Le jaque est le nom donné à plusieurs types d'armure. Il couvre le torse et les bras descendant jusqu'au dessus du genou. Certains sont faits de mailles et ne sont alors que des hauberts. Le jaque de tissu est une armure faite de plusieurs couches de tissu épais.
Le gambison est une armure d'épaisse étoffe rembourrée de filasse ou de coton piqué.
Le hoqueton est le nom du vêtement orné d'armoiries que les hommes d'armes portent par-dessus leur armure. Il fait partie de la livrée (l'équivalent de l'uniforme médiéval). Toutefois, certains gens de pieds n'ont pas d'autre armure que l'hoqueton qui doit alors certainement être fait de plusieurs couches de tissu épais.
Au moyen-âge, un même nom peut désigner plusieurs armures différentes... ou l'inverse, une même armure peut être désigné par plusieurs noms, d'où un certain flou artistique dans les désignations.
Le siège
(Première partie)
30 Mi-l'an 3E 417
Le fleuve Bjoulsae s'écoulait vers le sud, calme et puissant, pourtant si difficile à dominer, et parfois mortel. Là où il rejoignait la côte, les hommes s'étaient rassemblés en leurs premières sociétés, élevant la ville de Refuge, parfois aussi appelée Haltevoie.
Le capitaine Hauteclaire, commandant des soldats qui s'entassaient sur le pont de la caraque, regardait en direction de Refuge. Il montra les régiments d'orques qui tournoyaient autour des remparts, ainsi que les vouivres qui volaient hauts au-dessus des toits. Il interpela Artoria Pendragon :
- Les rejetons des porcs commencent à invertir la ville, pourtant je doute que le siège soit déjà complet. Quant aux vouivres, elles se contentent d'effrayer la population. Les soldats sur les quais sont des Brétons et les bannières qui flottent sur les tours sont celles de la Ménévie.
Alors que les navires se rapprochaient de la rive, la nature des rubans de fumées qui entouraient Refuge se précisa. Les foyers ne se trouvaient pas entre ses murs, mais bien à l'extérieur. Les villages et les fermes construits au milieu des champs avaient été incendiés par les envahisseurs. De même, les faubourgs au nord de la ville brûlaient.
Dès que les navires touchèrent les quais, la folie sembla s'emparer des lieux. Une cohue de civils se précipita en hurlant, cherchant à grimper à bord. Des hommes appelaient. Des femmes en pleurs levaient au-dessus de leur tête des enfants terrorisés.
Le capitaine Hauteclaire jeta des ordres pour qu'un cordon de sécurité se déploie et empêche la foule de prendre d'assaut ses navires :
- Mais pourquoi règne-t-il une telle panique ? S'enquit Artoria.
L'officier voulut répondre, cependant une ombre gigantesque cacha le soleil. L'écuyère se tourna vers le ciel, suivant des yeux une vouivre qui s'éloignait. D'autres se rassemblèrent et plongèrent sur le port. Les gobelins montés sur leurs dos décochèrent des flèches au hasard, dispersant la foule au milieu de grands cris. Sur les toits des entrepôts, des arbalétriers ripostèrent comme ils le pouvaient. Cependant, les cousins des dragons se dispersaient déjà. En repartant, un des monstres ailés referma ses serres sur un soldat horrifié, l'emportant dans les airs d'un coup d'aile.
Artoria Pendragon ne réagit que par un rétrécissement de ses magnifiques yeux verts, ne montrant guère la colère qui bouillonnait en elle. Pourtant son impuissance l'ulcérait. À ses côtés, le capitaine Hauteclaire distribuait déjà ses ordres. Il fallait décharger le grain chargé à bord des navires, ainsi que les hommes pour qu'ils renforcent la garnison. Une fois ceci fait, les navires pourraient se charger d'un maximum de femmes, d'enfants et de vieillards pour les évacuer jusqu'à l'île de Balfiera.
Sans attendre que les soldats mettent en place la rampe d'accès, Artoria sauta à terre et courut jusqu'à la plus proche poterne. Les gardes, occupés à calmer les civils, ou les yeux tournés vers le ciel ne l'empêchèrent pas d'entrer. Malheureusement, la ville était plongée dans un véritable chaos et elle dut se faufiler parmi la foule qui tournait en rond. Artoria atteignit ainsi une place où des soldats debout sur un chariot de l'armée jetaient aux hommes des armes variées... Le roi Eadwyre en était réduit à cette extrémité ? Recruter tous les volontaires ? Fallait-il qu'il craigne la défaite.
N'ayant plus qu'une lance prise à un gobelin en guise d'arme, Artoria se pressa parmi ceux qui cherchaient à obtenir de quoi se défendre et récupéra un écu en forme de larme portant les trois roses de la Ménévie, ainsi qu'une épée large dans son fourreau.
Bien qu'armée, la jeune fille était à présent encore plus inquiète. Comme tous les fuyards qui courraient d'un abri à l'autre, elle jetait par instant des coups d'œil furtifs vers le ciel et... une vouivre poussa un cri strident, un arbalétrier l'avait touché. Grièvement blessé, le serpent ailé tomba droit sur elle !
Artoria se jeta en avant, boula puis s'immobilisa en heurtant une porte. Derrière elle un grand choc précéda une pluie de planches et de tuiles brisées. Bien que légèrement contusionné, l'apprentie chevalier se releva prestement. Elle se retourna pour découvrir une maison effondrée. De ses débris émergea la vouivre blessée. Bien qu'une de ses ailes soit cassée et que le sang macule son poitrail, le monstre était encore combattif. Fixant l'écuyère qui venait de dégainer son épée, il se jeta en avant.
Prana Burst ! La lame tourbillonna entre les mains de l'adolescente, traçant des sillons sanglants sur les écailles du cousin du dragon. La puissance qu'elle tirait de son cœur rendait Artoria plus rapide et agile que la plupart des hommes. Elle esquiva deux attaques coup sur coup sauf qu'à la troisième... un coup d'aile la projeta en arrière. Elle avait paré de justesse de son bouclier. Cependant, la vouivre était si puissante que son corps entier encaissa. Chancelante, la jeune femme sentit le goût cuivré du sang dans sa bouche.
Son adversaire présentait un aspect pitoyable. Ses écailles poissées d'écarlate, il agonisait. La bête ailée ne pouvait plus que mordre dans le vide, se traînant au sol à la recherche de la chevalière. Artoria frappa deux fois la tête pour pousser le monstre à reculer puis sa lame pénétra profondément dans le cœur du cousin du dragon. Après un dernier cri, la bête s'effondra comme une masse.
L'apprentie chevalier vérifia qu'elle n'avait pas de blessure grave. Grâce à ses capacités naturelles de guérison, les égratignures reçues se refermeraient d'elles-mêmes. Essuyant sa lame, elle la rengaina et voulut repartir en direction du palais. Les hommes qui avaient assisté au combat la laissèrent passer, stupéfaits de la vaillance que venaient de démontrer cette jolie adolescente blonde, vêtue d'une cotte bleue salie portée sur une chemise défraîchie.
Des soldats en jaque ou en gambison argentés, ornés des armories de Ménévie, s'avancèrent vers elle. Ils avaient des coiffures de tête variées, le plus souvent des Chapel-de-fer ou des salades, voire de simple cervelière. Il s'agissait de franc-archers (1) armés d'arbalètes, de dagues perce-mailles et de grands pavois qu'ils portaient dans le dos, une milice de bourgeois de la cité. Leur chef, l'interpella :
- Merci d'avoir achevé ce monstre. Pouvons-nous vous aider ? Vous semblez... Perdue !
Son regard s'appesantit sur sa robe. Cinq jours à dormir dans les bois... et surtout le sang de l'ogre tué lors de la bataille de la Bjoulsae en avait fait une ruine.
- Je suis Artoria Pendragon, écuyère venue du château de Tournelle. Pourriez-vous m'escorter jusqu'au palais ? Je dois parler au roi. J'ai des messages pour lui, dont un de son fils, le prince Pélage.
Bien qu'elle soit aussi sale qu'une mendiante, l'autorité naturelle du Roi des Chevaliers restait intacte. Le jeune officier s'inclina :
- Bien sûr, damoiselle Pendragon.
Refuge, la Ville aux Murailles de Marbre Blanc était l'une des plus glorieuse cité de l'ouest de Tamriel. Sa beauté était remarquable et son passé en faisait le lustre.
Ses magnifiques murailles n'étaient certes pas de marbre blanc contrairement à ce que son surnom pouvait le faire croire, mais leur blancheur impressionnait les arrivants. De plus, elles se trouvaient jalonnées de hautes tours aux toits en poivrière. Le cours du fleuve Bjoulsae baignait le pied des murs, renforçant l'obstacle qu'ils représentaient dans son périmètre est.
La ville enserrée par les fortifications se trouvait divisée en six quartiers : résidentiel, temple, marché, banque, palais, mage et port. Le commerce florissant permettait aux négociants de la ville de se construire de grandes demeures et les mendiants étaient rares.
Les monuments remarquables de Refuge incluaient la guilde des mages, une grande demeure à deux étages aux toits d'ardoise. À côté se trouvait le Chironasium, un atelier d'enchantement. La cathédrale des Divins avec son haut clocher pouvait être vue en tout point de la ville. Quant au château du roi, il s'agissait d'un grand manoir entouré par ses propres murailles.
La présence des franc-archers permit à Artoria de franchir les portes du palais. Cependant, ceux-ci ne purent la conduire plus loin. Elle continua donc seule.
Les lieux étaient plongés en plein chaos. Des gardes crapahutaient sur les toits, sans respect pour les tuiles rouges. Arcs en mains, ils tiraient des flèches sur les vouivres qui tournoyaient dans le ciel.
Au sol, des courriers arrivaient à cheval et au galop, évitant les serviteurs, qui semblaient courir sans raison, d'un bâtiment à l'autre. L'entrée du manoir avait été transformée en camp retranché. Plus d'une centaine de soldats se tenaient au pied des escaliers, prêts à repousser un coup de force sur la personne royale. Les portes restaient cependant grandes ouvertes, et des messagers entraient ou sortaient à chaque instant.
Artoria se dirigea vers l'issue mais un robuste sergent accompagné de deux hommes d'arme s'interposa. Il s'agissait de gardes de Refuge, portant des hoquetons verts et des capes de même couleur doublée de fourrure, comme le bord de leur casque rond. La main sur le pommeau de leurs épées, ils l'écoutèrent avant d'appeler Gayal, le capitaine de la garnison du palais. Elle dut répéter son histoire à ce dernier.
Le jeune officier avait les larmes aux yeux lorsqu'elle termina :
- Suivez-moi, il faut avertir le roi.
À sa suite, Artoria parcourut les salons et les somptueux corridors du palais royal. Là, tout n'était que splendeur et magnificence. Enfin, ils arrivèrent devant une porte gardée par deux chevaliers portant les armures de l'ordre de la Rose.
- Attendez ici !
La salle du trône était une grande pièce très haute dont les murs étaient bordés de colonnades. Sous une immense bannière alternant les fleurs de lys et les trois roses de Ménévie, une volée de marche conduisait à un damier où l'on voyait deux trônes.
Celui de gauche était occupé par Eadwyre, beau vieillard aux cheveux et à la broussailleuse barbe blanche, le front ceint d'une couronne d'or. Son épouse, la reine elfe noire Barenzia, portait une tiare formant deux ailes de part et d'autre de son visage. Le diadème, lui aussi en or était incrusté de plusieurs rubis d'une immense valeur.
Le capitaine Gayal, portant une version mieux coupé de l'uniforme vert de la Garde de Refuge s'avança jusqu'au pied des marches conduisant au trône. Le vieux roi l'aperçu et lui ordonna de relever la tête :
- Votre Majesté, je suis au regret d'être porteur de mauvaises nouvelles. Une jeune femme vient de se présenter. Elle rapporte que le prince Pélage a trouvé la mort en défendant le pont de la Bjoulsae il y a cinq jours de cela. Elle rapporte également que le château de Tournelle a été pris et détruit. Le comte de La Roche serait au nombre des morts.
Le vieux roi pencha la tête, anéanti par la nouvelle. Sa belle épouse à la peau d'un gris sombre, aux oreilles pointues et aux yeux rouges si typiques des Dunmer lui prit la main et la pressa. En dépit de leurs différences, leur lutte contre Jagarn Tharn, l'usurpateur du trône impérial les avait rapproché et avait fait naître l'amour entre eux. Pélage étant le fils de Carolyna, la première épouse d'Eadwyre, Barenzia était donc bien moins affectée que son mari. Une fois encore, elle fut la force du roi :
- Comment s'appelle cette messagère ?
- Artoria Pendragon, Votre Majesté. Elle dit être une écuyère en apprentissage au château de Tournelle et la seule survivante du massacre de ses habitants.
- Écuyère ?
La reine elfe noire fronça les sourcils :
- Quel âge a-t-elle ?
- Je... je ne sais pas, Votre Majesté... moins de seize ans, en tout cas.
- Et elle a traversé les lignes ennemies, jusqu'à Refuge ?
La question était purement rhétorique et Gayal se contenta d'acquiescer.
- Vous la croyez ?
- Oui, Votre Majesté. Lorsqu'elle parle on l'écoute, sa personnalité semble étrangère au mensonge. Et puis, pour tout dire, avec ses vêtements en loque, elle pourrait avoir traversé Oblivion en rampant !
- Très bien, conduisez-la à une salle de bain et trouvez-lui des vêtements à sa taille. Dites-lui qu'elle sera convoquée lorsqu'elle aura mangé et sera présentable.
Barenzia se tourna vers son époux. Cela donnerait aussi à son mari le temps de surmonter le choc de ces catastrophiques nouvelles.
Un bain!
Ce n'était que de l'eau chaude et du savon !
Certes !
Mais en dernière analyse, il s'agissait surtout du luxe ultime qui arrachait l'être civilisé à la fange de la sauvagerie. Pour un peu, Saber aurait oublié son contrôle habituel pour afficher un sourire béat indigne d'elle. Comme une servante lui versait de l'eau chaude pour rincer ses cheveux, elle s'ébroua.
Se redressant dans la large bassine de bois intérieurement recouverte de tissu (pour éviter les échardes) elle s'enroula dans la serviette merveilleuse moelleuse qu'on lui tendait. Une fois séchée, Saber s'habilla avec l'aide des jeunes filles qui l'avaient prise en charge.
Les vêtements qu'on lui avait préparés n'étaient pas ceux d'une paysanne. Sur une chemise - un sous-vêtement semblable à une chemise de nuit- et une cotte lacée de tissu gris, elle revêtit une robe bleue dont les manches amovibles étaient en brocard blanc brodé de fleurs rouges.
Une fois ses cheveux réunis en une tresse enroulée à l'arrière de sa tête, Artoria se sentit parfaitement prête pour son prochain affrontement... En effet, elle ne voyait pas autrement sa convocation auprès du roi. Un combat où sa langue serait son épée.
Une nouvelle fois, à présent guidée par un serviteur, Saber traversa les longs couloirs du manoir. Partout des meubles de prix, des panoplies d'armes, des tapisseries et des tableaux captaient le regard. De loin en loin, des hallebardiers gardaient des portes ou des intersections. En tant normal, la majesté des lieux était certaine. Hélas, la présence de messagers courant sur les tapis rouges ou d'officiers en armures bosselés, souillés par la crasse des combats rappelaient la situation précaire de Refuge.
Enfin, ils parvinrent aux hautes portes de la salle du trône. Le chambellan entra devant elle et frappa le sol de sa hallebarde de cérémonie :
- Artoria Pendragon de Tournelle.
Le dignitaire semblait presque gêné de n'avoir aucun titre à rajouter. On ne pouvait pas dire qu'il soit courant que des individus de basse extraction soient amenés en présence du roi Eadwyre de Ménévie.
Dans la salle du trône, chevaliers encore salis par les combats, chefs mercenaires aux brillants atours, conseillers chenus et courtisans parfumés se disputaient autour d'un plan de la ville où des pions figuraient soldats et cavaliers. La plupart d'entre eux ne levèrent pas les yeux, pressés d'appuyer leur point de vue. Seuls quelques curieux tournèrent le regard vers l'entrée... et oublièrent de respirer.
D'un pas élégant, le port de tête bien droit, les yeux fixés devant elle, la plus belle jeune fille qu'ils n'avaient jamais vue marchait sur l'épais tapis qui conduisait aux pieds de l'estrade royale. Avec ses cheveux comme poudré d'or, sa silhouette délicate et gracieuse, sa peau pâle, elle était vraiment d'une beauté époustouflante.
Là où ils attendaient une "paysanne" se présentait la noblesse incarnée. Il n'y avait aucune trace de timidité dans sa manière de fouler le sol de la salle du trône.
Intrigués par ceux qui avaient soudain quitté la conversation animée autour de la table des cartes, d'autres levèrent les yeux et se trouvèrent magnétisés à leur tour. La conversation s'éteignit, remplacé par des chuchotements surpris.
Tel était l'effet de la compétence Charisme au rang B.
Le roi Eadwyre et la reine Barenzia n'étaient pas les moins surpris. En attendant la jeune fille, ils s'étaient renseignés sur elle. Certes, le capitaine Gayal avait dit qu'elle était belle et d'une grande dignité naturelle. Seulement, il s'agissait encore d'un jeune homme forcément touché par le romantisme suscité par l'arrivée d'une jeune héroïne en ces heures noires. Face à la pure jeune fille qui s'avançait vers eux, le couple royal eut quelques peines à l'imaginer en train de terrasser une vouivre. Ainsi que l'avaient rapporté les Franc-archers qui l'avaient conduite au palais.
Arrivée aux pieds des marches, Saber surprit toutes les personnes présentes en mettant un genou à terre une main sur le cœur... comme un chevalier ! Alors qu'elle aurait du faire la révérence... comme le lui avait pourtant montré le Chambellan.
- Votre Majesté, moi, Artoria Pendragon écuyer au château de Tournelle, réponds à votre convocation. Quels sont vos ordres ô Eadwyre, mon souverain ?
La voix douce comme la soie mais ferme comme l'acier résonna clairement dans toute la salle.
En dépit de sa tristesse, le roi eut un sourire :
- Damoiselle Pendragon, votre seigneur vous remercie de votre loyauté. Nous désirons savoir comment vous avez rencontré mon noble fils et s'il est vrai qu'il soit... mort.
Artoria s'inclina. Pour la troisième fois depuis son arrivée au palais, elle raconta son épopée, la destruction de Tournelle, la rencontre avec Rin Tohsaka - elle montra la lettre que la Magus devait apporter au comte de La Roche. Enfin Saber en vient à ce qu'elle avait vu de la bataille de la Bjoulsae.
- Votre Majesté, j'ai été impuissante à sauver le prince Pélage. Je ne puis faire amende pour mon mien échec, et vous prie de m'en tenir pour responsable.
La reine Barenzia leva une main :
- Non, damoiselle Pendragon. Mon mari ne saurait vous tenir rigueur de ne pas avoir sauvé Son Altesse Princière là où une armée y a échoué avant vous. Relevez la tête, il ne saurait être question de vous punir, nous tenons plutôt à vous récompenser pour les risques que vous avez pris en venant nous informer du trépas du noble fils de notre royal époux.
Il y eut un silence et Barenzia dut répéter à Artoria de relever la tête pour qu'elle s'exécute enfin. Eadwyre intervint alors :
- Le prince Pélage vous a-t-il confié quelques dernières paroles à nous communiquer ?
- Assurément, Votre Majesté. Il m'a demandé de vous rapporter sa défaite et...
L'adolescente ne put totalement dissimuler les violentes émotions qui la traversèrent. Comme un écho, elle entendit la voix de Shiro, en colère, alors qu'il reprochait aux Chevaliers de la Table Ronde de n'avoir jamais osé la contredire : " Le rôle d'un sujet n'est-il pas aussi de dire à son roi qu'il se trompe ?! N'est pas aussi une expression de sa loyauté que de lui éviter les erreurs qui pourraient condamner son royaume ?" La situation se trouvait inversée. À présent, c'était à elle de parler mais la vérité se nouait dans sa gorge. Saber comprenait soudain pourquoi ses chevaliers étaient resté silencieux... jusqu'à la révolte. " Oh, Mordred, Lancelot, Tristan, pardon !" murmura-t-elle en elle-même.
La voix douce de Barenzia coupa sur ses tourments :
- Damoiselle Pendragon, s'il y a quelques dures paroles que vous ayez à nous transmettre, croyez bien que nous ne confondrons pas le messager et la teneur du message.
- Madame, je vous remercie pour ces gentilles paroles, mais il ne s'agit pas de cela.
Saber soupira et se tourna vers Eadwyre :
- Votre Majesté, les derniers mots de votre fils ont simplement été de vous conseiller de vous enfermer derrière les murailles de Refuge et en accepter le siège. Néanmoins... je vous conjure de ne point suivre ce conseil, mon roi !
La véhémence de la jeune fille surprit le vieux monarque, mais Artoria continuait :
- Sans doute est-ce que mes paroles dépassent de loin ma condition, et je suis prête à en répondre de la manière dont le voudra Votre Majesté. Toutefois, je ne parle pas par manque de respect, mais dans le seul désir de remplir mon devoir de sujet du roi de Ménévie. Si vous abandonnez la campagne à l'ennemi, vous ne vous retrancherez derrière les murailles de Refuge que pour y mourir !
Bien que les courtisans murmurent entre eux, parfois d'un ton colérique, Eadwyre semblait plus surpris qu'autre chose :
- Pourquoi cela ? Pourquoi se réfugier derrière les murs de Refuge conduirait à notre chute ?
- Sire, un siège est un conflit d'attrition. Le gagne celui qui peut assurer le mieux son ravitaillement et le renouvellement de ses forces. Si nous abandonnons la campagne à l'ennemi, il sera libre d'y puiser des vivres à volonté. Inversement, en gardant des forces hors des murs, nous pouvons tendre des embuscades à ses convois et à ses fourrageurs, l'affamer, l'épuiser. Plus encore, face à un ennemi si puissant, c'est se targuer de vains fantasmes que de vouloir engager toute son armée en un point dans l'espoir de remporter une "bataille décisive". Recourir à l'épreuve de force face à un ennemi plus puissant que soi revient à jouer son jeu. Il nous contrerait sans peine avec sa supériorité numérique et nous ne ferions que lui offrir la victoire. Notre seule option est de... faire durer le conflit. Rester en vie jusqu'à ce que le renfort d'autres royaumes ou de l'Empereur nous parvienne. Ainsi, en dispersant l'ennemi entre plusieurs foyers de résistance, nous l'empêchons de nous contrer en un seul point et de nous y écraser en une seule fois.
L'explication provoqua un choc parmi les courtisans. Certains chefs mercenaires et capitaines de grand renoms approuvèrent vigoureusement car ils avaient soutenus des positions similaires contre les conseillers et les caudataires surtout désireux de regrouper en ville le maximum de soldats pour les protéger... pardon, protéger le roi.
- Brillant !
Surprise, Artoria regarda la reine Barenzia qui applaudissait.
- Mon époux, je vous enjoins de tenir compte de ce distingué avis.
Le roi se leva et demanda l'épée du chevalier qui se tenait de garde à côté du trône, puis commença à descendre les marches :
- Surprenant que quelqu'un d'aussi jeune ait une telle connaissance de l'art de la guerre. Damoiselle Pendragon, avez-vous eu de bons professeurs ?
- Les meilleurs, Votre Majesté.
Ector, Merlin, Bedivere... et, avec le comportement de Shiro face à Berserker et Rider, un excellent exemple de ce qu'il ne fallait pas faire.
- Dame Pendragon, jurez-vous de toujours suivre les enseignements des divins et de croire en leur commandement ?
- Je le jure.
- Dame Pendragon jurez-vous de défendre le culte des Neuf Divins ?
- Je le jure.
Eadwyre énuméra d'autres serments: le respect des faibles dont elle devait être le protecteur ; l'amour de la Ménévie le pays où elle était née ; qu'elle ne devait jamais fuir devant l'ennemi ; qu'elle devait combattre avec acharnement les ennemis des Neuf ; qu'elle devait remplir ses devoirs féodaux tant qu'ils ne s'opposent pas aux commandements des divins ; qu'elle ne devait jamais mentir et toujours rester fidèle à sa parole ; qu'elle devait être généreuse ; enfin qu'elle devait toujours être le champion du droit et du bien contre l'injustice et le mal. Chaque fois, elle jura, comprenant progressivement où cette cérémonie improvisée la conduisait.
- Alors, dame Artoria Pendragon, nous vous reconnaissons comme chevalier de l'Ordre de la Rose et - en tant que Grand Maître - nous vous acceptons en son sein.
L'épée frappa chaque épaule puis se posa sur le sommet de sa tête.
- Levez-vous Artoria Pendragon preux chevalier de la Rose.
Comme elle obéissait, il la sera contre lui à deux reprises avant de se tourner vers les courtisans :
- Je reconnais celle-ci comme ma sœur. Ensemble, nous marcherons jusque dans les ténèbres de la vallée de la mort.
Les autres reprirent cette phrase en chœur avant de terminer par un triple hourra.
Les trois jours qui suivirent furent fertiles en affrontements. Le roi avait placé Artoria à la tête d'une vingtaine d'hommes, mélange de paysans équipés de surplus de l'armée ou d'outils agricoles, encadrés par quelques hommes d'armes et des archers. Commandés par Saber, ils remportèrent plusieurs escarmouches et participèrent même à deux combats plus importants.
Le premier d'entre eux opposa une force dirigée par un seigneur de Ménévie, quelques centaines d'hommes, dont des chevaliers, des hommes d'armes et des archers à un groupe moins nombreux de gobelins des forêts. Ils comportaient des chevaucheurs d'araignées, de loups, des archers et des lanciers. Leurs armes étaient de mauvaise qualité et leurs armures se composaient d'ossements.
La bataille ne dura que quelques minutes, la charge des chevaliers brisant le cœur du dispositif ennemis avant que les archers montés et les fantassins réduisent en pièce le reste de la meute braillarde.
Lors du second combat, le roi Eadwyre mena lui-même la charge contre un convoi de ravitaillement pris en embuscade. Les mercenaires barbares, appuyés par un minotaure se défendirent vaillamment, toutefois les chevaliers brétons étaient plus nombreux et bénéficiaient de l'avantage de la surprise. Au terme d'une bataille brève et violente, ils taillèrent en pièce les envahisseurs. Artoria fut particulièrement impressionnée par la vision du monstre à tête de taureau, mort mais maintenu debout par la dizaine de lances de cavalerie qui le transperçait.
Néanmoins, le plus souvent la petite troupe d'Artoria opérait seule. Il lui fallait se glisser entre les patrouilles des envahisseurs, monter des embuscades... et courir, poursuivis par les ennemis. La plaine de la Bjoulsae grouillait d'ennemis attaquant les villages, assiégeant les forts et les châteaux.
Au neuvième jour de l'invasion, le 3 Hautzenith, les orques avaient pris toutes les localités de la plaine de la Bjoulsae à l'exception de Refuge.
(1) Les Franc-archers sont des miliciens levés dans la population bourgeoise, assez riche pour s'acheter des armes et des armures. Ils s'entraînent chaque sundas (le dimanche de la semaine de Tamriel). Le terme "franc" veut ici dire "libre" dans le sens qu'ils n'appartiennent pas à une armée seigneuriale mais sont recrutés par les villes. Quant à "archer", il prête à confusion parce que, neuf fois sur dix ces miliciens combattent à l'arbalète, arme précise et puissante qui ne demande pas un entraînement aussi poussé que l'arc.
