Le Siège

(Fin)

La première impression d'Artoria, au réveil, fut qu'on lui frappait la tête avec un marteau de forgeron. Elle ouvrit pesamment les yeux. L'aveuglante clarté du jour lui vrilla le cerveau et elle referma les paupières en serrant les dents. Aussi bref et douloureux que fut son coup d'œil, il lui avait permis d'apprendre qu'elle était étendue sur un lit.

Comme on pressait quelque chose d'humide sur son front, elle se força à nouveau à regarder. La femme chevalier découvrit alors un visage penchée sur elle... Rin Tohsaka. La jeune Magus eut un mince sourire :

- Ah... tu es enfin réveillée.

Malgré la note rassurait qu'elle sentait dans la voix de l'ancien Master d'Archer, Rin réussissait à faire sonner cela comme un reproche adressé à un fainéant.

- Rin ? Que s'est-il passé ?

Par réflexe, Saber voulut se redresser. Cependant, son garde-malade la repoussa en arrière d'une seule main, comme si elle n'était qu'un enfantelet.

- Tu as été blessée dans une bataille qui a eu lieu avant-hier.

- Que fais-tu ici ?

Rin pointa le doigt juste sous le nez d'Artoria :

- Et que crois-tu que je fasse, Saber ? Je te soigne.

L'adolescente en robe rouge croisa les bras sur sa poitrine et tourna la tête de côté, le vif mouvement fit tressauter ses couettes :

- Et tu ferais bien de me remercier.

Un léger sourire joua sur les lèvres d'Artoria... Déjà, pendant la Guerre du Graal, Rin prenait soins des blessures de Shiro. Étant donné qu'il avait Avalon en lui, cela ne servait pas à grand chose... mais c'était sa manière à elle de montrer tendresse et attention. Rin avait perdu tôt ses parents et avait été élevé par ce monstre de Kirei Kotomine. La Magus n'avait pas appris à montrer de l'affection aux autres. Shiro avait utilisé un terme pour la définir... ah, oui... tsundere. Une dure-douce.

- Merci Rin.

Toujours tournée de côté, la Magus sembla ne pas avoir entendu, mais une rougeur suspecte apparut sur ses joues :

-C-c-c-c-c'est normal de venir en aide à ses alliés. Et je suis le meilleur soigneur ici.

- Justement, comment tu es venue ici ?

Elle haussa les épaules :

- Le siège n'empêche pas le fonctionnement les téléporteurs de la Guilde des Mages.

Artoria acquiesça, retenant une grimace de douleur comme elle bougeait le bras gauche. S'en apercevant, Rin la gronda, lui disant de rester couchée. Elle commença alors à décrire ses blessures... et la liste se révéla longue. Saber s'alarmait pourtant de tout autre chose :

- Tu m'as dit que tu habitais Torrent ? J'ai vu une colonne de fumée s'élever de la ville. Je pensais que les orques l'avaient prise.

- Oh, ils ont essayé.

Occupée à défaire le pansement de son épaule, Rin ne semblait pas vouloir en dire plus. Toutefois, Artoria insista. Son amie plissa les yeux, masquant sa bouche d'une main, tout en affichant une expression parfaitement maléfique :

- Cela t'intrigue, Saber.

Elle acquiesça :

- Je l'admets. Nous avons eu de telles difficultés ici.

Tout en s'activant à soigner ses blessures, Tohsaka commença à raconter l'assaut des Orques sur Torrent.


Murguk gro-Mudig commandait une armée de plusieurs milliers de combattants, dont une moitié d'orques. Ses semblables, plus grands que des humains, plus lourdement charpentés avaient la peau verte, des traits brutaux avec des canines apparentes qui leur donnaient une apparence porcine. Depuis des millénaires, une haine réciproque les opposait aux Brétons. Les orques racontaient qu'ils vivaient autrefois dans une société pacifique et tolérante, accueillant les réprouvés de toutes les espèces... jusqu'à ce que les habitants de Haute-Roche prennent d'assaut leur capitale d'Orsinium et la rasent. Les Brétons prétendaient eux que les Orques avaient toujours été agressifs et qu'ils n'avaient fait que riposter à leurs attaques.

La vérité ? Oubliée depuis longtemps et qui s'en préoccupait, d'ailleurs ? Les deux races remâchaient une haine inexpiable qui conduisait fréquemment aux pires débordements d'une fureur génocidaire. L'actuel assaut contre la Ménévie n'étant d'ailleurs qu'une revanche prise - des siècles après les faits- sur les atrocités commises au cours de la chute d'Orsinium.

Les Brétons voyaient les orques comme des sauvages incultes.

Passé les préjugés racistes, il fallait bien reconnaître que leur société tribale ignorait l'écriture et était gouvernée par la poigne du plus fort. Chaque tribu avait son chef qui dirigeait jusqu'à ce qu'il tombe sous la lame d'un prétendant... souvent un de ses propres fils. La loi se résumait au " code de Malakath" qui n'aurait nécessité qu'une page pour être couché sur le parchemin. Le chef de tribu était le seul mâle à avoir le doit de se reproduire, tous les jeunes étaient donc les enfants des femmes de son harem. Les autres mâles étaient guerriers ou chasseurs. Les femelles chassaient aussi ou s'occupaient de la forge. Seules elles devenaient "femme savante", c'est à dire chamane, créatrices de poisons et de drogues qui augmentaient l'efficacité des combattants. Cependant, tous travaillaient aux mines.

À part par leur sauvagerie au combat, et leur courage, les orques n'impressionnaient les autres races que par leur connaissance des arts de la forge. Ils étaient les seuls à savoir travailler correctement un minerai vert appelé "orichalque". Ils en faisaient des armes et des armures nettement plus solides que l'acier.

Bien conscient de la force de son peuple, et de la supériorité numérique de sa horde, Murguk gro-Mudig croyait que la petite ville de Torrent, édifiée sur la rive est de la Bjoulsae, lui offrirait une facile victoire et un butin conséquent.

Il avait tort.

Les orques avançaient, portant des échelles de siège. Entre chaque préposé s'intercalait un guerrier levant un grand bouclier. Des archers formaient la première ligne, tirant vers les remparts de Torrent.

Soudain, une flèche semblant faite de lumière argentée fut tirée vers le ciel... le singulier projectile se démultiplia en retombant.

Stupéfait, Murguk gro-Mudig vit un bloc entier de ses guerriers s'effondrer au sol... pas un tir n'avait raté sa cible, tous se révélèrent mortel. Pire, les flèches translucides se délitèrent en particules bleutées.

- Boucliers de siège !

L'ordre du chef de tribu fut immédiatement suivi de son exécution. Montés sur roue, ces mantelets, permettaient de protéger l'avance des guerriers. Aucune flèche ne pouvait traverser leurs épaisses planches de chêne.

En haut d'une tour du château de Torrent, une silhouette encapuchonnée eut un sourire sardonique.

L'instant d'après un projectile fit voler en éclats le premier mantelet. Murguk gro-Mudig vit un orque s'arracher au sol et retomber cinq mètres plus loin, son armure enfoncée. Les yeux du chef lui sortirent presque de la tête. La flèche qui venait de le tuer ressemblait à... une épée ! Comme si un fou avait reforgée une lame pour la tirer sur un arc ! De la démence, personne ne...

Un autre orque périt, traversé par une épée. Puis un autre... et un autre. Le mystérieux attaquant se moquait bien que ce qu'il faisait était supposé impossible. Il tirait une de ses "flèches-épée" après l'autre et chaque coup se révélait mortel.

Les orques se replièrent, laissant près d'une centaine de morts après seulement quelques minutes d'assaut.

Ils revinrent quelques heures plus tard, poussant devant eux une tour de siège.

Le veilleur enveloppé dans une cape rouge fut le premier à découvrir cette nouvelle menace. Il tendit une main et un grand arc noir s'y matérialisa. Une flamme rouge grandit dans sa paume, laissant apparaître une... épée ? Si tant est que l'on puisse appeler ainsi une arme dont la lame ressemblait à un pas de vis. Il l'encocha et tendit la corde. L'épée se transforma étrangement, s'allongeant et s'amincissant, alors que d'impressionnants effets de lumière fulguraient autour du personnage en cape rouge:

- Caladbolg!

Un bang supersonique se fit entendre comme la Fake Spiral Sword s'élançait, retombant vers le sol comme un météore. Un instant plus tard, elle percutait la tour mobile. Le monde s'effaça dans une sphère de feu qui éblouit tous ceux qui regardaient dans sa direction. Lorsqu'ils purent rouvrir les yeux, ce fut pour découvrir un immense cratère encore en proie aux flammes, des pierres retombaient encore alentour.

Les orques qui avaient survécu à l'attaque s'égayaient dans toutes les directions, fuyant l'épaisse colonne de fumée qui montait jusqu'au ciel.


Saber ouvrit de grands yeux :

- Archer ! Alors... le Servant que tu as rencontré...

Rin hocha la tête :

- Il est arrivé à Torrent lorsque j'avais huit ans. Mes parents - ceux de ce monde- venaient de mourir dans un accident et un oncle voulait m'adopter pour faire main basse sur la fortune familiale. Et... Archer est venu pour démontrer les malversations de l'oncle en question.

La Magus eut un sourire attendris, assez peu habituel.

- Il se tenait là avec son habituel petit sourire narquois, refusant de m'expliquer comment il m'avait retrouvé ou pourquoi il m'aidait. Cinq minutes après son arrivée, j'avais déjà envie de l'étrangler...

Saber secoua la tête avec une expression amusée :

- Je vois...

Effectivement, Le Roi des Chevaliers n'avait aucune peine à imaginer la scène. Archer pouvait se montrer si arrogant que même elle grinçait des dents en sa présence. Cependant, il avait montré des qualités de combattants qui l'avaient impressionnée au cours de la Quatrième Guerre du Graal. N'avait-il pas tué six fois Berserker (1) au cours de son combat contre lui ? Son sacrifice avait sauvé son Master, Shiro et elle, leur permettant de trouver une méthode pour... un peu de rouge apparut aux joues de Saber... pour renouveler sa connexion énergétique avec son Master. Sans cela, ils auraient tous péri dans la forêt des Einzbern.

La rougeur subite de son amie n'avait pas échappé à Rin... au contraire de ses raisons.

- Tu as encore de la fièvre et moi qui discute avec toi...

Sans écouter les protestations de Saber, Tohsaka la repoussa de force dans ses oreillers; lui ordonnant d'un ton sans réplique de se reposer. L'étendue de sa faiblesse était telle que le Roi des Chevaliers cessa de lutter. La douleur chassa toute pensée conscience et elle retomba dans un sommeil lourd.


Les yeux fermés, prise dans le monde des rêves, Saber revécut l'effrayant moment où elle s'était libérée de la vouivre, chutant du haut du ciel. Le temps s'écoulait au ralenti. Elle pouvait voir en-dessous d'elle toute la fureur de la bataille.

Elle put voir un chevalier mentor portant un hoqueton bleu et rouge orné du symbole du dieu Julianos sur son armure. D'un coup de son marteau de guerre, il écrasa un gobelin. Avant de s'effondrer transpercé en plein dos par un barbare armé d'une lance.

Une combat parmi d'autres, depuis sa position entre ciel et terre, scènes de carnages, morts et mourants s'étalaient dans toutes les directions. Elle chutait... elle devrait chuter ! Pourtant, Artoria restait suspendue à regarder l'atroce réalité de la bataille.

Une lumière dorée lui fit tourner la tête.

Une statue gigantesque était apparue sur le champ de bataille sans qu'aucun des combattants ne semble la voir à part Saber. Elle représentait une femme, bras écartés, les yeux fermés, un voile couvrait ses cheveux et son magnifique visage exprimait bonté et tristesse.

Une voix résonna dans l'esprit d'Artoria :

- Tout cela... tout cela n'a jamais été inscris dans les lignes éternelles du destin. Les Parchemins des Anciens n'ont jamais évoqué cette bataille. Ce siège n'a jamais eu lieu... le temps a été remanié, Arthur Pendragon roi de Bretagne ou dois-je dire Servant Saber ?

- Qui êtes-vous ?

- Celle qui devra te guider, Ô Roi des Chevaliers. Mon nom est Mara, déesse de la compassion et je pleure sur le destin des mortels. Cette guerre maudite n'existe pas. Elle n'est pas inscrite dans les événements du temps... pourtant... pourtant... tu le vois, les mortels meurent dans ce conflit qui n'existe pas. Et pourquoi ?

Prise dans le rêve, Saber n'arrivait pas à se concentrer. Elle savait qui était la cause de tout cela... pourtant le nom lui brûlait les lèvres sans qu'elle arrive à le prononcer.

- Le responsable est Angra Mainyu, le mal qui remplissait le Graal de Fuyuki. Les vœux imprudents que ton Master et toi-même avaient fait à la fin de la Guerre du Graal sont à l'origine de la souffrance de mes enfants.

Artoria hoqueta. Encore une fois, ses décisions avaient précipité tout un peuple dans le chaos de la guerre. Bouleversée, elle voulut parler, demander pardon, implorer l'aide de la déesse pour qu'elle lui permette de s'amender de son pêché. Mais Saber restait impuissante. Elle ne pouvait que regarder Mara debout au milieu de l'atroce bataille.

La déesse semblait pourtant consciente du cours de ses pensées car elle y répondit :

- Tu n'es pas la première à être manipulée par le mal. Tel est son plus grand pouvoir, utiliser les âmes pures, les cœurs justes pour semer les graines de la discorde. J'ai grand besoin de toi, Roi Arthur. Les Aedras sont puissants. Nous avons créé ce monde, protégeons la vie de tous les êtres qui s'y succèdent. Pourtant, nous appartenons à ce monde. Cela limite notre influence face à ce qui est lui est étranger. Comme Angra Mainyu. Mais toi... toi et ton Master... vous êtes aussi des étrangers. Plus que tout vous êtes la cause de ce qui arrive. Ce que vous avez fait, vous pouvez défaire.

Entre les mains de la déesse apparut l'image d'une épée à deux mains. Une luminosité dorée brillait à son pommeau comme sur sa garde en croissant. La poignée était d'émail bleu et ce même matériau incrusté à la base de sa lame apparaissait parmi l'or.

EXCALIBUR : SWORD OF THE PROMISED VICTORY

-Cherche ton épée, la véritable respiration des étoiles, le torrent de la vie. Elle est le point focal de ton idéal, sa matérialisation, elle concrétise la foi des hommes dans la venue d'un roi sauveur qui les libèrera de l'oppression. Il n'y a d'espoir pour Nirn que dans votre réunion... toutes les autres routes ne mènent qu'au néant.


Artoria Pendragon s'arqua sur son lit, le cœur battant à tout rompre. L'horrible cauchemar ne se dissipa pas de sa mémoire alors qu'elle fixait le plafond. Tout paraissait trop réel. Son corps était reposé, malgré une bouche pâteuse. Un long moment avait dû s'écouler au vu de la lumière qui filtrait par les fenêtres. Le soleil avait continué sa course et n'éclairait plus directement la pièce. Pour la première fois, Saber put tourner la tête. Elle reconnut cette longue chambrée avec des lits où gémissaient des blessés comme étant l'hôpital militaire qui était associé à la garnison de Refuge.

Artoria se leva et fit quelques mouvements. Elle retint une grimace. Son épaule la tirait, de même que son bras gauche, et des pansements lui barraient le torse. Néanmoins, Saber se sentait à présent en assez bonne forme pour quitter les lieux. Le sentiment d'urgence ne l'avait pas quitté au réveil. Avait-elle vraiment parlé à Mara, déesse du mariage, de la générosité et de la bonté ? Sur Nirn, l'Âge des Dieux ne s'était pas achevé, ils intervenaient souvent dans la vie des mortels. Surtout, son instinct l'avertissait qu'un grand danger pesait sur ce monde... à présent son monde même si Mara avait parlé de Shiro et d'elle comme des étrangers.

Tendant l'oreille, la chevalière entendit le tumulte de combats lointains.

Son haubert avait été réparé, son écu et son épée remplacés. Elle s'habilla et s'arma, lentement, le visage crispé par la douleur. Chaque mouvement la faisait souffrir.

Une fois ceci achevé, Artoria regarda en direction des proches remparts. Des gardes de Refuge armées d'arcs tenaient le mur, échangeant des tirs avec des adversaires invisibles. Ce n'était pourtant pas de ce secteur des fortifications que provenaient les rumeurs de combats. Artoria Pendragon renonça à monter l'escalier pour parler aux soldats de Ménévie. Non, aider ces hommes ne servirait à rien. Le combat dépassait le siège, il incluait Nirn tout entier. Excalibur... il fallait qu'elle retrouve Excalibur. Mara n'avait rien dit sur sa position, mais il semblait évident qu'elle l'avait suivie sur Nirn.

Bouclant son ceinturon porte-épée, le bouclier à l'épaule, et le casque au creux du bras, l'adolescente partit en direction du palais royal. Seul le roi Eadwyre pouvait l'aider.

Saber n'avait pas fait plus de quelques pas qu'un grand cri s'éleva sorti de mille bouches :

- Les portes sont compromises !

Pour une cité assiégée, il n'y a pas de plus grand malheur. Si l'ennemi capture et garde l'une des entrées, sa défense devient impossible ! Artoria se rua en avant. D'autres avaient réagi comme lui, des citadins saisirent le premier objet pouvant servir d'armes, rejoint par des soldats en patrouilles et les blessés sortis de l'hôpital.

Cette troupe sans commandement déboucha sur la place devant la porte nord-ouest. Les défenseurs, sur le chemin de ronde, avaient été les premiers à réagir au cor d'alarme. Ils s'étaient rués vers l'escalier et se battaient à présent sur ses marches, s'efforçant de repousser les barbares qui surgissaient de la poterne.

Les renforts parurent au bon moment. Les assaillants n'étaient pas encore assez nombreux pour déferler sur la ville, et les soldats qui occupaient les murailles mobilisaient toutes leurs ressources. La ruée indisciplinée fit chanceler les sauvages en armures de fer. Dans la mêlée furieuse qui s'en suivit, Saber élimina rapidement un premier barbare avant de se retrouver devant un autre qui le chargea. Le yatagan du pillard et son épée jetèrent des étincelles en se heurtant. Puis la jeune fille contre-attaqua, portant trois coups à son adversaire. Deux n'étaient que des égratignures, toutefois l'épée manqua d'éventrer le pillard, traversant sa grossière armure rouillée. La main pressée sur sa plaie, ce dernier voulut riposter. Alors Artoria le foudroya en plein cœur.

La furie des citadins avait brisé la ligne des barbares. Seulement, l'élan de l'assaut s'épuisait rapidement tandis que de nouveaux renforts continuaient à se déverser par la porte. Artoria donna de la voix, appelant les défenseurs à reprendre le corps de garde où se trouvaient les commandes de la herse. Le charisme du roi Arthur électrisa les combattants qui puisèrent dans son inspiration la force de repousser l'ennemi. Hélas, beaucoup n'étaient pas des combattants professionnels et leur courage fut sanctionné d'un lourd prix. Seule une dizaine d'hommes entra dans le bastion. Artoria se rua en haut des escaliers, laissant ses alliés contenir les barbares. Elle défit l'anneau du treuil. Et, dans le fracas des chaînes relâchées, tomba la grille de bois et de fer.

Coupés du gros de leurs forces, les guerriers barbares savaient ne plus avoir beaucoup de temps avant de se faire écraser. Ils firent la seule chose qu'ils pouvaient faire... ils se concentrèrent pour reprendre le corps de garde et rouvrir la herse. Ils balayèrent les défenseurs en quelques instants et Artoria se retrouva sur les marches face à six barbares en armures de fer et masques de guerre, brandissant des armes à deux mains.

Le premier assaillant n'a pas le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait. D'un coup de pied en plein visage le propulsa par-dessus la rambarde et il alla s'écraser loin en contrebas. La gorge tranchée, le second le suivi un instant plus tard, entrainant un compagnon dans sa chute. Les trois derniers assaillants, agirent avec plus de circonspection. Cette petite femme se révélait un puissant adversaire même si rien dans son aspect ne pouvait le faire croire. Ils attaquèrent tous les trois et Artoria tressa devant eux un mur de fer avec son épée, arrêtant les attaques, repoussant les lames et se fendant brusquement pour contre-attaquer. Un guerrier s'effondra rapidement, crachant du sang comme elle l'avait touché au défaut de l'armure, mais les autres retraitèrent avec prudence. Tant mieux, elle pouvait reprendre son souffle... Ils revinrent avec des renforts, furieux, sans doute aussi honteux de laisser une gamine les terrifier, mais ne pouvant reculer. Une nouvelle fois les coups s'échangèrent et Artoria tendit brusquement son épée. Alors que des tourbillons d'air s'enroulaient autour de la lame, une aura bleutée palpita à ses bras et à ses épaules maillés de fer :

-Ô vent... Strike Air !

Arrachés du sol par un tourbillon rugissant, des guerriers retombèrent dans le vide en compagnie des cadavres de leurs amis... au milieu d'une pluie de morceaux de bois ainsi que des tuiles arrachés au toit.

La démonstration de force refroidit les barbares. Ils se préparaient à remonter à l'assaut lorsque les trompettes sonnèrent. Venu de la rue, chargeaient des chevaliers, bannières de l'ordre de la Rose claquant au vent, lances tendues. Aidés par la surprise, les preux en armure de plates s'enfoncèrent avec violence dans la masse des fantassins, repoussant l'ennemi. Dans la confusion, Artoria avait momentanément été oubliée. Avisant le chef des pillards, un grand barbare en armure lourde, elle sauta juste à côté de lui depuis une fenêtre, décapitant son voisin au passage.

Dégainant un grand cimeterre à deux mains, l'officier ennemi entama une éblouissante démonstration de son maniement. Contrairement aux simples combattants qu'elle avait affrontés jusque-là, Saber faisait face à un ennemi de valeur. Plus lent qu'elle, il était cependant meilleur en offensive comme en défensive.

Le combat s'étirait en un liage de lames. Pour le briser, Artoria "fugua". Reculant rapidement latéralement, elle exécuta simultanément une remise en garde. Toutefois, l'ennemi se jeta en avant, attaquant de la pointe en visant à la gorge et au visage. Les coups étaient assénés sans guerre de force, mais avec rapidité. Le Roi des Chevaliers se contenta de frapper sèchement l'extrémité de la lame vers l'extérieur. Malgré son casque intégral, elle sentit l'ennemi grimacer, surpris du choc qu'il venait de sentir au poignet.

Comme le barbare revenait vers elle en cognant puissamment, elle fit un pas de côté au dernier moment... avant de tournoyer sur elle-même avec l'élégance d'une danseuse. Le cimeterre de son adversaire heurta le sol et Saber posa son pied sur celui-ci afin de le bloquer. Déjà, profitant de l'ouverture, elle lui enfonçait sa lame sous son casque. Il s'effondra à genoux tandis que le sang bouillonnant coulait sur son plastron.

Au terme d'un combat épuisant, couverte de plaies, et les mailles de son armure rompues en de multiples endroits, l'ancien roi de Bretagne s'adossa au mur pour reprendre son souffle. Les chevaliers tournaient en rond dans la cour du châtelet, tâtant de leurs lances les nombreux cadavres gisant sur le sol. Mais il n'y avait plus de barbares en vie. L'assaut avait été repoussé... Les yeux d'Artoria se plissèrent alors qu'elle contemplait les corps des habitants et des gardes qui se mêlaient aux dépouilles des ennemis. Qui avait ouvert les portes ? Car celles-ci n'avaient pas été enfoncées, quelqu'un les avait bien ouvertes de l'intérieur.


Devant le roi Eawyre, Saber recevait les premiers soins donnés par Rin.

- ... Il n'y nul doute que l'ennemi a des agents en ville. Ce qui veut dire qu'il nous faut craindre qu'ils tentent à nouveau d'ouvrir une porte. Mais d'autres options sont possibles, Votre Majesté : empoisonner les puits, incendier les réserves de vivres... même attenter à votre vie, sire.

Le vieux roi hocha sa tête couverte de cheveux neigeux :

- Je dois une fois encore vous remercier de votre vigilance, dame Pendragon. Mon royaume et cette ville vous doivent beaucoup. Nous, Eawyre roi de Ménévie, souhaiterions vous en récompenser. S'il est en notre pouvoir, nous vous exaucerons.

Saber hésita mais elle ne pouvait pas refuser cette offre :

- Votre Majesté, ne croyez surtout pas que j'agisse par lâcheté, mais il me faut quitter la ville au plus vite. Pendant mon sommeil, j'ai fait un rêve... Dame Mara m'est apparue me révélant que l'assaut contre cette cité a été provoqué par les agissements d'un esprit du mal appelé Angra Mainyu.

Rapidement, le Roi des Chevaliers résuma ce qu'elle savait sur ce monstre. Elle ne mentit pas, mais évita toute mention de sa venue d'un autre monde ou de la Guerre du Graal se contentant de dire qu'une expérience magique ayant mal tourné était à l'origine de sa naissance.

- ... Sire, d'après dame Mara, seule l'épée Excalibur peut détruire ce monstre. Néanmoins... j'ignore où elle se trouve.

- Mais je le sais moi !

Le roi Eadwyre et le Artoria se tournèrent vers Rin toujours occupée à soigner cette dernière. Réalisant qu'elle avait parlé sans avoir reçu la permission elle rougit, puis toussa dans son poing avant de rectifier :

- Enfin, j'ai trouvé une légende la mentionnant.

Rin offrit un sourire machiavélique au Roi Arthur :

- Parce que tu vois, ton épée t'attend depuis très longtemps, depuis l'Ère Première, et tu as de la chance que le grand invocateur Corvus Direnni ait compris qu'Excalibur était une lame d'un autre monde. Comme personne ne pouvait la manier, il comprit également qu'elle attendait son vrai propriétaire. À sa mort, il la cacha dans sa tombe... et cacha sa tombe dans un Royaume Extérieur... un plan d'Oblivion.

La reine Barenzia poussa un petit cri :

- Mais alors, personne ne peut la retrouver.

- Artoria est destinée à prendre cette lame, Votre Majesté, elle y arrivera. Je pars avec elle.

Saber fronça les sourcils, dévisageant son amie. Elle comprenait bien que Rin avait déjà fait des recherches pour la retrouver... et que l'histoire d'Excalibur lui avait ainsi été révélée. Cependant, malgré sa propre conviction que son épée retournerait forcément à sa main, elle n'arrivait pas à être aussi optimiste.

- Tu as une idée où chercher.

Ce n'était pas une question et la Magus le comprit bien :

- Oui, si on cherche la tombe d'un mage du clan Direnni. Il n'y a qu'un endroit où commencer les recherches.

- L'île de Balfiera.

Une main passée sous ses seins, Rin levant un doigt comme à chaque fois qu'elle faisait la leçon à quelqu'un :

- Exactement, les Direnni ont dirigé tout Haute-Roche à l'époque où ce pays s'appelait " Hégémonie Direnni". Cependant, le cœur de leur ancien empire, comme son dernier lambeau s'étend autour de la Tour d'Adamantite.

La Tour d'Adamantite (ou Tour Direnni) était l'endroit où vivait les dieux à l'époque où ils marchaient parmi les mortels. Probablement le plus puissant lieu de pouvoir dans tout Nirn.


(1) Six fois dans le jeu (mais seulement cinq fois dans l'anime). Toutefois cette FanFic est bien basée sur le jeu.


Note de l'auteur : Ce chapitre termine aussi bien "Le Siège" que la première partie de la saga que j'écris en ce moment. La suite va nous faire changer d'ambiance puisque l'on va s'éloigner des champs de bataille mais aussi de Saber... pour aller à la rencontre de Shiro Emiya. Car son destin est aussi important que celui de son ancien Servant.

N'hésitez pas à commenter, faire des remarques, demander des précisions, mais dans le respect des opinions de chacun.