Ayant eu une semaine assez difficile, j'ai passé la journée à écrire cette one shot. Assez thérapeutique ma foi, mais peut-être un peu désorganisée.
Je me suis un peu inspirée de mes expériences pour écrire cela. Je ne souhaitais pas romantiser ou idéaliser ce genre de problème lié à la performance et au travail, juste au cas où.
Bonne lecture malgré tout !
I.
« Je suis désolé M. Edgeworth. Vous comprendrez qu'en l'état, je ne peux pas donner suite à votre projet. Il y a beaucoup de failles dans ce que vous m'avez exposé… Ce qui m'a d'ailleurs pas mal surpris venant de vous. »
C'était sur ses mots que tous ses rendez-vous de la journée s'étaient conclus. C'était sur ces mots également que son dossier, méticuleusement monté depuis de longs mois et nombreuses insomnies, venait d'être rejeté. Il n'y avait aucune ambiguïté : son travail était bancal. Et le procureur général n'avait qu'à accepter ce douloureux verdict.
Il était rentré le soir chez lui, dans son grand appartement. Il y avait vécu longtemps seul après son retour d'Europe. Mais voilà que le destin avait mis fin à sa solitude ou plutôt, Phoenix Wright. Longtemps rivaux puis meilleurs amis, la vie en avait décidé autrement, l'amitié ayant laissé de plus en plus de place à l'amour. Et ce dernier l'avait emporté.
Un soir de printemps, lors d'un de leurs déjeuner hebdomadaires depuis que Phoenix était revenu dans la profession, l'un et l'autre avaient réussi à mettre des mots sur leur apparente attirance. Pour être honnêtes avec eux-mêmes, cela faisait de nombreuses années que l'un n'était pas indifférent vis-à-vis de l'autre, mais cela n'était jamais le bon moment. C'était un grand amour tardif (ils avaient trente-six ans !), mais peu importe : ils étaient heureux.
Ils étaient heureux et tout était fait pour que tout aille bien dans leur vie. Un toit confortable, des réputations respectables et plus positives que jamais, des amis sur qui ils pouvaient compter, des collègues bienveillants et compétents, une fille magicienne qui allait de succès en succès… En somme, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Une véritable rédemption après des années de galère et traumatisme pour chacun.
Toutefois, tout ce bonheur auquel Miles Edgeworth avait accès aujourd'hui était remis en question. C'était un échec, comme cela arrivait à tout le monde. Mais il avait échoué sur quelque chose pour laquelle il y avait tout son cœur et toute son expertise, et cela n'avait pas payé.
Il était rentré plus tôt ce soir-là, frustré. Et son compagnon avait pris soin de lui, acceptant de partager un marathon de la troisième saison du Samouraï d'Acier en dégustant des pâtes commandées à un des restaurants italiens du quartier. Phoenix s'était finalement endormi sur son épaule alors que Miles, quant à lui, ne trouva pas le sommeil.
C'était une mauvaise soirée comme cela pouvait arriver à tout le monde. Il bouclait ce soir, mais demain était un autre jour.
II.
Malgré une nuit compliquée et très peu de repos, Miles était parti au travail le lendemain. Levé à six heures, parti à sept heure, opérationnel une demi-heure plus tard. Comme à son habitude, il se posta à son bureau avec une délicieuse tasse de Darjeeling après avoir récupéré son courrier et fait un point sur la journée avec son assistante.
Néanmoins, avec trois heures de sommeil seulement dans les pattes, le procureur général peinait à démarrer. Il perdait des minutes précieuses à un poste aussi important, ce qui signifiait qu'il allait devoir les rattraper en rognant sur sa pause déjeuner.
Entre deux mails, Miles traitait de la paperasse ou jetait un œil sur les dossiers que traitaient ses collaborateurs. Il arrivait parfois de lire leurs notes sur quelques affaires pour répondre à leurs interrogations ou leur indiquer de nouvelles pistes qu'ils pourraient emprunter. Toutefois aujourd'hui, à chaque fois qu'il relevait les yeux de sa feuille, il glissait naturellement vers le porte-documents rouge qui trônait sur un coin de son bureau. Il s'agissait de son projet non-retenu la veille, et la boucle de la veille lui revenait.
Miles le sentait qu'il n'avait pas assez passé suffisamment de temps sur son benchmark. Evidemment que ses idées allaient être mises de côté s'il ne mettait pas suffisamment de perspective à cas qu'il présentait cela ne risquait pas de payer. Un travail bâclé ne satisfaisait personne, surtout à un tel niveau et venant de lui. Miles Edgeworth était réputé pour sa performance, son perfectionnisme et sa finesse d'esprit pas pour des argumentations en gruyère.
Finalement, il ne pouvait que s'en prendre à lui-même. Il devra d'ailleurs se replonger dans son dossier, mais là tout de suite, il n'était pas prêt à rouvrir et parcourir ces pages une nouvelle fois. C'était encore trop douloureux. Il verra ça plus tard.
Miles n'avait pas prévu que cette interlude de déception et de remise en question ne dure aussi longtemps. Il posa ses lunettes sur son bureau un instant, puis se massa le visage. Il était temps qu'il se reprenne en main et ne se laisse pas dépasser par toutes ses pensées. Miles soupira et remit ses lunettes, reprenant immédiatement le travail.
En rentrant le soir, il trouva Phoenix assit dans le canapé en train de savourer un verre de jus de raisin devant la télévision. Miles retira sa veste puis fit un détour pour embrasser son compagnon, puis posa ses sacs sur le bar de la cuisine. Il sortit sa gamelle du jour qu'il n'avait pas eu le temps de manger avec ses égarements matinaux et la rangea dans le réfrigérateur pour demain.
« T'as pas mangé ce midi ? » Demanda Phoenix en se levant, allant laver son verre vide dans l'évier.
« Non, je n'ai pas eu le temps. » Soupira Miles en contemplant ce qu'il pourrait préparer pour le dîner.
« Miles, tu sais quoi ? On commandera pour ce soir. » Sourit-il en déposant un baiser sur sa tempe et une main sur son épaule, la serrant doucement. « Tu mérites de te reposer après deux journées compliquées hm ? »
III.
Il s'était couché tôt et avait bien dormi. En se levant ce matin, Miles se sentait reposé et un peu plus serein. Il était même de bonne humeur. Tellement qu'il prépara le petit déjeuner de Phoenix en même temps que le sien. Miles lui laissa un petit mot sur la porte du réfrigérateur, à côté d'une photo d'eux deux et de Trucy :
« Phoenix, tu trouveras ton petit déjeuner dans le tupperware bleu dans le frigo. Je t'aime et j'ai hâte de te retrouver ce soir. – Miles »
Il avait en effet quelques idées pour ce soir, mourant d'envie de remercier son partenaire pour sa bienveillance et son soutien ces deux derniers jours.
Toutefois, en arrivant au bureau, Miles fut déçu de voir la charge de travail qui l'attendait. Rien qu'en lisant son premier mail de la journée sur son téléphone et en demandant à son assistante un peu plus de contexte, il comprit qu'il allait finir plus tard. C'était ainsi qu'en une quinzaine de minutes, ses projets pour la soirée étaient tombés à l'eau.
En même temps, s'il n'avait pas échoué sur son projet, il n'aurait pas à subir tous ces rendez-vous pour clarifier ses positions et se faire sermonner. Comprenant plus tard dans la matinée qu'il n'aura pas le temps de rattraper toutes les tâches qu'il avait prévu dans la journée avant cette réunion surprise, Miles se résolut d'envoyer un message à Phoenix pour lui annoncer qu'il rentrera finalement plus tard ce soir, et qu'il était sincèrement désolé.
En rentrant à la maison, tout était éteint. En posant ses affaires sur le comptoir de la cuisine, comme à son habitude, Miles trouva une boîte avec les restes du dîner qu'avait préparé Phoenix qui était sûrement déjà parti se coucher. Dessus était collé un post-it qui disait :
« Je suppose que je mange seul ce soir, donc je te rends ton attention de ce matin. Je t'aime. – Phoenix »
Miles devinait dans la courbe de ses lettres qu'il était déçu, et il s'en voulait d'avoir provoqué de fausses anticipations chez son compagnon. Mangeant seul depuis le tupperware, il culpabilisa de ne pas avoir mieux organiser son emploi du temps. Il savait pertinemment que son poste et ses responsabilités demandait de lui une grande adaptabilité. C'était de sa faute s'il n'avait pas réussi à laisser du temps pour des imprévus. Une véritable erreur de débutant.
IV.
Sa fatigue et ses erreurs d'inattention lui avaient coûté un temps précieux qu'il se devait à présent de rattraper.
Suite à son erreur de début de semaine, Miles avait prévu tous les jours une heure pour les imprévus. Et Dieu savait à quel point elle était facilement remplie. A son arrivée au poste de procureur général, il avait réorganisé le fonctionnement du bureau. Fini de travailler dans la terreur et la pression, d'entretenir la compétition informelle entre les procureurs et de pousser ses collaborateurs aux erreurs et à la triche. C'était un temps révolu et Miles croyait sincèrement en le bien-être de ses subalternes pour plus de résultats. Toutefois, une telle décision ne se faisait pas sans mesure drastique. C'était de là que venait la politique de la porte ouverte qu'il avait instauré. Tout le monde avait le droit de passer le voir s'il avait besoin de quelque chose, que ce soit un avis sur une affaire, un doute sur leur carrière ou un problème personnel.
Cette ouverture et bienveillance de la part de Miles avait surpris un temps tout le personnel du bureau, mais elle fut largement accueillie. Et cette semaine ne fut pas une exception. Les une heure d'imprévu avaient été rapidement remplis. Rapidement conscient qu'il allait, encore une fois, finir plus tard que d'habitude, Miles profita de sa pause déjeuner pour finalement attaquer de nouveau son projet abandonné qui traînait sur son bureau.
Une fourchette dans la main gauche et un surligneur dans la main droite, Miles revenait un dossier qu'il connaissait pourtant déjà par cœur. A force de se relire, il finissait par avoir l'impression que chaque partie et sous-partie et paragraphe posait problème, ne portait pas correctement ses idées.
Au bout d'une dizaine de minutes, son attention sur chaque ligne devenait supérieure à celle de tout simplement se nourrir. Miles avait fini par relâcher sa fourchette et mettre son repas de côté, surlignant et annotant son travail avec beaucoup de passion. Dans cette relecture, il y mettait tout son esprit critique, toute son expertise, confrontant le moindre de ses propos ou explications techniques au reste de ses larges connaissances en droit.
Frustrer de trouver autant de coquilles dans son travail, Miles finit par poser ses lunettes sur son bureau et fermer ce dossier de la honte. « Bancal » n'était pas un adjectif suffisant pour qualifier ce travail de sagouin qu'il avait osé soumettre au sommet de la hiérarchie judiciaire et juridique. Nerveusement, Miles agrippa son bras, froissant légèrement sa chemise. Mais son esprit lui rappela de qui il avait pris cette habitude et arrêta sitôt.
Pour occuper ses mains, Miles récupéra son stylo sur son bureau et s'attaqua à la montagne de parafeurs qui avait été déposé plus tôt dans la journée par son assistante.
Cette fois en rentrant, il trouva Phoenix derrière les fourneaux. Il avait visiblement troqué son costume pour un t-shirt et un survêtement depuis quelques heures maintenant, ce qui était généralement signe d'une longue journée. Miles culpabilisa un instant de ne pas avoir pu rentrer plus tôt et soulager son compagnon qui avait besoin de repos.
Et puis soudainement, Miles se souvint. Il avait totalement oublié que Phoenix avait eu un procès compliqué aujourd'hui. Il prit une grande inspiration et embrassa la joue de son compagnon.
« Bonsoir, Phoenix. J'ai cru entendre que le procès a été particulièrement difficile ? » Commença-t-il en passant sa main dans cette chevelure brune qu'il connaissait par cœur.
« 'Soir. Et oui, c'était compliqué. Le juge a repoussé à demain et mon client ne me facilite pas la tâche. » Phoenix déposa la spatule sur le plan de travail et se retourna pour déposer sa tête contre l'épaule de Miles. Celui-ci l'accueillit, passant sa main dans son dos et caressant entre ses omoplates. « J'aurai espéré te voir à la maison en rentrant, mais c'est égoïste… » Phoenix se redressa et se retourna pour touiller les pâtes dans la sauce et les légumes.
« Je suis désolé. J'ai pris du retard et j'en paie le prix. » Sourit Benjamin en rangeant les restes de son déjeuner. « J'espère ne pas avoir à travailler ce weekend… »
A cela, Phoenix ne répondit pas. Il coupa le feu sous la casserole et servit le dîner qui se déroula dans le silence.
V.
Miles avait réussi à épargner son dimanche finalement. Il était toujours en retard, mais il voulait être présent pour son compagnon. Et puis de toute façon, les personnes dont il avait besoin n'étaient pas au bureau, donc autant ne pas sacrifier son weekend.
Ravi, Phoenix lui avait clairement signifier qu'il était heureux de partager une journée juste tous les deux. Dès le samedi soir, il était devenu particulièrement tactile et le désir avait remplacé la tendresse dans son regard. Il avait envie de lui et Miles avait eu du mal à dire « non ». Même s'il avait réussi à penser à autre chose le temps de quelques étreintes, toute la charge de travail et de responsabilités qui l'attendait le lendemain revint au galop dans son esprit. Il fallait qu'il assure après avoir déçu.
En cette matinée, Miles Edgeworth craignait de mettre en péril sa position. Il adorait son travail et était particulièrement motivé à l'idée d'avoir des marges de manœuvres plus larges à ce poste. Toutefois, s'il n'assurait pas, une horde de personnes talentueuses n'attendaient qu'à le remplacer. Il se devait d'être irréprochable et il avait failli une fois.
« Allô la Terre, ici Miles. » Lança Phoenix, toujours étendu à ses côtés. « Où est-ce que tu pars sans moi ? ». Son sourire était large, tendre aussi. Sa main parcourait son torse encore et encore, suivait cette constellation de tâches de rousseur et de grains de beauté qu'il aimait tant. Par ces petites attentions, Phoenix souhaitait le garder avec lui et lui signifier son affection sincère. « Aujourd'hui nous sommes dimanche, tu es à la maison, au lit avec l'amour de ta vie qui a bien envie de remettre ça… » Reprit Phoenix, la voix grave et sensuelle.
Miles ne put retenir un petit rire, se laissant aller à ses suggestions. Pour être honnête, le moins il pensait à ce qui l'attendait lundi, le mieux il se sentait.
VI.
Ce matin, Miles s'était levé plus tôt que d'habitude. De six heures du matin, son réveil était passé à cinq heures. Il avait besoin de rattraper son retard et de reprendre son dossier qu'il avait abandonné tout le weekend. Et qui disait lundi, disait journée très intense.
Avant de partir, il contempla un temps ce qu'il y avait dans leur garde-manger… Mais il n'avait pas faim. Miles quitta la maison sans déjeuner, tant pis.
Très rapidement, ce réveil tôt devint une habitude et l'oubli du petit déjeuner aussi. Ou du moins, ses toasts, son fruit et son verre d'eau avaient laissé place à une simple tasse de thé au bureau.
Ses pauses déjeuner, elles aussi, avait lentement disparu. Les jours où il prenait le temps de manger, c'était en général pour accompagner la relecture de son projet et soupirer à chaque fois qu'il repérait une erreur. Chacune était tout aussi ridicule que les autres. Comment avait-il décidément pu laisser passer de telles choses ?
Cela devenait humiliant de repasser ainsi derrière lui, mais c'était un travail nécessaire. Chaque faute lui démangeait le dessus de la main, et il se mit à se gratter machinalement.
VII.
Se gratter était devenu un automatisme dès que Miles se sentait nerveux ou se sentait mal à l'aise. Et sachant que ces occasions étaient de plus en plus récurrentes ces dernières semaines, la plaque rouge qu'il avait sur le dessus de la main ne faisait que s'étendre et s'étendre encore.
Phoenix avait fini par se rendre compte de cette tâche grandissante. Miles avait simplement expliqué que cela le démangeait, et ce n'était pas faux. Il lui promit d'aller chez le médecin puis un dermatologue une fois qu'il aurait plus le temps et le sujet connut rapidement une conclusion.
Au fur et à mesure que les démangeaisons se faisaient de plus en plus récurrentes – en saignant parfois –, les nuits de Miles devenait de plus en plus compliquées. Il lui arrivait parfois de rêver de ce qu'il avait fait pendant la journée ou de ce qu'il devait faire demain. La dernière fois que ce genre d'images lui parvenaient, c'était quand il était encore sous l'influence de von Karma au début de sa carrière.
Un tel parallèle ne faisait qu'agrandir ses démangeaisons. Sa peau devenait de plus en plus inconfortable et ses nuits de plus en plus courtes à cause de ces sensations.
Lors de leurs dernières courses, Miles suggéra à Phoenix de changer de gel douche. Celui-ci haussa les épaules, peu convaincu. Mais après tout, il n'était pas dermatologue ni allergologue. Si ce changement d'habitude pouvait aider son compagnon à se sentir mieux et à recouvrer le sommeil, il était définitivement partant.
Toutefois, les démangeaisons de Miles ne se calmèrent pas. Voire, elles empirèrent avec le temps. Pour se préserver de se gratter le soir au lit, le procureur s'était remis à amener ses dossiers dans le lit. Il savait pertinemment que Phoenix n'aimait pas ça, qu'il concevait la chambre comme un lieu de repos et non de travail. Mais il ne dit rien, souhaitant avant tout trouver une solution pour apaiser l'homme qu'il aimait.
D'ailleurs, cela correspondait à la période à laquelle leur libido s'était éteinte. Une distance s'était installé entre eux, mais aucun ne souhaitait aborder le sujet, leurs quotidiens et les problèmes de Miles étant plus importants sur le moment.
VIII.
Cela faisait quatre moi que Miles Edgeworth tenait ce rythme et ces exigences. Quelques kilos de moins, quelques heures de sommeil en moins et quelques disputes plus tard, le voilà au bout du rouleau.
Tout le monde au bureau lui faisait remarquer son changement soudain, son teint plus pâle que d'habitude et son absence d'entrain au travail. A chaque fois, le procureur le mettait sur le compte de la fatigue, ces derniers temps étant particulièrement chargés et compliqués. Tout le monde voyait cette cicatrice rouge vif sur le dessus de sa main, mais personne ne posa de questions à ce sujet.
Phoenix commençait lui aussi à montrer des signes d'inquiétude sur son état, lui faisant remarquer des changements dans son attitudes et des oublis qui devenaient de plus en plus fréquent. Phoenix s'était agacé aussi de constater qu'il finissait, peu à peu, à passer lui et Vérité derrière le travail. A chaque fois, Miles s'excusait et expliquait que les temps étaient rudes et qu'il jouait sa position. Une réalité qui échappait à son compagnon, celui-ci ne comprenant guère d'où pouvait provenir de telles inquiétudes de ne pas faire assez bien, de ne pas être à la hauteur. Cela arrivait à tout le monde de rater un projet, mais il était temps qu'il passe à autre chose et qu'il soit plus gentil avec lui-même, surtout quand tout le monde avait déjà très probablement oublié ce petit moins bien.
Mais Miles n'entendit rien de tout ça, lui expliquant qu'il ne savait pas. Après tout, le procureur général était lui, pas Phoenix Wright.
Néanmoins, il arriva un moment où son corps refusa de collaborer avec lui. Le procureur général Miles Edgeworth avait été victime d'un malaise sur le parking du tribunal après un rendez-vous avec les juges. Il s'est congé la tête contre le sol dans sa chute.
Les médecins avait mis ce malaise sur le compte de la déshydratation, de carences et de la fatigue extrême. Quand à sa plaie grandissante sur la main, ils penchaient sur la mutilation. Miles n'étant que trop peu réceptif à leurs explications, ils avaient fini par en informer Phoenix qui passait aussi souvent que possible à son chevet. Dans la solitude des toilettes de l'hôpital, il avait pu laisser quelques larmes s'échapper. Mais quand il devait apparaître devant son compagnon, Phoenix était souriant et impassible.
Miles savait qu'il s'agissait d'un sourire de façade, mais jamais il ne saura ce qu'il se passait derrière. Personne même ne le saura.
Son état de santé s'était rapidement amélioré avec du repos, et s'il était n'importe qui, les médecins l'auraient laissé sortir depuis longtemps. Toutefois, Miles avait encore besoin de temps pour recouvrer c'est-à-dire être loin de son quotidien et de son travail. Ainsi, même s'il avait immédiatement demander à ce qu'on lui fournisse ses dossiers, son téléphone et son ordinateur pour qu'il puisse travailler depuis son lit (ayant compris qu'il ne sortirait pas de suite), tout le monde autour de lui s'y était opposé. A la place de tout cela, Phoenix lui avait apporté ses livres préférés et quelques DVD du Samouraï d'Acier.
Les premiers jours, Miles n'y toucha pas, demandant encore et toujours ses outils de travail et se plaignant sans cesse « de tout mettre en pause alors que le crime ne se met pas en pause ». Il lui était arrivé d'être très désagréable comme très abattu face à cette réalité. Et quand bien même cela était douloureux et pénible pour tout le monde devoir cet homme se laisser submerger par son angoisse et son désir de perfection, c'était un mal pour un bien. Sa plaie à la main s'était agrandie, atteignant son poignet.
IX.
Après une première semaine rude, ponctuée par les visites des médecins, des infirmiers et infirmières, ainsi que de Phoenix chaque après-midi, Miles avait fini par s'apaiser. Sa colère et ses angoisses avaient laissé place à de longues siestes et à une fatigue perpétuelle.
Il avait enfin ouvert les livres que son partenaire lui avait apporté. Il avait également commencé à regarder les DVD qu'il lui avait apporté, voire avait pour rituel de s'endormir devant. Les médecins étaient surpris de voir qu'une telle personnalité appréciait regarder des programmes pour enfant et y trouvait un côté apaisant au point de s'endormir. Phoenix se contenta de leur expliquer qu'il s'agissait du dessin animé qu'ils regardaient tous les deux en étant petit, et que ce programme était en quelque sorte ce qui avait permis à cet homme au passé difficile de tenir. Il s'agissait de son petit plaisir, de son petit jardin d'Eden caché des yeux de tous.
Une chose était certaine, si Miles trouvait un rythme plus lent et que son corps le forçait à se reposer, c'était signe que la guérison commençait. D'ailleurs, ses démangeaisons se faisaient de plus en plus rares, les infirmières ayant de moins en moins à laver et panser sa plaie.
Lors de cette période, Miles commença à surprendre Phoenix s'endormir sur une chaise à ses côtés. Il n'avait parfois pas souvenir de quand il était entré dans la pièce, ni même de quand il s'était assoupi. Il devait sûrement s'endormir quand lui-même dormait. Cette simple déduction réchauffait son cœur et le touchait sincèrement. Cet homme ne l'avait pas laissé et l'aimait toujours malgré ces derniers mois difficiles, et cette dernière semaine à être particulièrement désagréable.
Leur amour venait de surmonter une nouvelle épreuve. Et Miles pleurait discrètement la nuit, entre vingt heures et minuit, évitant d'être vu par les infirmières. Cela lui faisait de bien de se reconnecter avec le monde.
X.
A la fin de cette deuxième semaine de convalescence, Miles était revenu au bureau. Le personnel lui avait organisé une sobre fête pour lui souhaiter un bon retour. Il avait reçu quelques cadeaux d'ailleurs : des kits bien-être, un diffuseur d'huile essentielle avec une huile de lavande, un livre pour « prendre soin de son enfant intérieur » et des thés apaisants.
Le plus beau cadeau qu'il reçut, toutefois, était une photo avec tout les membres du bureau prise par son compagnon. Il était le directeur de tout ce beau monde, mais il avait oublié qu'il s'agissait d'une petite famille qui était prête à l'aider dans sa tâche aussi. Une aide mutuelle en somme, à la solde d'une justice plus juste et en laquelle les gens croient.
Et Miles faisait de son mieux, et c'était tout ce qui comptait. Personne ne lui avait reproché jusqu'à maintenant, sauf ses démons.
A la fin de la petite cérémonie, face aux marches du bureau, Phoenix se posta à ses côtés et lui chuchota : « Tu fais de ton mieux et nous sommes fiers de toi. »
