Un an que je suis avec la merdeuse… Y a un an, je faisais face à une gamine prétentieuse qui s'imaginait pouvoir coucher avec moi sur un coup de tête ! En fait ce jour-là, j'ai fait face à une femme, ou presque, qui m'a mise dans son lit, parce qu'elle l'avait décidé. Je me suis fait avoir ! Elle avait choisi, mais j'étais pas non plus à convaincre de force. Dès que je l'ai vue je l'ai trouvé canon. D'habitude ça me suffit pour qu'une nana passe dans mon lit ou sur le capot d'une voiture ou… peu importe, mais là clairement je devais pas jouer à ça. Je suis pas non plus un prédateur. Elle était canon, agréable à regarder quand je la formais, mais rien de plus. Et puis il a fallu qu'elle soit elle, cette merdeuse. Pas prétentieuse, plutôt lucide, tenace, têtue, rebelle mais pas comme une enfant, drôle, douce, me comprenant, me faisant parler… Alors forcément m'envoyer en l'air avec elle une fois et garder le secret c'était jouable et presque inévitable… mais se mettre ensemble et que ça dure… Va vraiment falloir qu'on anticipe la suite. J'ai pris des risques, trop de risques. Elle ne va pas rester éternellement mon apprentie, alors comment on va faire, continuer à se cacher ? Faut que je lui en parle, mais je sens déjà la merde venir concernant notre vilain secret.
Ca fait deux mois que je m'interroge sur la tournure que vont prendre les choses. Je me suis englué bien volontiers dans cette histoire, limite sans me rendre compte de son sérieux et de sa stabilité, oubliant facilement qui est Ash. Et puis lors d'une soirée, le VP est revenu sur le sujet. Il m'a rappelé que je me tenais toujours loin des distractions féminines du club, et qu'Ash n'avait toujours pas mis fin à son apprentissage. Conclusion de l'enquêteur, nous étions toujours ensemble. Depuis la révélation nous n'en n'avions jamais reparlé, mais là il m'a ramené à la réalité de son statut sans ménagement. Quand j'ai réalisé que nous frôlions l'année de relation je me suis affolé. Il était temps d'anticiper, parler avec Ash pour envisager comment se sortir de cette merde. Parce que même si on profite allégrement de notre petite histoire, y a quand même deux ombres au tableau et pas des moindres. Un vieux sénile rondouillard et fondateur de club, et un colosse d'1m93… Alors anticiper, préparer la fin de l'apprentissage il va être temps de le faire. Sauf que ça fait deux mois que je cherche à parler, mais je ne trouve jamais le bon moment. Un contrat à faire, un travail de protection, un tatouage qui s'éternise, une Ash fatiguée, une Ash trop sexy pour résister… toujours une excuse.
Aujourd'hui, nous avons eu une petite journée de travail donc pas de fatigue, il y a un joli soleil qui met de bonne humeur, pas d'histoire de club, et je suis plutôt décidé et résistant. Le moment présumé idéal pour lui parler. Non pas que je manque de courage, mais avoir cette discussion me ramène aux limites infranchissables… que j'ai franchi ! Bordel, quel con quand même. Allez, après tout c'est pas plus compliqué que d'exécuter, suffit de se lancer.
- Tu sais qu'il faudrait penser à après tout ça ? demandais-je à Ash qui baisse les stores de la boutique.
- Hummm j'envisageais de rentrer sagement, mais si tu te comportes bien je pourrais oublier d'être sage… dit-elle avec un sourire collé au visage.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Bah ! Ce que je compte faire après cette journée de travail. Dit-elle en s'approchant de moi langoureusement. J'envisageais de rentrer, sûrement prendre une douche avec toi et …
- Mais non pas ça ! m'exaspérais-je tout en souriant.
Je veux lui parler de nous, de ce qu'on fera vis-à-vis du club, de sa famille, comment s'organiser quand elle sera professionnelle. Je veux pas qu'elle m'aguiche comme ça, elle ne peut vraiment pas s'en empêcher. Aucune tenue ! Cette fois je résisterai, c'est trop important. Et pourtant elle est là avec son déhanché et ses yeux verts qui me supplient presque de la dévorer. Elle ne se démonte pas et continue son jeu de séduction, ses mains posées sur moi. Elle ne peut pas être sérieuse cette fois ?! On joue trop gros !
- Si t'es impatient… je peux décaler mes plans de ce soir pour… maintenant. Dit-elle en m'embrassant le cou.
- Non Ash !
- Ah bébé t'as dit que tu voulais un after, je te le propose direct ! Après si t'es gourmand on peut voir pour maintenant et ce soir ! dit-elle en glissant ses mains sous mon t-shirt.
- Mais bordel Ash je veux te parler sérieusement de nous ! Dis-je en prenant ses mains pour les enlever de mon torse.
Elle commence vraiment à m'agacer merde ! Elle m'a habitué à parler et là pour une fois que c'est moi qui vient le faire elle ne comprend rien. Ah putain son père a vraiment loupé son éducation.
- Oh t'es pas drôle Hap !
- Mais y a rien de drôle, je…
- Ah je sais t'as peur de ne pas tenir toute la soirée ? C'est vrai on ne sait jamais, je pourrai vite t'épuiser ! me taquine-t-elle.
- Ashley, je veux parler ! criais-je en la repoussant et la plantant au milieu de la pièce alors que je me précipite à son opposé. Je veux pas que tu te comportes comme une gamine sans aucune tenue merde !
- …
Elle reste là sans voix, des yeux ronds. Je crois bien que c'est la première fois que je l'appelle par son prénom et non par son surnom. Elle me gonfle. Je veux pas être méchant mais là j'en peux plus et je risque de devenir mauvais. Vraiment c'est pas ce que je souhaite !
- Je suis sérieux ! Et mets moi encore au défi de ne pas tenir le choc et c'est toi qui me suppliera d'arrêter !
- …
- Tu vas calmer immédiatement ta crise d'ado et ton comportement de poupée du club. Tu vaux bien mieux ! Là j'ai juste l'impression d'avoir l'une des putes accrochée à mon cuir. Je veux une discussion adulte, sérieuse sur notre histoire après ta formation… En fait, je me demande si t'en es capable. Tu t'es fait passer pour une autre tout le long de notre histoire, une gamine faussement adulte ? T'as conscience de la merde dans laquelle on est ? Alors arrêtes de m'allumer, sois adulte et responsable !
- Une des putes du club ?! C'est bien la première fois que ça te plaît pas ce genre de proposition, surtout avec la gamine que je suis ! peste-t-elle en se réfugiant dans le nettoyage du matériel et m'ignorant totalement.
Ca y est, elle boude…. Moi qui refusais d'avoir une gamine comme apprentie, pour éviter ce genre de situation. Qu'est-ce qu'elle m'énerve ! Déjà la discussion s'annonçait compliquée mais là j'ai tout gagné ! Bon à priori je l'ai braquée, j'y suis allé trop fort pour elle et pourtant, j'ai juste l'impression d'avoir chanté une berceuse !
Ashley Winston tu vas devoir grandir… et pour ça je suis prêt à garder le silence face à toi. Va falloir te bouger le cul merdeuse, c'est pas moi qui vais t'aider et c'est pas moi que ça dérange vu mon caractère.
Elle s'active comme chaque soir à nettoyer et ranger le matériel, sa façon à elle de se calmer, s'enfermer dans une activité pour faire redescendre la pression. Je la laisse galérer à essayer de gérer son énervement. Moi je reste fidèle à moi-même, distant, silencieux et calme.
Quand elle a fini son travail, elle prend le casque pour me signaler le départ. Mais je ne bouge pas, je la regarde droit dans les yeux, un sourire en coin. Elle a joué et joue encore les gamines mais ne détourne pas pour autant son regard du mien. J'attends qu'elle cède, qu'elle finisse par revenir sur la discussion. Elle en a de la force de caractère, mais là elle ne maitrise pas aussi bien que moi la situation.
- Je te laisse fermer, j'attends sur la moto. Finit-elle par dire.
Malgré son comportement je ne la ferai pas attendre éternellement dehors. Va falloir qu'elle vienne parler c'est sûr, mais je l'aime cette gosse alors je ne l'humilierai pas ou pas trop longtemps. Je reste dans la boutique, je peux l'apercevoir à travers le store. Elle s'impatiente sur la moto. Alors tranquillement je sors une cigarette et prends le temps de la fumer en l'observant. Elle s'agace, je le vois parce qu'elle gesticule. Je fini par la rejoindre pour prendre la route de la maison. Elle m'accroche plus qu'il ne le faut et pourtant elle continue son cinéma. Je n'arrive pas à la décrypter, pas ce coup-ci.
- Hé salut l'écossais ! dit-elle en décrochant son portable qui vient de sonner.
On est rentré depuis un quart d'heure et elle s'est réfugiée dans ses dessins. Elle passe une dizaine de minutes au téléphone avec Chibs, elle sourit et elle rit. Elle ne fait pas semblant avec lui et pourtant quand elle raccroche, elle s'enferme à nouveau. Elle a cette faculté à compartimenter sa vie et ses relations c'est très impressionnant. C'est sûr qu'en ayant grandi au club elle est obligée de savoir le faire, mais ça reste bluffant. Rarement elle se plante de ce côté-là, et pourtant, avec son côté rebelle on pourrait croire que ça va vite merder. Mais pas du tout !
Par contre, il est temps qu'elle décoince, ma patience à des limites. D'ailleurs je m'étonne d'en être arrivé jusque-là. M'enfin c'est elle, et avec elle je découvre chaque jour qui je suis.
Je suis tranquillement installé sur le sofa à l'observer. Elle s'applique à m'ignorer, pourtant elle sait que je la fixe. Faire plier l'adversaire, je sais faire et je compte bien employer mes savoirs avec elle… avec la manière douce évidemment. La manière douce… étrangement y a bien que moi au club qui vais l'employer nous concernant.
J'assumerai le choix que j'ai fait mais je suis bien conscient d'être dans la merde. Au début, je pensais juste prendre du bon temps avec elle, tout ça pouvait être tenu secret. Mais je me suis laissé avoir… je suis tombé amoureux de la gosse… un an qu'on est ensemble, ça ne sera pas sans conséquence. Va falloir être habile quand elle ne sera plus mon apprentie. Deux choix, se séparer ou envisager comment faire. De mon côté j'opte pour la seconde option. De son côté je ne sais pas, mais une chose est sûre va falloir qu'on se mette d'accord là-dessus.
Je commence à avoir la dalle. En passant devant Ash pour aller vers la cuisine je regarde ses dessins, ils sont excellents. Je sais que cette situation de formation ne durera pas, elle pourrait déjà se lancer comme professionnelle.
- Les proportions ne sont pas bonnes ! dis-je en passant sans même lui adresser un regard.
Ca devrait faire réagir la gamine qu'elle est ce soir, surtout que ses dessins sont parfaits. Un peu de provocation pour essayer de la sortir du silence. Je maitrise toutes les règles de mon terrain de jeu, elle va perdre c'est sûr.
- Je t'ai pas demandé ton avis. Lâche-t-elle méchamment à l'entrée de la cuisine. Je suis ton apprentie au salon certainement pas ici !
- Je fais ce que je veux chez moi. Dis-je calmement en préparant un sandwich. Et tu vas baisser d'un ton tout de suite.
- Sinon quoi ?! Je dois me la fermer c'est ça ?! Comme une gentille petite pute du club que je suis devenue !
Mon attaque de tout à l'heure l'a bien touchée, c'était le but …
- Si tu veux continuer la comparaison entre elles et toi on peut, mais pas sûr que ça te plaise… j'en ai pratiqué un bon paquet, peut-être même toutes… alors je te conseille plutôt de te taire ouais.
Je viens de sécher Ashley sur ce coup, c'était bas et méchant mais il est temps de la recadrer. Elle reste debout à ne rien dire, sans bouger. Je la fixe intensément pour lui faire comprendre que c'est à elle de faire le premier pas. J'attends qu'elle prenne la parole mais elle n'en fait rien. Elle a vraiment un sale caractère, c'est rien de le dire. Mais elle peut toujours attendre après moi, je ne lui faciliterai pas la tâche. Je me retourne l'ignorant et continuant mon sandwich. Je l'entends s'approcher de moi, elle m'encercle de ses bras et pose sa tête sur mon dos. Mais elle reste silencieuse.
- Ca marche pas comme ça Ashley. Dis-je froidement.
- Ash, pas Ashley.
- Ton père n'a pas su t'éduquer, mais il t'a baptisée non ?!
Elle me lâche et je me retourne pour lui faire face.
- C'est ma fête d'après ce que je comprends.
- Il me semble que t'as bien provoqué la situation, ne compte pas sur moi pour l'arranger. Et n'imagine pas que me toucher et s'envoyer en l'air réglera l'affaire. Dis-je en quittant la pièce.
Je vais prendre l'air, la balle est dans son camp. Posé dans le jardin, je la vois sortir de la maison beaucoup moins assurée qu'à son habitude. Mais elle redescend enfin, elle arrête de me fuir. Elle s'allume une cigarette, me regarde et continue de fumer. Quand elle arrive sur la fin, elle tire sur sa cigarette avec force, comme pour se donner le courage de parler.
Elle s'approche de moi puis s'installe à mes côtés.
- Etre adulte c'est parfois compliqué. Dit-elle.
- …
- Tu vas pas m'aider c'est ça ?
- Cette fois t'as vite compris.
- Je suis censée dire quoi ?
- Je vais pas t'aider, alors ne pose aucune question. Dis-je froidement.
- T'es dur…
- Je suis juste. Ma réaction est à la mesure de la tienne, alors maintenant Ashley à toi de jouer.
Elle garde le silence cherchant par où commencer, cherchant à s'apaiser face à ma résistance.
- Tu voulais me parler au salon ?
- Ouais… dis-je sans rebondir afin de ne pas me laisser avoir par sa facilité à me faire parler.
- J'y arriverai pas plus comme ça à priori… comprend-elle. J'ai besoin que tu m'aides, je ne sais pas ce que tu attends.
- C'est simple, que tu réagisses comme une adulte.
Elle se tait et plonge sa tête dans ses mains. Elle finit par se redresser pour me faire face. Même si je note un manque d'assurance elle n'est plus aussi craintive qu'en arrivant dans le jardin. Ash refait surface, elle en a mis du temps.
- Je suis fière, le côté Winston est bien présent. Sourit-elle. C'est pas facile, mais effectivement quand je repense à tout ce qui vient de se passer … s'arrête-t-elle.
- Ca va pas t'écorcher la bouche de le dire, tu sais…
- Tu n'attends que ça et limite ça t'apporterait trop de satisfaction que je m'excuse. Dit-elle amère.
- Et pourtant…
- Ouais … tu le mérites. Dit-elle. Je me suis enflammée…
- J'ai vu ça oui.
- En fait j'avais compris où tu voulais en venir avec cette discussion, j'ai simplement voulu l'esquiver.
- Pourquoi ?
- Parce qu'on a un sérieux problème… et que tant que tu n'en parlais pas il n'existait pas ou plus…
- Et donc tu m'en veux d'avoir évoqué le sujet… putain t'es une vraie gamine.
- Oui parfois j'ai bien mes 19 ans… admet-elle.
- Crois-moi je m'en rends compte aujourd'hui vu tes réactions de merde ! D'ailleurs… j'attends toujours tes excuses.
- Excuse-moi bébé. Dit-elle en me prenant les mains. J'ai vraiment pas eu les bons réflexes.
- Maintenant Ash on va pouvoir parler tranquillement. Et tu sais quoi… je vais t'écouter.
- Evidemment tu vas me faire payer mon comportement jusqu'au bout. Sourit-elle.
- Y a un peu de ça ouais. Mais surtout là je te comprends pas.
- Ok. Déjà je veux revenir sur un point. Je suis très contente d'être ton apprentie, au-delà de notre histoire j'apprends énormément. C'est juste que… je veux pas être ton apprentie ici pour plusieurs raisons. La principale c'est parce que je veux pas progresser trop vite, pour pas mettre fin à la formation.
- Pour ne pas se quitter. Conclus-je.
- Oui… Et si je progresse peu, l'après s'éloigne. Tant que tu ne l'évoquais pas, y avait pas de problème.
- Donc t'as fini par prendre conscience que s'envoyer en l'air avec un gars du club c'était problématique ?
- Y a pas de règle officielle, je fais ce que je veux de mon cul…
- Moi j'ai des règles vis-à-vis d'eux, de toi. Je fais pas ce que je veux de ma queue. Enfin en théorie si… mais loin de toi !
- J'ai pas envie qu'il y ait un après. On est bien là non ?
- Oui on est bien Ash, mais anticiper ce serait bien aussi. A un moment donné tu seras professionnelle, on va gérer ça comment ?
- Est-ce que devenir professionnelle implique qu'on… hésite-t-elle.
- Qu'est-ce que tu crains ? demandais-je.
- Te perdre. Murmure-t-elle.
Je lui embrasse les mains pour la rassurer.
- Je me suis pas encore lassé de toi. Rigolais-je.
- Hap… gronde-t-elle.
- Je sais tu veux que je sois sérieux. Mais bon, c'est ce que je t'ai demandé tout à l'heure et t'as mis du temps… alors je peux bien blaguer un peu ? C'est pour ça que j'ai voulu qu'on parle. C'est pas parce qu'on finit ta formation, qu'on finit notre relation. Je vois pas pourquoi d'ailleurs. Je suis bien avec toi. C'est pour ça que j'aimerai qu'on pense à l'après, pour s'organiser.
- Leur dire c'est signer notre arrêt de mort, enfin le tien surtout.
- Oui mais ça c'est mon problème. Je sais que je vais payer pour ce que j'ai fait, mais je l'accepte et je l'assume. Je connaissais les risques, je les ai pris. Mais vraiment ça vaut le coup. T'as pas à te soucier de ça, c'est mon affaire.
- Je veux pas que tu subisses à cause de moi. T'as trouvé ta nouvelle vie, celle qui te convient, je veux pas que tu en sois privé par ma faute.
Voilà pourquoi elle a réagi comme ça. Tout ce qu'elle craint, c'est porter la responsabilité de ma sanction. Elle est à l'origine de notre dérapage et elle se pense fautive, mais c'est moi le coupable.
- Ash… je sais pas quoi te dire… bien sûr que ton père et ton frère vont se venger sur moi c'est évident ! Je serai banni un temps ou envoyer sur un autre chapitre. Mais on le savait, on en a parlé qu'on bravait l'interdit même si pour toi y a rien d'écrit, moi je le sais. Alors oui je vais être sanctionné, c'est sûr et certain, mais pas à cause de toi j'ai fait un choix. Ce choix c'est toi, c'est pas pour te lourder quand tu auras fini ta formation ou fuir mes responsabilités face à ta famille.
Je sens Ash se relâcher, la tension redescend. Je ne lui ai pas dit que je l'aimais, elle ne m'en a jamais parlé de son côté non plus, mais ce que j'ai dit lui suffit et ce qu'elle m'a dit me suffit. Je la prends au sérieux, elle le sait, je veux rester avec elle.
- Par contre merdeuse, va falloir arrêter de jouer les ados ! T'es douée pour faire parler, mais quand il s'agit de te faire parler y a plus personne ! Et moi je fais parler les gens en les torturant d'habitude.
- Ouais excuse-moi Hap… mais au final t'as su t'y prendre… même si tu m'as bousculée… j'en avais besoin. Avoue-t-elle.
- Je te connais bien. Allez viens sale gosse. Dis-je en lui ouvrant mes bras.
Elle ne se fait pas prier et s'installe sur mes genoux. Elle est rassurée sur mes intentions, mais le problème n'est pas réglé. Nous n'avons pas eu cette discussion sur comment nous allons gérer l'après, mais vu sa réaction je la laisse savourer ce qu'elle vient d'apprendre. Nous aurons tout le temps d'y revenir prochainement et plus sereinement. Nous restons un long moment l'un contre l'autre, sa tête lovée dans mon cou, ses bras autour de moi. Je crois que ce temps lui permet de reprendre de l'assurance, se retrouver et éloigner l'adolescente qui a refait surface. Quand elle estime que tout est bon pour elle, elle vient retrouver mes lèvres avec les siennes et ose de nouveau plonger son regard dans le mien.
- Dis bébé, j'y pense depuis quelques semaines déjà… est-ce que tu voudrais bien me tatouer le corbeau ?
Putain ça y est, on y vient. J'étais sûr qu'elle le demanderait un jour, de là à choisir ce moment bien pourri… Heureusement je m'y suis préparé. Non je ne veux pas, et non je ne peux pas le faire. Ce tatouage est trop lourd de sens pour moi, pour nous. J'ai déjà apposé un H sur sa cheville… pas besoin de plus. Pas plus d'appartenance pour le moment, c'est bien trop risqué. On va arrêter nos conneries et ne pas éparpiller des indices partout. Il faut d'abord qu'on ait cette discussion, qu'on décide de notre avenir avant d'écrire sur nos fronts qu'on est ensemble. Et en même temps, comment lui refuser après ce qu'il vient de se passer ? Elle a vraiment le chic pour me faire douter. Mais là, je vais arrêter de nous mettre en danger, de la mettre en danger. C'est comme si je tatouais une cible au milieu de nos visages. Et surtout, je ne veux pas de ce triangle amoureux, c'est elle et moi, c'est tout. Pas le club, elle et moi. Elle a su trouver l'homme, m'ouvrir à une autre vie et je ne veux pas qu'elle porte cette marque pour l'instant. Je ne rejette pas le club, loin de là, mais j'ai ma vie avec le club et ma vie avec elle. Impossible de mélanger les deux aujourd'hui.
- Désolé merdeuse mais non. Dis-je en lui caressant le visage.
Je m'étonne qu'elle ne demande aucune explication, mais après tout c'est Ash. Elle reçoit mon refus mais ne montre rien. Sans se dire clairement les choses, on s'est quand même laissé aller à quelques révélations. Au final cette merdeuse a peur des conséquences et je n'envisage pas un avenir sans elle. On est sur la même longueur d'onde, seul point noir au tableau… sa famille, notre famille.
Un énorme merci à Patachon pour son aide précieuse
