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Chapitre 3
Square Grimmaurd
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Les accès de la Cheminée du Square avaient été verrouillés dès leur retour par un Snape au visage sombre. Il n'avait, bien sûr, trouvé aucun intérêt à cette soirée mis à part remettre les points sur les « i » et montrer que Harry ne se laisserait plus avoir par eux.
Et surtout, que l'argent quitterait les coffres des Weasley incessamment sous peu. Harry n'avait même plus refusé, trop choqué par les réactions de son soi-disant meilleur ami et de Ginny. Ronald n'avait pas l'air inquiet du fait que son « ami » ait découvert cela et il avait osé espéré que tout ceci n'était qu'une vaste blague.
- Miss Granger, fit alors Snape d'une voix étrangement douce.
Le regard du brun se tourna enfin vers sa meilleure amie qui s'était assise sur une des chaises de la cuisine du Square, le dos courbé, cachant son visage de ses bras. Il se sentit mal pour elle, très mal même, mais n'arrivait pas à trouver quoi dire, ni quoi faire.
- Harry, assieds-toi, soupira leur ancien professeur.
L'absence de dédain dans sa voix eut au moins le pouvoir de sortir Hermione de sa torpeur. Elle les regarda sans comprendre, alors que Snape faisait apparaître du poulet rôti devant eux.
- Il me semblait évident que nous n'allions pas manger chez les Weasley ce soir, leur expliqua Snape avant de prendre place aux côtés d'Hermione. Mangez, sinon je vais avoir les elfes sur le dos parce que je ne vous nourrit pas.
- Pas vraiment faim… marmonna Harry.
- Tu ne peux vraiment pas te permettre de ne pas manger Harry, fit Snape haussant un sourcil. Surtout pas avant ta transformation.
- Transformation ? répéta Hermione, totalement perdue.
- Traaan…sfoooormation, oui, répondit Snape alors que Harry gloussait.
Hermione ouvrit la bouche à deux reprises et finit par fixer son assiette.
- Miss-je-sais-tout aurait-elle brûlé son cerveau ? Ou oublié chez les Weasley ? Ou dois-je convier Drago pour vous faire sortir de cette léthargie qui ne vous sied guère ?
- Malfoy… C'est peut-être une bonne idée, fit Harry, amusé malgré lui.
Snape leva les yeux au ciel, esquissant un semblant de sourire.
- Après que les procès soient passés, et qu'ils soient innocentés…
- Oh… on doit les aider, murmura Hermione.
- Narcissa et Drago sont assignés à résidence, fit Snape. Le seul contact possible est probablement via leur avocat jusqu'au procès. Quant à Lucius… Il purge déjà une petite peine à Azkaban et ne pourra plus travailler au Ministère, cela va de soi. Quant à la transformation de votre ami… Ce soir ou demain, Potter ?
Harry leva les yeux au ciel devant le nom utilisé. Il devinait sans mal que Snape en profitait tant qu'il le pouvait encore.
- En parler ce soir, le faire demain matin… Ce serait faisable, professeur ?
- Très bien, mais mangez avant. Je ne voudrais pas que votre amie ait une raison de plus de perdre l'appétit ou ne m'assomme avec des questions auxquelles je ne répondrai pas ce soir.
Hermione fronça les sourcils mais obtempéra. Après tout, elle avait vraiment faim. Elle n'avait pas mangé convenablement depuis bien longtemps. Entre leur cavale qui avait duré quasiment toute l'année scolaire et les quelques jours en France passés avec Ron où ils s'étaient beaucoup disputés et avaient peu mangé, elle était à bout de force.
Elle ne vit pas le regard inquiet de Snape sur elle et mangea doucement, presque religieusement sa cuisse de poulet. Il devina qu'elle devait porter au moins deux t-shirts sous son pull bien trop épais pour la température ambiante.
- Vous avez froid, miss Granger ? finit-il par demander alors que les jeunes venaient enfin de terminer leur assiettes.
Il avait eu le temps de se resservir trois fois.
- Je… non ça va.
- Miss Granger… soupira Snape en se pinçant le nez. Vous portez de vieux vêtements, et au moins deux ou trois t-shirts sous votre pull. Quand avez-vous mangé un vrai repas pour la dernière fois ? Potter, la question vaut pour vous aussi.
- Fin août… murmura Hermione.
- Pareil, marmonna Harry.
Snape encaissa le coup sans rien dire, maudissant intérieurement Dumbledore et les Weasley, ainsi que tous ceux qui avaient mis en danger la vie de son fils et de son ancienne élève.
Il demanda ensuite à Harry d'expliquer la situation, mais le garçon se perdit dans ses explications et Snape prit la relève. Hermione acquiesçait, pâlissant de plus en plus.
- Mon vrai nom… c'est Harry Severus Sirius Prince, finit par dire Harry. Et le professeur Snape va lever le sortilège qui est posé sur moi. Je ressemblerai donc davantage à lui qu'à… James.
Hermione acquiesça.
- Et, il y a quelques changements au sein de la maison. Tu seras étonnée ! fit un peu plus joyeusement Harry. Il nous faut encore réaménager le rez-de-chaussée, le premier étage sans oublier aussi la cave. Mais c'est de plus en plus agréable.
- Ah bon ?
- Oui ! La famille du professeur McGonagall m'a beaucoup aidée, ainsi que le médecin de Sn… du professeur Snape. Tu verras. Mais… demain… Professeur ?
- Demain, nous irons découvrir le Domaine et les Manoirs dont nous avons hérité, vous viendrez avec nous, Hermione, fit alors Snape en utilisant volontairement le prénom de son ancienne élève. Ensuite, nous visiterons les alentours. En attendant, je vais demander à un elfe de vous préparer une chambre au deuxième étage. Allez vous poser au salon et réfléchir à l'aménagement. Rosie a déposé quelques magazines de meubles et de décoration.
Leur ancien professeur se leva de table et quitta la pièce, laissant Harry et Hermione manger le dessert seuls.
- Il est… aimable, hésita Hermione.
Harry rigola quelques secondes.
- Oui. Je n'aurais jamais pensé mais… il est beaucoup plus sympa que je l'aurais imaginé. Après tout, si ma mère était amoureuse de lui, c'est qu'il y a une raison. Mais viens, je vais te montrer le salon !
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La soirée avait été plutôt courte. Harry et Hermione étaient épuisés et Snape n'avait pas hésité à les envoyer au lit bien avant minuit avant de lui-même rejoindre les quartiers qui lui étaient réservés.
Il devait avouer que Potter, ou du moins Harry, avait été très prévenant pour l'organisation de cet étage-là. Il n'aurait jamais pensé que le jeune Gryffondor ait pu prendre la chose aussi calmement et qu'il n'ait pas fait un esclandre. Il leur faudrait très certainement en parler calmement, mais il allait d'abord profiter de quelques heures de sommeil.
L'aube se leva bien trop rapidement au goût des habitants du 12, Square Grimmaurd. Harry fut étrangement le premier levé et il demanda à Kreattur et Enora de préparer un bon petit déjeuner. Les elfes s'y donnèrent à cœur joie et décorèrent même la table à manger de petits bouquets sauvages qui embaumaient agréablement la pièce.
Harry se demanda subitement où était Pattenrond, mais fut coupé dans sa réflexion par son père biologique qui venait d'entrer dans la cuisine.
- Bonjour professeur, fit-il alors.
- Bonjour, Harry, répondit Snape en esquissant un rictus amusé. Bien dormi ?
- Euh… oui… et vous ?
Snape leva les yeux au ciel et prit place près de lui, à table.
- Ca va, merci. Il va falloir que nous discutions… Tu es mon fils, Harry, fit l'homme alors que le Gryffondor tournait sa chaise pour mieux lui faire face.
- Je sais.
- Cela engendre le tutoiement et… un autre nom que « Professeur ». De plus, nous avons tous deux récupéré le nom de famille de nos ancêtres du côté de ta grand-mère. La famille Prince a, jadis, été une grande famille avec un grand patrimoine, aussi bien au niveau monétaire qu'au niveau des connaissances qu'ont emmagasiné tous nos ancêtres. Ils étaient écrivains, chercheurs, potionistes… faisaient presque rager Abraxas Malfoy lorsqu'il était jeune, car lorsqu'il était adolescant, la famille Prince avait encore plus d'influence qu'eux.
Harry hocha la tête, pensif.
- Je… je vais avoir du mal, je crois, mais… je dois vous… t'appeler papa ?
- Papa, Père, Severus… peu importe. Mais s'il te plaît, laisse le « professeur » de côté. Je ne suis plus ton enseignant et j'espère ne jamais devoir le redevenir, fit-il avec un petit rictus.
Cette fois, ce fut Harry qui leva les yeux au ciel.
- Pouvons-nous opter pour le tutoiement, dans un premier temps ?
- D'accord… murmura Harry.
- Je sais que mon comportement envers toi a certainement joué en ta défaveur en ce qui concerne les potions. Après tout, ta mère était une très bonne potionniste et j'aurais pensé que tu lui rendrais hommage.
- Je n'avais jamais entendu parler de la magie avant mes onze ans, prof…
Harry soupira mais ne termina pas sa phrase. Severus l'observait en fronçant les sourcils.
- Je savais que tu étais logé chez des moldus ou cracmols proche de chez Mrs. Figg, mais je pensais que ta famille d'accueil t'aurait au moins parlé de la magie… Chez qui étais-tu logé ? Des amis d'Albus ?
- Chez tante Pétunia, fit Harry en haussant les épaules.
- Pardon ? fit Snape, dont les yeux s'écarquillèrent.
Pourtant, c'était logique, pensa Snape. Tout aurait pu le penser à croire qu'il vivait chez eux, mais il n'avait jamais vraiment voulu comprendre.
- Chez la sœur de…
- Je sais qui est Pétunia, fit Snape d'une voix un peu moins amicale. Elle a traité ta mère de monstre dès qu'elle a compris qu'elle ne pourrait pas la suivre à Poudlard. Pétunia est devenue jalouse et a commencé à haïr Lily alors qu'elles étaient très proches l'une de l'autre, avant. Tu étais bien traité, au moins ?
Il fronça encore plus les sourcils lorsque son fils eut le regard fuyant.
- J'imagine que oui.
- Tu imagines… répéta Snape, dubitatif.
Il passa en revue les rentrées des classes. Harry avait toujours rendu des devoirs plus que médiocres qui semblaient avoir été faits à la dernière minute, en plus de revenir, chaque année, plus maigre qu'avant les vacances. Il ne rentrait pas non plus durant l'année scolaire et semblait faire peu de cas de sa survie.
Mais ses réflexions, alors que son protégé s'était servi une tasse de café, furent interrompues par une Hermione aux yeux rougis et aux cheveux attachés dans une queue rapide. Au moins, elle était plus ou moins convenablement habillée – Kreattur s'était chargé de récupérer ses affaires chez les Weasley derrière le dos des adolescents.
Hermione les salua et s'installa devant son bol.
- Mione ?
- Oui, Harry ?
- Où est Pattenrond ? Je croyais que tu l'avais laissé chez les Weasley avant notre départ… fit-il en jetant un œil à Severus.
- Oh, … fit-elle en baissant les yeux. Oui, il y était, dit-elle tristement. Nous l'avons amené en France, mais lors d'une balade… Ron a tenu à retirer sa laisse. J'avais peur qu'il se fasse écraser même si nous étions dans un coin peu fréquenté, il y avait quand-même une grande route. Et… Il… Pattenrond a paniqué à cause du bruit des voitures, et il s'est fait écraser au bord d'un champ. Ron… Ron a vu la voiture mais n'a pas réagi et je… il me tenait fermement la main… fit-elle d'une voix brisée. J'ai essayé de rattraper Pattenrond, mais… mais… On l'a enterré dans le champ, parce qu'il ne voulait pas qu'on le ramène au Terrier.
Snape reposa sa cuillère, et les adolescents virent un air de dégoût passer brièvement sur le visage qui cachait habituellement si bien ses émotions.
- Je suis désolé, Hermione, murmura Harry.
Elle hocha la tête et se mit à boire lentement son café en fermant les yeux.
- Mangez à votre faim, la matinée va être chargée, finit par dire Severus. Hermione, vous avez tout ce dont vous avez besoin ?
- Oui, fit-elle hésitante.
- Ca n'a pas l'air, fit-il en étirant ses bras.
Si les deux jeunes furent étonnés de le voir s'étirer ainsi, ils n'en firent pas la remarque.
- Je… j'aurais besoin de passer dans un magasin moldu… fit-elle, gênée.
- Nous irons en fin de matinée dans ce cas. Est-ce que cela pourra attendre ?
- Oui ! Oui, bien sûr.
Ils terminèrent leur petit déjeuner dans un silence relatif. Severus demanda ensuite à Harry de le suivre au troisième étage, où il lancerait le contre-sort sur Harry afin de lui rendre son apparence originelle. Hermione lui souhaita bon courage et s'éclipsa pour aller chercher un gilet et sa cape.
Harry suivit alors Severus dans ses appartements et, mal à l'aise, prit place dans le canapé.
- Je te conseille de te couvrir de la couverture. Je ne sais pas si tes vêtements disparaîtront ou se déchireront avec la transformation. Ce n'est pas non plus censé être douloureux mais j'ai prévu des potions au cas où. Est-ce que… est-ce que tu te sens prêt ?
- Oui, fit Harry. Ca va être bizarre j'imagine, fit-il en baissant les yeux.
Severus s'accroupit alors devant son fils, posant ses doigts fins sous son menton.
- Harry… je suis tellement désolé pour tout ce que je t'ai fait subir.
- Je sais.
- Je sais que tu le sais. Tu as vu les souvenirs. Mais… je n'aurais jamais dû voir en toi James Potter. Tu ressembles aussi à ta mère, sous cette apparence. Tu as la couleur de ses yeux, mais aussi son sourire. Tes mains sont aussi fines que les siennes et je pense que si je ne t'avais pas autant dénigré dès le début, tu aurais eu quelques chances en cours de Potion. J'ai vraiment honte de mon comportement envers toi, honte de cette colère mal placée. Ce n'était, après tout, pas de ta faute si Lily s'était mise en couple avec Potter. C'était en partie à cause de moi. J'ai juré à ta mère de prendre soin de toi, et même s'il est un peu tard pour le faire d'une autre manière que de me sacrifier pour vous deux, je vais le faire. J'espère juste que tu l'accepteras.
- Je n'ai juste pas… l'habitude d'avoir un adulte qui me dit quoi faire ou…
- Je ne suis pas là pour te dire quoi faire. Je suis ton père, mais je ne suis proche de toi que depuis quelques jours. Ce que je veux, c'est pouvoir te soutenir, t'accompagner, te guider si besoin. Te conseiller. Te protéger, et protéger ta meilleure amie. J'ai conscience qu'elle a dû tomber des nues hier. Elle a l'air vaguement perdue et refoule ses émotions. J'ai l'impression qu'elle risque de craquer à tout instant.
- J'en ai aussi un peu l'impression… murmura Harry.
- Alors nous allons être une famille. Je n'en ai jamais vraiment eu, alors je risque de faire des gaffes. Mais je veux essayer.
- Moi aussi.
- Très bien. Alors, Harry Potter, prêt à devenir Harry Prince ?
- Bien sûr ! fit-il alors en souriant.
- Allonge-toi dans ce cas, fit Snape avant de pointer sa baguette sur le corps du jeune homme.
Harry ferma les yeux et Severus murmura une mélodie étrange. Le contresort avait été expliqué par le Gobelin et il était rassuré de voir que Snape se souvenait de chaque syllabe. Quelques fourmillements se firent sentir dans ses mains et dans ses pieds. Il grimaça en sentant sa peau s'étirer doucement mais ne ressentit heureusement aucune douleur. Sa tête le chatouilla quelques instants et Snape arrêta le sort.
- Tout va bien ? demanda-t-il d'une voix légèrement inquiète.
Pour toute réponse, Harry se redressa. Son t-shirt était légèrement trop petit maintenant. Son corps était encore plus fin qu'auparavant.
- Tu as… grandit, fit Severus d'une voix égale. Tu te sens bien ?
- Ca va, oui, fit la voix enrouée du jeune homme. Je suis juste… encore plus maigre.
Ses bras aussi étaient très fins, sans parler de ses jambes.
- Effectivement, il va falloir de remplumer et faire un peu de musculation. Surtout si tu veux refaire du Quidditch.
Le regard du brun fixa brièvement Severus avec surprise.
- Tu avais oublié l'existence de ce sport ? fit le plus âgé avec un rictus amusé.
- Non… je… enfin si, je crois. Avec tout ce qu'il s'est passé, j'ai totalement oublié que… que faire du Quidditch me faisait du bien.
- Eh bien, je préfèrerais que tu manges convenablement au moins durant une semaine, et je vous ferai un petit entrainement de gymnastique. C'est très important et je pense que vous en avez besoin. Ca occupera aussi l'esprit de ton amie.
- Elle n'aime pas le Quidditch…
- Oui, mais il n'y a pas que le Quidditch dans la vie, fit Severus en levant les yeux au ciel. Il faudra aussi te couper un peu les cheveux.
Harry fronça les sourcils et remarqua que ses cheveux, toujours bruns virant légèrement au noir, étaient plus lisses et épais. Ils allaient jusqu'à ses épaules et les mis en arrière. Snape fit apparaître un élastique de nulle part et Harry le remercia avec un léger sourire.
Le garçon alla ensuite s'observer dans le miroir, et les deux hommes rejoignirent le Hall où Hermione les attendait déjà. Ils sortirent de la maison et transplanèrent du perron, accrochés aux bras de leur ancien professeur de Potions.
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L'air frais leur fit beaucoup de bien. Ils étaient arrivés dans un grand pré qui semblait avoir été laissé à l'abandon. Les hautes herbes envahissaient les lieux et Snape dû lancer plusieurs sortilèges de découpe pour les laisser avancer en direction d'une épaisse forêt.
- Tout cela appartient au Domaine Prince, fit leur ancien professeur d'une voix neutre. Les Gobelins m'ont fait parvenir un plan détaillé, regardez.
Il leur tendit une feuille épaisse où était dessiné un trèfle à quatre feuilles géant.
Le trèfle des Prince titrait le plan.
Une grande partie de la forêt et des prés alentours leur appartenaient, mais seul ledit trèfle était protégé des inconnus et indésirables par de multiples sortilèges sorciers et gobelins dont plusieurs runes.
Severus les entraîna vers leur gauche, et ils coupèrent plusieurs ronces sur leur passage.
- L'entrée du Domaine se fait ici, murmura Severus en montrant deux immenses rochers, entourés de pins.
Il demanda à Harry de poser sa main sur le rocher de droite alors qu'il touchait celui de gauche en murmurant le sortilège indiqué par le Directeur de Gringotts. Une allée de graviers se dessina devant eux, amenant à un grand portail. Ils y allèrent en silence, observant la forêt aux alentours. Ce fut Severus qui, en tant qu'héritier principal des terres même s'il comptait bien transmettre son propre héritage à Harry, ouvrit les grilles. Le chemin se divisait en deux, menant chacun à une bâtisse. Ils commencèrent par la plus petite, celle de gauche. Entourée de quatre petites tours, elle avait un rez-de-chaussée surélevé et un étage. Et très certainement un grand sous-sol.
- Faites attention, marmonna Snape. Ce manoir a l'air de tomber en miettes.
Et il n'avait pas tort. Les grandes portes de l'entrée menaient à un grand couloir bien large, au bout duquel se trouvaient deux portes : l'une sur le mur de droite, l'autre sur leur gauche. Derrière le couloir, ils trouvèrent de grands escaliers abîmés par le temps. Le couloir de gauche menait à une salle à manger, à l'avant gauche du manoir, à la tour qui semblait avoir été aménagée pour des elfes, puis à une cuisine sur le côté gauche. A l'arrière gauche du manoir se trouvait un grand salon et la tour avait été, jadis, une petite bibliothèque dont les étagères étaient recouvertes d'une épaisse couche de poussière.
Severus râla en retournant dans le couloir alors qu'Hermione et Harry observaient les lieux avec curiosité. Il fit disparaître le corps mort et pourrissant d'un elfe de maison, affalé contre un mur, alors que ses deux élèves le rejoignaient en grimaçant devant l'odeur.
- Il y avait des elfes, ici ?
- Très certainement, soupira leur professeur. L'un d'eux gisait ici, fit-il sans pouvoir retenir une grimace de dégoût. Il a dû attendre ses maîtres indéfiniment avant de rendre son dernier souffle.
Le côté droit du manoir était par contre rempli de tas de pierres, le plafond s'étant en partie écroulé. Severus soupira et les fit sortir, prétextant que l'endroit était trop dangereux pour l'instant. Ils se dirigèrent alors vers l'entrée du domaine pour rejoindre l'autre bâtisse, dont la façade était bien plus accueillante.
- Miss Hermione Granger, fit cependant Severus en se retournant vers ses élèves avant qu'ils n'accèdent au chemin menant au second manoir. Je tiens à vous informer que je vais prendre quelques elfes sous mon aile. J'ai eu vent de vos idées pour le moins intéressantes concernant ces créatures, mais il y a une chose que vos enseignants n'ont pas voulu vous dire, trouvant votre dévotion mignonne.
Hermione fixa son professeur, incertaine du comportement à adopter. Snape était à nouveau dans son rôle de professeur à peine agréable, au ton dédaigneux. Elle fronça cependant les sourcils en détectant une once d'amusement dans les yeux presque noirs.
- Je sais que vous aimez lire, et étudier. Je vous donnerai des ouvrages qui concernent la vie des elfes, en partie rédigés par de vieux elfes ayant appartenus à de très, très vieilles familles. Mais en priorité, je me dois de vous informer que les libérer n'est en aucun cas la solution.
Snape leva une main, paume en avant, alors qu'Hermione allait protester vivement.
- Les elfes ont besoin du lien qui les lie aux sorciers pour vivre pleinement leur magie. Défaire ce lien provoque une dégénérescence de leur magie, et de leur psychée. Ils finiront soit par mourir, soit par harceler un seul et même sorcier, s'amourachant presque de ce dernier.
Harry ouvrit la bouche, mais se tut. Dobby s'était attaché à lui, presque lié à lui d'une certaine manière. Il s'était même sacrifié pour lui, pour eux.
- Il est cependant important de bien les traiter, qu'ils soient nourris, logés, qu'ils aient une vie saine afin de pouvoir vivre pleinement leur magie. Alors au lieu de vous cantonner à votre volonté de libérer tous les elfes du monde, pour leur plus grand mal, je vous conseillerais plutôt de vous concentrer sur ce que vous pourriez faire pour améliorer leur vie. Placer les jeunes elfes rejetés par les familles sorcières, interdire les maltraitances, exiger qu'ils aient des vêtements qu'ils devront acheter ou confectionner eux-même.
Hermione acquiesça, n'osant interrompre l'homme.
- Je pourrais vous aider, dans une moindre mesure, afin de rédiger quelques idées de projets de lois lorsque vous aurez intégré le Ministère. Car je ne doute pas que vous souhaitez rejoindre le département de la Justice n'est-ce-pas ?
- Je voulais mais… Ronald a déchiré la proposition d'apprentissage du Ministère et a dit à Kingsley que je ne voulais pas, fit-elle d'une voix brisée en baissant les yeux.
- Je parlerai à Kingsley, lorsque vous vous sentirez prête.
- Pourquoi ? demanda Hermione en relevant la tête, perdue.
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi… pourquoi faites-vous cela ?
- Vous êtes sous la protection de la famille Prince, dorénavant, miss Granger, répondit solennellement Snape. N'est-ce pas, Harry ?
Le garçon lui offrit un sourire reconnaissant.
- Bien sûr.
- Je… Merci… Vous deux.
- Trêve de bavardages, allons voir ce que nous réserve ce manoir-là, fit Snape en se tournant vers le chemin.
Les jeunes adultes échangèrent un regard mi-amusé, mi-soulagé puis se remirent en marche.
A leur grande surprise, les jardins qui précédaient le plus grand des deux manoirs semblaient plus ou moins entretenus. Le chemin partait vers leur droite, rejoignant un grand perron. Severus donna la lourde clé à Harry qui ouvrit alors les portes dans un grincement sinistre. Ils entrèrent doucement dans la grande entrée. Carrée, elle était propre et vide de meubles. Le sol était recouvert de marbre blanc et les murs étaient blanc cassé et le plafond était orné de moulures.
Severus passa sa main sur les murs puis observa le tableau qui leur faisait face. Même Hermione n'osait pas poser de question. Les murs semblaient propres, le sol était étincelant. Est-ce que quelqu'un vivait ici ?
Le tableau était grand. Il faisait toute la largeur du mur et représentait une forêt sombre. Quelques lucioles bougeaient doucement, attirant le regard de Severus. Il toucha doucement le tronc, au centre, et tous sursautèrent alors qu'un homme apparu de nulle part sur la toile.
- Qui va là ! Qui êtes-vous, voleurs ? cria le vieil homme emmitouflé dans une longue cape en laine.
- Severus Snape, nouvellement héritier de la famille Prince et voici mon fils, Harry Prince pour l'instant connu sous le nom de Harry Potter. Et voici sa meilleure amie Hermione Granger.
L'homme les observa de bas en haut.
- Que voulez-vous donc ? fit-il d'un air dédaigneux.
- Nous avons hérité de ce domaine. Quelqu'un vit-il en ces lieux ? demanda Severus.
L'homme caressa sa barbe quelques instants tout en les observant et marchant de droite à gauche.
- Aucun humain, non.
- Qui ou quoi donc ? demanda Severus en retenant un soupir blasé.
- Une grande famille d'elfes qui se nourrissent d'un potager, attendant la venue de personnes qui se sont faites attendre un siècle durant. Ce serait donc vous. Hm.
- Pourriez-vous nous ouvrir ? demanda Hermione. S'il vous plaît ?
- Pour qui me prenez-vous donc, demoiselle ! s'exclama l'homme en se rapprochant de la toile.
Le visage, presque zoomé, semblait en colère.
- Désolée… murmura Hermione, le regard fuyant.
- Il y a également des animaux : une petite famille de panda roux qui ont besoin de soin. Ils ont fui une sorte de zoo loin d'ici. Et des chats. Je pense que c'est tout.
- Est-ce que le bâtiment est… viable ? hésita Severus.
- Comparé à la ruine d'à-côté, assurément ! rit alors le tableau. Les elfes ont tout entretenus. Les lieux sont plus ou moins vides. Vous aurez du travail pour rénover, mais le bâtiment est sûr. Les elfes pourront vous rassurer sur ce point. Vous ne risquez pas de voir le sol s'effondrer sous vos pas.
- Merci pour vos précieuses informations monsieur, fit alors Harry en souriant.
- Mais de rien ! De rien ! fit le personnage, appréciateur. Jeune fille, cessez donc de fuir le contact visuel. Je n'aime guère l'impatience, mais ne vous inquiétez pas : je vais vous laisser passer. Une fois dans le couloir derrière moi, vous pourrez aller sur votre gauche et prendre la première porte elle aussi sur la gauche. Elle mènera à une cuisine d'environ vingt mètres carrés et les elfes y sont actuellement.
- Merci, firent Severus, Harry et Hermione d'une même voix.
Le tableau s'ouvrit alors, et ils se dirigèrent vers la cuisine, ouverte. Severus poussa la porte et stoppa net son mouvement, apercevant dix têtes d'elfes adultes les observer, paniqués.
- Nous ne sommes pas des voleurs, annonça calmement Severus en entrant dans la pièce, doucement suivi par ses deux anciens élèves. Nous sommes vos nouveaux maîtres.
- Bonjour, murmura une elfe. Allez-vous nous libérer ?
- Non.
Quelques soupirs de soulagement se firent entendre et Severus se mit à compter les elfes. Il y en avait dix devant lui, mais aussi quatre autres sur sa droite et cinq petits elfes sur leur gauche.
- Nous autres elfes du Domaine des Trèfles sommes trente au total, dont douze petits. Certains d'entre nous sont au potager. Que devons-nous faire ?
Hermione échangea un regard avec Severus. Les elfes étaient maigres, terriblement maigres même, et semblaient fatigués. Leurs vêtements étaient en piteux état, mais propres.
- Que faites-vous habituellement ?
L'elfe sembla hésiter à répondre, même s'il n'avait pas réellement le choix.
- Nous espérons que le Maître Severus ne sera pas fâché, marmonna l'elfe.
- Dites toujours, fit Severus d'une voix égale.
- Nous avons fait un potager, depuis plusieurs dizaines d'années, et revendons le surplus pour pouvoir nourrir nos familles et entretenir les lieux. La plupart d'entre nous n'avons jamais eu à servir directement être humain, Maître, nos Maîtres nous dirigeaient via les tableaux jusqu'à ce que vous récupériez votre héritage.
Harry et Hermione s'avancèrent un peu plus dans la pièce et se postèrent aux côtés de Severus.
- Dans ce cas… continuez votre routine habituelle. Nous allons visiter le manoir.
- Allez-vous venir vivre ici ? demanda une autre elfe, sur leur gauche.
Severus lança un coup d'oeil vers ses deux protégés.
- Je ne sais pas.
Sa réponse fit baisser les yeux de tous les elfes qui semblèrent soudainement tristes.
- Nous verrons, rajouta-t-il.
Il fit signe aux deux jeunes de sortir de la cuisine et ils découvrirent, en face, une très grande salle à manger. Le coin avant de la bâtisse était réservé aux elfes, protégée par un grand tableau vide.
Ils passèrent ensuite devant deux grands escaliers, situés juste derrière le tableau qui les avait menés à ce couloir, et continuèrent leur visite : la droite du manoir, à l'avant, était consacrée à une petite salle de bain et des WC puis à une immense bibliothèque qui semblait continuer au premier étage. La pièce d'en face était un salon qui comprenait trois vieux canapés délavés par le soleil qui passait par l'immense baie vitrée, donnant accès à un très grand jardin. Une cheminée se partageait le mur séparant le salon d'avec la salle à manger.
Ils rejoignirent ensuite l'arrière du tableau du vieil homme pour emprunter les escaliers et montèrent au premier étage. Le palier donnait sur deux tableaux : un à droite et un à gauche. Celui de droite donnait bien entendu sur le dernier niveau de la bibliothèque. La pièce d'en face faisait le coin arrière-droit du manoir et était une grande chambre dans les tons verts et beiges avec une salle de bain privative. Hermione et Harry virent les yeux de leur professeur briller un instant et ils échangèrent un regard amusé : s'ils devaient venir vivre ici un jour, ce serait la chambre de Snape.
La seconde porte du mur donnait accès à une autre chambre, puis ils repassèrent sur le palier pour rejoindre l'autre côté. Passé le second tableau, ils découvrirent une troisième chambre sur leur droite ainsi qu'un petit salon.
En face, dans le coin, était situé le second niveau réservé aux elfes qu'ils n'allèrent pas déranger puis une autre pièce plus petite que les chambres précédentes. Un ancien bureau, au vu de la vieille table poussée contre un mur.
La petite pièce située au-dessus de l'entrée était remplie de plein de bazar que Snape n'eut même pas le courage d'identifier. Il leur annonça cependant qu'il n'y avait pas de trace de magie noire sur le domaine.
Le second et dernier étage était plus ou moins semblable au premier : tout au bout, du côté gauche au-dessus de la bibliothèque se trouvait une grande chambre, avec un dressing et une salle de bain privatifs collés au mur d'une seconde salle rempli d'un bazar sans nom.
En face de la chambre se trouvait une autre, mais dont la salle de bain et le dressing semblaient occuper ce qui était la deuxième chambre de l'étage du dessous. A la suite de cette pièce à l'arrière du manoir se trouvait une autre, bien plus petite, où seule une étagère trônait contre un mur. Ils retournèrent sur le palier et découvrirent un petit bureau donnant sur le jardin puis un énième salon. En face se trouvaient deux autres chambres.
- Sept chambres, dont trois avec une salle de bain, et trois pièces qui pourraient servir de bureaux, fit Snape en retournant sur le palier. Il y a effectivement de quoi faire.
Ils retournèrent tous au salon du rez-de-chaussée et s'affalèrent sur un des canapés.
- Confortable, pour un vieux canapé, commenta Severus. Vous en pensez quoi ?
- De… la maison ?
- C'est plus un manoir qu'une maison, Harry, corrigea Hermione.
- Tu as compris l'idée, râla Harry alors que Severus ne put s'empêcher de rire.
- Vous ne pouvez pas arrêter de corriger tout le monde à tout bout de champ, Hermione ? demanda gentiment Severus. Nous ne sommes pas en classe. Tant que vous ne me manquez pas de respect, vous pouvez utiliser les mots que vous souhaitez.
- D'accord, murmura Hermione dont les joues rougirent légèrement.
- Bien alors. Préférez-vous Square Grimmaurd ou ces lieux ?
- Ici ! s'exclama Harry en riant. C'est beaucoup plus lumineux et il y a l'air d'avoir un grand jardin. C'est… plus proche de la nature.
- Oui, c'est vraiment plus… sympa, murmura Hermione. Mais tu as vraiment bien agencé le Square, Harry.
- Merci… c'est surtout la famille du professeur McGonagall qui a fait un immense travail. Faudra encore rénover le reste mais… bizarrement je me sens mieux ici, alors que je ne connais pas du tout…
- C'est normal, Harry, intervint Severus. Du moins, j'imagine que c'est normal. Vous avez tous les deux beaucoup de souvenirs au Square, qu'ils soient bons ou mauvais. Ici, c'est un lieu neutre qui a été très longtemps à l'abandon. Même ma mère n'a jamais mis les pieds ici. Si vous le souhaitez, nous pourrons nous installer ici. Après tout, il y a des elfes à occuper et ce serait un bon moyen de repartir sur de bonnes bases. J'imagine que le sous-sol pourra me permettre d'étudier les potions et de mettre au point certaines idées alors que vous serez en train de faire quelque chose de votre vie. Bien, allons voir le sous-sol et nous irons nous promener dans le village sorcier à côté.
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