mattguellec: merci de ton appréciation. Je ne me suis inspiré d'aucune bataille réelle, par contre j'ai collé à la lettre aux ouvrages de l'amiral Raoul Castex. Donc que cela ressemble à une bataille existante n'a rien d'étonnant. Les armes changent, les tactiques, jamais. Napoléon disait que l'art de la guerre était tout d'application. Partant, il n'y a jamais vraiment d'idée nouvelle.


La côte des épaves

Dans l'auberge du "Serpent de Mer", Artoria fut la première à se réveiller. Elle partageait le lit avec Rin Tohsaka. La jeune femme dormait encore profondément, son visage tourné vers le sien, et le chevalier blond eut un sourire furtif. Les traits reposés, son amie ressemblait à un ange... Il suffisait qu'elle ouvre la bouche pour que cette impression s'efface.

Veillant à ne pas déranger la Magus, le Roi des Chevaliers se lava à la bassine d'eau, puis commença à se coiffer. La natte qu'elle enroulait autour de sa tête nécessitait un long travail. Après s'être brossée les cheveux, elle sépara les fils d'or en trois, rejetant une partie sur ses deux épaules. Ensuite, Artoria attacha ceux qui retombaient encore dans son cou et s'en servit pour former un chignon. Ensuite, elle fit deux tresses qu'elle maintint autour du chignon avec des épingles avant de les nouer ensemble grâce à un ruban bleu.

En dépit du bruit dans l'auberge, rien n'avait réveillé Rin. Amusée par la lourdeur de son sommeil, mais aussi un peu agacée, Artoria vint secouer la Magus.

Il y eut un grognement suivis de quelques mots inintelligibles.

Artoria soupira et l'appela tout en continuant à lui toucher l'épaule.

- Cinq minutes...

- Non, Rin, nous devons partir au plus vite. Tu dois te lever et t'habiller. Nous ne sommes pas en sécurité ici.

Ces quelques mots firent réagir la Japonaise qui se mit enfin séant dans le lit. Toutefois, le regard vitreux avec lequel elle balaya le pauvre mobilier de la pièce pouvait difficilement être qualifié d'alerte.

- Je descends nous commander un petit déjeuner.

Saber quitta la pièce, laissant derrière elle Rin Tohsaka, luttant pour se réveiller.

Pour tout dire, la Magus ressemblait à un zombie... d'accord un très joli zombie... mais ramené à la vie par un nécromancien amateur. La peau pâle, les cheveux longs et noir... actuellement emmêlés, elle couvrait le monde d'un regard bovin et commença lentement à pencher sur le côté. Se reprenant, la jeune fille bailla et se mit debout avant de se diriger très mollement vers la vasque de toilette... heurter le mur... le regarder fixement pendant trente secondes avant de changer de direction vers la vraie vasque !

L'épée au côté, mais seulement vêtue d'un gambison (une armure de tissu matelassée) Artoria sortit dans le couloir pour découvrir que Shiro était déjà levé. Elle l'entendait parler avec le cuisinier, une Argonienne. Lorsqu'elle arriva dans la grande salle, le Roi des Chevaliers eut un sourire amusé. Le jeune japonais réincarné... donnait un cours de cuisine aux propriétaires de l'auberge.

C'était tellement prévisible. D'abord Shiro Emiya n'aimait rien de plus que venir en aide aux autres. Ensuite, il s'agissait du meilleur cuisinier qu'Artoria n'ait jamais rencontré.

L'adolescent terminait de faire revenir du riz à la poêle tandis que Plonge-profond, la cuisinière, faisait revenir un mélange de légumes et de viande. Bien qu'occupé à sa propre tâche, Shiro surveillait le travail de sa voisine :

- Bien, nous allons maintenant ajouter la sauce... malheureusement nous n'avons pas de saké, ni de mirin, ni même de sauce soja pour la préparation et devrons nous contenter du vin blanc et des tomates que je vous ai fait préparer.

La femme-lézard acquiesça tandis que Shiro découvrait Artoria qui les regardait depuis le pied de l'escalier :

- Installe-toi, nous allons bientôt terminer. Rin arrive ?

- Si elle ne s'est pas rendormie...

Les deux amis soupirèrent simultanément. La Magus avait le sommeil le plus profond qu'ils aient jamais vu et avait une extraordinaire facilité à se rendormir.

Artoria s'assit à une table d'où elle pouvait voir les deux cuisiniers œuvrer. Shiro incorporait à présent la sauce aux riz, avec les gestes précis digne du chef de grand restaurant. Cela ne l'empêchait pas de donner des conseils à Plonge-profond qui préparait une omelette.

L'odeur qui montait de la cuisine provoqua un gargouillement dans l'estomac de Saber, tandis que l'eau lui venait à la bouche. Les regarder faire était un véritable supplice... qui participait à la récompense final.

Après avoir disposé un tiers du mélange sur l'omelette, Shiro remplaça Plonge-profond pour lui montrer comment on retourne une ome-rice sans la casser. Puis, il vint servir Artoria. L'omelette au riz typiquement japonaise n'était heureusement pas le seul plat et le poisson, les toasts grillés, le beurre et la confiture s'amoncelèrent rapidement autour du Roi des Chevaliers.

Rin - un peu plus vivante- vint la rejoindre, accompagné par Shiro qui avait enfin terminé son cours de cuisine.

Pendant qu'ils mangeaient, la Magus se réveilla assez pour prendre la parole :

- Alors quel est le programme aujourd'hui ? Nous sommes arrivé en Vérandia, mais nous devons encore trouver les deux fragments de Cristal que Le Fey nous a situé si "précisément".

L'ironie habituelle de Tohsaka insistait en fait sur le caractère vague de la prophétie. Au cours des dix derniers jours, les jeunes gens avaient traversé montagnes, plaines et cours d'eau comme l'avait dit Le Fey. Mais les deux derniers éléments de sa description de la route qu'ils devaient suivre étaient plus particuliers... une côte des naufrageurs et une forêt où pousse les potences.

Arturia considéra calmement son amie. Après des années de règne guidé par les conseils de Merlin, elle comprenait bien sa frustration :

- Les prophéties ne sont généralement comprises qu'une fois accomplie.

- Pourquoi les dieux ne font jamais les choses simplement? Je ne sais pas moi, nous donner une carte avec des indications comme "ici, fragment de cristal" ?

Shiro et Artoria échangèrent un regard mi-exaspéré, mi-amusé. Le forgeron aux yeux d'ambre prit le parti d'ironiser :

- Tu parles presque comme si tu étais une déesse toi-même.

Rin plissa les yeux et sourit de manière parfaitement maléfique:

- Je ferais sans doute une déesse plus qu'acceptable.

Alors que Shiro secouait la tête, Saber se contenta de vider sa troisième assiette. Tout en réclamant un supplément à son amoureux, elle se tourna vers Tohsaka :

- Et quelle sorte de déesse serais-tu ?

De manière surprenante Rin rougit et tourna la tête de côté, fuyant le regard de Shiro. Elle hésita avant de répondre d'une toute petite voix qui ne ressemblait en rien à son assurance habituelle :

- Une déesse de l'amour.

Arturia et Shiro firent des efforts héroïques pour essayer d'étouffer la crise de fou-rire qui menaçait d'éclater. Ce que voyant, Tohsaka s'empourpra de colère. Un instant plus tard, elle se tenait debout sur sa chaise, un pied sur la table et les désignant d'un doigt accusateur :

- Osez dire que je ne ferai pas une excellente déesse de l'amour!

Shiro baissa le regard. Lui aussi avait une touche de rouge sur les joues, mais pour une raison bien différente. Blanche...

- Rin... tu as encore oublié que tu portes une jupe très courte.

- Hiiiiiii... pervers !

- Heu... ce n'est pas comme si j'avais demandé à voir ta petite...

Un bruit fit sursauter les honnêtes de gens qui marchaient dans la rue. Comme si quelqu'un avait violemment claqué une porte.


Loin de là, dans une contrée où tombait une neige éternelle se trouvait un étrange bâtiment en forme d'anneau. Une déesse mésopotamienne peu vêtue éternua soudain et s'immobilisa : " Quelqu'un oserait-il manquer de respect à Ishtar ?!"


Hollow Bottom était une localité du duché de Vérandia. L'endroit faisait peine à voir. Il s'agissait d'un village de pêcheur regroupant quelques baraques de planches autour d'une anse. L'endroit sentait le poisson pourri et n'était que décoré que de filets de pêche en train de sécher. Un embarcadère de planches pourris accueillait des barques qui oscillaient dans l'eau sale où flottaient des débris.

Rin, Artoria et Shiro la traversèrent suivant la route impériale, une de ces solides chaussées pavées construites par les ingénieurs de Cyrodiil. Après avoir descendu dans la vallée côtière, la voie remontait vers le nord, coupant une presqu'île.

Les rois chevaux portant les voyageurs suivis par un animal de bâts longèrent ensuite une haute falaise de calcaire. De là, ils découvrirent un paysage de côte d'ue beauté sauvage couvert par un ciel automnal gris. L'océan Azurian s'étendait vers l'ouest à l'infini ou presque, survolé par des mouettes qui criaient dans le vent. Vers le sud, on voyait une île. Elle était si peu distante de la terre que l'océan, à marée basse, révélait une étroit plage qui la reliait à la terre. Il en émergeait une succession d'aiguilles de calcaire sculptées par l'érosion.

Discernant vaguement quelque chose, Shiro renforça sa vue:

- Des... des épaves !

Artoria, qui le suivait en tenant le cheval portant leurs bagages, tourna les yeux en direction des dents de pierre :

- Des épaves ?

Shiro se retourna et nul n'aurait pu manquer la marque montrant une main parfaitement dessinée, en rouge, sur sa joue gauche.

Bien qu'occupée à bouder, Rin consentit à prendre la parole :

- Artoria tu peux demander à ce pervers combien il y a de navires ?

Saber fit un pauvre sourire à Shiro. Ce dernier payait une fois encore le mauvais caractère de leur amie. Cependant, elle n'eut pas besoin de répercuter le message car le forgeron avait parfaitement entendu.

- Trois navires, Rin. Deux sont des vaisseaux de commerce, le troisième un navire de guerre. Ils se sont probablement jetés contre cette côte au cours d'une tempête mais... il y a un phare à l'extrémité de l'île.

Tohsaka se frotta les lèvres, les yeux perdus dans le ressac au pied de la falaise.

- Nous avons trouvé la côte des naufrageurs...

Elle sortit une carte de sa sacoche et la déroula, suivant la route du doigt. Le village d'Hollow Bottom, la péninsule avec l'île... même les dents rocheuses et le phare se trouvaient représentés sur le rouleau de vélin. La route montait plus loin vers le nord et virait vers l'est en direction de la capitale du duché, la ville de Crêtombre. La cité se trouvait à peu près à deux jours de cheval, mais avant le soir ils attendraient une vaste forêt qui s'étendait presque jusqu'à ses remparts.

Probablement était-ce la "forêt où poussait les potences".

- Ne nous attardons pas !

Shiro voulut protester, mais Rin le coupa:

- On ne peut rien faire contre les naufrageurs et rien pour les victimes. Tu veux faire quoi ? Patienter jusqu'à la première tempête ? Très noble, mais on nous attend depuis des mois à Refuge. Le plus important reste de retrouver Excalibur et de sauver la Ménévie.

Shiro hocha la tête. Il se rappelait d'un certain soir passé à regarder la lune en compagnie de son père adoptif. "On ne peut pas sauver tout le monde" lui avait dit Kiritsugu. "Même un héros doit choisir qui il veut sauver". Il s'agissait du souvenir d'une autre vie, mais il commençait seulement à le comprendre.


La voie impériale avait atteint une forêt centenaire. Chênes, bouleaux et ormes la bordait à présent de tout côté. L'automne avait dépouillé ces arbres et les branches nues se tendaient dans le vent froid qui circulait entre les troncs, faisant tourbillonner des monceaux de feuilles mortes.

La nuit était tombée et au-dessus des voyageurs brillaient les deux lunes de Nirn.

Pourtant, le trio continuait à avancer, à la recherche d'un lieu où établir leur camp. En avant du petit groupe, Shiro s'immobilisa soudain. Entendant de faibles cris:

- Elles... elles...

Au détour d'un grand arbre, une petite clairière avait été aménagée au bord de la route pour accueillir... des piloris juchés au sommet d'un monticule. Un vieil homme vêtu d'une robe de bure était là, la tête et les mains pris dans un lourd carcan de bois. Sa voix grêle parvenait jusqu'au forgeron. Il marmonnait qu'elle chose d'incompréhensible en fixant les ombres de la forêt.

Shiro jeta un coup d'œil autour de lui et découvrit des mouvements derrière le rideau d'arbre. Sautant de cheval, il invoqua Kanshou et Bakuya.

- Rin, va délivrer le vieil homme. Saber, attention nous ne sommes pas seuls.

-J'ai vu, nota simplement le chevalier.

Alors que la Magus descendait à son tour de cheval pour se diriger vers le prisonnier. Des grognements peu amicaux s'élevèrent des bois proches. Rin s'immobilisa, le bras droit tendu, la main gauche en soutien. Sa paire de sabres chinois croisés devant lui, Shiro reculait sans lâcher les formes qui s'agitaient dans l'ombre. Saber la flanquait de l'autre côté épée tirée, bouclier levé. Les chevaux montraient des signes de grande nervosité...

Et puis, elles surgirent d'un coup !

Vêtues de vêtements réduits à l'état de haillons, leurs visages étaient décomposés avec des yeux semblables à des gouffres d'ombre. Leurs bouches ouvertes en une terrible grimace découvraient des crocs jaunes.

Six de ces mort-vivants se ruaient vers eux, bien plus rapide que des zombis.

-Gandr !

Un barrage de projectiles noirs auréolés de rouge fila dans la nuit. Deux monstres s'effondrèrent. Déjà, Shiro agissait. Lançant Kanshou, il faucha une des créatures. Une troisième bondit vers Rin... mais fut repoussée par le bouclier de Saber, soudain interposé. Alors que le non-mort s'efforçait de se relever, l'épée de l'adolescente lui fit sauter la tête des épaules.

Bien que la moitié des assaillants soit déjà éliminée, les autres ne montrèrent aucun signe de peur.

Revenant comme un boomerang, Kanshou s'enfonça dans le dos d'un second adversaire. Shiro matérialisa un double de l'épée chinoise pour bloquer l'attaque d'une abomination mort-vivante qui tentait de le lacérer de ses longues griffes.

Le monstre fut coupé en deux en un instant par Saber qui venait de bondir aux côtés de son amant. Le forgeron aux yeux d'ambre virevolta sur lui-même et ses lames décrivirent un X dans l'air, neutralisant le dernier des morts-vivants.

Le silence retomba... des corps jonchaient le sol, mais aucun ne se releva.

Shiro baissa lentement ses lames jumelles :

- Qu'est-ce que c'était ?

- Des goules, répondit Rin. Il s'agit de mort-vivants qui apparaissent lorsque des humains meurent dans des lieux maudits. Il s'agit de monstres cannibales dont la morsure paralyse leurs proies. Ceux qui sont tués par des goules en deviennent à leur tour. Malgré cela, leur langue est très recherchée par les alchimistes car c'est l'ingrédient principal de la Potion de compréhension des langages.

Shiro saisit du coin de l'œil la moue dégoûtée de Saber. Il préféra parler d'autre chose :

- Ne devrions-nous pas venir en aide au vieil homme ?

Tohsaka acquiesça. Tandis qu'elle défaisait les attaches de la gangue, le jeune Japonais coucha l'ancien sur le sol. Malheureusement, il était très faible. Néanmoins, il ouvrit les yeux et leur sourit :

- Merci de tout cœur, jeunes gens.

- Pourquoi étiez-vous là, questionna Rin.

Le vieillard essaya de rire, mais ce ne fut qu'un coassement qui s'acheva sur une quinte de toux :

- Pourquoi ? En Vérandia, il n'y a pas de pourquoi... les Chevaliers Noirs m'ont rattrapé sur la route avec leurs grands chevaux et ils se sont saisis de moi parce que j'avais violé un arrêté du duc... je ne sais toujours pas lequel... ils m'ont condamné au pilori... jusqu'à ce que la faim et le froid me tuent... où que les harpies de la forêt me dévorent.

Saber qui montait la garde, l'épée au poing, se crispa :

- Condamné sans jugement ? Sans même dire pourquoi ?

- C'est ainsi en Vérandia, le duc Astrum Galliasta condamne qui il veut. Tous tremblent devant lui et personne n'oserait s'opposer à ses décrets.

La voix du vieil homme s'affaiblissait d'instant en instant. Délivré de la peur des goules, il semblait s'éteindre. Cependant, il avait encore quelque chose à dire :

- Je n'ai rien à vous offrir pour m'avoir délivré... sauf ce que j'ai vu... au sud de la route, il y a une rivière et une île au milieu des flots. Autrefois, un monastère s'y dressait... il n'en subsiste que des ruines. J'étais un des moines... mais nous menions une vie dissolue... ayant abandonné nos vœux... comme je le réprouvais, les dieux m'épargnèrent. Chaque nuit, les fantômes de mes anciens frères hantent les ruines... Il reste cependant un calice sacré sur l'autel. Il repousse les morts-vivants et l'eau que l'on y verse est bénie... une ligne d'eau bénite ne peut pas être franchie par un mort-vivant ou un démon.

Ayant achevé son explication, les yeux du vieillard se fermèrent une ultime fois.


Après avoir enseveli le moine, les trois amis reprirent leur route, toujours à la recherche d'un endroit où passer la nuit. Ils avancèrent vers l'est pendant une demi-heure... et furent attaqués par des créatures monstrueuses. Elles volaient grâce à des ailes de chauve-souris, leur tête ressemblait au crâne décharné d'un cheval monté sur le torse et les bras d'un homme !

Le combat fut un peu plus long que contre les goules. Les créatures démoniaques étaient plus puissantes, mais heureusement vulnérables aux armes ordinaires bien que leur peau soit aussi dure que le cuir. Découpés en morceaux par les épées, foudroyés par les sorts, les trois monstres tombèrent au sol pour se transformer en flaques d'une boue noire atrocement familière...

- Angra Mainyu, jura Saber.

Rin haussa les épaules :

- Ne me dit pas que tu es surprise qu'il sévisse dans le duché ? Il a placé Astrum Galliasta à la tête de Vérandia pour qu'il fasse des lieux un enfer. Le désespoir des habitants nourrit à présent Avenger. Et lorsque la souffrance, la haine et toutes les autres malédictions qu'ils subissent auront atteint un certain seuil, Angra Mainyu sera ramené à la vie comme un véritable dieu du mal.

Ils atteignirent finalement une petite clairière au bord de la route et y dressèrent leur camp.


Par chance, la nuit s'écoula sans mauvaises rencontres.

Le lendemain, ils décidèrent d'aller visiter le monastère dont leur avait parlé le vieil homme. Un sentier les conduisit sur la berge d'une rivière. Comme il le leur avait indiqué, une île se dressait au milieu du courant. Et l'on pouvait distinguer les ruines depuis la rive.

Il y avait même une barque pour faire la traversée. À côté, ils virent un homme vêtu de cuir noir, ses mains gantées croisées sur une épée à deux mains. Il avait le visage avenant et sourit à leur approche :

- Vous avez besoin d'aller sur l'autre rive ? Je suis le passeur !

Rin s'approcha en reniflant, il régnait une odeur de décomposition autour du batelier :

- En fait, nous voudrions aller sur l'île.

L'homme acquiesça :

- Faites attention, elle est hantée... enfin, les fantômes n'apparaissent qu'à la nuit tombée. Si vous revenez avant le crépuscule, il ne devrait y avoir aucun problème. Par contre...

D'une main, il désigna les chevaux.

- Ma barque est trop petite pour prendre vos montures. Il vaudrait mieux que l'un de vous reste ici pour en assurer la garde pendant que les deux autres explorent les ruines.

Tohsaka se sentit soudain mal à l'aise, ce que disait l'homme était parfaitement sensé, mais quelque chose la mettait mal à l'aise. Ce fut Artoria qui parla :

- Je reste, allez tous les deux sur l'île.

D'un geste de la main, elle caressa le fourreau de Caliburn... que Shiro avait une nouvelle fois tracé pour le Roi des Chevaliers. La signification était claire et Rin sourit :

- Très bien, si tu insistes.


Depuis la rive, Saber vit la barque toucher terre sur l'île puis ses amis en descendre. Ils disparurent bientôt parmi les ruines du monastère. Le passeur, sensé rester à les attendre, fit demi-tour pour revenir vers elle.

Artoria le regarda mettre pied à terre sans rien dire. L'homme sourit, appréciant l'apparence de la jeune fille :

- Vous êtes des adolescents naïfs... vous vous êtes laissés séparer si facilement. Un nouveau corps tout neuf... vous sentez l'odeur de décomposition ? Cela fait trois jours que j'occupe celui-ci.

La jeune femme chevalier acquiesça :

- Je vois... alors vous êtes un monstre qui vole le corps de ses victimes après les avoir tué.

- Tout à fait, terrifiant, n'est-ce pas ?

Saber lui retourna un regard glacial :

- Non, méprisable...

Le mort-vivant tourna son regard magnétique vers Artoria :

- Lâche ton arme.

L'ordre magique se heurta à une résistance inattendue. Loin d'être affectée, l'adolescente aux cheveux d'or dégaina Caliburn et attaqua dans le même mouvement. Le monstre était rapide et agile, il para les premières attaques en reculant... mais il semblait avoir de la peine à résister.

Soudain, Saber sauta par dessus le mort-vivant et se retourna dans l'air. Le passeur resta immobile quelques instants, puis s'effondra coupé en deux de l'épaule à la hanche. Artoria avait frappé en retombant...


L'exploration de l'île s'était déroulée presque sans difficulté.

Une petite bande de gobelins avait attaqué les jeunes gens. Rin seule aurait suffis à les mettre en fuite, avec l'aide de Shiro ce fut rapidement terminé.

Le monastère était à l'abandon. Des herbes folles poussaient dans les dortoirs et les communs se trouvaient réduits à quelques murs sous des toitures pourries. Le temple de Stendarr restait cependant en grande partie intact parce que construit plus solidement.

Sur le maître-autel, Rin découvrit une grande coupe de cuivre dorée soigneusement gravée et incrustée d'un petit rubis :

- Cela doit être ce que l'on cherche.

Shiro utilisa l'Analyse Structurel pour s'en assurer :

- Oui, c'est ça.

Ils revinrent à l'endroit où ils avaient débarqué... sauf que le passeur n'était plus là. Néanmoins, la barque se trouvait en route pour les rejoindre, maladroitement manœuvrée par Saber. Dès qu'elle eut abordée l'île, leur amie leur raconta les derniers événements.

- Un mort-vivant qui prend les corps de ses victimes ?

Rin se frotta le menton, intriguée. Puis elle regarda le calice entre ses mains :

- Saber, tu penses l'avoir détruit ?

- Si c'était un être vivant, je serais affirmative. Toutefois, il s'agit d'une sorte d'entité de possession. Briser une bouteille ne détruit pas l'eau qu'elle contient.

- Très bien, retournons sur la rive nord.


Après quelques coups de rame, ils abordèrent près de leurs chevaux pour découvrir que la partie du cadavre comprenant la tête avait entrepris de ramper vers la forêt en s'aidant du seul bras qu'il lui restait. Ce que voyant, Tohsaka eut un sourire parfaitement malfaisant :

- Merci, monsieur le mort-vivant, j'avais justement besoin d'un cobaye pour une expérience.

Le monstre se retourna, la fixant de ses yeux lumineux. Rin se contenta d'activer ses Circuits Magiques pour libérer un flot de Prana qui chassa de son corps l'influence hypnotique de la créature.

Se penchant vers la rivière, la Magus se servit de la coupe sacrée pour recueillir un peu de son flot :

- Alors, allons voir si l'eau bénite détruit vraiment les mort-vivants.

Elle versa le contenu du calice sur la tête du monstre qui continuait à ramper dans le vain espoir d'échapper à la destruction. Ce qui se passa fut aussi spectaculaire qu'horrible... la chair de la créature fut attaquée comme par de l'acide tandis que des vapeurs blanches montaient vers le ciel. Le passeur hurla quelques instants puis croula en cendres ardentes.

- Je crois que nous avons bien fait de venir.


Le trio repartit et la journée entière se passa sans mauvaise rencontres. Contournant la forêt par l'est, ils arrivèrent en fin de journée à Crêtombre, la capitale du duché. Les portes de la citée fortifiée étaient déjà closes. Heureusement, Shiro avait vu l'enseigne d'une auberge dans les faubourgs.

Les habitations étaient construites en lisière de la forêt et Rin tressaillit. Les premiers arbres portaient tous des pendus qui oscillaient au gré du vent :

- Je crois que nous avons trouvé les bois où poussent les potences dont parlait la prophétie de La Fey.

Saber acquiesça gravement. Son regard balaya les environs, notant les champs à l'abandon, les troupeaux épars et faméliques, le vent qui faisait battre les portes de plusieurs maisons visiblement abandonnées.

Les rares habitants présents à l'extérieur s'enfuirent à l'approche des cavaliers. Le visage d'Artoria se ferma. Une fois encore, elle devait faire face à un mauvais souverain. Vortigern ne manquait pas d'émules quelque soit le monde ou l'époque.