n'est peut-être pas la meilleure idée qui soit, commenta une voix neutre.
Harry sursauta violemment, se leva et pointa sa baguette sur le nouvel arrivant.
- Vous attendiez de la visite ? demanda Snape, en haussant un sourcil. Puis-je ?
Harry, gêné, acquiesça en baissant sa baguette puis lui montra une chaise face à lui. Mais Snape préféra prendre place à ses côtés, semblant l'observer sous toutes les coutures.
- Vous avez fait du beau travail, commenta le professeur.
- C'est la famille du professeur McGonagall qui a fait le plus gros, corrigea Harry en fixant la nouvelle cuisine entièrement équipée où se mélangeaient les ustensiles magiques et appareils moldus. Ils ont refait l'électricité aussi, et rénové toutes les tuyauteries.
- Le résultat est… surprenant, commenta platement Snape dont le regard perçant se posa à nouveau sur son élève. Merci pour votre hospitalité, monsieur Potter.
Il aurait pensé que ces mots lui écorcheraient la bouche, mais non. Il était sincèrement reconnaissant envers le garçon et avait du mal à accepter cet état de fait. L'enfant de sa meilleure amie avait rendu sa vie plus agréable qu'elle n'avait jamais été durant ces quelques trois semaines de convalescence.
- Vous voulez partir ? demanda Harry avec une once de tristesse dans la voix.
- Pas spécialement. Je voulais vous remercier de vive voix, tout d'abord. Et…
Harry observa à son tour l'homme qui était arrivé amaigri et sacrément abîmé. Il avait changé, remarqua-t-il. Son visage semblait moins émacié, ses joues moins creuses. Ses cheveux étaient propres et la blessure de son cou quasiment invisible à un œil étranger. Il observa l'homme dévier son regard vers la cheminée et poser ses mains sur la table.
- Harry. J'ai vu les souvenirs.
L'annonce eut l'effet d'un coup de massue pour Harry qui n'osa même pas déglutir et détourna le regard une nouvelle fois. Il le savait, bien sûr, puisqu'il avait demandé au médicomage de les lui donner. Mais il ne pensait pas réellement que le professeur des Potions les regarderait.
- Ils sont indéniablement véritables, fit la voix grave du professeur.
- Ce qui veut dire… murmura Harry en baissant la tête. Que ma vie est un tissu de mensonges.
- Potter…
- Vous me haïssez pour une personne que je ne suis pas, professeur, murmura Harry qui n'eut même pas la force de hausser le ton. Je ne ressemble pas à… James. Je n'ai jamais été comme lui.
- Har…
- Non ! Non… Je ne pouvais pas répondre à vos questions en première année. J'ai appris que j'étais un sorcier le jour de mes onze ans… Je n'ai jamais eu accès à mes affaires durant les vacances… murmura Harry en rapprochant ses jambes de son torse, posant ses chaussures sur la chaise.
Malgré la grimace de l'adulte, Harry ne retira pas ses pieds de la chaise et fixa la cheminée éteinte.
- Je suis désolé, Pot… Harry.
Harry acquiesça et se leva pour chercher du thé frais et servir son invité. Plus pour s'occuper les mains que pour autre chose, mais cela sembla faire plaisir à Snape.
- Je ne sais pas ce que je dois faire.
- Nous pourrions lever le sortilège, mais il vaudrait mieux mettre au courant vos amis avant j'imagine.
- Vous ne les appréciez pas, fit justement remarquer Harry.
- Granger est intelligente. Elle comprendra tout comme elle doit se douter que votre disparition dans la nature depuis la bataille ne doit pas être anodine.
- Elle est occupée…
- A retrouver ses parents, je sais. Vous a-t-elle parlé d'eux ?
- Je sais juste qu'elle ne les a pas encore retrouvés. Ils sont arrivés en Australie il y a deux jours.
- Je pourrais éventuellement aider. Quant à Ronald Weasley… je dirais que c'est plutôt le côté gryffondorien de « je réagis au quart de tour sans réfléchir » qui me pose problème. Mais de ce que j'ai entendu et compris, ce doit être un bon garçon.
Harry leva les yeux au ciel sous le rictus de Snape. Si Ron entendait ça…
- Dans tous les cas, si vous deviez être mon fils, j'apprécierais un effort côté vestimentaire. Les vêtements trop larges et délavés ne sont pas extrêmement classe…
- Désolé… je… c'est l'habitude, sûrement.
- Ce sont vos habits ?
- Ceux de… de la famille qui m'a accueilli.
- Ok, marmonna Snape en imaginant le pire.
Quelle enfance avait eu le fils de Lily ? Son fils ? De toute évidence, elle ne devait pas avoir été aussi heureuse qu'il l'avait imaginé.
- Nous irons donc dévaliser quelques magasins.
- Peut-être que ce serait mieux de faire ça après avoir défait le rituel de… camouflage.
- Cette réflexion me rassure, mon fils n'est pas aussi idiot que ça finalement, se moqua Snape dans une vaine tentative d'humour.
Mais étrangement, cela déclencha le rire de Harry ce qui détendit grandement l'atmosphère.
- Depuis combien de temps n'avez-vous pas écrit à vos amis ?
- Une petite semaine. J'avais promis à Hermione de lui écrire mais je ne sais pas quoi lui dire.
- Eh bien, explique-lui que tu nettoies la maison, que tu te promènes et que tu te reconstruis doucement. Cela la rassurera dans un premier temps déjà. Nous irons tout de même t'acheter des vêtements plus convenables demain matin et nous partirons dans l'après-midi pour l'Australie si cela te convient.
- L'Australie ? Sérieusement ?
- Je crois que ce serait une bonne occasion de leur présenter ton père et de les aider à retrouver le couple Granger. Je pense m'être assez reposé pour subir les assauts de deux gryffondor plein d'énergie. Et… Je pense que nous devrions tenter un tutoiement mutuel, non ?
Bouche bée, Harry fixa son professeur. Il n'aurait jamais imaginé avoir une conversation telle que celle-ci avec Snape.
- Ne te fais pas de faux espoirs, je suis aimable seulement parce que je suis un vampire et que j'attends de pouvoir boire ton sang dans ton sommeil, ricana Snape avant de se lever et aller se laver les mains.
Harry secoua la tête.
- Vous êtes sérieux ?
- Potter… se moqua Severus. Je ne suis ni une chauve-souris, ni un vampire. Mais tu es mon fils et celui de Lily. Il serait de mauvais goût de te laisser seul face au monde entier. Va dormir, je vais voir si les elfes s'en sortent sans toi. Les petits auront peut-être besoin de potions nutritives et ça, c'est plus mon domaine que le tiens n'est-ce-pas ?
Harry ne préféra pas répondre et fila vers les escaliers, s'enfermant dans sa chambre avant de s'affaler sur le lit, un grand sourire aux lèvres.
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Severus Snape était debout, adossé au cadre de la porte d'une petite chambre. Certainement la plus petite chambre de la grande bâtisse. Il soupira en observant le corps maigrichon affalé sur le lit comme une marionnette désarticulée.
N'ayant cœur à le réveiller malgré l'heure tardive en ce beau matin du mois de juin, il referma la porte le plus doucement possible et se dirigea vers le salon.
- Monsieur Snape ou Prince veut-il quelque chose à boire ? demanda la jeune elfe Enora.
- Non, merci, ça ira. Je vais attendre que Harry se réveille pour le petit déjeuner.
- Pensez vous qu'Enora peut préparer un grand et bon petit déjeuner ?
Snape acquiesça en esquissant un sourire. Il lui demanda d'aller réveiller Harry lorsque tout serait prêt. L'elfe obtempéra, allant d'abord chercher de la nourriture dans quelques pâtisseries et boulangeries dans les ruelles sorcières.
L'ancien directeur de Poudlard – aussi bref que fusse cela – prit place dans le salon en grimaçant. La pièce était toujours aussi petite et sombre. L'entreprise de Joris n'avait pas encore pu toucher au rez-de-chaussée, vu que Harry n'avait pas encore tout rangé à cet étage-là. Quelque chose, dans cette pièce, le dérangeait cependant.
Pris d'un doute, il ressorti de la pièce et toucha le mur entre les escaliers et le salon qui faisait face à l'entrée. Les étages étaient bien plus grands et quelque chose clochait avec cet étage, c'était certain.
- Professeur ? fit une voix fatiguée.
- Pot… Harry. Bonjour. Bien dormi ? demanda-t-il poliment.
Surpris, le jeune garçon ouvrit la bouche sans répondre, et finit par acquiescer sous le regard indulgent de Snape. Il aurait juré voir une once d'amusement dans le regard sombre de son ancien professeur.
- Et vous ?
- Moi aussi.
Ils s'observèrent quelques secondes et Snape laissa son ancien élève passer devant lui, afin de rejoindre la cuisine.
- Que faisiez-vous, avec le mur ? fini par demander Harry après avoir remercié Enora pour le petit déjeuner.
- Hm. Quelque chose cloche, fit-il avant de boire une gorgée de café. Tous les étages sont spacieux sans être agrandis par la magie, mais ce niveau-ci est bien plus étriqué malgré cette grande cuisine. Il manque au moins une pièce, voire deux.
Harry acquiesça, pensivement. Il y avait déjà pensé en remettant les pieds au Square après la Bataille, mais n'avait pas fait de recherche approfondie.
- Sois le niveau a été rétrécis à des fins… pratiques, continua Snape, soit il y a une pièce cachée. Nous pourrons voir cela après le petit-déjeuner si vous le souhaitez. Ensuite, nous irons faire quelques magasins.
Harry hocha la tête en mangeant doucement un pain au chocolat. Severus observa son manège, râlant intérieurement. Le gosse n'avait presque rien mangé la veille et se contentait d'un seul pain alors qu'Enora leur avait préparé de quoi nourrir la famille Weasley au complet.
- Mangez donc un de plus, finit par exiger Snape en montrant la corbeille de pâtisseries et viennoiseries. Enora risque de mal le prendre, vu tout le mal qu'elle s'est donnée.
Harry soupira mais n'osa rien dire, se forçant à manger encore quelque chose. Il n'avait presque rien mangé la veille, et savait que son corps ne suivrait pas bien longtemps ainsi. De plus, il craignait la réaction d'Hermione lorsqu'elle verrait qu'il avait encore perdu du poids. Leur année en vadrouille n'avait déjà pas aidé en soi.
- Harry ?
- Oui, professeur ?
Snape leva les yeux au ciel, exaspéré.
- Je suis… théoriquement ton père. Pourrais-tu arrêter de me nommer ainsi ? demanda-t-il avec un rictus amusé. S'il te plaît.
- Je ferai de mon mieux, répondit Harry.
- Merci. Donc, veux-tu t'occuper du rez-de-chaussée avant d'aller dévaliser quelques magasins ?
Pour toute réponse, le jeune homme se leva. Les deux habitants du Square se dirigèrent alors vers l'entrée et Snape fronça les sourcils.
- Oui, le cadre de Walburga n'est plus là, fit Harry en souriant. Joris a réussi à le déloger mais on a dû lancer un sortilège d'explosion… le tableau n'y a pas survécu, malheureusement.
- Malheureusement… répéta Severus en observant la grosse trace de ciment au mur.
- Je pense qu'il faudrait réaménager le rez-de-chaussée de toute façon.
- Je suis totalement d'accord avec toi, même si je n'ai pas mon mot à dire là-dessus, répondit Severus.
- Vous… enfin, tu peux donner ton avis, et… hésita Harry.
- Et ?
- Tu vis ici aussi, donc si, tu as ton mot à dire, rajouta Harry avant de filer vers le salon, laissant Snape planté là au milieu de l'entrée.
Il secoua la tête en marmonnant quelque chose sur les Gyffondors puis rejoignit son enfant.
- Cette pièce est étouffante, marmonna Harry. J'aimais bien être ici pourtant, avec Sirius. La cheminée est belle mais… j'ai l'impression qu'elle n'est pas au bon endroit.
- La magie et ses surprises… réfléchit Snape à voix haute. Les vieilles demeures sorcières ont toutes à peu près les mêmes sortilèges de protection, fit-il en touchant la porte. Mets ta main sur le mur, et dis-moi ce que tu ressens comme magie.
Harry fronça les sourcils mais obtempéra, curieux.
- Tu es l'héritier de cette maison Harry, c'est pourquoi tu es le plus à même de ressentir les émotions de cette bâtisse.
- Les émotions ?
Snape ricana et leva les yeux au plafond.
- Les maisons sorcières sont abreuvées de sortilèges, de magie et d'émotions, si bien qu'elle prend doucement vie avec ses propriétaires. Maintenant que tous les objets de magie noir ont été éradiqué de cette maison, …
- De l'espoir, le coupa Harry en posant sa deuxième paume sur le mur. C'est bizarre…
- L'espoir ?
- J'ai l'impression d'être fou mais…
Snape ne put retenir un second ricanement alors que son ancien élève levait les yeux au ciel.
- C'est une magie restrictive, je crois. Sur un secret.
- Cette pièce n'a donc pas été réduite, mais il y a bien une pièce cachée, analysa Snape.
Harry acquiesça.
- Concentre-toi sur la maison, tes souhaits et surtout la taille des différents étages.
L'ancien Gryffondor hocha la tête une seconde fois, et se concentra. Snape, par instinct, se rapprocha de lui et posa une main puissante sur son épaule. Harry sursauta mais ne s'écarta pas, fermant les yeux.
- Concentre-toi sur la maison. Les elfes ne se souviennent pas, Kreattur ne se souvient pas. Mais les murs de cette maison se souviennent. Les fondations de la maison se rappellent. Concentre-toi, murmura Snape.
Harry réprima un grand frisson alors que le mur, sous ses doigts, devint aussi froid que la glace. Et alors que le mur tremblait violemment, Harry se retrouva blotti contre le torse de Snape qui l'avait vivement tiré en arrière. Un très grand fracas se fit entendre, et une poussière immonde innonda le rez-de-chaussée. Ils se retrouvèrent au sol, légèrement sonnés, toussotant.
Enora et Kreattur apparurent devant eux, paniqués.
- Maître Harry va bien ? couina Enora.
- Kreattur va nettoyer ! s'exclama Kreattur.
Et avant que l'un d'eux ne puisse répondre, la jeune elfe avait claqué des doigts en même temps que Kreattur. Un grand tas de poudre grisâtre se fit devant la porte d'entrée et Harry, la bouche ouverte, observait autour de lui, en état de choc.
- Maître Harry ? hésita Kreattur.
Snape se releva difficilement et aida Harry à faire de même. Secoué, il observa les changements.
- Il va y avoir des travaux à faire, marmonna son ancien professeur.
- La profondeur du bâtiment a changé, Maître Harry, fit Rosie en apparaissant devant eux. Les pièces sont plus grandes et il y a un champ de mauvaises herbes qui est appar… Oh.
L'elfe, qui avait suivi le regard de son nouveau maître, laissa apparaître sa surprise. Les trois elfes se mirent à caresser les murs avec révérence.
- La magie des lieux a rendu à cette bâtisse la grâce d'antan… Kreattur en avait entendu parler par sa grand-mère, mais les souvenirs étaient bloqués… Maître Harry fait de grandes choses… Kreattur est choqué.
- Oui, moi aussi je suis choqué que monsieur Potter puisse faire de telles choses, répondit laconiquement Snape.
Harry se tourna vers lui, les yeux lançant des éclairs. Mais ce qu'il vit dans les yeux onyx de son ancien professeur le fit sourire. C'était de l'humour. Snape venait de se moquer ouvertement de lui, pour le faire réagir, et ça avait parfaitement bien fonctionné.
- Moi qui espérais que tu réagisses au quart de tour… marmonna Snape. Je suis déçu.
Harry rigola en secouant la tête. Et Snape décida que ce rire, joyeux, était la chose la plus belle au monde après le sourire de Lily.
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Le rez-de-chaussée du 12, Square Grimmaurd était méconnaissable. L'entrée était devenue trois fois plus large, offrant la possibilité de mettre une commode près de la porte, avant les escaliers. Une porte était apparue face à la cuisine et la cheminée du petit salon avait disparu pour laisser place à une grande arche qui donnait sur une extension de la pièce devenue plus grande.
Severus et Harry s'étaient alors dirigés vers la pièce face à la cuisine, suivis de près par les elfes. Ils y découvrirent de grandes vitrines avec des baguettes magiques et de la vaisselle en cristal. Une grande étagère couvrait tout le mur des escaliers, et était remplie de grimoires oubliés ainsi qu'une belle collection de romans sorciers.
Ils étaient ensuite retournés dans le petit salon, observant les lieux avec fascination. Sur leur gauche et sur leur droite étaient présentes deux arches, donnant accès à de petites pièces. Harry pensait déjà à faire un petit salon cocooning du côté droit et une salle à manger sur leur gauche, qui était collé à la cuisine.
- Il va y avoir du travail, fit alors Severus. Mais ce n'est sincèrement pas pour me déplaire. J'ai toujours aimé rénover les maisons ou imaginer…
Harry, surpris, observant son ancien professeur qui leva les yeux au ciel.
- Oui, Potter. J'ai une autre passion dans la vie que les potions.
Harry secoua la tête, amusé.
- Heureusement !
Le brun esquiva une pichenette alors que Snape esquissait un rictus amusé.
- C'était d'ailleurs une idée très ingénieuse de demander à Sainte Mangouste de me nommer Monsieur Prince.
- C'est le professeur McGonagall qui en a eu l'idée.
- Je me doute. Il n'empêche que j'avais reçu le testament d'un oncle éloigné avant la bataille. Je vais devoir me rendre à Gringotts aujourd'hui ou demain. M'accompagneras-tu ?
Surpris par la demande, Harry ne put qu'acquiescer.
- Nous en profiterons pour informer les Gobelins de ta réelle identité. Mais ne t'inquiète pas pour tes héritages, ils sont tiens et personne ne les réclamera.
Harry acquiesça, remerciant silencieusement son professeur pour l'information.
La journée continua tranquillement avec le nettoyage des pièces et le rangement du premier étage : même si les objets de magie noire n'étaient plus là, il y avait encore pas mal de choses à jeter ou offrir à diverses associations moldues ou sorcières.
Harry attacha ensuite ses cheveux qui avaient poussé en une queue basse, et Snape lui prêta quelques vêtements de ceux que Harry lui avait offerts. Il les ajusta à sa taille et les deux hommes quittèrent discrètement le Square, habillés de vêtements sombres.
Le soleil brillait et réchauffait leur peau, et même si Severus craignait de rencontrer quelques connaissances sur le trajet, la sortie lui fit un bien fou. Malgré les vacances, la rue sorcière proche du Chemin de Traverse n'était pas aussi bondée. Severus acheta d'office deux t-shirts et un pantalon à Harry qui, mal à l'aise, insista pour payer. Mais c'était mal connaître Snape et son entêtement.
Harry se retrouva alors avec de quoi s'habiller en attendant de retrouver sa véritable apparence ainsi que quelques livres sur les grandes et nobles familles sorcières puis sur la gestion du patrimoine. Ils allèrent également chez un apothicaire puis rejoignirent finalement le Chemin de Traverse pour Gringotts.
Severus vit Harry frissonner en entrant dans le bâtiment et, par instinct plus que par autre chose, posa sa main dans le dos de son fils en guise de soutien. Il voyait dans ses yeux les souvenirs de leur escapade dont les journaux avaient parlé des jours durant.
- C'est la première fois que tu reviens ici ?
- Non, répondit Harry. Mais j'ai toujours peur qu'un Gobelin me tombe dessus.
Severus acquiesça et l'emmena vers un guichet.
- Monsieur Snape, oui, bonjour, fit le Gobelin en jetant un coup d'œil à Harry. Le Directeur vous attend dans son bureau.
- Le directeur ? demanda Severus, surpris.
- Effectivement, grinça le gobelin.
Il leur demanda de les suivre et ledit directeur, légèrement plus grand que son employé, vint à leur rencontre.
- Sir Krezpt, se présenta le Directeur. Veuillez me suivre.
Les deux sorciers acquiescèrent et le suivirent jusque dans un grand bureau ovale et richement décoré.
- Monsieur… Potter. Ne soyez donc pas sur vos gardes. Vous avez certes démoli notre belle banque, mais nous dirons que c'était avec de bonnes intentions.
- Je suis vraiment désolé, murmura Harry.
Le Gobelin sembla le sonder en soupirant.
- Le dragon que vous avez libéré était le dernier en captivité parmi nous. Même si nos employés sont assez en colère contre vous et votre société, je dois vous remercier de lui avoir offert une vie plus… agréable qu'à nos côtés. Même si sa liberté a dû lui coûter la vie, vu qu'il n'a jamais rien vu d'autre que le fin fond de notre monde.
Harry grimaça. Ils n'y avaient pas pensé, mais le Gobelin reprit rapidement la parole.
- Ne vous inquiétez plus de ces choses, jeune homme. Monsieur Snape, êtes-vous venus à propos de votre héritage ?
- Oui, et au sujet de l'héritage de… Harry.
Le gobelin hocha la tête et fouilla dans un tas de parchemins.
- Le testament des Potter n'a jamais été ouvert, crut bon de les informer le Directeur.
- Ah bon ? demanda Harry surpris que ses parents en aient fait un.
- Votre mère en a fait deux, plus exactement un lorsqu'elle est venue seule au sujet de l'héritage de la famille non sorcière Evans, ainsi qu'un second aux côtés de son époux, le défunt Lord Potter. Cependant, Monsieur, je me dois de vous informer d'une chose qui risque de vous perturber.
- Quoi donc ? demanda Harry.
- Pouvons-nous ouvrir et lire le testament de Miss Lily Evans mariée Potter ici même, en présence de Monsieur Severus Snape ?
- Bien sûr, répondit Harry.
Il lui faisait confiance. Il ne savait pas pourquoi, mais il savait que la présence de l'homme à ses côtés l'empêcherait de fuir, ou de mal réagir même si Snape semblait penser la même chose que lui : le gobelin allait démentir toute appartenance à la famille Potter.
« Cher Harry,
je soussignée Lily Rosemay Evans, te nomme héritier de la famille de Charles Evans et de ses richesses. Ton grand-père, bien que très discret, est à ce jour l'un des héritiers d'une famille de Ducs et Duchesses du Royaume-Unis et d'Irlande.
Si tu es ici, à Gringotts avec très certainement Sirius, c'est que je suis décédée. Il est stipulé dans mes volontés que tu aies connaissance de cet écrit avant ton entrée à Poudlard, et que seul Sirius en ait connaissance dès mon décès. Si je lui ai conseillé, dans un testament à part, de fuir l'Angleterre, je vous conseillerai encore plus de vous éloigner d'Albus Dumbledore et de vous rapprocher de Severus Snape.
Sirius a été mon confident après Severus. Depuis notre sortie de Poudlard je l'ai vu grandir, évoluer. Il est un parrain aimant et j'espère de tout cœur que vous êtes heureux tous les deux.
Car je sais que je ne survivrai pas jusqu'à tes cinq ou six ans, mon cœur. Albus a mis une cible dans le dos de James, et du mien. Mais aussi dans celui d'Alice et Frank. Il a répété à tellement de gens que nous étions les cibles de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom que nous sommes maintenant d'autant plus en danger.
Je n'écris pas son nom, parce que lorsque j'écris ces lignes, cet homme a posé un Tabou sur son nom. L'écrire ou le nommer lui permet – à lui ou ses partisans – d'apparaître et de tuer les personnes l'ayant « appelé ».
Les noms ont des pouvoirs. Ne l'oublie jamais.
Harry, une prophétie répétée et amplifiée par Dumbledore pèse sur tes épaules. Et une chose t'a été cachée depuis toujours. Une chose pour laquelle je n'ai aucune honte, car elle est la preuve de l'amour que j'ai porté en cet homme si courageux : Severus Snape. Ne te fie pas à son apparence peut-être renfrognée ou froide. C'est une carapace aussi dure que la pierre glaciale des cachots, mais il est un amour avec ceux qui réussissent à l'approcher.
Il a été mon meilleur ami depuis ma plus tendre enfance, jusqu'à ce que Dumbledore tente de nous séparer, à plusieurs reprises jusqu'à manipuler nos cœurs. James, déjà amoureux de moi, m'a réconforté après une grande dispute entre Severus et moi. Des histoires d'adolescents. Je me suis attachée à James, mais Severus restait l'amour impossible à atteindre : Dumbledore a ordonné à James, plusieurs fois, de m'éloigner de ce « Serpentard ».
Mais, mon chéri, Harry, comme tu le sais déjà certainement, tu es le fruit de ma dernière nuit de bonheur avec Severus. Tu es le fruit de mon dernier sourire sincère. Dumbledore nous a oublietté, mais je me suis souvenue, vaguement. J'ai réussi à retrouver pleinement ces souvenirs et les ai cachés au fin fond d'un tiroir, dans notre chambre. J'espère qu'ils seront intacts lorsque tu seras assez grand pour les découvrir. Pas avant des douze ans, je pense. Demande à Sirius.
Sache que je t'aime.
Tu es bien né le 31 juillet 1980, mon petit ange. Mais ton véritable nom, devant Magia et pour les Gobelins, est Harry Severus Sirius Prince. Pas Snape, non, car le Gobelin en charge de mon héritage m'a annoncé que son grand-père a nommé le premier fils de Severus héritier d'office si aucun enfant ne naissait des autres unions.
Prends soin de toi, prends soin de tes amis.
Je t'aime, Harry.
Lily, ta maman. »
Harry inspira profondément à la suite de la lecture du testament faite par le Gobelin. Il écouta distraitement la liste des biens et de l'argent dont il avait hérité. Sir Krezpt précisa que l'héritage des Black lui appartenait malgré tout, mais que celui des Potter avait été particulièrement amoindri depuis sa naissance.
- Pourquoi donc ? demanda Snape en fronçant les sourcils.
- James Potter a nommé Albus Dumbledore gestionnaire du patrimoine des Potter en cas de décès, répondit le Gobelin. Je vous laisse imaginer ce que cet homme a fait.
- Pourriez-vous développer ? demanda Snape. Harry, concentre-toi s'il te plaît.
Le regard hagard du jeune homme le fit soupirer, et le Gobelin fit apparaître deux tasses de café devant eux avant de joindre ses mains sur le grand bureau. Il n'était pas dans son habitude d'aussi bien traiter des sorciers, mais le jeune homme semblait tellement perdu qu'il en était perturbé lui aussi.
- Merci, monsieur, réagit enfin Harry en attrapant la tasse. Désolé… Ca fait beaucoup d'informations.
- Surtout pour une petite tête comme la sienne, rajouta Severus avec un petit rictus.
Harry leva les yeux au ciel et but une longue gorgée de café.
- Donc, reprit le gobelin. Monsieur Albus Dumbledore s'est permis de revendre quatre propriétés des Potter et de dispatcher l'héritage monétaire des Potter entre ses différentes associations : une concernant le fameux Ordre du Phénix et une qui ne fut connue de personne, afin de payer la famille Weasley.
- La famille… Quoi ? demanda Harry, la voix enrouée.
- Monsieur Dumbledore a conseillé Lord Weasley de vendre et offrir ses propres richesses. Heureusement, cet homme a été plus rusé que lui et a juste tenu Albus Dumbledore à l'écart de son héritage. Cependant, l'ancien directeur de Poudlard a réussi à corrompre Molly Weasley qui signa un contrat en bonne et due forme avec lui. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Monsieur Harry, mais Ginevra et Ronald Weasley reçoivent encore aujourd'hui un salaire de mille Gallion par mois afin de rester à vos côtés jusqu'à votre mort.
Severus posa une main sur l'épaule de son fils, mais Harry fixait le Gobelin comme s'il venait de lui arracher le cœur.
- Seuls Percy, Ronald, Ginevra et Molly Weasley sont au courant de cela et perçoivent de l'argent provenant directement des coffres des Potter.
- Attendez, l'interrompit Snape. Vous êtes… sérieux ?
Le Gobelin lui jeta un regard condescendant et Snape déglutit, observant la réaction de Harry. Ou plutôt la non-réaction.
- Et… Hermione ? murmura-t-il.
- D'après le dossier d'Albus Dumbledore, il lui aurait proposé un salaire lors de votre première année sans parler de celui que recevait déjà Ronald. La jeune fille aurait alors vivement refusé et était tellement outrée que le Directeur l'a oublietté.
Snape grogna alors que Harry se frottait les tempes.
- Les souvenirs de la jeune Hermione sont dans le coffre du défunt Dumbledore. Si vous veniez à vouloir les rendre à votre amie, rien ne vous empêche de poser un recours ou d'en parler au Ministre de la Magie puisqu'il me semble que vous le connaissez personnellement.
- Plus ou moins… murmura Harry.
- Donc, si je résume bien, les interrompit froidement Snape : Harry a l'héritage de mon grand-père, de la famille Black, celui des Evans, et le reste de celui des Potter. Y-a-t-il une possibilité de geler les comptes Potter afin de stopper immédiatement les prélèvements ?
Le Gobelin esquissa un sourire qui ne les rassurait pas vraiment.
- Bien sûr, Monsieur, nous pouvons même revenir sur les montants versés durant le courant de l'année. Souhaitez-vous le faire, Monsieur Harry Prince ?
Harry déglutit, portant son regard sur son ancien professeur.
- C'est à toi de prendre la décision, Harry. Les Weasley ne seront pas sans un sous à cause de toi.
- J'ai une proposition à vous faire, messieurs.
- Quelle est-elle ? demanda Snape, intrigué.
- Lord Arthur Weasley est actuellement avec son aîné, William, dans notre Banque afin de régulariser quelques questions d'héritage… il me serait possible de les inviter à se joindre à nous avant leur dernier rendez-vous afin que votre fils puisse en discuter ouvertement avec lui.
- Ne serait-ce pas trop rapide ? demanda Severus.
- Ceci ne sont guère mes affaires, Monsieur, mais Lord Weasley va clôturer son testament. Il serait plus judicieux pour lui d'avoir toutes les informations nécessaires avant de prendre une mauvaise décision, voyez-vous où je souhaite en venir ?
Severus acquiesça en soupirant.
- Harry ?
- D'accord, souffla Harry.
Le Gobelin griffonna alors quelques mots sur un parchemin qui lévita ensuite au-dessus du bureau et disparut dans une fumée dorée.
- Bien, en attendant leur arrivée, parlons de votre héritage Monsieur Severus Snape.
Severus acquiesça, lançant un regard inquiet vers Harry qui fixait sans le voir le Gobelin.
- Votre grand-oncle, Pius Prince, vous a légué ce qu'il restait de la fortune Prince, dont la partie qui aurait dû revenir à votre mère ainsi que deux grands Manoirs situés sur un Domaine près de Poudlard, laissés à l'abandon depuis deux siècles. Par cette nouvelle vous devenez également Lord Prince, au même titre que votre fils mais d'une branche familiale différente.
- Très bien.
- Pouvons-nous procéder au changement de nom, messieurs ?
- Harry ?
- Oui, d'accord, répéta machinalement le jeune homme.
- Monsieur Harry… marmonna le gobelin. Je comprends votre état, jeune homme. Je n'ai pas pour habitude d'être compréhensif dirons-nous, avec les sorciers. Mais je sais que Lord Weasley vous apprécie et, même s'il n'a pas pu vous protéger des manigances du défunt Albus Dumbledore, il tient à vous protéger. Son fils aîné a lui aussi pris votre situation très à cœur lorsqu'il a su que vous passiez une grande partie de vos vacances scolaires chez votre tante non sorcière.
Quelques coups furent frappés à la lourde porte et le Directeur de Gringotts se leva, ainsi que Severus et Harry.
- Bonjour Sir Krezpt ! s'exclama William avant de poser un regard intrigué sur Harry.
- Monsieur Weasley, Lord Weasley.
- Bonjour, Sir Krezpt, fit un peu plus formellement Arthur. Vos employés nous ont informés que vous souhaitiez nous recevoir de toute urgence, avant de clore ce pourquoi nous sommes ici.
- Effectivement. Venez prendre place près de vos amis je vous prie.
- Je suis heureux de te revoir Harry, murmura Arthur en prenant place à sa droite.
- Tout va bien ? demanda William. Tu es bien pâle.
- Ca va… murmura Harry.
Le grand roux acquiesça, comprenant que la situation était grave, et prit place aux côtés de son père. Le Gobelin sortit une nouvelle liasse de documents d'un tiroir et observa les quatre sorciers devant lui.
- Lord Weasley, Monsieur William Weasley. Ces messieurs ici présent m'ont autorisé à vous annoncer une chose dont ils viennent d'avoir connaissance et qui concerne votre famille. Lord Weasley, bien que je connaisse déjà votre réponse, avez-vous connaissance d'un quelconque contrat liant votre famille à Albus Dumbledore ?
- Bien sûr que non, répondit rapidement Arthur en fronçant les sourcils.
- Je suis navré de vous apprendre que si, Lord Weasley, répliqua le Gobelin en lui tendant une liasse de papiers.
William et Arthur se penchèrent alors sur le bureau, en analysant les écrits.
- Impossible, gronda Arthur.
- Votre épouse a signé ceci en 1985, Lord Weasley.
William observa Harry, les yeux écarquillés.
- Je n'étais absolument pas au courant, fit-il alors d'une voix polaire. Mon frère et ma sœur vont en entendre parler, crois-moi.
- Apparemment, Albus aurait proposé à Miss Granger le même salaire, qu'elle aurait vivement refusé, et Dumbledore l'aurait oublietté.
- Oh Merlin… murmura William.
- Harry, les interrompit Arthur en se tournant vers lui. Je m'excuse pour…
- Ce n'est pas vous le responsable, Arthur, l'interrompit vivement Snape. Mais votre épouse.
- Je suis le chef de famille, c'est donc à moi qu'incombe la tâche de réparer les erreurs de mon épouse et de mes enfants. A combien s'élèvent les dégâts financiers, Sir Krezpt ?
- C'est pas grave, marmonna Harry en baissant la tête. Je n'ai pas besoin de cet argent et il ne m'appartient pas vraiment de toute façon.
- Pas grave ? s'exclamèrent Severus et Arthur d'une même voix.
- Bien sûr que si ! Cet argent t'appartient, Harry, fit alors William.
- Pas vraiment vu que… vu que… murmura le jeune homme sans lever les yeux, fixant ses mains qu'il triturait.
- Harry, je peux expliquer si tu le souhaites, soupira Severus en observant l'état de son… fils.
Il hocha la tête et reprit la tasse dans ses mains, même si elle était maintenant vide. Le Gobelin la remplit cependant d'un geste ample de la main et Harry lui lança un regard reconnaissant.
L'ancien professeur de potions se lança dans un petit monologue et William s'accroupit ensuite devant Harry, retirant doucement la tasse de ses mains.
- Harry, regarde-moi, demanda doucement l'aîné des Weasley. Respire lentement, regarde-moi s'il te plaît.
Les yeux verts observèrent le visage du grand frère de Ron qu'il connaissait si peu. Il remarqua que le jeune homme face à lui semblait fatigué, mais aussi inquiet. Il tenta un léger sourire.
- Ne te force pas à sourire, fit alors l'aîné. Nous sommes vraiment sincèrement désolés pour ce qu'a fait ma mère, mais aussi pour le comportement de Ginny et de Ron. Il faut que tu saches que nous avions remarqué, avant que tu fasses irruption dans nos vies, combien Ginny était fascinée par ton histoire et maman ne manquait jamais une occasion de décrire ce que devait être ta vie. Elle ne t'avait pas décrit comme un garçon ayant grandi dans une famille aimante, non. Elle te décrivait comme un garçon qu'il faudrait certainement guider sur les pas de Dumbledore, et approcher le plus possible. Ginny a vraiment été amoureuse de toi à un moment ou à un autre. Peut-être l'est-elle encore aujourd'hui, mais l'appât du gain de Dumbledore et de ma mère visiblement… je ne saurais que te conseiller de ne pas te laisser embobiner une fois de plus dans ce tissu de mensonges. Ginny était trop jeune pour comprendre qu'elle se faisait manipuler. Peut-être a-t-elle compris à un moment donné, dans quoi elle avait été embarquée. Papa et moi te soutiendrons si tu veux venir au Terrier afin de t'expliquer avec Ronald, Ginny et maman. Je demanderai également au reste de la famille d'être présent. Vous seriez également là, professeur ?
- Bien évidemment, répondit sèchement Snape.
- Merci, professeur. Cependant, Harry, je pense que tu as besoin de te retrouver. Libre à toi de décider si tu veux reprendre ton apparence avant ou après ta discussion avec notre famille. Je pense qu'il serait plus judicieux de venir sous ton apparence actuelle, afin de tourner une page entièrement ensuite. Quant à Hermione… soupira William.
- Je serais d'avis de la retirer de l'emprise de Ronald, intervint froidement Arthur.
Severus lui lança un coup d'œil, surpris.
- Je ne fais pas confiance à Ronald. Qu'en savons-nous ? Peut-être qu'il l'a manipulée, elle aussi ? Après tout, il y a bien cette annexe au contrat qui prévoit une sacrée somme pour se marier à la meilleure amie d'Harry, laissant Ginny s'accaparer pleinement du cœur de Harry.
Severus réclama la feuille qu'il n'avait pas vue et laissa échapper un juron.
- Pouvons-nous faire cela ce soir ? demanda faiblement Harry. Histoire que je passe pas une nuit entière à ruminer…
- Tu avais dit que tes amis étaient en France ou en Australie, répondit alors Severus.
- Je peux les convoquer pour une réunion en urgence, répondit Arthur. J'ai un phénix qui s'ennuie, il serait temps qu'il reprenne du service.
- Un phénix ? répéta Harry.
- Oui, un phénix, qui est resté bien loin des sales mains de Dumbledore, grogna Arthur. C'est Charlie qui l'a avec lui en ce moment. Seuls William et Charlie connaissent son existence. Oh, Harry, je suis vraiment désolé.
Le jeune homme acquiesça, acceptant leurs excuses sans broncher. Ils discutèrent encore quelques instants et les deux Weasley les quittèrent afin de se rendre à leur rendez-vous. Ils précisèrent que ces informations allaient changer la donne, et demandèrent au Directeur de bien vouloir transmettre une copie du fameux contrat au gestionnaire de leur coffre. Severus posa encore quelques questions, demandant par la même occasion la localisation du Domaine dont il venait d'hériter avec les manoirs Prince, puis entraîna Harry à l'extérieur. Ils allèrent du côté moldu, et Severus, exaspéré par le comportement passif de son nouveau protégé, s'arrêta devant un glacier.
Il commanda deux glaces et en tendit une à Harry qui émergea enfin.
- Hein ? Oh…
- Eloquent, commenta laconiquement Snape. Ca va, Harry ?
- Oui, oui, désolé, je… réfléchissais.
- Hm. Mange, ça te fera du bien.
Harry obtempéra sans discuter, certain qu'il n'aurait jamais le dernier mot avec Snape. Il n'avait pas faim, mais il se savait trop maigre pour que cela ne passe inaperçu.
La fin de l'après-midi passa rapidement et ils rentrèrent au square peu après dix-sept heures. Severus donna deux potions à son fils : une contre le mal de crâne et une potion nutritive. Ils discutèrent de peintures et décorations pour le rez-de-chaussée ainsi que l'aménagement du sous-sol. Severus lui parla aussi un peu de la famille Prince et lui promit d'aller sur les terres dont ils avaient hérité le lendemain. Le voyage en France ou en Australie était pour l'instant tabou, même si Severus se demandait ce qu'il allait advenir de la jeune Hermione une fois qu'elle aurait découvert ce qu'il se passait.
Avait-elle seulement quelque part où se loger ? Il en doutait fortement. Il n'en avait pas parlé avec Harry cependant, le jeune homme ne semblait pas réellement apte à survivre à la discussion qui se profilait.
- Tout va bien se passer, Harry, finit-il par dire lorsqu'ils reçurent l'invitation d'Arthur par Cheminée.
- Pas sûr…
Snape soupira et lui demanda de se changer, ce que le garçon fit sans discuter. Il lui lança un regard appréciateur lorsque son nouveau protégé débarqua avec une chemise rouge – certainement pour l'embêter même inconsciemment – et un beau pantalon noir. Severus lui tendit une cape noire, brodée d'un contour vert émeraude qui rappelait la couleur des yeux de Lily.
- Merci Professeur…
Severus acquiesça, amusé malgré lui. Harry ne savait plus comment le nommer. Mais ce n'était, pour le moment, pas le souci.
- Viens. Courage.
Harry hocha la tête et ils prirent la poudre de cheminée.
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A peine sorti de la cheminée, Molly accourut vers Harry qui n'arriva pas à esquiver le câlin de la mère de famille.
- Oh Harry ! Je me demandais où tu étais passé ! Je me suis tellement inquiétée avec Ginny ! J'ai voulu faire passer de la nourriture pour le QG mais la cheminée avait été coupée !
- Ne vous inquiétez pas, Molly, intervint Snape. Harry est un grand garçon maintenant, il est parfaitement capable de subvenir à ses besoins même si la gestion des repas est encore une chose que je vais devoir lui inculquer.
- Oh… voyons… Bien, allez venez tous les deux. La famille vous attend !
Ils traversèrent le salon, et William salua Harry avec un grand sourire. Les jumeaux lui demandèrent ce qu'il avait fait ces derniers jours, mais ce fut la voix de Ronald qui passa au-dessus de celles de ses frères.
- Alors comme ça, tu parles à mes frères mais tu ne nous donnes même pas de tes nouvelles ?
- Mais, Ron, il m'a envoyé des courriers… intervint Hermione.
- A toi oui, pas à moi !
- Nous étions ensemble, Ron, fit Hermione en levant les yeux au ciel avant de se diriger vers son meilleur ami.
Il n'eut pas le cœur à esquiver son étreinte, et ferma les yeux.
- Tu m'as manqué, murmura Hermione. Ronald est vraiment lourd quand il s'y met, murmura-t-elle.
- Il s'est passé quelque chose ? demanda Snape, derrière eux, alors que le père de famille grondait son plus jeune fils pour son comportement jaloux et égoïste.
- Juste… de simples disputes. Heureuse de vous voir en vie, professeur.
Snape acquiesça sèchement.
- De même.
- Tu as l'air épuisé, Harry.
- Je le suis, répondit doucement le brun.
Arthur et William interrompirent cependant toutes les discussions. Le père de famille demanda à tout le monde de prendre place, alors que Molly râlait parce que le repas n'était pas encore prêt et qu'ils pouvaient tout aussi bien aller occuper les autres pièces. Harry soupira de soulagement en voyant que Ginny n'avait pas réussi à le rejoindre, bloquée par Fred et George qui l'assommaient de questions sur ses nouveaux entraînements de Quidditch.
- Non, Molly, nous resterons ici, répondit alors Arthur. Asseyez-vous maintenant, en silence.
La voix, inhabituellement froide, du père de famille, étouffa toute protestation dans l'oeuf. Severus prit alors place à la gauche de son fils, alors qu'Hermione s'assit à sa droite. Ronald grogna parce que sa petite amie ne le rejoignait pas, mais William lui adressa un regard noir qui le dissuada de faire plus d'histoires.
- Hermione, reprit le père de famille d'une voix un peu plus douce. Bien que tu sois et seras toujours la bienvenue en ces lieux, je te prierai de bien vouloir suivre Severus et Harry ce soir.
- Quoi ? s'exclama Ron. Hors de question ! Elle reste avec moi !
- Hermione ne dormira pas ici ce soir, ce n'est pas une question Ronald Weasley, répliqua durement Arthur. Par contre, toi, tu dormiras ici.
- Elle rentrera avec nous, répondit laconiquement Snape.
Harry acquiesça, approuvant vaguement l'idée. La présence d'Hermione ne le gênerait pas, contrairement à celle de Ron. Hermione, quant à elle, avait rougit mais ne dit rien. Elle se sentait déjà assez mal à l'aise d'être au centre de la première phrase du père de famille en cette soirée, et son instinct lui disait qu'un temps loin de Ronald ne pourrait que lui faire du bien.
Après tout, elle avait déjà assez vécu aux crochets de cette grande famille, et il était temps de s'émanciper un peu malgré son attachement à Ron. Et de trouver comment gagner un peu d'argent pour vivre.
- Bien, reprit Arthur. William, Charlie et moi-même avons eu connaissance aujourd'hui même d'une chose bien fâcheuse. En tant que Lord héritier et donc chef de famille, j'avais avec William notre rendez-vous annuel à Gringotts aujourd'hui.
- A Gringotts ? Annuel ? demanda Molly.
- Bien sûr.
- Pourquoi n'étais-je pas conviée ?
- Tu as refusé le titre de Lady, chérie, lorsque Dumbledore te l'a plus ou moins ordonné.
- Et pas toi ? Comment…
- Là n'est pas la question, maman, coupa alors William en se levant de table.
Arthur et Charlie firent de même, repoussant leurs chaises sous la grande table et observant leur famille d'un regard sévère.
- D'habitude, nous nous contentons de vérifier que le coffre principal soit aux normes. Cette fois-ci, par acquis de conscience, nous avons demandé l'accès à absolument tous les coffres de la famille, reprit Arthur.
- Quoi ? cria presque Ron.
William leva les yeux au ciel, mais cette fois-ci ce fut Charlie qui les interrompit.
- Ne fait pas ta fille effarouchée, Ronald, claqua la voix de Charlie. Papa a tous les droits sur nos comptes jusqu'à nos 21 ans, c'est un vieil accord familial dont on a déjà parlé.
Ronald se calma légèrement, il avait visiblement oublié ce détail.
- Mais… voulu protester Molly.
- Le prochain qui m'interrompt dormira à la belle étoile dans un igloo magique, gronda Arthur. Donc. J'ai eu la mauvaise surprise de voir qu'Albus Dumbledore a mis en place, depuis 1985, un virement automatique provenant des coffres de Lord James Potter à destination des comptes de Molly, et nous avons aussi découvert des comptes aux noms Ginny et Ronald qui ont eux aussi bénéficié d'un salaire régulier. Pour la modique somme de 41.000 Gallions par an.
Fred et George ouvrirent la bouche, mais aucun son n'en sortit. Ronald croisa ses bras sur son torse, la tête haute, alors que Percy souriait discrètement. Molly, quant à elle, serra les dents. Ginny fixait Ronald, les joues rouges.
- Bien entendu, j'ai également vu les libellés qui stipulaient que cet argent était un salaire pour devenir ami avec Harry Potter ici présent.
Le ton polaire avait fait pâlir Ginny.
- Arth…
- Tais-toi Molly, répliqua froidement Arthur.
La mère de famille déglutit et fixa sa fille.
- Il va sans dire qu'Albus n'avait pas prévu qu'Harry survive. Ginny était censée s'amouracher de ce jeune homme et de récupérer, par la suite, l'héritage des Potter qui avait déjà en grande partie été consommé par Albus. Bien entendu, Albus n'avait aucunement le droit d'utiliser l'argent des Potter sans aucune raison valable malgré le fait que James Potter l'ait nommé gestionnaire du Patrimoine en cas de décès le temps que Harry devienne majeur. Vu que l'argent n'a jamais servi pour les fins qui lui était destiné, nous sommes endettés de 533.000 Gallions.
- Mais…
- Molly, tais-toi, répéta Arthur. Je parle. Tu n'es ni Lady, ni la gestionnaire de l'héritage des Weasley.
La mère de famille perdit quelques couleurs, alors qu'Arthur vit Harry fixer brièvement Ginny.
- Ginny. Tu as longuement été fascinée par Harry. Connu comme le Survivant, nous avions d'abord cru que c'était une fixation de petite fille. Quand je dis « nous », je veux dire tes autres frères et moi-même, car c'est visiblement ta mère qui t'a incitée à te focaliser sur lui. N'est-ce-pas ?
- Harry est un bon parti ! s'exclama la rousse. Nous sommes pauvr…
- Pauvres, Ginny ? demanda Charlie. Sérieusement ?
- Maman a dit…
- Ginny ! l'interrompit Molly.
- Continue sur ta lancée, Ginevra, exigea Arthur. Harry pourrait tout aussi bien nous mener devant la justice pour cela. Alors je te prie d'être honnête.
Hermione fixait tous ces gens comme s'ils étaient des extraterrestres. Snape sembla deviner ses pensées et acquiesça doucement lorsqu'elle croisa son regard.
- Quand j'étais petite, maman m'a acheté plein de dessins à propos de Harry. Elle m'a dit que c'était un très gentil garçon et qu'il avait sauvé notre monde d'une fin sombre et terrible. Et elle avait raison ! Harry est quelqu'un de très gentil, et très courageux. Elle a commencé à me dire qu'il était très riche avant que je rentre à Poudlard et qu'il fallait que je l'amadoue parce que nous sommes pauvres.
- Nous ne sommes pas pauvres ! s'exclama William.
- Arrête, maman n'a jamais accepté de nous acheter de nouveaux vêtements, rit amèrement Ron.
- Ca, c'est une dispute récurrente entre Molly et moi, répondit alors Arthur. Votre mère a suivi les conseils de Dumbledore qui souhaitait avoir une famille entièrement à l'opposé des Malefoy à ses côtés. A tous les niveaux. Depuis votre naissance, des coffres bloqués autres que ceux qui ont été ouverts par votre mère à Ginevra et Ronald, ont été ouverts par vos grands-parents et moi-même et je peux vous dire qu'il y a de quoi vivre longuement dedans. Sauf que, au vu de vos actions, ces coffres ne seront pas débloqués. L'argent acquis par le biais de Dumbledore a vraisemblablement été dépensé dans divers restaurants sorciers et moldus et dans des abonnements à des romans à l'eau de rose sans parler des dépenses plus ou moins louches que j'ai découvertes. Cela m'importe peu, mais cet argent sera restitué avant le mois de septembre. Ginevra, tu devras trouver une alternance le plus rapidement possible afin de gagner de quoi payer ta formation avancée en Quidditch, car je ne règlerai pas les frais.
- Mais papa…
- Je pense que tu n'as pas compris, jeune fille : tu as manipulé un jeune homme pour son argent. L'as-tu au moins aimé une seule fois ?
- Oui, en première année !
- Et après ?
- Je… hésita Ginny en baissant les yeux.
- Je me suis permis de lui offrir une potion pour raviver les sentiments perdus, fit alors fièrement Percy.
Personne ne loupa le regard noir de Ginny.
- Je ne voulais pas…
- Mais maman l'a forcé à boire, rajouta Percy. Encore heureux, parce que c'était un peu galère à trouver.
- Et toi Ronald, qu'as-tu à dire pour ce salaire ?
- Attends, papa, on a risqué nos vies chaque année ! Encore heureux que Dumbledore nous ait payé pour inciter Harry à se lancer la tête la première dans ses pièges !
- Ses pièges ? demanda gravement William.
Ronald déglutit alors, conscient d'en avoir trop dit.
- Répond ! exigea Arthur.
- La pierre… je savais qu'elle était cachée, murmura Ronald. Hagrid devait aussi disperser quelques indices d'après lui, vu qu'il est pauvre d'esprit. Dumbledore avait même voulu en parler à Hermione, mais comme elle a refusé le salaire…
- Quoi ? s'étrangla Hermione.
- Dumbledore vous a lancé un oubliette, Miss Granger, intervint Snape. Il est normal que vous ne vous en souveniez pas, mais même Gringotts est au courant de cela.
La jeune femme pâlit alors, fixant son meilleur ami, ahurie. Harry eut un petit rictus qui se voulait rassurant, et fixa à nouveau Ronald.
- Dumbledore savait aussi qu'Harry parlait Fourchelangue, du coup il nous avait prévenu qu'il serait plus sensible à ça si jamais Tu-Sais-Qui réouvrait la Chambre.
- Attends, il savait que c'était le sans-nez et il a laissé Hagrid avoir des problèmes, à l'époque ? s'exclama George.
- Il n'avait aucune preuve, intervint Molly.
- Donc, les interrompit Arthur. Ronald, tu penses qu'il est normal d'avoir été payé pour avoir suivi Harry toutes ces années ?
- Carrément ! Désolé mon pote, mais…
- Nous ne sommes pas potes, Ronald, fit alors froidement Harry.
Ce dernier se leva, rapidement suivi de Snape qui craignait une bagarre d'adolescents.
- J'ai cru que vous étiez mes amis, fit le jeune homme d'une voix dénuée de sentiments. Vous me souteniez, nous avons grandi ensemble. Je croyais que vous étiez sincères avec moi.
- Mais j'étais sincère !
- Payé, Ron. Tu as eu un salaire pour être mon ami, fit Harry en fronçant les sourcils. Est-ce que tu connais la définition du mot « ami » ? J'aurais tout fait pour toi, gratuitement, je me suis sacrifié pour votre putain de monde de merde ! cria Harry.
- Potter, gronda Snape. Langage.
Harry se tut, mais resta debout aux côtés de son ancien professeur.
- Il y a des valeurs qui se perdent, marmonna Arthur.
- Je n'arrive pas…
- à y croire… murmurèrent les jumeaux.
- Harry, reprit Fred, je te jure que je n'ai jamais eu de salaire pour t'apprécier.
- Moi non plus, fit George. Manquerait plus que ça ! Ron, en vérité tu vaut encore moins que la fouine.
- Ginny… commença Harry en soupirant, alors que la jeune fille se tournait vers lui, le regard triste. Je suis déçu. Mais j'aurais dû m'y attendre. Je t'appréciais, mais je me suis trompé. J'aimerais croire que tu as été sincère et toi-même à mes côtés. Tu as été un grand soutien au même titre que Ron. Mais tout cela, … ce n'était que du vent, n'est-ce pas ?
Ginny soupira, baissant les yeux.
- Harry. Je t'ai vraiment aimé, pendant tout un moment. Puis l'amitié a pris le dessus. Je crois que je tiens et tiendrai toujours à toi, peu importe ce que me forçait à faire mam…
- Ginny ! cria Molly.
- Molly, laisse-la parler, gronda Arthur.
Mais Ginny ferma les yeux, réprimant visiblement un sanglot. Rouge de honte, elle contourna la table et sortit en courant de la cuisine, rejoignant le jardin.
Harry n'écouta que sa conscience et sortit, malgré la protestation à peine voilée de Snape. Il vit Hermione le suivre, baguette en main, mais son amie resta cachée près de la porte alors qu'il rejoignait Ginny qui lui tournait le dos.
- Ginny ? murmura Harry.
La rousse se moucha, mais ne se tourna pas vers lui. Harry resta quelques mètres derrière elle en soupirant.
- Je suis désolée… fit difficilement Ginny. Je t'apprécie vraiment, mais oui, je ne suis plus amoureuse de toi. Je… maman voulait qu'on se fiance même avant que tu doives te sacrifier, même si Dumbledore lui avait dit que ce serait peu probable que cela soit possible… Puis tu n'étais même pas là ! Heureusement d'ailleurs. Heureusement que tu n'aies pas fait ta rentrée à Poudlard cette année… Maman voulait que j'y aille, elle était certaine que tu y serais. Après… après, je ne pouvais plus rentrer.
- Je suis désolé que tu ais dû survivre à tout ça, murmura Harry.
Ginny se retourna vivement, et une once de colère passa dans ses yeux.
- C'est moi qui suis désolée ! C'est toi qui as dû survivre au pire ! Tu t'es sacrifié pour un grand nombre de crétins ! Les seules personnes dignes de confiance dans notre famille, ce sont Charlie, Bill et papa. Percy est attiré par l'argent tout autant qu'un nifleur. Maman a aimé t'avoir sous son aile mais elle suivait aveuglément Dumbledore, elle aurait même quitté papa pour lui je suis sûre ! Et Ron… Ron est un idiot. Il a eu beaucoup de conversations avec Dumbledore. Ici, ou même au Square Grimmaurd avant ta cinquième année. Il me disait toujours qu'ils parlaient de choses de « grands » et que surtout, surtout, si jamais tu devais être attaqué en ma présence il fallait que je te pousse au-devant de moi. Comme un bouclier vivant ! hurla Ginny. Jamais je n'aurais pu faire ça ! Maman t'a accueilli comme un fils, mais elle nous mentait à tous ! Même à moi !
- Ginny, calme-toi, murmura Harry en tendant la main vers son amie.
- Non ! Ne me touche pas. Je n'en vaut pas la peine.
- Ginny…
- Laisse-moi… s'il te plaît. Je… je vais partir. Je vais quitter le pays je sais pas… m'éloigner. Je veux plus de tout ça. D'accord ?
- Promets-moi d'en parler avec Bill ou Charlie, fit alors Harry. Promets-moi de refaire ta vie, promets-moi de retrouver ta joie de vivre.
Les yeux de la rousse fixa les siens quelques secondes et il fut certain qu'elle allait dire non. Mais elle sembla réfléchir et frissonna. Ginny hocha de la tête, et s'éloigna pour rejoindre un tronc d'arbre auquel elle s'adossa.
- Aie une belle vie, Ginny, lui dit alors Harry avant de rejoindre la cuisine.
Hermione entra juste derrière lui en retirant le sortilège de désillusion.
- Merci, murmura-t-il alors que le chaos qui régnait dans la pièce les atteignit brutalement.
Tout le monde hurlait. Molly frappait Charlie avec une spatule en métal, alors que William criait sur Ronald qui haussait les épaules en disant fièrement qu'il était certainement le premier Gryffondor de sa famille a avoir fait honneur aux volontés du Directeur. Qu'il s'en fichait de Harry, qu'il pouvait bien se mettre en couple avec Hermione même. De toute façon, Dumbledore était mort et ne pourrait plus lui donner sa prime s'il épousait Hermione.
Harry prit alors fermement le bras de sa meilleure amie qui s'était vivement reculée, comme frappée par une chose invisible. Une main puissante prit leurs bras cependant, et les attira contre un torse puissant qui respirait le calme.
- Ce ne sont plus vos histoires, Potter, Granger, nous rentrons, fit alors Snape.
- Allez-y, fit alors William en les rejoignant. Harry, Hermione, vraiment, je suis sincèrement désolé pour tout. Nous allons tirer tout cela au clair, et nous comprendrions si vous veniez à porter plainte contre notre famille. Non, Harry. Je sais que notre famille a été importante pour toi, et notre accueil ou au moins le mien, celui des jumeaux, de Charlie ou de notre père, était sincère. Tu es comme un frère pour nous. Mais tu aurais raison de porter plainte, au moins contre notre mère. Rentrez, reposez-vous. Si tu l'acceptes, si le professeur Snape l'accepte, je passerai te voir avec papa quand tu seras prêt à nous revoir.
Harry acquiesça, le regard triste.
- Tu parleras à Ginny ? Elle a l'air vraiment mal, et je ne pense pas que ce soit du théâtre même si je ne sais pas… je ne sais plus qui ou quoi croire.
- Je vais la rejoindre. Ne t'inquiète plus de ces choses, répondit doucement William en les dépassant.
Snape les embarqua ensuite vers le salon et poussa ses deux anciens élèves dans la cheminée avant de donner le nom de leur destination.
- Square Grimmaurd.
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