Avertissement : Fate Stay Night est la propriété de Type Moon et la saga The Elders Scrolls est celle de Bethesda Softworks.

Je ne suis qu'un amateur rédigeant cette Fan-fic sur mon temps libre. Il ne s'agit pas d'un travail professionnel ou rémunéré mais de l'œuvre d'un fan bénévolement mis à disposition d'autres fans.

Lorsque j'ai rédigé Fate/ The last Dragonborn ma première fan-fiction, déjà un crossover entre Fate et les TES, je pensais avoir trouvé une excellente idée... sauf que j'ai écris uniquement en français et fais de nombreuses erreurs (rédaction, mise en page orthographe... et histoire). Après relecture, je ne juge plus cette première œuvre très viable. Chaque chapitre n'a qu'une dizaine de lecteurs. J'ai donc décidé de recommencer à zéro... avec une idée légèrement différente.

Important note: an English version will be available soon.

Prologue

Fuyuki, février 2004

La nuit se terminait sur la ville de Fuyuki. Pourtant, la pénombre restait profonde dans les rues désertées et silencieuses. Les habitants - par réflexe, par habitude - ne quittaient pas leurs maisons à la nuit tombée. Une fois la lumière du jour dissipée, la moderne cité japonaise semblait attirer le mauvais sort. Une famille entière tuée à l'arme blanche, peut-être une lance ou une épée... au vingt-et-unième siècle ; des accidents à répétitions; fuite de gaz ou explosion ; des maisons hantées... Fuyuki semblait appartenir à un autre monde lorsque la lumière du jour n'éclairait plus ses trottoirs.

Tout particulièrement, cette nuit là.

Si quelqu'un avait levé les yeux sur le Mont Enzou, il aurait été témoins d'un étrange conflit de vents accompagnés de jeu de lumières saisissants. D'abord, une clarté rougeâtre des plus sinistres, nimbant le Temple de Ryuudou, puis une puissante flamme dorée qui se heurtait à un ouragan rouge et sinistre, tourbillonnant autour du faîte de ses toits, arrachant des poutres, brisant des murs, faisant pleuvoir des tuiles à la ronde.

Le dernier affrontement de la Cinquième Guerre du Saint Graal atteignait son apogée...


Dans les ruines du Temple de Ryuudou se tenaient deux individus que personne n'aurait pris pour des gens normaux. Leurs armes, même leur attitude, les séparaient trop aisément des hommes ordinaires.

Le plus grand riait d'une manière échevelée, démente. Il s'agissait d'un homme blond, très beau, en dépit de ses yeux rouges aux pupilles verticales. Il était revêtu d'une impossible armure d'or, si lourde et si précieuse qu'aucun mortel n'aurait pu la porter... mais ce n'était pas - et de loin - la seule impossibilité dans ce saisissant personnage. Quel mortel pourrait toucher l'objet qu'il serrait dans son gantelet ?

Cette... " épée" cylindrique était constituée de trois parties qui tournaient dans des sens différents. Il émanait d'elle une puissance divine, à la foi destructrice et créatrice, un pouvoir réellement ultime.

- Enuma Elish !

Appelant le pouvoir de cette arme plus ancienne que la Terre, le demi-dieu relâcha un vent carmin qui déferla en un tourbillon centré sur son adversaire. Autour d'eux les murs se brisaient, le sol se convulsait, des fissures s'ouvraient dans les dalles de l'esplanade.

- Ex... calibur !

Une vague de lumière dorée rencontra la tornade écarlate et les deux énergies s'opposèrent en de formidables arcs de puissances.

Excalibur... la légendaire épée du Roi Arthur expulsait cette pure clarté d'or. La lame, d'aspect simple, en acier, prolongeait une garde en croissant fondue dans l'or et incrustée d'émaux bleus. Aussi belle et glorieuse que tous l'avaient imaginé.

La surprise venait de celui qui la tenait, une jeune femme... Non, même pas ... une adolescente. Sa beauté coupait le souffle. Ses cheveux étaient fins, coiffés en une natte qu'elle enroulait à l'arrière de la tête, tenue en place par un ruban bleu. Le visage était fin, ovale, la bouche petite, et les yeux immenses, couleur d'émeraude.

Sa petite silhouette s'enveloppait d'une robe bleue qu'elle portait par dessus des jupons blanc. Néanmoins, elle était bottée d'acier, ses mains - serrant Excalibur- disparaissaient sous d'épais gantelets. Un plastron orné de dessins bleus protégeait sa poitrine tandis qu'une étrange jupe de lames métalliques articulées naissait à sa ceinture pour descendre sur ses flancs.

Comment une jeune fille pouvait porter Excalibur ! Qui en aurait été digne ? Non, il fallait rejeter l'impossible et admettre la vérité aussi improbable soit-elle. Cette frêle adolescente était le vrai Roi Arthur... la légende mentait !

Un instant, les deux héros mythologiques parurent égaux...

Un instant seulement...

Quelque soit le courage et la volonté de la jeune fille, elle s'opposait à un pouvoir divin.

Le flot d'Enuma Elish sembla soudain s'enfler repoussant la lumière dorée jaillit d'Excalibur. Projetée en arrière, le Roi des Chevaliers rebondit sur plus d'une dizaine de mètres avant de s'effondrer, fumante, au bout d'un long sillon de terre retournée comme par un soc de charrue.

En dépit de la douleur et de son souffle haletant, la petite jeune fille se retourna vers son bourreau qui la regardait avec un sourire dérangeant.

Le monstre jouait.

Il dominait totalement le combat.

Il pouvait y mettre fin en un instant, mais il ne cherchait pas à tuer... il voulait dominer, casser, rabaisser, souiller... Il attendait que la femme en armure se prosterne, qu'elle rejoigne la collection de ses jouets.

Néanmoins, malgré la douleur, malgré la supériorité du monstre et l'humiliation de sa facile défaite, le Roi des Chevaliers lui rendit un regard de pure colère.

Lui n'avait jamais connu la défaite. Son arrogance était basée sur l'ennui de tout posséder. La certitude de l'immuabilité de cette règle.

La vie de la femme n'avait été qu'une longue suite d'épreuves, de chagrins, de batailles qui n'avaient rien résolu. Cependant, jamais le Chevalier n'avait cédé.

Péniblement, en s'appuyant sur sa grande épée, elle parvint à se mettre debout. Le regard rivé sur celui de son ennemi, sans faiblesse...

Les yeux rouges, méprisants, se durcirent tandis que toute expression de joie disparut. "On le défiait ? Lui ? Le ROI ?" Il pouvait tolérer un peu de résistance de la part de ses jouets. Mais même son jouet préféré devait connaître sa place... Si cette femme osait plus longtemps le défier du regard, il la tuerait !

Le Roi d'Or finissait toujours par casser ses jouets. Il se lassait si vite...

Alors qu'il brandissait son épée cylindrique, elle eut un mouvement de surprise puis leva une main hésitante, la tendant vers quelque chose qu'elle était seule à voir.

- Enuma Elish !

L'ouragan écarlate s'abattit sur le Roi des Chevaliers. Cette fois, il s'agissait d'un coup mortel, le jeu était terminé.

- Tu étais... mon fourreau, n'est-ce pas ?" Murmura la claire voix de petite blonde. "L'Utopie qui vit dans mes rêves. Son nom ? Avalon."

Il y eut alors comme la naissance d'une étoile sur le champ de bataille. Avalon, le fourreau d'Excalibur, venait d'apparaître, entourant son légitime possesseur d'un cocon d'énergie résistant à toutes les magies.

Le tourbillon de vent rouge se ruait... mais elle le repoussa d'un mouvement négligeant de son épée, le renvoyant vers le Roi d'Or qui hoqueta de douleur et surtout de surprise. Il était habitué à ce que son arme , l'Épée de la Séparation, surclasse toutes les autres armes. N'était-elle pas celle qui avait servi aux dieux sumériens à séparer la Terre du Ciel au commencement des temps ?

Ce qui se passait été impossible.

Abandonnant derrière elle son armure, qui se dissipa en particules argentées, le Roi des Chevaliers se rua en argent récupérant l'énergie économisée pour renforcer sa lame.

- Soi maudite ! Me résister pareillement ? !

Son ennemi appelait à nouveau à son pouvoir !

- Enuma...

Avant que le Roi d'Or n'ait pu terminer, elle frappa.

- Excalibur !

Rayonnante de lumière dorée, la lame du roi de Bretagne trancha l'armure dorée, la chair, faisant jaillir le sang... L'Épée Sacrée s'enfonça jusqu'à la hanche, manquant de peu de couper en deux le descendant des dieux de Sumer.

Bien que déjà mort, le Roi d'or restait debout. Son visage qui avait montré douleur et haine était à présent paisible, doux, souriant :

- Avalon, l'utopie dans laquelle le roi entrera après sa mort. Intouchable par les Cinq Magies... La protection ultime que rien ne peut percer... C'est ton véritable Noble Phantasm. C'est le pouvoir de la légendaire Épée Sainte, hein ?

Il tendit la main en un geste doux comme une caresse, redressant le visage baissé de la jeune femme pour pouvoir la regarder une dernière fois :

- Quelle femme abominable tu fais... Me défier jusqu'à la fin ? Mais je le permettrais. Certaines choses sont belles parce que personne ne peut les posséder. Alors, adieu, Roi des Chevaliers. Hé... je me suis pas mal amusé...

Alors qu'il prononçait ces mots, il commença à se déliter en particules dorées, devenant progressivement translucide. Bientôt, il se dissipa dans le vent...

Gilgamesh, roi d'Uruk, roi des Héros, le premier et le plus puissant d'entre eux avait cessé d'exister.


Artoria Pendragon servant de classe Saber était la personne réelle derrière la légende du Roi Arthur. Fille d'Uther Pendragon, roi de Bretagne, elle avait été élevée comme un homme avant de prendre la suite de son géniteur.

À l'exception de quelques détails relatifs à son sexe, le reste de son histoire était bien connu.

Toutefois, elle était morte sans réussir à sauver l'ile de Bretagne qui fut submergée par l'invasion des Saxons. Sur le champ de bataille de Camlann, devant la dépouille de son fils Mordred, Artoria pleura, implorant le Saint Graal de sauver la Bretagne.

Et le Saint Graal répondit...

Il lui offrit une place dans la Guerre du Graal de Fuyuki, un conflit qui revient (en moyenne) tous les soixante ans, opposant entre eux sept Magi appelés Masters, par l'intermédiaire de Servants, des hérostemporairement rappelés à la vie par le Graal. Ces derniers étaient invoqués dans des "contenants" magiques, disons des "moules" qui facilitaient leur appel. Ces sept formes étaient Saber, Lancer, Archer, Rider, Berserker, Caster et Assassin. On ne pouvait faire de nom plus explicite, Saber était le Servant maniant l'épée et ainsi de suite. Comme les identités des héros devaient rester secrètes, au cours de la Guerre du Graal, on ne les appelait que par leur nom de classe. Ces Servants devraient s'affronter jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Le Servant victorieux et son Master recevraient alors chacun un vœu, offert par le Saint Graal.

Appelée en tant que Saber au cours des Quatrième et Cinquième Guerres, Artoria avait donc été réduite aux seuls pouvoirs de son épée Excalibur, ne pouvant pas se servir de sa lance Rhongomyniad, ce qui la limitait quelque peu. Invoquée une première fois par Emiya Kiritsugu, un mage-assassin détestable et dénué de toute loyauté... elle le fut ensuite par son fils adoptif, Emiya Shiro.

Ce dernier avait commencé par... lui faire perdre son calme.

D'habitude, l'image même de la maîtrise de soi, Saber se retrouva avec un Master inexpérimenté. La chose était tolérable, on ne peut demander à personne non-préparée à une épreuve d'y exceller. Cependant Shiro était... désireux de la protéger elle ! Pour cela, il lui mentait, et échappait à sa surveillance pour essayer à lui tout seul de remporter la guerre !

La première réaction du chevalier avait été la colère. Saber se sentait rabaissée par un tel traitement.

Toutefois... progressivement, elle avait découvert un jeune homme comme il n'en existait aucun autre. Fidèle, aimant, courageux, bon, dévoué...

Pour la première fois de son existence, quelqu'un avait cherché à combattre pour elle, comme si elle était une damoiselle en détresse et que son Master était un preux chevalier. C'était ridicule, car Saber était bien meilleure combattante que ne le deviendrait jamais Shiro. Néanmoins, elle comprit cela comme une touchante attention... une ridicule attention... mais touchante.

Saber s'était... attachée.

Un Master fournissait l'énergie magique - le prana- qui permettait à un Héros de s'incarner en tant que Servant. Comme Shiro n'était pas un vrai Magus, un authentique pratiquant du Magecraft, juste un adolescent avec quelques maigres talents, Saber s'était retrouvée très affaiblie avec lui comme partenaire.

Pourtant, ensemble, ils avaient remporté des combats contre de puissants adversaire : Rider (la légendaire Médusa), Berserker (le héros grec Héraclès) et finalement... Gilgamesh, l'Archer de la précédente Guerre du Graal, ayant réussis à se maintenir en vie depuis cette époque.

D'une manière étrange, qui n'avait rien à voir avec le lien normal entre un Master et un Servant, Shiro lui avait donné de la force.

En seulement douze jours, Artoria avait découvert des sentiments que ni le Roi Arthur sur son trône, ni le Servant Saber n'avaient jamais expérimenté. Le monarque à la tête des armées avait été respecté. Le familier invoqué par un mage s'était mêlé à la vie ordinaire. Cependant, pour la première, fois elle s'était sentie vraiment aimée et avait aimé en retour. Avec sa gentillesse spontanée, son manque de réflexion catastrophique, son désir suicidaire d'aider, Shiro était la personne la plus réelle qu'elle ait jamais rencontrée.

Saber était tombée amoureuse.

Quelque part, c'était l'homme qu'elle avait toujours attendu sans avoir seulement eu conscience de l'attendre.

Il s'agissait là d'un étrange tour du destin.

Après tout, avant de le lui rendre, Shirou avait longtemps porté en lui Avalon, le fourreau d'Excalibur, sa plus puissante arme. Le Noble Phantasm qui était la matérialisation de sa légende. Il s'agissait d'un objet créé par les fées qui soignait les blessures de son porteur et le protégeait de toute attaque magique lorsque l'on invoquait son nom.

Volé par Mordred avant la bataille de Camlann, retrouvé par Kiritsugu Emiya, ce dernier l'avait ensuite dissimulé à l'intérieur de son fils adoptif pour le sauver d'une blessure que Shiro reçue lors de l'ultime bataille de la précédente Guerre du Graal... déjà, à l'époque, un combat entre Gilgamesh et elle.

Un Noble Phantasm n'était pas destiné à rester dans le corps d'un humain ordinaire. Par exemple, Avalon incarnait l'utopie arthurienne, chevaleresque et désintéressée. Cela avait changé Shiro. Sa nature... tordue... son désir de placer les autres avant lui, de les protéger au risque de sa vie, son altruisme exagéré, en étaient le résultat.

En fait, Saber avait (très ironiquement) créé l'homme qui incarnait ses idéaux... sous une forme outrée, il est vrai. Shiro avait commencé par l'exaspérer, rendu furieuse avant que, finalement, elle se décide à tomber amoureuse.


Contournant le bâtiment central du temple, Saber découvrit le lac. Au-dessus, une brèche scintillait... un trou noir circulaire, entouré d'un anneau de lumière rouge qui éclairait la nuit. Par cette déchirure s'écoulait une boue ténébreuse et répugnante... matérialisation de tous les pêchés de l'humanité.

Au cours de la Guerre, Saber et Shiro avaient découverts que le Saint Graal était corrompu par une présence que le Master de Gilgamesh, le prêtre Kotomine Kirei, appelait Angra Mainyu... antique divinité dont le nom voulait dire "Tout le Mal du Monde".

Il voulait se servir du Graal comme incubateur pour revenir à la vie et provoquer l'apocalypse.

S'approchant, Saber sourit à son Master.

Le jeune homme aux cheveux roux et aux yeux d'ambre était vêtu d'un sweat shirt déchiré et brûlé et de jeans en aussi mauvais état. Pourtant, il n'était pas vraiment blessé. Lui aussi avait gagné son combat. Il se tenait debout près du cadavre flottant de Kirei.

- Saber, vite !

Du doigt, il montrait le corps suspendu entre terre et ciel d'Ilyasviel von Einzbern. Le Master de Berserker avait vécu avec eux chez Shiro depuis la mort de son Servant. Mais la veille, Kirei avait fait irruption chez eux, blessant leur amie Tohsaka Rin pour enlever Illya. Elle avait été offerte en sacrifice à Angra Mainyu. Comme il ne restait plus qu'un seul Servant, les conditions de la victoire de la Guerre avaient été remplies.

L'apparition du Graal était donc imminente. Et avec lui arriverait Angra Mainyu. Quelque vœu qu'on lui annonce, le Graal l'interprétait de manière à ramener "Tout le Mal du Monde" à la vie.

- Que se passe-t-il.

Shiro s'affolait. Ses mains heurtèrent l'air, rougeoyant, qui le séparait d'Illya. Un frémissement parcouru une sphère d'énergie entourant la petite fille, la rendant brièvement visible.

- Elle est entourée d'un Boundary Field. Si on ne brise pas la barrière, elle va continuer à alimenter le Graal... et va mourir !

Saber blêmit et se pressa levant Excalibur. Cependant, le premier rayon de lumière du soleil jaillit et... la clarté soudaine éblouit les deux jeunes gens.


- Bonjour, Onichan.

Emiya Shiro cligna des yeux, surpris de se retrouver dans le majestueux château des Einsberns. Puis il fit face à la petite fille aux yeux rouges et aux cheveux blancs. Souriante et adorable, elle portait une jupe blanche et un haut violet.

- Illya ?

Le jeune japonais se sentit tiré en arrière et retomba deux pas plus loin. Il leva les yeux pour voir Saber, Excalibur en main. Elle avait l'air mortellement sérieux.

- Mais que...

- Shiro, quel est ton dernier souvenir ?

Il fronça les sourcils.

- Oh... Ryuudou... le combat contre Kirei et... mais...

- Ce n'est pas Illya !

Shiro fixa la petite fille aux faux airs d'albinos. Penchée sur le côté, elle continuait à sourire. Néanmoins, il prit conscience de la présence d'une flaque de boue noire à ses pieds et d'éclaboussures au bas de sa robe. La même boue qui sourdait de l'ouverture conduisant à l'intérieur du Graal...

Saber hésitait malgré elle. Son instinct lui hurlait qu'elle se trouvait devant un être monstrueux mais... il lui était difficile d'attaquer de sang-froid une adorable gamine qui ne faisait aucun geste agressif.

Comme Saber croissait le regard de la pseudo-Illya cette dernière changea d'expression et - un instant- le chevalier frissonna.

- En fait, je suis et je ne suis pas Illyasviel von Einzbern. Je possède le pouvoir de me glisser dans la "coquille" d'un autre. Donc, je suis Illya et je suis... appelez-moi Avenger ou Angra, comme vous voulez.

- Angra Mainyu ? ! Tout le Mal du Monde ? !

Le sourire d'Illya s'accentua :

- Alors, oui et non. Pour raconter rapidement mon histoire, j'ai été invoqué au cours de la Troisième du Graal en tant qu'Avenger.

Saber et Shiro s'entre-regardèrent :

- Il n'y a pas de classe Avenger !

- Non... je suis le seul (1). Parce que les Einzbern ont triché pour m'invoquer. " Oh, nous sommes certains de gagner si nous invoquons le Diable lui-même". Sauf qu'ils ont obtenu... Angra Mainyu. J'étais un adolescent ordinaire jusqu'au jour où une bande de fanatiques religieux eurent l'idée de me charger de tous les pêchés du monde. Pensez donc... comme ça les autres n'en recevraient plus et tout le monde pourrait vivre dans le paradis revenu sur Terre. Ben non, ça ne marche pas comme ça. J'ai mijoté pendant quelques milliers d'années dans tous les crimes de l'humanité. Cela ne fait pas de moi un saint, mais pas non plus le Diable. Je suis le plus faible de tous les Servants à n'avoir jamais été invoqué dans une Guerre du Graal. Voilà le danger innommable contre lequel on vous a mis en garde !

Saber baissa légèrement sa lame :

- Et que voulez-vous ?

- Sortir. Je suis coincé à l'intérieur du Graal depuis que j'ai été tué au cours de la troisième Guerre, il y a soixante-dix ans. Vous n'avez pas idée... c'est horrible d'être ici.

Une nouvelle fois, Master et Servant échangèrent des coups d'œil. Cette fois, ce fut Shiro qui prit la parole avec un peu de méfiance dans la voix :

- Et que faut-il pour que vous sortiez ?

- Faire un voeu et vous en avez droit à un chacun.

Excalibur se braqua derechef sur la gorge d'Angra :

- Qu'est-ce qui nous prouve que vous ne cherchez pas à nous piéger ?

- Vous pouvez faire n'importe quel voeu. Je suis contraint par les règles de la Guerre du Graal d'obtempérer. Si vous me demandez un banana-split, je serais obligé de vous donnez un banana-split. Je ne peux piéger personne si la demande n'a pas deux interprétations. De toute manière, il faut que vous le fassiez... si vous ne le faites pas pour moi et bien faites-le pour vous ou pour le reste de l'humanité.

- Comment ça ?

- Et bien d'abord, vous êtes dans le Graal. Et à l'intérieur... je suis le Big Boss. Donc vous ne pouvez rien faire contre moi, et surtout pas partir. Et je vous laisserais partir en échange de quoi ? Un vœu ! Maintenant, est-ce que vous croyiez que le Graal fonctionne encore comme ses créateurs le voulaient ?

- Que voulez-vous dire, demanda Shiro.

- Et bien, les quatre précédentes Guerres n'ont pas eu de vainqueur. Vous savez pourquoi il n'y a eu que dix ans entre celle-ci et celle d'avant ? Le Graal ressemble à une cocotte minute qui bouillonne. Il n'a jamais été conçu pour contenir quatre fois l'énergie nécessaire à son utilisation normale. Maintenant rajoutez ma présence ou celle de Gilgamesh, nous sommes de sacrées anomalies. En d'autres termes, le Graal est instable et surchargé. Il va finir par faire "boum", sauf si on le vide de son énergie et comment ?

Shiro soupira :

- En faisant un voeu ?

Prenant une des mimiques les plus adorables d'Illya, Avenger sautilla sur place de contentement :

- Gagné. Mais il faut faire un voeu suffisamment assez grand pour que le Graal se vide de toute son énergie.

Saber se trouvait en proie à des doutes et aussi une tension soudaine. Alors même qu'elle avait renoncé à sauver la Bretagne de peur de provoquer une catastrophe, voilà qu'Angra Mainyu lui affirmait qu'elle n'avait rien à craindre. Mais pouvait-elle se fier à lui ?

- Est-ce que je pourrais en apprendre plus sur les voeux. Il y a des limites ?

Angra acquiesça avec l'air charmant d'Illya en train de faire la leçon :

- Oui, bien sûr. Du point de vue humain, le Graal est immensément puissant. Il peut ramener les morts à la vie, manipuler le temps, permettre d'atteindre d'autres mondes, créer n'importe quoi. Néanmoins, il a les limites de tout ce qui a été créé par les hommes... et la Graal de Fuyuki n'est rien d'autre qu'une construction de Magi humains. Ainsi, le Graal n'est pas en mesure de créer quelque chose que les hommes ne sont pas en mesure d'imaginer. Des entités plus puissantes, comme Gaïa (la volonté du monde) ou Alaya (la volonté de l'humanité) lui interdiraient aussi certaines actions. Et je pense savoir ce que vous voudriez demander... Vous ne pouvez pas faire un paradoxe temporel. Parce que c'est exactement le genre de chose qui déclenche l'arrivée de la Contre-force d'Alaya. En théorie, je peux renvoyer votre esprit dans votre enveloppe corporelle... par exemple le jour où vous avez tiré l'Épée dans la Pierre. Sauf que dès que vous commenceriez à changer le court de l'histoire, les Chiens d'Alaya apparaitraient pour lui rendre son déroulement normal.

Une expression douloureuse passa sur le visage de Saber :

- Tu as raison Shiro, je ne peux rien changer au passé... peut-être étais-je destiné à échouer.

Tandis que le jeune japonais serait son amie sans mot dire, Angra haussa les épaules :

- Mais vous pouvez encore utiliser votre vœu pour avoir un avenir. Si vous ne pouvez plus sauver la Bretagne, vous pouvez sauver un autre pays. Quant à vous, Shiro, vous pouvez sauver les personnes mortes récemment. Votre ami Matou Shinji, par exemple, parce que cela ne changerait pas le cours de l'histoire.

La méfiance de Saber était revenue. En dépit, des explications et des conseils judicieux, Angra Mainyu manquait de subtilité en poussant les deux vainqueurs à faire un vœu lourd en conséquence. Il était évident qu'il ne se contenterait pas de réaliser quelque chose d'anodin. Comme elle en faisait la remarque à voix basse, penchée sur Shiro, Avenger répondit :

- Vous avez oublié ce que j'ai dit à propos du Graal surchargé par le prana de tous les Servants tué pendant les cinq guerres du Graal. Seul deux énormes demandes pourront libérer assez d'énergie. Ne vous inquiétez pas des mots que vous utiliserez pour la formulation. Le Graal écoute l'intention.

Les deux jeunes gens hésitaient encore. Mais ils avaient compris qu'ils ne sortiraient jamais du Graal sans faire formuler un souhait. Et le laissé saturé de prana et instable pourrait être aussi dangereux que de demander n'importe quoi.

Saber s'appuya sur son épée.

- D'accord. Je veux une nouvelle chance. Une nouvelle vie près de Shiro, une occasion de sauver un pays conforme aux valeurs de chevalerie que j'ai défendue.

Angra Mainyu se tourna vers le Japonais :

- Et le souhait du Master ?

- Je veux une nouvelle vie pour les victimes de la Guerre du Graal, que je puisse protéger ceux que je n'ai pu sauver.

Angra fixa le duo formé par le Master et le Servant puis éclata d'un fou rire grinçant. Le son était si désagréable et maléfique qu'ils comprirent immédiatement qu'ils avaient été joués. Toujours sous les traits d'Illya, le monstre les dévisagea alors que les lieux perdaient leur ressemblance avec le château Eizbern et que les murs coulaient sous forme de boue noire :

- Shiro, tu as oublié ce que t'as dis Kirei lors de votre première rencontre. Souhaiter être un super-héros, c'est souhaiter qu'il y ait quelqu'un en danger. Alors réjouis-toi Emiya Shiro, réjouis-toi Artoria Pendragon car votre prochaine vie fera de vous le seul rempart entre un monde entier peuplé d'innocents et le sort horrible que vous avez attiré sur eux.

Le monstre rit à nouveau et la scène éclata en un milliard de fragments.


(1) Il est le premier et n'a pas encore rencontré les autres.