Avant toute chose je voudrais fêter un Joyeux Noël à tous mes lecteurs. J'espère pour eux qu'ils passeront une bonne journée. Considérez ce texte comme un cadeau.
Note de l'Auteur : Parlons un peu de Shiro dans Fate/ Dragoncrown. Le Shiro de cette Fanfic dérive du Shiro de la première route de Fate/Say Night. Il a gardé les connaissances en Magecraft de sa précédente existence et le souvenir des leçons de combat avec Saber. Néanmoins, comme le veut le canon de Fate/ SN, il n'a pas encore débloqué Unlimited Blade Work. Trois remarques :
1°) Il va bien apprendre à utiliser UBW... cela dit l'incantation et l'apparence de son Reality Marble seront différentes. Si vous avez des idées n'hésitez pas à les communiquer, je n'ai pas encore arrêté mon choix.
2°) Shiro s'est réincarné et - dans son nouveau corps- a mis en application les explications de Rin pour contrôler ses Magic Circuits dès l'enfance. Dans Fate/Dragoncrown, il ne souffre donc pas de l'atrophie de ses circuits que l'on voit dans les trois routes de FSN.
3°) Vous le verrez plus tard dans la série, mais Shiro a été entraîné au combat et à l'usage de la magie dès l'enfance... sur ordre de l'Empereur. Vous ne croyiez tout de même pas qu'Uriel Septim VII a placé Shiro sous sa protection par pure gentillesse ?
La cachette des corsaires
Le port de la Cité Impériale était relié à la ville par un long passage souterrain creusé autrefois par les Ayleids. Le tunnel était bouché aux deux extrémités par de lourdes portes de bois garnies de ferrures décoratives qui figuraient l'emblème de l'Empire des Septim, un dragon dont les ailes étaient pliées de manière à figurer un diamant.
Le couloir excavé n'était pas une simple route. Des marchands y avaient installé leurs boutiques et la cohue des gens qui entraient ou quittaient la capitale de l'Empire de Tamriel se mêlaient aux crieurs publics vantant les poissons péchés dans le lac Rumare, les bijoux argoniens importés des Marais Noirs, les services d'un enchanteur "de la cour de Daguefillante" et mille autres merveilles.
On arrivait au bout du tunnel saoulé de bruits, ayant été obligé de se glisser entre les attroupements ou même de pousser des gêneurs. Finalement, la lumière du jour vous éblouissait en vous révélant le haut phare de style Ayleid dressé sur une plate-forme de pierre circulaire.
Shiro connaissait le port et marcha d'un bon pas, tout en discutant avec Endroni et Harassa. Il faisait très beau temps et l'idée de partir pour un voyage vers une contrée lointaine excitait le jeune homme. Dans des moments comme celui-là, il avait de la peine à se rappeler qu'il avait en fait... trente-quatre ans, ayant vécu deux vies de dix-sept années dans deux mondes distincts.
Le port proprement dit ressemblait à un croissant de lune. Les quais de pierre étaient bordés par des hangars et des bureaux de compagnies commerciales que dominaient des remparts reliant des tours de défense. Comme le phare, il s'agissait de constructions ayleids d'un blanc d'albâtre, élégantes et sculptées de manière à en accentuer l'aspect aérien.
Ainsi, ils arrivèrent devant la Maria-Elena. Cette petite caraque à deux mats, avec son château arrière peu volumineux faisait la navette entre la Cité Impériale, Bravil et Leyawiin. Shiro ne ferait que la première partie de son voyage à son bord. Un navire plus grand l'embarquerait ensuite. Il lui faudrait ensuite contourner Elsweyr et Val-Boisé, passant entre le sud du continent et l'Archipel de l'Automne, avant de traverser la mer Abécéenne. Un voyage de deux bonnes semaines, si le vent était favorable... trois dans le cas contraire.
Shiro se retourna vers Endroni et sourit à la jolie Dunmer :
- Et bien voilà, il faut que je te dise au-revoir, je...
Il ne put achever comme l'Elfe Noire se jetait contre lui pour le serrer très fort. Mal à l'aise, je jeune homme rit un peu bêtement, se frictionnant la tête dans une mimique qui ne lui donnait pas l'air plus intelligent.
- Tu feras attention ?
La réplique de l'Elfe Noire fit sourire gentiment le Japonais réincarné :
- Oui, je te le promets.
- Menteur ! Menteur ! Je te connais... tu oublieras ta promesse à la première personne en danger que tu verras. N'affirme pas quelque chose que tu ne feras pas.
Surpris, Shiro s'aperçut que son amie pleurait et il ne savait pas quoi répondre parce que... parce qu'elle le connaissait trop bien. Endroni avait raison, il ne pourrait se retenir de venir en aide à un parfait étranger s'il se trouvait en danger.
- Je... je serais bientôt de retour.
Endrosi ne répondit rien, continuant à pleurer. Un peu perdu dans leur petit univers, les deux jeunes gens ne faisaient pas attention aux sourires narquois des voyageurs et des dockers... ni surtout à Hadrassa. La Pahmar levait les yeux vers le ciel, vivante statue de " L'exaspération incarnée prenant les dieux à témoin de la mièvrerie des amours adolescents".
La Khajiit serait sans doute intervenue, mais un raclement de gorge exagéré attira l'attention du jeune Magus. Un personnage portant une robe de mage de tissu blanc, le capuchon masquant son visage, s'approchait du trio. Shiro remarqua le laçage de rubans bleus, roses ou dorés qui fermaient son capuchon, ou les mèches de cheveux neigeux qui apparaissaient dans le cou. Il s'appuyait sur un lourd bâton en forme de Z, mélange de bois noir, d'or, avec des incrustations de pierres précieuses et décoré- lui aussi - de multiples rubans :
- Je vous prie de m'excuser, jeune homme, je détesterais que l'on m'interrompe si j'avais une aussi précieuse gazelle entre les bras.
La voix était étonnement jeune et rieuse, les cheveux blancs du personnage devaient être de naissance et non le résultat de l'âge. Pourtant, Shiro se sentait mal à l'aise. Son instinct l'avertissait qu'il y avait quelque chose d'anormal chez ce personnage. Il ressentait une pression émanant de lui... une pression qu'il n'avait pas ressentie depuis... depuis... la Guerre du Graal ! Comme s'il se trouvait face à un Servant !
Sa voix fut plus dure qu'il le souhaitait lorsqu'il répondit :
- Qui êtes-vous ?
Nouveau rire du personnage qui leva les deux mains dans un geste exagéré de reddition :
- Du calme ! Je ne vous menace pas... Je voulais juste vous demander si vous étiez Shiro Emiya. Pour la forme, en fait, parce je sais bien que vous êtes Shiro Emiya. Mais, vous savez, c'est une manière de commencer la conversation : " Bonjour, êtes-vous Shiro Emiya" "Mais oui" " Merveilleux, c'est vous que je cherchais".
Le dit Shiro regardait le Magus avec des yeux ronds, parce qu'il venait de mimer la scène de manière parfaitement ridicule... S'il n'avait pas émané une telle puissance de ce personnage, le jeune homme l'aurait pris pour un comique peu doué. De son côté, Endroni s'était reculée en rougissant, soudain consciente que son moment de tendresse avait eu lieu en public et surtout que l'inconnu la regardait un peu trop intensément. Vous connaissez l'expression " déshabiller du regard" ? Et bien s'était ça, littéralement... un coup d'œil un peu trop appuyé sur ses formes pour qu'Endroni se sente à l'aise. Shiro aussi avait noté ce regard libidineux. Sa voix fut encore un peu plus froide :
- Au risque de me répéter, qui êtes-vous ?
À ses côtés, Do'Hadrassa avait maintenant la main sur le pommeau de son cimeterre et le Magus en blanc toussa dans son poing :
- Oh... appelez-moi... disons Lailoken.
Même un enfant de cinq ans aurait compris qu'il ne s'agissait pas de son vrai nom. Toutefois, avant que Shiro ne puisse répondre, "Lailoken" s'était remis à parler et le jeune homme nota que sa voix était plus ferme et contenait une prière pressante :
- Désolé, je ne peux pas vous dire plus sur moi. J'ai des raisons de vouloir éviter toute publicité. Je le redis, je ne vous menace pas... en fait, je ne vous veux rien, ni bien ni mal. Vous êtes juste un moyen pour une fin. J'aurais besoin que vous transportiez quelque chose à quelqu'un. C'est très important. Cela ne vous mettra pas en danger et cela va même vous aider... indirectement.
- Transporter quelque chose ?
"Lailoken" mit une main dans sa manche et en tira une boîte de la taille de sa paume.
- Vous allez rencontrer quelqu'un au cours de votre voyage. Je l'ai vu... je vois souvent les événements avant qu'ils arrivent. Cela lui est destiné.
Shiro fronça les sourcils mais prit le petit paquet :
- Qui dois-je rencontrer ?
- Vous connaissez cette personne, ce seront des retrouvailles et elles vous feront plaisir... très plaisir. Et c'est quelqu'un que vous savez devoir rencontrer depuis le jour de votre naissance. Quel formulation ridicule... n'est-ce pas ? Cela semblerait grandiloquent avec n'importe qui d'autre, mais pas pour vous. Le jour de votre naissance vous cherchiez déjà quelqu'un. Sur ce... adieu ? Ou Au-revoir ?
"Lailoken" fit demi-tour et repartit en sifflotant une ritournelle mélancolique... Shiro lui trouvait quelque chose de familier et tout en ouvrant le petit colis, une partie de lui s'efforçait de se souvenir du nom de cette chanson. La boite contenait un morceau irrégulier de cristal bleu. Visiblement, il s'agissait d'un fragment de quelque chose de plus gros, détaché par un choc violent.
Yesteday...
Shiro sursauta comme frappé par la foudre... Il venait de se rappeler du titre musical fredonné par "Lailoken". Il s'agissait de Yesteday. Cette célèbre chanson des Beatles ne pouvait être connue d'aucun individu né sur Nirn...
Il chercha le Magus du regard. Sauf qu'il s'emblait s'être évaporé alors que Shiro se focalisait sur le cristal. Le jeune forgeron découvrit alors que des fleurs de toutes les couleurs avaient fleuri dans les interstices des pavés, mais uniquement autour des dalles foulées par le magicien !
Shiro fut réveillé par le froid. Il se trouvait étendu sur une litière de branchage sec et un feu de camp brûlait près de lui. L'air était empuanti par la fumée... En se redressant et tournant la tête autour de lui, il découvrit une grotte naturelle. Détail sinistre, des ossements humains étaient empilés près de lui.
Comment était il arrivé là ?
Il se rappelait avoir quitté la Cité Impériale... Un long voyage très ennuyeux jusqu'à ce que... oui, la tempête ! Un orage de fin du monde s'était soudain abattu sur la caraque. Les voiles déchirées par le vent, secoué par les paquets d'eaux qui la frappaient avec la violence d'un bélier de siège, la nef s'était désagrégée autour de lui. Shiro avait nagé désespérément pour échapper à la mort. La mer l'avait rejeté contre une falaise. Heureusement, il y avait une petite plage entre les écueils. Il avait réussi à se glisser sur le sable. Découvrant une grotte, il s'y était glissé pour s'abriter des éléments. Cela lui avait sauvé la vie. La foudre avait frappé le sommet de la falaise et des tonnes de roches avaient refermé l'entrée providentielle.
Shiro ne pouvait s'empêcher de penser que la tempête n'avait rien de naturelle.
Elle avait paru s'acharner sur lui et le traquer.
Il soupira. Son dernier réflexe avant de s'effondrer avait été d'allumer un feu. Grâce à cette flambée, ses vêtements déchirés et incrusté de sel avaient séché sur lui alors qu'il dormait dans la grotte. Avant de perdre connaissance, Shiro avait cependant noté une issue intérieure, un passage artificiel. L'effondrement de l'entrée ne le condamnait donc pas à mourir emprisonné comme dans une tombe.
Le Magus roux confectionna une torche avec des branchages secs liés ensemble et l'alluma au feu, avant de tendre la main :
- Trace, On !
Kanshou apparut devant lui et ses doigts se refermèrent sur la poignée familière.
Il pénétra dans un couloir fait de grosses pierres sommairement taillées. Le sol était constitué de dalles claires, fendillées par le passage du temps. Le passage s'étendait seulement sur quelques mètres avant de tourner sur la gauche. Un peu plus loin, une torchère conique brûlait paisiblement.
Le coude conduisait à une pièce constituée des mêmes matériaux. L'ameublement se réduisait à deux autels de pierre noire. Sur le premier se trouvait des petites fioles remplies de liquides roses ou vert. Un tas de pièces d'or et de pierres précieuses s'accumulait sur le second.
Shiro pivota de côté et Kanshou siffla dans l'air, coupant en deux l'énorme rat noir qui venait de bondir sur lui. Ses réflexes l'avaient une fois de plus sauvé. Après un accueil aussi désagréable, Shiro n'hésita pas à examiner les richesses dans la pièce.
Le forgeron aux yeux d'ambre identifia les potions comme des liquides alchimiques soignant les blessures et les maladies. Les pièces étaient des Septim ayant cours dans l'Empire et les gemmes des améthystes.
Il quitta la pièce avec ses gains, montant un escalier très raide. Le jeune homme entendait des cris répétitifs et grimaça... un lutin ! Cette bestiole n'était pas très dangereuse. Seulement, contrairement à celui des légendes terrestres, il s'agissait d'une petite horreur grande comme un bébé et ressemblant une gargouille miniature : la peau grise, une tête de démon cornu et volant grâce à des ailes membraneuses. Ce petit monstre attaquait en jetant des flammèches surgies de ses mains.
Shiro éteignit sa torche et tendit sa main gauche. Il se concentra un instant avant que Bakuya, l'épée jumelle de Kanshou apparaisse.
Le couloir de l'étage supérieur était droit, éclairé de loin en loin par des torchères. Il distingua une chauve-souris. Loin d'être aveuglée par la lumière, elle se jeta sur lui et il la trancha. Encore un monstre archétype...
Arrivé à mi-distance du coude qu'il distinguait à l'autre bout du passage, Shiro inspecta une porte dans la paroi de gauche. On aurait dis l'huis d'une prison avec un guichet grillagé et une épaisse serrure extérieure. Toutefois, comme il la tira, elle tourna sur ses gonds en grinçant.
La salle était de taille moyenne avec une grande statue grossière d'un mage assis sur un fauteuil faisant face à deux grandes cages en bois remplis d'ossements humains. Il y avait aussi une table avec une dague et un tas de pièces d'or.
Le rouquin intercepta une flammèche avec Kanshou, l'étincelle de feu ricochant sur la large lame. Le lutin qu'il avait entendu voletait là, tendant le bras vers lui. Courant, plié en deux, le Magus esquiva deux attaques par des crochets brutaux puis bondit en avant. Ses lames décrivirent un x dans l'air. Doublement frappé, le petit monstre piailla et tomba au sol.
Il se trouvait dans le repaire souterrain d'un groupe de corsaire. L'endroit baignait dans une ambiance particulière, malsaine. Les murs étaient nus, jamais décoré, et la plupart des pièces vides, sans aucun ameublement. L'éclairage provenait de globes de verre en partie remplis de sable où on avait planté des bougies. Ils étaient pendus par des chaînes au plafond, un peu partout. Parfois, il y avait des statues énigmatiques ou des autels de pierre noire. Dans les couloirs résonnaient une cacophonie de couinements de rats, de cris des chauves-souris et de pépiements de lutins. Ce véritable labyrinthe alternait des cellules de prison, des passages tournant en tout sens, des escaliers, des couloirs naturels, une bibliothèque et... des salles de tortures.
Dans l'une d'entre elles, Shiro fit face à son premier adversaire humain, un voleur en armure de cuir gris, les traits masqués par un capuchon. La salle avec ses grands instruments de supplice couverts de sang séché écœura instantanément le rouquin. Il vit aussi un Magus qui gisait sur le sol, mort, et un amoncellement de corps découpés en morceaux un peu plus loin ! Trois têtes plantées sur des pieux le regardaient fixement.
Shiro se rappela le sous-sol de l'église Kotomine avec tous les mort-vivants qui alimentaient Gilgamesh en énergie. Il se rappela aussi de la discussion qui avait orienté toute sa vie. Alors un jeune garçon, Shiro avait affirmé à Kiritsugu qu'il deviendrait un Champion de la Justice et qu'il sauverait tout le monde. Son père adoptif - mourant- eut alors un pâle sourire. Il tenta de lui expliquer qu'on ne pouvait pas sauver tout le monde. Souvent le héros, pour protéger les innocents, devait tuer le méchant. Des mots simples... des mots destinés à un enfant. Il ne les avait vraiment compris qu'en voyant les horreurs perpétrées par Kirei Kotomine. Le faux prêtre avait semé la mort toute sa vie, sans remord, juste parce que c'était la seule chose qui lui permettait de tromper son ennui.
Au fond de lui, Shiro savait qu'il n'était qu'un faussaire poursuivant un idéal impossible. Il savait qu'il arriverait souvent après que des monstres comme Kotomine aient exercé pendant des années. Shiro avait aussi admis que pour sauver certains, il fallait en tuer d'autre... cela avait été un immense renoncement.
Tout ça était passé dans son esprit en un instant, avant d'être balayé par une rage froide.
Il se rua en avant, interceptant au vol la flèche tirée par le voleur.
- Qu'Azura t'emporte, sale N'gwah !
Un elfe noir ? Shiro modifia immédiatement sa garde, laissant une faille bien particulière dans sa défense. Les Dunmer apprenaient l'escrime auprès de deux grandes écoles que Shiro maîtrisait. Son adversaire mordit à l'hameçon. Ses pieds sur le sol, la position de sa main sur la garde de son épée, la manière dont se plaçaient ses épaules... le Dunmer allait tenter le Coup de grâce d'Abernanit, une technique très célèbre de l'école des Exaltés, créée par le Trois fois Bénis Rangidil.
Le voleur elfe noir feinta pour éloigner Bakuya et Shiro feignit de tomber dans son piège. Puis comme son ennemi attaquait, il se jeta en arrière tout en lâchant Kanshou. Le sabre chinois effleura son adversaire en tourbillonnant. Le criminel pensait l'avoir vaincu et se jeta en avant juste pour voir l'arme de Shiro s'évanouir en particules bleues. Pourtant, le Magus n'était pas pour autant les mains vides... il tenait à présent une lance de bois rouge, à la pointe aiguë.
Gae Bolg était devenu un des Noble Phantasm préféré de Shiro au cours des dernières années. La lance était légère, elle permettait d'avoir une bonne allonge et pouvait même être jetée. En plus, elle ne demandait pas beaucoup d'énergie pour être tracée. Même sans être utilisée comme un Noble Phantasm, la lance de Cù Chulainn provoquait des blessures maudites, très douloureuses et inguérissables.
Le voleur fut surpris par le changement instantané d'arme et recula alors que Shiro changeait complètement de style de combat. D'un seul coup, l'elfe noir faisait face à un loup rapide, implacable, qui se tenait dans le tourbillon d'une lance irradiant une soif de sang brutale.
Se servant de Gae Bolg comme d'une perche, Shiro sauta à coté du Dunmer et le frappa d'un coup de pied en pleine poitrine. Le voleur roula au sol et se releva en lâchant son arme :
- Grâce !
Le Magus aux yeux d'ambre le considéra un instant, puis abandonna sa position semi-accroupie pour laisser la lance rouge reposer sur son épaule... imitant la décontraction habituelle de Lancer. Sans un mot, shiro se retourna et marcha lentement vers l'escalier... laissant une chance au voleur. S'il avait été intelligent, il n'aurait pas bondi sur son arme et cherché à la lui enfoncer dans le dos.
Gae Bolg tourbillonna comme une hélice d'avion, parant l'attaque, puis Shiro sauta... enfonçant la pointe écarlate dans le cœur de l'ennemi.
Le forgeron aux yeux d'ambre affronta ensuite des archers portant des pagnes de fourrure, des casques d'acier et des gantelets. L'arc noir qu'il traça les cloua au mur.
Shiro atteignit ensuite une immense salle du trône dont la voûte se perdait dans les hauteurs. Une des colonnes de pierre blanche, fragilisée par le temps, s'était brisée. Le tronçon qui s'était détaché était deux fois plus épais qu'un tronc humain. En tombant, il avait creusé une large dépression dans les pavés du sol.
Un long escalier majestueux permettait d'atteindre un trône éclairé par des chandeliers pendus au plafond. Leurs lumières révélaient des bannières ornés d'une fleur de lys et d'une croix verte, assez grandes pour servir de voile à un navire.
Qui avait construit ce Dungeon et pourquoi ? L'endroit terrible et majestueux lui paraissait bien trop impressionnant pour héberger des rats et des voleurs.
Discrètement, Shiro traversa la pièce en passant d'une ombre à l'autre. Il découvrit une silhouette près de l'estrade du trône... un squelette humain faisant les cent pas entre les deux escaliers qui, de part et d'autre du trône, montaient vers des portes près du plafond. Le mort-vivant était fait d'os nus, jaunis, mais ses orbites brillaient d'une lueur surnaturelle. Il tenait une épée rouillée et un bouclier de bois renforcé d'un cerclage de fer.
Shiro invoqua une nouvelle fois l'arc d'Archer et lui fit exploser la tête. Les squelettes étaient peu vulnérables aux flèches, il s'agissait du seul endroit où les toucher.
Il monta les marches du monumental escalier, repoussant l'attaque d'une chauve-souris grâce à Kanshou et Bakuya.
Sur Terre, une démonstration aussi prolongée de ses talents l'aurait complètement mis à plat. Il était né avec 27 Circuits Magiques... un chiffre déjà très moyen. Comme les instructions de Kiritsugu avaient plus eu pour but de le faire renoncer à apprendre le Magecraft qu'à le lui enseigner, il avait cru qu'il fallait créer des Circuits Magiques en se servant de ses nerfs avant chaque utilisation du Magecraft. Une technique inefficace et dangereuse qui, en plus, l'avait empêché d'utiliser ses vrais Circuits Magiques. Résultat, ils s'étaient atrophiés. Au cours de la Guerre du Graal, il avait à peine réussis à produire trente unités de prana par circuit.
Les choses avaient changé, sur Nirn. Il avait ouvert ses Circuits Magiques dès la petite enfance, et ils fonctionnaient à présent à pleine capacité. Chacun pouvant produire 75 unités de prana. S'il avait encore été le Master de Saber, il n'aurait eu aucune peine à lui fournir les 2000 unités nécessaires à l'activation d'Excalibur.
Arrivé au trône, Shiro l'examina. Derrière le dossier, il y avait des rails verticaux et des signes d'usure comme ceux provoqués par un frottement. Découvrant un levier, le Magus le tira. Avec un grincement, toute la plate-forme sur laquelle se trouvait le trône commença à grimper. Il s'agissait d'une sorte d'ascenseur.
Une galerie cachée par les ombres se trouvait sous le plafond. De là, un des couloirs standards du Dungeon montait vers la surface. Il lui fallut éliminer quelques uns des commensaux des corsaires et une assassin argonienne avant de découvrir la porte de sortie du labyrinthe souterrain.
La nuit l'accueillit.
Masser (la grosse lune rouge) et Secunda (la petite, bleue et verte) baignaient une lande d'herbe haute de leur étrange clarté mêlée. Sur sa droite se trouvaient des ruines érodées par le temps, dominant la falaise où s'était éventré son navire. La tempête avait disparu et seuls quelques rares nuages cachaient encore les étoiles.
Il y avait un chemin caillouteux. Shiro le suivit jusqu'à un panneau indicateur surmonté d'un corbeau endormi.
Gothway Garden, 16 miles.
Et bien, ce ne serait pas la première fois qu'il marcherait toute la nuit.
Note de l'auteur : J'ai décidé de ne pas traduire le nom des petites localités qui n'ont jamais eu droit à une traduction officielle en français.
