La mort aux trousses

Note de l'auteur : Comme les deux chapitres précédents, le texte qui suit continue l'odyssée, digne de celle d'Ulysse, de Rin Tohsaka et Artoria Pendragon autour de la Baie d'Illiaque. D'où une importante question : quelle est distance entre Refuge (le point de départ) et Daguefilante (le point d'arrivée) ? Et bien la superficie de la carte de The Elder Scrolls II : Daggerfall a été estimée par les joueurs à quelque 346 368 km², soit la superficie de l'Allemagne. Les deux villes doivent donc être éloignées de quelque chose comme 750 km. Une distance que l'on peut traverser en une à deux semaines par voie de mer, selon que les vents soient favorables ou non et en 35 jours de diligence, par voie de terre. Et oui, en une heure de voiture, vous faites l'équivalent de trois jours en diligence et six jours de marche à pied.


Une diligence ou pour être plus exact un "coche de diligence" est une énorme voiture tirée par six chevaux et pouvant embarquer huit passagers, un cocher et un postillon. Pesant plus d'une tonne, la diligence n'avait pourtant ni vitre, ni lanternes de cuivre. Les premières étant remplacées par de simples rideaux de cuir, et on n'avait aucun besoin des seconds.

En théorie, les diligences pouvaient parcourir jusqu'à 80 Km par jour... lorsque la pluie ne se mettait pas de la partie. Sinon, les passagers devaient marcher à côté du coche ou même le pousser. La moyenne pouvait alors tomber à moins de vingt kilomètres par jour.

La distance journalière était une caractéristique importante des diligences. Car, bien plus que les passagers, leur principale source de revenue venait du transport du courrier et une lettre devait arriver à destination avant que son contenue perde tout intérêt.

Sans doute cela expliquait les jurons vigoureux du cocher lorsque l'un des rayons de la roue avant se brisa sur un dos d'âne.

Heureusement, la diligence en transportait un exemplaire de rechange. Phillip et Ramer Mercier, les deux chevaliers du Dragon prêtèrent leur concours au conducteur pour remplacer la roue endommagée. Saber avait proposée son aide, mais les deux aristocrates brétons refusèrent avec véhémence. Ils pensaient sans doute que des chevaliers dignes de ce nom ne pouvaient laisser une femme travailler... Les yeux durcis, le visage figé, Artoria leur répondit qu'elle aussi était chevalier et que cela venait avant, bien avant, le fait qu'elle soit femme.

Néanmoins, la jeune fille ne renouvela pas son offre, choisissant de marcher le long de la route, sans doute pour ventiler sa colère.

La diligence avait été contrainte de s'arrêter dans un endroit dangereux, un défilé taillé pour le passage de la route par les légionnaires impériaux et les prisonniers de guerre. En trois siècles d'intempéries et de gel, les deux falaises taillées à la pioche et à la barre à mine s'étaient fendillées et des blocs instables menaçaient de se détacher. Bien entendu, il n'y avait que peu de chance qu'un éboulement se produise juste au moment où le coche était immobilisé...

Sauf que Rin et Saber étaient poursuivies par toutes les malédictions du monde...

Le chevalier n'eut que le temps de prévenir, en voyant les premiers blocs se détacher et rebondir sur la pente, entraînant davantage de rochers qui ricochaient au milieu de la poussière et des cailloux. Les deux chevaliers, encore jeunes, réagirent avec vivacité. Le cocher évita lui aussi les rochers... Hélas, on ne pouvait demander aux chevaux de garder leur calme alors que de grosses pierres tombaient autour d'eux. Ils voulurent s'enfuir... sauf qu'avec une roue en moins la diligence ne pouvait aller bien loin. Il y eut un craquement comme le vérin qui soulevait le véhicule se brisa... avant qu'il ne retombe sur le cocher.

Artoria s'était précipitée. Néanmoins, au premier coup d'œil, elle comprit qu'il n'y avait plus rien à faire. Seul le haut du corps de l'homme sortait de sous la diligence et une flaque de sang s'élargissait rapidement.

En dépit du liquide rouge qui suintait à ses lèvres, le cocher fixait Saber d'un regard implorant tout en en essayant de parler. Elle colla son oreille à sa bouche et saisit quelques mots : " Pas... un accident... des hommes... sur la falaise... provoqué le..." il expira sans terminer, mais il n'y avait pas besoin d'une grande imagination pour compléter.

Le cocher fut enterré au bord de la route. La roue changée et, après que le postillon ait pris la place du conducteur, la diligence repartit.

Assise dans la cabine à côté de Rin, Artoria regarda discrètement les autres passagers. On avait tenté de les tuer... Saber comprenait que l'on attaque une diligence ordinaire pour la dévaliser. Néanmoins, elle ne trouvait aucun sens à cette attaque sauf... sauf si on voulait l'empêcher de retrouver Excalibur.


Avant le soir, ils atteignirent le village d'Oxwich. Il s'agissait d'un regroupement de quelques maisons autour d'une rue centrale. À part l'auberge qui servait de relais de diligence, il n'y avait qu'un magasin général, même pas de temple.

Le relais s'appelait " Le sorbier rouge". Il s'agissait d'un bâtiment miteux et branlant. Le sol de la salle principale n'avait pas été balayé depuis des lustres, et la taverne sentait la bière éventée, le graillon et la sueur. Un remugle qui donnait un haut-le-cœur à toute personne entrant dans ce misérable bouge.

Ce n'était pas la plus mauvaise auberge de la route... mais si Rin Tohsaka devait faire un jour un guide sur le sujet, elle lui donnerait un prix spécial. Alors que le tenancier, un petit Bréton borgne à l'air fourbe, la conduisait à la chambre qu'elle allait partager avec Artoria, la jeune femme se sentit défaillir à la vue de ses vêtements de marmiton d'une saleté repoussante. Voilà leur cuisinier pour cette étape...

Quant aux chambres... le parquet grinçait, les lits étaient bancals et les souris fuyaient dans le couloir à l'arrivée des visiteurs.

Comme le propriétaire du "Sorbier Rouge" s'éloignait, Rin se laissa tomber dans une chaise :

- Ce voyage est en train de me tuer.

La réplique avait vocation humoristique. Néanmoins, Saber se crispa légèrement :

- Rin... tu ne crois pas si bien dire.

En quelques mots, le Roi des Chevaliers lui raconta ce que le cocher lui avait confié avant de mourir et ses propres conclusions. Tohsaka ne parut pas surprise. Le menton dans son poing, elle regardait le sol d'un air pensif :

- Nos ennemis nous ont retrouvées très vite après le naufrage de La foulée de Phynaster. Il y a deux possibilités aussi inquiétantes l'une que l'autre.

Elle leva l'index :

- Soit Angra Mainyu nous suit à la trace, probablement par magie...

Rin leva le majeur :

- Soit il a une organisation répandue dans tout Haute-Roche... peut-être les deux... la magie pour nous situer, et des agents partout pour monter des embuscades, saboter nos véhicules ou nous attaquer aux étapes.

Saber montra un visage troublé, mais reprit bien vite son calme. Elle allait parler quant on frappa à la porte. C'était le propriétaire qui revenait avec un plateau sur lequel était posé deux écuelles de... quelque chose d'indéfini qui nageait dans un bouillon trouble et graisseux. Il posa ce qui devait être leur... repas (?).

- Bon appétit !

Il repartit. Laissant ses deux clientes plutôt mal à l'aise... La nourriture (?) dans les assiettes semblait vouloir fuir, sans doute offensée d'avoir était ainsi mal traitée par le soi-disant cuisinier. Saber avait l'air le plus malheureux du monde :

- Shiro ne m'a jamais autant manqué...

Les sentiments de la jeune femme chevalier suivaient un parcourt des plus étranges. La route la plus rapide pour atteindre son cœur passait par l'estomac. Cela dit, se soir là, Rin la comprenait parfaitement :

- Bon, restons positifs, ce n'est peut-être pas aussi mauvais que cela en a l'air... après tout ce serait difficile.

La Magus venait de ramasser les couverts et allait donner un coup de fourchette dans la... "chose" lorsque Saber lui saisit le poignet avec assez de vigueur pour que son amie pousse un petit cri.

- Rin... cela pourrait être encore moins comestible que tu ne le crois.

Du doigt, le chevalier montrait une goute de liquide jaune-vert sur le plateau :

- Est-ce que tu pourrais faire une analyse structurelle de ce produit ?

Après une hésitation, Tohsaka tendit la main au-dessus du plateau, les paupières closes pour mieux se concentrer :

- Strukturanalyse.

Elle rouvrit les yeux brutalement, sa peau prenant la teinte de la craie :

- C'est... un distillat de baie verte et de venin de scorpion géant du désert d'Alik'r ! Un poison mortel ! Qui... qui ?

Comme elle s'embrouillait, incapable de s'exprimer dans sa frayeur rétrospective, Artoria la prit dans ses bras, lui frottant les épaules :

- L'un des passagers de la diligence.

- Qui ?

La repoussant doucement, Saber lui parla sur un ton calme :

- Ce n'est pas important. Il nous faut partir.

- Maintenant ?

- Oui, immédiatement, avant que l'on tente une nouvelle fois de nous tuer. L'ennemi connait notre présence dans la diligence. Elle suit un trajet déterminé, aux arrêts prévisibles, qui lui donne trop d'occasions de frapper.

Artoria n'avait pas quitté son armure et ses affaires, quelques objets achetés en cours de route, tenaient dans une sacoche. Elle rassembla le tout avant d'aider Rin à en faire autant.

Le couloir et l'escalier étaient vides. On entendait des rires et des discussions dans la salle principale. Une odeur, peu appétissante, venait de la cuisine et Saber fit un effort pour repousser le fantasme vengeur d'y bouter le feu. Comme personne ne les avait remarquées, le Roi des Chevaliers ouvrit une porte de service. Dehors, la nuit régnait. On voyait des lumières aux fenêtres, mais les habitants ne ressortiraient sans doute plus avant le lendemain matin.

Maintenant, que faire ?

Un soldat de Daénia se tenait debout, appuyé sur son hallebarde, devant la tour de garde à l'entrée du village. Il ne fallait pas passer devant lui... même s'il ne les arrêtait pas, il se rappellerait de leur passage. Il restait quatre jours de voyage jusqu'à Daguefilante... en diligence. Hors de question de marcher, trop lent, cela laisserait le temps à l'ennemi d'organiser une poursuite et elles ne pourraient s'échapper.

Prenant Rin par le bras, Saber fit le tour de l'auberge. Oui... à l'entrée, un cheval sellé était attaché à un anneau près de la porte. Sans doute qu'un des habitués de la taverne venait d'une ferme proche.

- Tu as déjà monté à cheval ?

- Oui, mais...

- Plus tard !

Jetant des coups d'œil vers la fenêtre et la porte, d'où filtrait lumière et conversations assourdies, Saber raccourcit la longueur des étriers, monta, puis fit passer son amie devant elle. Au petit-trot, elle poussa leur monture vers la sortie du village. Elles venaient d'atteindre les dernières maisons, quand une voix furieuse s'éleva :

- Au voleur !

Saber se mordit la lèvre inférieure... "Le Roi Arthur, parangon de la chevalerie". Toute sa vie était un mensonge. Elle avait laissé les Saxons détruire des villages remplis d'innocents parce que cela lui offrait le temps nécessaire à rassembler ses troupes et préparer sa contre-attaque... alors voler un cheval, ce n'était certainement pas le pire qu'elle ait fait.


Presque une journée après leur fuite d'Oxwich, le cheval volé devant l'auberge trottait sur une route secondaire du royaume de Daénia. Selon les estimations d'Artoria, en dépit du poids des deux jeunes femmes qui alourdissaient la monture, il restait moins de trois jours de voyage jusqu'à Daguefilante. Soudain, une voix terrifiée monta du bas côté du chemin :

- À l'aide !

Comme électrisée par l'appel, Saber éperonna pour lancer leur monture en direction des arbres et des fourrés bordant le sentier. Rin ouvrit la bouche pour en appeler à la raison de son amie, mais la referma sans prononcer un mot. Un coup d'œil par-dessus l'épaule lui avait permis de reconnaître cet air de vaillante détermination qu'Artoria affichait lorsqu'elle faisait ce que demandait son serment de chevalier.

En fait, depuis la veille, Saber n'avait presque pas parlée. Elle vivait très mal d'avoir volé la monture d'un paysan. Malgré que ce fût le meilleur choix au vu des circonstances et des enjeux - rien de moins que la résurrection d'Angra Mainyu- le serment des chevaliers n'autorisait aucunement le vol. Le Roi des Deux Bretagnes avait très mal dormi... revivant une fois de plus l'affrontement contre Mordred sur la Colline Rouge de Camlann... comme souvent lorsque les doutes revenaient la hanter.

L'appel à l'aide survenait au moment propice pour alléger le poids sur son cœur, en lui donnant l'occasion de remplir de remplir son devoir d'entre-aide à son prochain.

Le cheval monté par les deux jeunes femmes surgit dans une petite clairière au sol piétiné. Leur arrivée figea une scène des plus curieuses. Des gobelins entouraient deux chevaliers en cotte de maille. L'un d'eux, appuyé à un arbre, essayait d'arracher une magnifique lance d'argent incrustée de runes qui le transperçait. Il portait sur la poitrine les armoiries de l'Ordre du Dragon. Le second restait figé, face contre terre... trépassé ou peu s'en fallait. Vu son tabard vert, il devait appartenir au même ordre chevaleresque.

Que s'était-il passé ?

Une attaque de gobelins ? Pourtant, les humanoïdes semblaient plus terrifiés qu'agressifs. Leurs armes rouillées et ébréchées n'étaient pas trempées de sang, contrairement à l'épée gisant au pied du chevalier empalé. Les gouttes écarlates dans l'herbe le reliaient au second preux, comme s'il l'avait frappé.

Les Gobelins piaillaient dans leur langage primitif, faisant des signes en direction de l'homme embroché. Ils semblaient vouloir expliquer quelque chose... sauf qu'Artoria ne comprenait pas un mot.

- Rin, occupe-toi du chevalier à terre !

La jeune femme sauta de cheval et courut vers l'homme immobile. Hélas, elle secoua immédiatement la tête, il se trouvait au delà de tout secours. Comme Artoria arrêtait sa monture pour mettre pied à terre, les gobelins s'interposèrent. Saber hésita. Pour les avoir précédemment affrontés, elle avait évidemment une certaine hostilité envers ces humanoïdes sales, grotesques et vêtus de hardes. Toutefois, ils ne se montraient nullement belliqueux. Pour tout dire, elle avait l'impression qu'ils cherchaient à la prévenir contre le chevalier blessé... qu'ils regardaient avec crainte.

Artoria secoua la tête :

- Assez, cet homme a besoin de soins immédiats. Je vous préviens que je ne saurais vous permettre de vous interposer.

Qu'ils aient ou non compris ses mots, ils saisirent son intention lorsqu'elle mit la main sur la poignée son épée. Avec des cris de peur, ils prirent la fuite. Troublée par leur réaction, mais heureuse que la situation se soit réglée sans violence, Artoria s'agenouilla à côté du chevalier pour l'examiner.

Apparemment incapable de parler, il était cependant conscient et se tordait de douleur. Le Roi de Bretagne empoigna la lance à deux mains. La hampe était étrangement tiède, lui communiquant une impression de puissance palpable... une arme enchantée !

Faisant appel au Mana Burst, Saber arracha l'arme sans effort avant de se pencher sur la plaie. Cependant, une sensation de malaise la saisit tandis qu'un bourdonnement semblable à celui d'un essaim d'abeilles furieuses montait crescendo.

Deux choses arrivèrent simultanément.

D'abord, Artoria découvrit que pas une goutte de sang ne suintait de la blessure...

Ensuite, une explosion de douleur éclata dans sa tête. Seule sa résistance à la magie lui évita de s'effondrer sous cette attaque psychique !

Une main crispée sur son front, le chevalier se remit debout en reculant. Elle regarda alors le visage de l'ennemi... pour découvrir que ses traits fondaient. Les yeux étaient à présent des gouffres rouges qui rayonnaient de l'effrayante puissance mentale qui lui martelait le cerveau en des vagues de douleur croissantes.

Artoria frappa avec ce qu'elle tenait en main... la lance enchantée qui avait tenu le monstre immobilisé. L'instinct de combat de la jeune femme le lui soufflait, son adversaire ne faisait pas parti des mortels. Il émanait de lui la froide puanteur des mort-vivants sortis de la tombe. Cependant, l'arme runique pulsait d'une chaleur réconfortante, lui communiquant force et courage.

Touché, le monstre hurla et chancela. Une horrible transformation le saisit. Sa chair et sa peau se rétractèrent et se racornirent, le métamorphosant de manière hideuse. Ce que Saber dévisageait à présent était la face d'un cadavre aux muscles en lambeaux et aux os apparents. Les doigts griffus rayonnaient de vapeurs rougeâtres.

- Une liche !

La voix effrayée de Tohsaka secoua Artoria qui avait un instant relâchée son attention. Les liches étaient d'antiques sorciers versés dans les arts noirs qui s'étaient transformés eux-mêmes en mort-vivant pour connaître une certaine forme d'immortalité. On les rencontrait généralement au terme de quêtes légendaires dans les souterrains ou des ruines anciennes, entourées de légions de squelettes et autres zombis... pas dans les bois, à proximité d'une route !

Le cri hideux du monstre terrorisa le cheval qui s'enfuit. La liche bondit en avant, mais ses serres furent bloquées par une parade véloce. Saber contre-attaqua avec la même célérité et Rin resta le bras levé, incapable de jeter un sortilège à cause de l'affrontement trop rapide. Les adversaires n'étaient plus visibles que comme des formes floues dans toute la clairière, s'affrontant ici et là, au milieu de décharges d'énergie et de gerbes d'étincelles.

Lorsque l'on parle d'escrime, on pense bien sûr à l'épée, mais il existe en fait une escrime pour la masse, la lance, la hallebarde, la hache, la dague... en fait, la plupart des armes.

On peut dire que le niveau dans l'art du combat atteint par un individu dépend de deux facteurs : l'entraînement et les capacités physiques. Car, quelque soit le temps passé à s'aguerrir, un individu restait forcément limité par ses propres aptitudes.

Quel que soit l'arme entre les mains du combattant, il avait le choix entre des jeux axés soit sur la force, soit sur la rapidité ou encore l'agilité. Le combattant devait donc se focaliser sur la maîtrise des méthodes qui étaient les plus compatibles avec ses capacités propres.

Artoria Pendragon n'était pas sans raison entrée dans la légende sous le nom de Roi Arthur. À la bataille de Camlann, ayant perdu Excalibur face à l'attaque de Mordred, elle l'avait tuée d'un seul coup de sa lance Rhongomyniad. Sa riposte transperçant la robuste armure et brisant le heaume de son "fils".

De son cœur de dragon s'écoulait un véritable raz de marée de prana qui renforçait ses muscles et ses os, améliorant ses réflexes, lui fournissant une endurance insurpassable. De plus, son instinct de combat lui permettait littéralement de prédire le futur. Voilà pour ce qui était de ses capacités innées. Quant à l'acquis, elle avait été entraînée depuis l'enfance par des maîtres eux-mêmes surhumains, comme Merlin. Saber avait passé ensuite plus d'une dizaine d'années à affronter géants et dragons comme à livrer batailles et joutes contre les plus grands champions humains.

Il était pratiquement impossible d'imaginer une meilleure composition d'aptitudes et d'expérience. Elle excellait dans toutes les techniques.

Cependant, Artoria peinait dans son combat contre la liche. En fait, depuis son arrivée sur Nirn, il s'agissait de l'adversaire le plus dangereux à lui avoir fait face. Le monstre mort-vivant semblait animé par une énergie qui venait d'un Royaume Extérieur.

Autour d'eux la végétation dépérissait et fanait, fleurs et fougères brunissaient devenant cassantes avant de crouler en poudre brune. La liche drainait toute l'énergie vivante autour d'elle. Alors que le chevalier venait de lui ouvrir une nouvelle blessure en pleine poitrine, Saber vit littéralement la plaie se refermer sous ses yeux, guérie par la vie que le monstre volait ainsi.

L'abomination nécromantique leva la main et un éclair rouge en surgit. Artoria l'esquiva mais sentit l'énergie négative qui émanait de l'attaque... antithèse de la vie elle-même.

La liche s'immobilisa un instant alors que Saber se remettait en garde. Puis une serre décomposée se leva dirigeant une longue griffe osseuse vers le cadavre du chevalier, au sol. Un courant d'énergie bleuâtre enveloppa le mort qui se releva en gémissant.

Rin Tohsaka s'interposa, dessinant un S runique dans l'air :

- Sigel !

La rune de l'éclair et de la lumière était l'antithèse des mort-vivants, le zombi s'enveloppa de feu bleu et chercha à s'enfuir, terrifié par le symbole rayonnant. Heureusement, il croula en cendre après seulement quelques mètres. Hélas, la liche était tout simplement trop puissante pour être seulement incommodée.

Artoria étrécit les yeux. Le bref combat lui avait amplement démontré les capacités de l'ennemi. Laisser l'affrontement se prolonger conduirait fatalement à leur défaite. Ni Rin, ni elle n'étaient immunisées à la corruption nécromantique du monstre ou ne possédaient un lien avec un monde obscur qui alimentait leur puissance. Elles finiraient par s'affaiblir alors que leur ennemi pouvait compter sur une énergie infinie.

La lance d'argent semblait avoir la capacité de couper le lien entre la liche et le Royaume Extérieur dont il dépendait. Il fallait l'empaler et laisser l'arme runique le vidait de sa puissance. Ce qu'avait fait son possesseur initial.

L'assaut suivant fut si rapide que les deux adversaires laissèrent derrière eux un tourbillon de poussière avant de se rencontrer au milieu de la clairière dans un choc sonore. Aucun humain ordinaire n'aurait pu dire ce qui s'était passé. En tout cas, Artoria réussit à planter son arme dans l'épaule de la liche.

L'attaque avait réussis... malheureusement l'abomination d'outre-tombe restait forte. Se contorsionnant tout en griffant le visage de son ennemie d'une main, elle réussit à s'arracher au fer qui la transperçait. Aveuglée par le sang qui ruisselait sur ses yeux, Saber recula.

En face, le monstre était affaiblit, mais déjà l'énergie de la non-vie guérissait ses blessures. Comme à son habitude, l'instinct du Roi des Chevaliers la conduisit à adopter la meilleure solution, presser l'attaque avant que l'adversaire ne se remette.

La lance tournoyait, coupant, entaillant, perçant... C'était un déluge d'attaques repoussant la liche. Cependant, comme celle-ci ripostait d'éclairs rouges, Saber n'eut d'autre choix que de sauter en arrière pour les éviter. Rin intervint, sacrifiant une de ses plus grosses gemmes spirituelles :

- Spiegel von Shalidor !

L'air devant la main de la Magus devint flou comme un cercle formé par une brume de chaleur. Bien qu'énoncé en allemand, langue qu'utilisait toujours Rin dans son Magecraft, on voyait là l'effet d'un enchantement du Septième Cercle, le plus puissant des sortilèges défensifs de Nirn: " le miroir de Shalidor"!

Les éclairs rouges se brisaient sur ce bouclier défensif ou étaient renvoyés à leur source. En face, pour la première fois, la liche hésita... Ses blessures étaient nombreuses et sa propre énergie lui étant retournée, elle s'affaiblissait. Pourtant, en dépit de tout, le monstre dominait toujours le combat.

Saber jeta un coup d'œil à son amie. Celle-ci haletait, le visage envahi de sueur... il était évident que l'utilisation d'un sort aussi puissant l'éreintait.

Le Roi des Chevaliers bondit en avant, mais le mort-vivant esquiva son premier coup, tandis que ses griffes déchiraient sa cotte de maille pour faire jaillir le sang. Elle fléchit, acculée à parer les attaques qui se multipliaient. Simultanément, la liche utilisait sa redoutable puissance mentale pour la paralyser.

Ralentie, Artoria ne réussit pas à bloquer le coup suivant et parvint juste à éviter de se faire arracher la tête. Cependant, les serres du monstre lui ouvrirent l'épaule.

- Gandr !

Une pluie de projectiles noirs auréolés de rouge frappa la liche, l'obligeant à reculer. Saber en profita pour attaquer une nouvelle fois. Cette fois, le chevalier lança son arme. La lance runique décrivit une trajectoire parfaite et transperça le monstre en pleine poitrine, le soulevant du sol avant de l'empaler à un tronc. Le monstre, impuissant comme un papillon épinglé dans une collection, se contorsionna sans parvenir à arracher l'arme.

Artoria, ensanglantée, drainée, ne resta debout que par un effort de volonté. Elle n'était pas loin de l'épuisement total. "Joli coup" remarqua Tohsaka. Le chevalier hésita un instant en regardant le monstre qui continuait à se débattre. Il faudrait certainement un long moment pour que l'énergie de la liche soit épuisée. Attendre ici était trop dangereux mais le Roi de Bretagne hésitait à abandonner la seule arme efficace contre des monstres de cet acabit.

Rin écouta son amie exprimer ses doutes puis sourit.

- On va achever cette horreur.

La Magus releva sa manche gauche et son Magic Crest apparut sous la forme d'une sorte de labyrinthe d'un vert lumineux comme dessiné sur la peau de son avant-bras. Récitant des incantations, Rin utilisa des gemmes spirituelles liquéfiées pour tracer un cercle magique autour de l'arbre où la liche était empalée.

Attentive, Saber reconnut certains des signes que son amie dessinait, les runes Algiz, Nauthiz, Ansuz, Inguz et Sigel. Lorsqu'elle s'arrêta, la liche hurla, enveloppée de flammes bleues et blanches. "Qu'as-tu fait" demanda le Roi des Chevaliers. "Un cercle d'emprisonnement doublé d'un cercle de protection contre les mort-vivants. "

Il fallut presque une demi-heure pour que le monstre croule en cendre et cesse à jamais d'exister.


Notes de l'auteur :

Je suis assez content de cet épisode. Surtout pour le combat contre la liche, mais il doit sans doute vous paraître assez étrange. Il faut dire que je combine la magie des Elder Scrolls et les particularités de cet univers avec certaines règles de l'univers de Fate. Il m'a donc fallu réfléchir pour décider ce qui l'emportait (choix contestables, je ne le nie pas). Pour ne pas surcharger la narration, j'ai laissé quelques points dans l'ombre et les notes qui suivent vont avoir pour but de les éclaircir.

- Runes et lance runique : Les runes dont se sert Rin viennent de l'univers de Fate et désignent ici l'écriture magique inventée par Odin et transmis aux hommes par Scathach et Sigurd. La lance runique vient des Elders Scrolls, "runes" ici signifie simplement "inscriptions magiques". À part une apparence vaguement similaire, ces deux types de runes n'ont rien en commun.

-L'instinct de Saber la pousse à utiliser la lance runique contre la liche plutôt que son épée ordinaire en acier... ce qui lui sauve la vie ! Dans les premiers TES (jusqu'à TES IV : Oblivion) certains êtres surnaturels sont immunisées aux dégâts des armes d'acier et de fer (non enchantées). D'ailleurs, dans TES II, cette prévention est encore plus stricte. Ainsi, une arme d'acier même enchantée ne fait que les dégâts de son enchantement. Heureusement, la lance runique est en argent, le premier métal capable de blesser ce genre de créatures. Comme vous le verrez par la suite, cette invulnérabilité s'étend même aux Nobles Phantasms. Ainsi Kanshou et Bakuya, armes d'acier, ne peuvent blesser un spectre ou un fantôme (créatures immatérielles) et ceci en dépit de leurs forte affinité contre les monstres. Voyez ces immunités comme un égalisateur, il serait trop facile pour les "étrangers" venus de l'univers de Fate de tout balayer sur leur passage si on considérait les Nobles Phantasms comme exemptés de cette règle. Excalibur, arme d'acier, a cependant était faite à partir de fer météoritique (plusieurs légendes l'affirment et j'ai considéré qu'elles étaient justes). Le fer météoritique, venant d'Aetherius - le monde des étoiles et des planètes, magique voire même divin dans l'univers des TES- est capable d'affecter les créatures surnaturelles normalement immunisées aux armes d'acier.

- Le combat avec la liche n'a été victorieux que par la coopération entre Rin et Artoria, cependant le cercle magique garnis de runes dépasse de loin ce que pourrait normalement faire un Magus de Fate. Il s'agit d'un cercle de magie ayant deux effets et utilisant cinq runes. Vu la manière dont fonctionne la magie runique, il est difficile de combiner des effets très différents. Quant à l'usage simultané de plus de quatre runes, il me semble impossible pour un mage moderne. De plus, Rin improvise rituel et cercle magique en seulement quelques minutes pour affecter une créature résistante à la magie (les runes n'affectent normalement que les créatures n'ayant qu'une faible résistance à la magie). Même Scathach serait impressionnée. Cependant... tout s'explique logiquement. Le rituel est court parce que Rin se sert de son Magic Crest pour le simplifier. Il affecte une créature résistante à la magie, mais il y a deux raisons. D'abord, d'après la description des runes dans Fate, il s'agit d'une magie divine. Donc, sur Terre, elle a été affaiblie après la fin de l'Âge des Dieux. Or, Nirn est un monde où les dieux sont toujours présents... donc (logiquement) les runes doivent retrouver toute leur puissance d'origine. Ce qui explique aussi qu'il soit possible de combiner plus facilement les runes ou d'obtenir des effets plus complexes. Deuxièmement, Rin a utilisé des gemmes spirituelles liquéfiées pour former le cercle magique (de la même manière que dans le cercle qui lui sert à invoquer Archer dans Fate). Ces gemmes contiennent des âmes de créatures puissantes... de quoi créer plusieurs sortilèges de rang A, ou (combinées) un sortilège de rang EX. On peut aussi rajouter que la lance runique ponctionne la magie de la liche, une hémorragie qui serait d'ailleurs suffisante pour la tuer si elle se prolongeait.

Désolé pour la longue explication, mais elle est nécessaire pour comprendre comment je combine la magie des deux univers.

N'hésitez pas à commenter. Je suis ouvert au dialogue.