Tout le Mal du Monde

La salle du conseil royal était adjacente à celle du trône. Le roi Eadwyre y siégeait sous les bannières de la Ménévie, dans un haut fauteuil face à l'entrée. Les autres seigneurs prenaient place le long de deux tables, laissant le centre de la pièce vide.

Lorsque les deux hallebardiers ouvrirent la porte, Saber entra d'un pas vif, sans regarder à droite et à gauche. Le silence se fit à son arrivée. Les conseillers royaux avaient déjà eu l'occasion de la voir plusieurs fois. Néanmoins, elle était si jolie que tous perdaient le souffle à la regarder. Les hommes par admiration, les femmes aussi... mais non sans jalousie. Il leur était cependant difficile d'accepter qu'elle ait tué des ogres et des vouivres, du moins jusqu'à ce qu'ils remarquent son absence de nervosité à l'idée de comparaitre devant le conseil du roi. Vêtue de mailles de fer, portant le tabard orné des trois roses de Ménévie, Saber mit un genou à terre, la main posée sur le pommeau de son épée, son heaume au creux du bras :

- Moi, Artoria Pendragon, chevalier de la Rose, réponds à votre convocation, ô mon roi.

Le vieux roi fit un simple geste de la main :

- Relevez-vous, dame Artoria.

Avec une grâce régalienne, la jeune femme obéit pour faire face au souverain de Ménévie. Derrière elle, les gardes de la porte annoncèrent : " Rin Tohsaka, invocateur de la guilde des Mages de Torrent". Toujours vêtue de sa superbe robe rouge et noire, la Magus glissa sur le long tapis pourpre et fit une révérence avec juste ce qu'il fallait d'humilité... Rin était pétrie d'orgueil.

- La magie de la guilde est au service de Votre Majesté.

- Damoiselle Rin, vous pouvez vous relevez.

- Merci.

Les étonnants yeux turquoise de la jeune japonaise réincarnée balayèrent l'assistance : des courtisans de haut rang, les capitaines de l'ost royal, le grand prêtre de Zenithar.

Elle eut un léger signe de tête pour les saluer, puis se retourna vers son royal hôte :

- Votre Majesté, on nous avertit à notre entrée dans le manoir royal que tirer une arme ou pratiquer la magie est une grave offense. Néanmoins, si vous le permettez, j'aimerais donner un peu... disons d'intimité à notre réunion. Nous ne voudrions certainement pas que des goujats avec des boules de cristal puissent rapporter ce que nous allons nous dire, n'est-ce pas ?

Le roi Eadwyre plissa les yeux et se tourna vers son épouse, la reine Barenziah. La belle elfe noire hocha la tête et le souverain fit à son tour un geste d'acquiescement. Rin sourit puis ferma à demi les yeux avant de murmurer une incantation, une main tendue en direction de la porte, l'autre posée sur son cœur :

- Das Schließen Vogelkäfig Echo.

Les murs de pierre garnis de tapisseries, la double porte, furent recouverts d'une sorte de membrane violette légèrement lumineuse, traversée d'étincelles. Un Bounded Field. Comme les conseillers du roi regardaient autour d'eux avec un rien d'inquiétude, Rin eut un sourire tors :

- N'ayez crainte, ce sortilège n'a rien de permanent. Il empêche juste de nous espionner... et de sortir de la pièce. J'espère que...

Elle s'interrompit brutalement et se tourna vers Saber - en train de soupirer d'exaspération- tout en se frottant le bras... là où elle venait d'être pincée. La jeune chevalière la connaissait trop bien et venait de l'empêcher de terminer sa phrase " J'espère que personne n'aura besoin de satisfaire une envie pressante". Rin avait encore à apprendre comment se conduire devant un roi.

Le monarque avait réuni son conseil pour écouter Artoria demander un navire pour rejoindre Balfiera, à la recherche de la tombe de Corvus Direnni... et d'Excalibur. Rin intervint en premier :

- Angra Mainyu, également appelé Ahriman, serait un dieu venu d'Aetherius, au-delà des Royaumes Extérieurs. On le dit père de l'illusion et de l'erreur, du mensonge cosmique, l'esprit trompeur, l'esprit des Ténèbres, du Mal et de la Mort. Son nom vient d'Ahra Manyu qui veut dire "fureur agressive"(1). Toutefois...

Rin s'interrompit balayant du regard les conseillers et le roi qui lui répondirent de coups d'œil inquiets.

- Toutefois... cet Angra Mainyu serait une falsification faite de main humaine. Artoria ?

Saber acquiesça et reprit la parole :

- Messeigneurs, je vous invite à considérer avec prudence ce qui va suivre. J'ai parlé avec Angra Mainyu et il m'a raconté son histoire. Je ne devrais point avoir à insister auprès de cette noble assemblée quant au titre de "prince du mensonge" que l'on donne à cet esprit des Ténèbres.

Les conseillers et le roi s'entre-regardèrent, puis le souverain acquiesça, faisant signe à Artoria de poursuivre. La jeune femme raconta que sur un monde lointain (la Terre) une secte de fanatiques choisit un adolescent pour faire de lui le bouc émissaire de tous les pêchés. Croyant que le mal existait en quantité limitée, ils pensaient que le charger de six milliards de malédictions (2) les épargnerait au reste du monde. Au lieu de ça, ils condamnèrent une âme innocente à se nourrir du mal. Là où il se trouvait les épouses trompaient plus souvent leurs maris, les maris trompés tuaient les amants, les juges condamnaient à morts les cocus meurtriers, les juges étaient tués dans des vendettas, les vendettas dégénéraient en guerre. Même la mort ne le délivra pas et il devient Avenger, l'esprit de la vengeance invoqué dans une guerre entre mages pour la possession d'une coupe magique exauçant tous les vœux. Le maudit, trop faible par rapport aux véritables héros appelés par les autres participants, fut vaincu et absorbé par la coupe magique... qui le prit pour le vœu de l'humanité : créer un dieu incarnant Tout le Mal du Monde.

- Il aurait fini par arriver sur Nirn pour y achever sa transformation. Lors du rêve que m'a envoyé Mara, j'ai appris que les Aedra seraient impuissants contre Angra Mainyu parce qu'ils se seraient liés à Nirn lors de sa création et qu'Avenger viendrait de l'extérieur.

Rin reprit la parole après Saber :

- Le reste n'est que déduction, néanmoins nous pouvons tenir pour assuré que le but de la guerre actuelle est tout simplement de nourrir Angra Mainyu. Meurtres, tortures, viols, pillages, destructions pour le goût de la destruction, chagrin, terreur, fuite, enfants abandonnés qui pleurent... c'est un fleuve de malédictions qui se déverse sur Nirn. En un cercle vicieux, cela rend Avenger plus puissant. Et plus Angra Mainyu croit en force plus il sème la haine, l'envie, le désir de vengeance qui sont le levain des guerres... conflits qui le nourrissent à leur tour.

Le vieux roi Eadwyre était pâle comme la mort et ses mains tremblaient :

- Vous...

Il inspira pour reprendre son calme :

- Vous avez dit que cette épée... cette Excalibur peut le vaincre.

Saber répondit:

- Lorsqu'Angra Mainyu aura pris assez de puissance pour se matérialiser sous une forme tangible, il sera vulnérable.

Une main passée sur son ventre, un doigt levé, Tohsaka poursuivit :

- La plupart des armes et des sortilèges seraient toutefois inefficaces pour détruire un être sur le point de devenir le Suprême Principe du Mal. Cependant, Excalibur est une arme aussi étrangère à Nirn que l'est Avenger. Plus, il s'agit d'une lame forgée à partir d'un fer météoritique - un fragment d'Aetherius- par des créatures appelées "fées". Lesquelles sont l'équivalent, sur leur monde d'origine, des Ehlnofeys les "Os de la terre" qui ont formé Nirn telle qu'elle est actuellement. Excalibur est donc un fragment du "Tout" forgé par l'incarnation du "Monde". Ce que l'on appelle un Last Phantasm. Excalibur révèle sa véritable puissance lorsqu'elle est utilisée pour combattre un danger qui menace le monde. Si Angra Mainyu est un poison, Excalibur en est l'antidote. Seulement... seule Artoria Pendragon peut utiliser Excalibur.

- Pourquoi, demanda un conseiller ventripotent.

Rin haussa les épaules :

- Parce qu'Artoria est née pour cela... Oui, je sais cela ne veut pas dire grand chose. Considérez les pouvoirs qu'elle a révélé et le fait que Mara lui ait donné la tâche de retrouver Excalibur. Ce sont des preuves plus que suffisantes. En tout cas, seule Artoria peut porter Excalibur et seule cette lame sacrée peut détruire Avenger.

Jusque là, Barenziah avait écouté silencieusement, mais elle prit soudain la parole :

- Vous ne pouvez pas en dire plus, ou vous ne voulez pas, damoiselle Tohsaka ?

Rin eut une hésitation, jetant un regard à Saber qui n'échappa pas à la reine dunmer, puis soupira :

- Vous avez raison, je ne veux pas.

Barenziah resta pensive un court instant :

- Lorsque Jagar Tharn trahit l'Empereur et l'exila en Oblivion pour prendre sa place lors du Simulacrum impérial, les dieux envoyèrent un héros, le Champion de Tamriel. À cette époque aussi la désignation de ce héros reposa entre les mains d'une seule personne, le fantôme de la sorcière Ria Silmane. Cela n'est pas à nous de remettre en cause la sagesse des Aedra.

La reine se leva :

- Il faut refermer les mâchoires d'Oblivion !

Le vieux roi quitta son fauteuil, prenant la main de son épouse :

- Il faut refermer les mâchoires d'Oblivion.

L'un après l'autre, les conseillers imitèrent leurs souverains pour confirmer leur accord.


La princesse Morgiah venait d'une illustre lignée. Sa mère, Barenziah, était reine de Morrowind (le pays des elfes noirs) et de Ménévie par son mariage avec le roi Eadwyre. Son frère aîné, Helseth, serait un jour roi de Morrowind. Quant à son père, le général Symmachus, il avait servi Tiber Septim et plusieurs générations d'Empereur de Tamriel jusqu'à sa mort des mains de paysans en révolte à l'époque du Simulacrum Impérial.

De ses parents, Morgiah avait hérité la peau gris cendre, les yeux rouges et les oreilles pointues caractéristiques des Dunmers. Elle tenait sa beauté de sa mère, et sa détermination de son père. Néanmoins, son caractère ne s'embarrassait pas de la timidité et de l'innocence qui avait fait le charme de sa mère dans sa jeunesse. Au contraire, il s'agissait d'une petite personne manipulatrice, rusée et égoïste, dotée d'une ambition peu commune.

Drapée dans une longue robe rouge, dénudant largement ses épaules, ses cheveux d'ébène balayant la moitié de son visage, Morgiah marchait suivie de son chat noir, son familier.

Personne ne pouvait entrer au manoir de Refuge sans que cette araignée tende ses fils dans l'espoir de saisir le nouveau venu dans la toile de ses intrigues. Bien évidemment, la princesse s'était intéressée à Artoria.

Comme sa mère sortait de la salle de réunion, elle lui fit son plus beau sourire et s'informa de la tenue de la conférence... secrète. Mais n'en tira que quelques généralités. Morgiah n'en était guère surprise. Sa mère ne se montrait plus aussi naïve que dans sa jeunesse. Bien au contraire, les Dunmer étaient des intriguant nés et des expériences malheureuses avaient permis à Barenziah d'exceller dans ce domaine.

- Oh, tant que j'y pense, j'ai découvert la date de naissance de dame Pendragon et j'en ai profité pour faire son thème astral.

Barenziah se retourna vers sa fille :

- As-tu appris quelque chose d'important ?

- Oh oui ! Elle est née le jour de la mort du roi Lysandus. Les signes entourant sa naissance disent "Le jour de la mort d'un grand roi naitra un grand roi".

Morgiah souriait en secret de la réaction de sa mère... dame Pendragon pouvait déjà lui être utile en raffermissant la confiance de la reine envers sa fille. Quant à Barenziah, elle se rappelait de Tiber Septim et de Symmachus, son premier époux. Tout deux, bien que d'humble extraction, avaient tenus le destin du continent entre leurs mains. Au moins, cela répondait en partie aux questions que se posait la reine. Les armes de légende étaient bien supposées être tenues par de grands rois.

Un coche tiré par quatre chevaux avait quitté le manoir royal sous le couvert de la nuit. Il avait la forme d'un tonneau monté sur quatre roues à rayons. Les voyageurs prenaient place sur un banc rembourré et - normalement- pouvaient regarder l'extérieur par une large ouverture. Cependant, les rideaux étaient tirés empêchant les habitants de distinguer les passagers. Ils pouvaient juste voir le cocher monté sur le premier cheval et les gardes de Refuge qui escortaient le véhicule.

À L'intérieur, Rin Tohsaka et Artoria Pendragon faisaient un étrange contraste. Si la première babillait, visiblement heureuse de l'aventure qu'elle vivait, la seconde avait les traits figés. Attitude habituelle lorsqu'elle " prenait sur elle" cachant ses véritables émotions. Souvent cela voulait dire que Saber assumait des choix difficiles, laissant les autres dans l'ignorance pour les protéger. Une attitude qui était souvent prise pour de la froideur ou du désintérêt... à tort.

Dans un tic habituel, Rin rejeta dans son dos une de ses couettes, considérant son amie avec attention. Elle ne portait plus sa robe mais un pull à col roulé rouge orné d'une croix blanche, une mini-jupe noire et des bas de même couleur. La tenue habituelle de la Magus au cours de la Cinquième Guerre du Graal.

- Alors qu'est-ce qui ne va pas ?

Saber ouvrit de grands yeux, surprise par la question. Même après toutes ces années, elle n'avait toujours pas l'habitude que des gens la percent à jour... ou en tout cas osent l'interroger. La chevalière soupira :

- Je suis inquiète. Crois-moi, je ne souhaite pas être indispensable à la défense de cette ville, cependant le fait est là. Mes actions ont sauvé plusieurs fois Refuge. Vont-ils pouvoir résister pendant notre absence ?

- Oh ? Ma sœur et Archer ne devraient pas tarder à arriver pour nous remplacer.

Artoria pencha la tête sur le côté :

- Ta sœur ?

- Sakura Tohsaka.

Les yeux plissés et arborant son sourire maléfique breveté, la Magus semblait se délecter de la réaction de son amie.

- Sakura ? Tu veux dire l'amie de Shirou ? Vous êtes sœurs dans cette vie ?

L'attitude de Rin changea, remplacée par du malaise et de la tristesse. Elle se frotta le bras dans un geste machinal, détournant les yeux :

- Dans la précédente aussi. Mon père a fait adopter Sakura par les Matou. Il pensait lui offrir une vie de Magus au lieu de l'ignorance... en fait, elle a connu un voyage en enfer. C'était Sakura le véritable Master de Rider pendant la Guerre du Graal. Son frère adoptif, Shinji, n'avait pas de Circuits Magiques lui permettant de fournir du Prana à un Servant, il n'a donc pas été choisi par le Graal pour être un Master. Sakura a invoqué Rider puis a utilisé une de ses Marques de Commandement pour créer le Livre du Faux Attendant qui permis à Shinji de contrôler le Servant de Sakura.

Saber se souvenait du cahier que tenait Shinji pendant son premier affrontement contre Rider. Il ne faisait pas qu'à lier le Servant. Le faux Master s'en servait aussi pour projeter des sortes de lames de guillotine faites de prana. Heureusement, Shiro avait aisément vaincu Shinji, obligeant Rider à utiliser son Noble Phantasm pour le sauver et prendre la fuite. Toutefois, cela n'expliquait pas ce "voyage en enfer" de Sakura mentionné par sa... sœur. Artoria observa Rin qui fuyait toujours son regard et décida de ne pas insister. Le sujet semblait sensible.

- Je vois.


Le cocher saute au sol pour ouvrir la porte arrière du coche, arrêtée dans une venelle du port. S'inclinant une main sur le cœur : " Dame Pendragon, dame Tohsaka, voici votre navire : La foulée de Phynaster ".

Le cocher désigne un navire amarré à la jetée entre deux caraques ventrues. Il s'agit d'une caravelle bien reconnaissable à son gréement: une voile carrée au grand mat, une voile latine sur antenne à l'arrière, lui permettant de virer serrer. Il s'agit d'un petit navire, mais il est visiblement bien entretenu. " Son capitaine s'appelle Kelmen et on peut compter sur lui. Toutefois, vous devez monter secrètement à bord. Vous avez rendez-vous avec son second dans cette taverne, dépêchez-vous d'entrer avant que l'on s'aperçoive de notre arrêt."

Sans discuter les deux jeunes femmes se dirigèrent vers l'auberge du port. Dans la pénombre de la nuit, on ne discernait aucune lumière. Les volets étaient fermés. Cela n'avait rien d'étonnant. Le port se trouvait hors des murailles, construit entre celles-ci et la rive. La plupart des habitants avaient pris la fuite pour se réfugier derrière les murs de Refuge. Néanmoins, les orques n'avaient pas cherché à attaquer par là, vu qu'ils ne pouvaient pas se déployer.

La main sur le pommeau de son épée, Artoria poussa la porte sans qu'il n'y ait de résistance. À l'intérieur de l'auberge du port, les ombres semblent s'être solidifiées. La seule source de lumière est la porte ouverte, permettant juste de discerner des tables entourées de chaises et les reflets des bouteilles abandonnées ici et là.

- Dame Pendragon, dame Tohsaka, fermez la porte. Je suis Rodoryan, je vous attendais.

Comme la chevalière obtempère, se positionnant tout de même entre le marin et Rin, on entend battre un briquet à percussion. Le choc entre l'acier et le silex fait naître une étincelle qui enflamme la mèche d'une lampe à huile. Un homme au visage trempé de sueur se tient nerveusement dans la lumière :

- Je suis Rodoryan, le second de La Foulée de Phynaster. J'ai ordre de vous conduire à bord en toute discrétion, mais d'abord, je dois m'assurer que vous êtes bien le chevalier de la Rose appelé Artoria Pendragon et l'Invocateur de la Guilde Rin Tohsaka. Pouvez-vous me donner une preuve de vos identités ?

La Magus grimace, peu amusée à l'idée de faire une démonstration. Regardant les souris qui trottaient sur le sol, guère effrayées par la proximité des humains, elle usa d'un peu d'hypnose sur les animaux. Aussitôt, les rongeurs se mirent... à danser.

- Est-ce suffisant ?

Rodoryan eut un petit rire avant de se tourner vers Saber. Cependant, cette dernière montrait un visage de marbre et venait de se tourner, épée en main, vers une porte conduisant à l'arrière boutique :

- Les gens dans la pièce à côté sont-ils vos amis, messire Rondoryan ?

L'homme battit en retraite de quelques pas tandis que l'huis s'ouvrait en grinçant pour laisser passer un parti de costauds habillés de vêtements chamarrés mais sales et éliminés. Des Rougegardes, sabres d'abordage en main, portant bandanas et boucles d'oreille... ils auraient porté une pancarte "pirate", qu'ils n'auraient pas affichés plus clairement leur profession.

Rodoryan sourit nerveusement :

- Votre instinct de combat n'est pas... pas à sous-estimer, je vais prendre ça pour une preuve de votre identité.

Il tendit le doigt vers elle, les désignant à ses complices :

- Tuez-les !

Les Rougegardes prétendent être les meilleurs guerriers de Tamriel (les Orques et les Nordiques aussi... mais on va dire qu'ils sont jaloux). En tout cas, ces humains à peau noire forment la plus endurante des races mortelles. Ce qui leur permet de combattre plus longtemps que leurs adversaires.

Néanmoins, ils faisaient pâle figure face aux deux femmes qui leur tenaient tête :

- Gandr !

Plusieurs projectiles noirs entourés d'une aura rouge passèrent au-dessus des tables pour percuter deux pirates qui se ruaient sur Rin. La malédiction runique matérialisée par le magecraft de Rin les arracha du sol, les projetant plusieurs mètres plus loin.

Artoria avait bondit en avant. Un cri grave semblable au "kiai" d'un maître d'art martial se fit entendre comme elle maniait son épée bâtarde à deux mains. Le premier flibustier réussit à parer mais sa lame vola en éclat et il s'effondra dans une gerbe de sang. Saber tourbillonna comme un derviche, sa lame décrivit une parabole et ouvrit la poitrine d'un deuxième adversaire.

Une poignée de secondes s'étaient écoulées depuis le début du combat et quatre hommes gisaient morts ou mourants. Rodoryan et les deux derniers pirates n'hésitèrent pourtant pas à se jeter en avant. Mais Rin avait tiré un cristal vaguement lumineux de l'étui accroché sous sa jupe. Murmurant quelques mots en allemand elle le jeta... le spath se désagrégea en une pluie de paillettes étincelantes qui retomba sur les hommes qui s'immobilisèrent pris chacun dans un cube d'air solidifié.

- Je vais signaler à Sakura la présence de ces hommes en pourra les interroger.

Artoria acquiesça à la remarque de Rin :

- Leur prison va durer longtemps ?

- Plusieurs heures, mon magecraft est très efficace sur Nirn.

La femme chevalier examinait les pirates gisant au sol, et fronçant les sourcils, relevant leurs manches.

- Chacun d'eux à un serpent tatoué au poignet droit.

- Probablement la marque de leur bande...

Rin allait dire quelque chose de plus mais s'immobilisa derrière le comptoir. Elle venait de découvrir une forme allongée recouverte d'un drap souillé d'une tâche sombre et humide. La Magus souleva le textile et grimaça :

- J'ai trouvé un mort en vêtement de marin... je te parie un repas dans la meilleure auberge de la ville qu'il s'agit du vrai Rodoryan.

Une expression de gourmandise déçue traversa le visage d'habitude serein d'Artoria :

- Je ne relève pas le pari, tu as probablement raison.

Il fallut faire preuve de bagout pour monter à bord de La foulée de Phynaster. Le capitaine Kelmen finit cependant par leur en donner la permission après qu'elles aient raconté leur histoire. Le marin bréton eu une expression amère, caressant nerveusement son épaisse barbe brune :

- L'homme que vous avez trouvé mort ressemble bien à Rodoryan. Je crains que nous nous embarquions dans une traversée éprouvante. Des ennemis veulent vous empêcher d'arriver à bon port et avant même que nous ayons quitté Refuge, j'ai perdu un excellent second... et un ami.


Après être remontées sur le pont pour regarder les tours de Refuge s'éloigner au loin, Artoria et Rin discutaient sur le château arrière. La chevalière était particulièrement intriguée par le sortilège que son amie avait employé :

- Tu n'utilises plus de joyaux ? Tu as jeté un cristal dans la taverne, pas une pierre précieuse.

Tohsaka sourit :

- Le faux Rodoryan avait raison, tes perceptions sont extraordinairement aiguisées.

Elle tira plusieurs macles cristallines de sa bourse et les montra à Saber :

- Il s'agit de Cristaux Spirituels. Tu sais ce que c'est ?

- Oui, on s'en sert pour les enchantements d'armes et d'armures. Je crois qu'ils contiennent des âmes d'animaux et de monstres capturés.

Rin hocha la tête :

- Exactement. Pourquoi je m'épuiserais à infuser mon prana dans des pierres précieuses hors de prix, alors qu'il existe des sources d'énergie plus pratique ? J'ai mis au point un rituel qui, avec seulement quelques gouttes de mon sang, me permet de modifier des Cristaux Spirituels chargés pour m'en servir comme des pierres précieuses si typiques du magecraft de mon maître Zelretch.


Le navire vogua toute la journée et la nuit suivante. Réveillée par les goélands, Artoria s'habilla mais n'arriva pas à pousser son amie à quitter son lit. Même quant elle la secoua, Rin se contenta de murmurer quelque chose qui ressemblait à peu près à "cinq minutes".

Amusée, la chevalière laissa son amie serait contre elle son oreiller et vint prendre son petit-déjeuner en compagnie du capitaine Kelmen.

Tout en la regardant avec effarement engloutir de quoi nourrir quatre membre d'équipages - le tout avec des gestes parfaitement élégants - le marin l'assura que le navire filait bon vent et serait avant demain en vu d'Upvale, le port de l'île de Balfiera.

Lorsqu'elle eut terminé sa " petite collation", Kelmen lui tendit une longue-vue pour qu'elle observe la "Pointe des Naufragés", l'extrémité sud-ouest de l'île. Comme Saber regardait avec une attention frissonnante les récifs et les falaises jonchées d'épaves jetées sur ses côtes par les tempêtes, elle ne put s'empêcher d'imaginer les scènes terrifiantes qui se sont produites en ces lieux.

Voyant un mouvement dans le ciel, Saber découvrit un étrange nuage qu'elle observa quelques instants avant de comprendre sa vraie nature :

- Des vouivres !

Toute une volée de ces monstres venait de prendre l'air depuis le sommet des falaises où ils nichaient. Et ils volaient dans leur direction !

- Aux armes, cria le capitaine Kelmen.

Dégainant son épée, Artoria se positionna sur le pont, attendant l'attaque. Alors que Rin - enfin arrachés au sommeil- murmurait une incantation à ses côtés. Elle jeta une gemme spirituelle vers le groupe de vouivres qui plongeaient vers La foulée de Phynaster. Plusieurs monstres tenaient entre leurs serres un filet rempli de combattants qu'ils se préparaient à lâcher... sauf que le cristal lancé par la Magus se métamorphosa en une nuée de dards argentés qui firent un massacre parmi les monstres ailés.

De nombreux gobelins furent également tués ou tombèrent à l'eau. Il y en avait tellement que les survivants suffisaient à mettre l'équipage en difficulté... sauf qu'une véritable tornade humaine s'abattit sur eux. Artoria Pendragon était incroyablement vive et rapide. Elle virevoltait, semblant danser avec sa lame. Un spectacle magnifique... n'eut été les cris de douleur et de terreur des humanoïdes qui s'effondraient autour d'elle, l'aspergeant de sang.

En quelques instants, la chevalière avait fait le vide parmi ses assaillants et les humanoïdes retraitaient. Elle les poursuivit. Sa lame perça des poitrines, fit sauter des têtes et trancha des corps en deux, comme elle volait au secours des marins. Pris de terreur, les monstres survivants lâchèrent leurs armes et sautèrent à l'eau, préférant de loin nager en armure jusqu'à la côte que l'affronter !

Néanmoins, les gobelins étaient dirigés par un terrible maître. Un guerrier en armure de cuir, portant un masque de guerre s'avança vers Artoria. Il brandit une terrible épée noire et s'en servit pour faucher tout ce qui se tenait entre lui et sa proie, les marins de La foulée de Phynaster mais aussi les humanoïdes.

Écœurée du comportement de l'ennemi, Saber laissa parler sa colère. Néanmoins, le sauvage masqué para son impétueuse attaque et la repoussa avec une force égale à la sienne. Le guerrier barbare vociférait et lui porta un coup terrible, la faisant chanceler. Sa lame trempée de sang, le tueur fou éclata de rire tandis qu'Artoria sautait de côté, une main sur la hanche, la ramenant poissée d'écarlate.

Il revint en courant, levant la terrible lame au-dessus de sa tête. Artoria plissa les yeux sous son heaume et... Prana Burst... elle bondit, avant de manier son épée comme une faux.

Cette fois, ce fut au tour du sauvage de reculer. Une profonde entaille sanglante marquait son torse. Il n'eut pas le temps de se ressaisir, car Saber se livra à une éblouissante leçon d'escrime. Bloquant l'épée de l'homme d'une main, elle le frappa au visage du pommeau. Puis, pivotant sur elle même lui décocha un violent coup de pied avant de l'empaler.

Vomissant du sang qui s'écoulait par les fentes de son masque, le barbare s'effondra à genoux avant de s'étaler de tout son long et s'immobiliser à jamais.

Avec la mort de leur maitre, les gobelins perdirent tout courage et face à la contre-attaque menée par Kelmen ne tardèrent guère à se débander. Même les vouivres s'éloignèrent à tire d'aile, peu désireux de continuer un combat à présent perdu.

Impressionné, le capitaine rejoignit Artoria en train de se faire soigner par Rin. Cette dernière tenait une gemme rayonnante dans sa peaume. Les yeux fermés, elle murmura : " Pflegen".

- Dame Pendragon, nous sommes fiers de vous avoir à notre bord. Sans vous, et sans dame Tohsaka, notre fier navire serait une épave de plus, éventrée sur la "Pointe des Naufragés".


(1) -asrá veut dire "agressif" en sanscrit.

(2) Gilgamesh dit 5,6 milliards de malédictions.