L'Épée de la Libération
Ils avaient marché toute la journée, faisant un large détour pour éviter d'avoir à retraverser le Bois des Potences. Leur petite troupe progressait à pied, à l'exception de Blaise et du chevalier de Bel-Amant. Ce dernier tenant devant lui la petite Clotilde.
La petite fille semblait bien remise de son enlèvement par Ned. Elle parlait constamment, épuisant Gonderic de Bel-Amant sous le flot de ses questions. Elle voulait tout savoir sur les chevaliers... et sur Shiro.
Une fois encore, le héros aux yeux d'ambre avait séduit une innocente... Le pire était que le Japonais réincarné n'avait pas fait exprès ! Rin Tohsaka, qui regardait alternativement l'idiot en question et la petite fille de douze ans, soupira en levant les yeux au ciel.
Artoria, qui marchait à ses côtés, toussa dans son poing pour masquer son envie de rire:
- Inutile de t'inquiéter, elle est bien trop jeune pour être une rivale.
- Encore heureux que...
Rin s'interrompit et rougit violemment, réalisant qu'elle venait d'admettre être amoureuse de Shiro. Furieuse contre elle-même et contre Saber, la Magus se força à parler à voix basse, jetant un regard inquiet en direction de l'adolescent aux cheveux roux. Heureusement, il ouvrait la marche et les deux filles se trouvaient en queue du cortège, suivant le cheval de Blaise.
- Saber, je... je ne suis absolument pas amoureuse de Shiro! Ôte-toi cette idée ridicule de la tête... comment un génie comme moi pourrait tomber amoureux de cet idiot ?
- Il est courageux, rétorqua Artoria.
- C'est vrai!
- Mignon.
-... aussi vrai.
- Gentil.
-... oui.
- Toujours prêt à risquer sa vie pour aider les autres.
-... Où... où veux-tu en venir, Saber?
- Tu le connais depuis combien de temps ?
Rin qui rougissait toujours, tourna la tête, embarrassée. Elle ne répondit pas, mais ses souvenirs remontaient à une autre vie... elle devait avoir treize ans... elle regardait un garçon aux cheveux roux qui s'entraînait au saut à la perche, un soir, bien après la fin des cours. Rin l'avait regardé, d'abord en se moquant puis... admirative. Même à cet âge, lorsque Shiro se fixait un but rien ne l'en détournait. Il était l'incarnation de la détermination. Aussi inflexible que les épées qu'il traçait. Sauf qu'il était fait de chair, pas d'acier...
Artoria regarda sa réaction et acquiesça gravement, le ton de sa voix changea. Elle n'était plus impertinente ou amusée, mais sérieuse :
- Tu peux refuser de l'admettre devant quelqu'un d'autre. Seulement, tu ne dois pas te mentir à toi-même, Rin.
La Magus refusait toujours de regarder Saber, mais la femme chevalier vit les épaules de son amie s'affaisser :
- Lorsqu'il se coupe, lorsqu'il saigne... c'est moi qui aie mal !" Rin eut un petit rire de dérision" Et tu sais combien il est difficile d'empêcher ce stupide imbécile d'idiot héroïque de sacrifier sa vie pour sauver de parfaits inconnus."
Saber hocha la tête. Puis pris le visage de son amie entre ses mains, guère surprise de découvrir que ses joues étaient humides de larmes. Elle l'obligea à lui faire face:
- Tu n'es pas seule.
Artoria attira son amie et... posa ses lèvres sur les siennes. Lorsqu'elle la relâcha, Rin lui adressa un regard chaviré... intoxiqué... cela n'avait pas été un baiser de cinéma :
- Que... mais... je...
- J'ai été élevée comme un homme. Pour être un roi, un chevalier, un chef de guerre... le genre d'homme puissant qui attire les femmes. Et puis, elles me voyaient comme un joli garçon... éternellement adolescent et efféminé... mais un beau garçon. J'ai eu de nombreuses propositions. J'ai appris à reconnaître le regard que les femmes amoureuses m'adressaient. Surtout pour éviter de me retrouver seule avec l'une d'elle.
Malgré les larmes sur ses joues, Rin pouffa en imaginant Saber se cachant dans une chambre vide de son château pour échapper à une horde d'admiratrices la traquant dans tout Camelot. Personne n'imaginait les épreuves traversées par le légendaire Roi Arthur.
- Crois-moi, Rin, j'ai appris ce qu'il en coûtait de cacher ses sentiments... Sur la Colline Rouge de Camlann, j'ai pleuré, pleuré et pleuré. Pleuré sur tous les morts que j'aurais pu éviter en ouvrant mon cœur. J'ai détruit tout ce que j'ai construit parce que je n'ai pas dit aux gens qui m'entouraient que je les aimais... Ne refais pas mes erreurs.
- Tous... tous les trois ?
Tohsaka toussa et reprit de manière plus claire :
- Tu crois que l'on peut faire quelque chose ensemble, toi, moi et Shiro ?
Artoria acquiesça:
- Que crains-tu ? Que la société n'accepte pas une relation de ce genre? J'ai passé une vie à essayer d'être le "roi idéal", à répondre aux attentes des autres et à être ce qu'ils voulaient que je sois. Le résultat n'en vaut pas la peine.
- Et Shiro l'acceptera ?
Un peu de rouge apparut sur les joues de Saber, en souvenir d'une certaine nuit dans une maison délabrée au milieu de la forêt des Einzbern:
- Il ne s'est pas trop débattu la dernière fois...
Shiro qui marchait en tête de colonne eut un frisson soudain. Son instinct de combat l'avertissait qu'un danger le menaçait. Il se retourna et ne découvrit que Saber et Rin qui le regardaient en chuchotant.
Le Japonais réincarné se gratta la joue... imaginait-il des choses ?
Leur retour à Crêtombre avait été accueilli par des transports d'allégresse. Depuis des années, la population de Vérandia souffrait de tout côté. Entre les Chevaliers Noirs du duc Atrum Galliasta qui opprimaient les pauvres gens et les monstres qui se multipliaient dans le pays, ils s'étaient sentis complètement abandonnés.
Gondyn Kingston et son épouse avaient pleuré de joie en voyant leur fille en vie. Ned le Reikr enlevait les enfants depuis des années et nul ne les avait jamais revus. Clotilde était la première à être sauvée. Quant à l'échevin Edwor Moorhart, il leur paya la somme promise lorsque Rin posa devant lui la tête tranchée du monstre qui les avait si longtemps terrorisés.
En fait, entre les parents de Clotilde et la municipalité, Artoria, Rin et Shiro reçurent trente-cinq Septims... que Saber voulut refuser. Ce qui mena à une courte dispute avec Rin Tohsaka... la pingrerie de celle-ci était légendaire. Heureusement, Edwor Moorhart et Gondyn Kingston insistèrent lourdement auprès d'Artoria Pendragon pour qu'elle cesse de repousser toute récompense. Lorsqu'ils affirmèrent qu'il s'agissait d'une dette d'honneur et que continuer à la refuser serait les insulter, Saber abandonna... à la plus grande joie de Rin.
Pendant ce temps, les habitants de Crêtombre avaient décidé de célébrer leurs nouveaux héros, y compris Gonderic et Blaise. Pendant que Clotilde Moorhart racontait avec des mots d'enfants le combat final contre le sorcier, on dressait des tables et la musique se fit entendre.
Gondyn Kingston s'approcha d'Artoria Pendragon.
Pour tout dire, il était assez intimidé. La jeune femme ne ressemblait pas à l'idée qu'il se faisait d'un grand chevalier. Elle avait l'allure d'une jeune adolescente gracile, d'une incroyable beauté. Ses cheveux blonds comme faits de fils d'or pur étaient sagement réunis en une natte enroulée sur l'arrière du crâne. Les mèches laissées libres encadraient un visage fin et ovale, à l'exception d'un ahoge rebelle.
Cependant, ses yeux semblables à des émeraude avaient une maturité qu'il était impensable de rencontrer chez une fille de son âge. Quant à ses manières et son maintient, ils démontraient une grande habitude du commandement.
La description imagée de l'épée de lumière qu'Artoria Pendragon avait utilisée pour aveugler Ned était encore plus stupéfiante. Gondyn avait d'abord pensé que ce détail avait été inventé ou exagéré, néanmoins le chevalier de Bel-Amant l'avait détrompé.
Il posa une choppe de bière devant Saber, celle-ci remercia d'un léger signe de tête... comme quelqu'un de parfaitement conscient de son rang. Cependant, l'échevin ne se sentit pas insulté. Il ne décelait aucun mépris dans son comportement.
Des yeux, elle suivait Shiro Emiya qui dansait avec Clotilde... qu'il portait en fait d'un bras. La petite fille riait follement, peut-être vraiment heureuse pour la première fois de sa vie.
- Dame Pendragon, puis-je m'asseoir près de vous ?
- Je vous en prie.
Cessant de suivre les évolutions du rouquin, Saber se tourna vers lui:
- De quoi voulez-vous me parler ?
Gondyn Kingston rit nerveusement de se sentir aussi vite mis à jour. Presque malgré lui, il prit le ton bas d'un conspirateur:
- Vous recherchez à réunir le Cristal de Corvus.
Ce n'était pas une question et Saber plissa les yeux en une mince fente, soudain très attentive:
- À ce qu'il semble, il serait vain de le nier.
- Le troisième éclat est au château de Morteroche, en possession du duc. Les lieux sont sévèrement gardés. Le tyran a réuni une armée importante, jamais vous ne pourrez traverser ses rangs. Mais... il y a peut-être un moyen.
- Vous avez toute mon attention, échevin Kingston.
- Nous... nous préparons depuis plusieurs mois à nous soulever contre le tyran Atrum Galliasta.
- De combien d'hommes disposez-vous ? Sont-ils bien armés, entraînés au combat ?
L'échevin clign a des yeux, surpris par la précision des questions et tenta d'y répondre de son mieux. Les habitants de Crêtombre et de la campagne environnante avaient secrètement levée une "armée" de 1 200 hommes. Hélas, à part une trentaine de chevaliers locaux, il s'agissait surtout de chasseurs munis d'arcs, d'une levée de paysans avec des outils agraires (faux, fourches, fléaux) en guise d'armes et des gardes de la cité plus capables de lutter contre des voleurs que contre des soldats.
Artoria hocha la tête, la mine assombrie.
Gondyn Kingston s'en aperçut:
- Il y a un autre mouvement qui veut renverser le duc Atrum. Il s'agit de l'Alliance des Barons. Nous avons de bons contacts... pour le moment.
Gondyn grimaça. Après tous les nobles locaux n'étaient guère plus fiables qu'Atrum Galliasta lui-même. Seul l'appauvrissement de leurs propres domaines à cause des guerres incessantes les poussait à déposer le tyran. Ils se moquaient bien des souffrances du petit-peuple.
Artoria hocha la tête gravement, semblant comprendre les arrière-pensées due l'échevin :
- Leurs forces ? Quels sont leurs effectifs ? Ont-ils des soldats entraînés ?
- Oui, dame Artoria. Vous pourrez le juger vous même, ils doivent venir en ville demain. Leurs troupes son déjà mobilisées et cachées dans la campagne environnante.
- Dans ce cas, pourquoi n'avez-vous pas attaqué le duc Atrum ?
L'échevin se gratta le cuir chevelu, très embarrassé.
- L'Alliance des Barons n'est d'accord que pour abattre le tyran. Ces seigneurs n'arrivent pas s'entendre sur un plan de bataille ou un chef unique. De notre côté, nous sommes unis... sauf que nous n'entendons rien à l'art de la guerre.
- Je vois. Vous voulez que je prenne le commandement de votre armée.
- Oui...
Saber ne réfléchit que quelques instants :
- J'accepte. Cependant, vous devez comprendre que vous me confiez une tache très difficile.
Elle était sur le point d'ajouter quelque chose lorsque Shiro s'approcha pour la prendre par la main :
- Vient danser !
Artoria Pendragon se troubla :
- Je... je préférais éviter.
Sans écouter ses protestations, le jeune rouquin l'arracha à son tabouret, l'emmenant participer à la farandole des habitants.
Shiro devait pratiquement tirer Saber au bout de son bras. Elle n'avait pas vraiment cherché à résister mais... la jeune femme se contentait de suivre et son visage montrait une expression triste et résignée.
Dès que la danse se fut achevée, Artoria lui lâcha la main et retourna s'asseoir. Le héros aux yeux d'ambre la suivit.
- Tu détestes tant que ça danser ?
Artoria sursauta et lui jeta un regard troublé. Elle sourit... ou plutôt essaya de sourire, le résultat ressemblait à une sombre grimace.
- Cela me rappelle de mauvais souvenirs.
Shiro acquiesça. À l'époque où il était son Master, le jeune homme avait eu accès à sa mémoire. Il avait vu l'immense salle du trône de Camelot et les seigneurs du royaume dansant devant leur roi. Et elle sur le grand fauteuil, seule au milieu des rires. La solitude. Ce mot était le plus simple résumé du règne du Roi Arthur. Arbitre des factions se disputant le royaume, Artoria ne pouvait s'associer à aucun de ses vassaux sous peine de rompre l'équilibre délicat qu'ils formaient autour d'elle. Cela avait fini par l'isoler de tous.
- Je comprends, répondit-il doucement.
Saber lui jeta un regard surpris, puis secoua la tête:
- Je ne crois pas. Tu sais qui était Hueil ?
Le jeune homme roux réfléchis quelques instants, mais cela ne lui disait rien. Cela dit, il ne connaissait pas si bien que ça l'époque de son ancien Servant.
- Non.
- Il s'agit d'un de mes compagnons de jeunesse, avant même que j'arrache Caliburn à la Pierre de la Sélection. Il venait de la région que tu appelles l'Écosse. À mon époque ce pays subissait l'invasion des Scots, un peuple d'Irlande qui finira par donner son nom à la région. Mon père adoptif, Ector, avait fait bon accueil à un seigneur picte exilé par les Scots. Son fils, Hueil fut un de mes premiers compagnons. Uther venait de mourir et les Bretons combattaient autant entre eux pour s'emparer de sa couronne que contre les Saxons. Je participais déjà aux luttes et je fus blessée à la cuisse dans une de mes premières batailles. Mais... j'étais encore très jeune... je jalousais les filles de mon âge qui s'en allaient danser. Habillée en femme, je me suis glissée dans un village proche un jour de fête. Sauf qu'Hueil était lui aussi là... il me reconnut et ne put s'empêcher de se moquer de moi parce que je boitais: " la danse serait belle si ce n'était la cuisse".
Artoria s'arrêta, regardant le feu de joie autour duquel tournaient les villageois. Shiro hésita puis posa la question évidente :
- Que s'est-il passé ensuite ?
- Je... je me suis enfuie. Et j'ai tout raconté à Ector. Sa colère a été terrible... pas vraiment contre moi, plutôt contre la malchance. Il a commencé par chasser Hueil pour qu'il ne puisse raconter à nos proches qu'il avait découvert que j'étais une femme. Cependant, après, Ector se mit à penser que cela ne suffirait pas. Il rameuta tous nos alliés... Hueil fit de même pour se défendre et nous nous sommes rencontrés... à la bataille de la forêt de Kellydon.
Artoria se passa une main sur le visage et s'arrêta pour regarder ses doigts qui tremblaient:
- Ce fut un rude affrontement. Victorieuse, je pourchassais Hueil en fuite et parvint à le capturer. Après tout le sang versé, je n'avais plus le choix. J'ordonnais qu'il soit décapité séance tenante (1). Le moine Gildas, le fils de Hueil, me força à payer de lourdes réparations et ne cessa par la suite de vitupérer en chaire contre moi, m'accusant de vouloir tyranniser toute la Bretagne. Ils furent nombreux, ceux qui crurent ses sermons et s'opposèrent à moi.
Saber eut un pâle sourire :
- Une fois dans toute ma vie, j'ai voulu être une fille comme les autres et m'amuser. Une seule fois... Comme je l'ai payé cher!
À court de mot pour répondre, Shiro serra l'amour de sa vie dans ses bras.
Le lendemain eut lieu la rencontre avec les barons rebelles. Il s'agissait d'un groupe d'une dizaine de seigneurs féodaux puant d'arrogance. Les guerres continuelles qui secouaient la région de Fendretour leur avaient donné l'occasion de briller sur les champs de bataille. De plus, ils réunissaient autour d'eux une armée composée des chevaliers de leurs maisons, des gardes féodaux... et le même mélange de chasseurs et de paysans qui composait le gros des forces levées par la municipalité de Crêtombre. En tout, l'Alliance des Barons comptait un millier d'hommes. Sauf qu'il ne s'agissait pas d'une armée. Elle n'avait ni chef, ni commandement commun et les seigneurs arrivèrent à Crêtombre en se disputant pour de stupides querelles de préséances.
Artoria Pendragon les accueillit à cheval et en armure, Caliburn à la ceinture. Le roi de Bretagne leur apparut entouré par les chevaliers de la ville, et une centaine de miliciens en armes.
Sa beauté, son air royal, la magnifique épée à sa ceinture et l'ordonnance des troupes autour d'elle les laissa bouche bée. Il s'agissait de l'effet de sa compétence "Charisme". Celle-ci ne relevait pas d'une caractéristique surnaturelle mais uniquement d'années à commander des troupes et à négocier des traités. Saber savait parfaitement comment impressionner alliés et adversaires.
Artoria n'attendit pas que les barons soient remis de leur choc initial pour les convier dans l'échevinat où elle entreprit immédiatement d'organiser l'attaque contre Atrum Galliasta. Les questions précises qu'elle posait aux seigneurs lui permirent de se faire une idée des capacités de l'armée des révoltés. Elle s'était également renseignée sur l'armée du tyran.
Et les choses n'étaient pas en leur faveur.
Ils avaient réuni deux mille deux cent hommes dont une bonne moitié appartenait à la catégorie des "levées". Une levée était une troupe de non-combattants conscrits pour participer à une bataille. Sans expérience de la guerre, souvent mal armés, leur moral demeurait faible. Les miliciens de Crêtombre étaient des habitants de la ville qui avaient reçu un minimum d'entraînement. En fait, seuls les chevaliers et les gardes féodaux faisaient métier de porter les armes.
En face, l'armée du duc Atrum comptait au moins deux mille hommes. Une bonne part se composait de levées, de miliciens... et de bandits. Le reste était formé par les redoutables Chevaliers Noirs. Meilleurs combattants, plus nombreux et bien mieux équipés, ils surclassaient en tout point leurs équivalents des troupes féodales.
Si seulement le comte de Bel-Amant avait rejoint le soulèvement! Son armée comptait au moins un millier d'hommes, dont beaucoup de professionnels. Peut-être parce qu'il se méfait des barons - qui le jalousaient- le père de Gonderic avait gardé ses distances avec l'Alliance. En tout cas, il constituait une quatrième faction dans Vérandia et la seule non impliquée dans la révolte.
Pendant que le Roi des Chevaliers réfléchissait, les barons s'étaient un peu remis de leur surprise. L'un d'eux, se redressa:
- Dame Artoria, pourquoi parlez-vous comme si vous étiez le chef désigné de l'alliance réunie pour abattre le tyran ?
En fait, Saber attendait cette intervention depuis un moment. Elle se redressa pour fixer son contradicteur droit dans les yeux :
- Messire Jehan de Lyoret, la ville de Crêtombre m'a fait l'honneur de m'offrir le commandement de ses forces. Cette armée surpasse en nombre les osts des différents barons. Je suis compétente dans l'art de la guerre. Étrangère à ce pays, je désire que continuer ma route et ne suis donc point votre rivale. De ce fait, il me semble être la plus apte à diriger.
Le baron de Lyoret détourna les yeux. Les yeux de ce chevalier semblaient lire jusqu'aux de son âme. Il s'était senti... sale. Impressionné, il n'osait plus répliquer.
Cependant, son voisin, un colosse défiguré portant une armure de plates ornées de pointes se mit à grogner:
- Nous n'avons pas besoin d'une petite fille pour nous donner des ordres!
Artoria se tourna vers le soudard:
- Messire Estienne de Vignonne, vous contestez mon commandement ?
Il s'esclaffa.
- Sang dieu ! Pour sûr ! J'suis pas un marmot qui a encore les oreilles humides.
- Vous pensez donc être meilleur combattant que moi ?
Le baron de Vignonne crachant par terre de manière méprisante:
- Tu veux que je te le prouve, fillette !?
Le Roi des Chevaliers se leva et ouvrit la porte qui conduisait à la cour.
- Après-vous, monseigneur.
Réunis autour des deux combattants, les barons retenaient leur souffle. Estienne de Vignonne était un butor atrabilaire que ses pairs craignaient. Cependant, il s'agissait aussi du meilleur combattant parmi eux. Une bonne moitié craignait de l'avoir à leur tête. Bien qu'il s'agisse d'un homme de guerre, la seule tactique qu'il connaissait était de foncer droit dans le tas... mais beaucoup, souvent les mêmes, appréhendaient tout autant sa défaite.
Le baron de Vignonne se tenait au bord du cercle de spectateur. Il levait un espadon d'ébonite qui se couvrait de flammèches, une arme magique d'un certain renom appelée "La Colérique".
Face au colosse en armure sombre, la jeune fille portait une arme de plate ordinaire. Toutefois son épée - qu'elle appelait Caliburn- devait être une arme d'un grand renom au vu des de sa garde et son pommeau d'or, comme les incrustations d'émaux bleus.
Contemplant son adversaire sans crainte, elle brandit la lame vers le ciel. Celle-ci s'illumina d'une lumière semblable à l'éclat du soleil:
- Contemplez l'Épée Dorée des Victorieux!
Bien que le visage de Vignonne soit invisible derrière son heaume, il parut hésiter avant de se jeter en avant. En dépit de la sauvagerie de l'assaut, le baron savait fait montre de subtilité. Il se fendit d'un coup vertical mais tordit sa lame de manière vicieuse. Cependant, il en fallait bien plus pour perdre Artoria. Son instinct la prévint. Il y eut un jaillissement d'étincelles lorsque les deux lames se rencontrèrent.
Vignonne poussa, confiant dans sa force. Plutôt que de lutter - bien que son Cœur de Dragon lui permette de l'engager sur ce point- Artoria préféra vivement rompre, sautant de côté avec la grâce d'un chat. Emporté par son élan, le baron fit quelques pas en trébucha et se retourna pour attaquer derechef, enragé par son premier échec.
Gardant son épée plus près de lui, Vigonne changea de "jeu", utilisant des coups nécessitant moins d'ampleur. Visiblement, il était à présent méfiant, cherchant à jauger son adversaire.
Il y eut une série d'échanges rapides que l'œil eut de la peine à suivre. Les étincelles jaillirent en tout sens et lorsque les deux combattants rompirent, les barons furent surpris de voir qu'aucun n'était blessé. Toutefois... Vignonne soufflait comme un forgeron, sa poitrine se soulevant rapidement. Tandis qu'en face de lui, le front d'Artoria Pendragon ne montrait pas une goutte de sueur.
Une nouvelle fois, Vignonne se rua en avant et Saber resta passive.
Les deux lames se heurtèrent avec violence, flammes et éclat doré luttant l'un contre l'autre. Estienne Vigonne utilisait toute sa force de brute pour briser la garde. Et Artoria se plia de côté tout en tordant Caliburn pour dévier l'espadon. Alors que adversaire trébuchait devant elle, son pied le frappa en plein estomac.
Le colosse chancela, se tenant le ventre. Malgré l'armure, l'homme avait eut les poumons vidés par le choc et tenait à peine sur ses jambes. Comme Artoria ne profitait pas de sa faiblesse, s'étant simplement remise en garde, le visage concentré, il revint vers elle à petit pas, très prudent.
Cette fois-ci, il était déterminé à utiliser toute sa science de l'escrime cette... "petite fille" ne pouvait plus être sous-estimée. Apparemment, il frappa une nouvelle fois comme une brute. Il s'agissait seulement d'une feinte appelée fausse pointe ou pointe courte, une technique que Vignonne avait appris d'un maître d'arme impérial. Son espadon fila à l'horizontal, ciblant la tête. Le défenseur devait alors lever sa lame pour parer... et l'attaquant changeait la course de la lame pour frapper à la gorge. Il s'agissait d'un style nécessitant un rapide changement de position des mains sur l'espadon mais elle était presque imparable.
Une nouvelle fois, Artoria se contorsionna de côté et dévia la lame d'un simple revers. Son instinct de combat l'avait prévenue de l'attaque, lui permettant de contrer.
Vignonne resta bouche bée quelques instants et Saber bondit vers lui. Ce fut si rapide qu'il n'eut pas le temps de faire un geste. Elle se contenta cependant de frapper sa lame avec assez de force pour l'arracher à ses mains.
Contente d'elle, la jeune femme recula.
- Dois-je continuer la leçon d'escrime ou en avez-vous assez, messire ?
Furieux, humilié, le baron se jeta sur son arme. Puis, il leva l'épée au dessus de sa tête pour l'abattre de toute sa force.
Artoria s'effaça de côté et La Colérique s'enfonça profondément dans le dallage, projetant des morceaux de pierre à distance. Avant que Vignonne ne puisse relever la lame, Saber l'immobilisa sous son pied. Cette technique appelée Coup du paysan était une de ses préférées lorsqu'il s'agissait d'affronter des brutes. Elle l'avait utilisée contre Diarmuid ua Duibhne au cours de la Quatrième Guerre du Graal(2), mais ce dernier l'avait aisément contrée.
Sacrant, insultant les Aedra et les Daedra, l'immense guerrier s'efforçait d'arracher La Colérique au sol, mais l'arme ne bougeait pas. Saber se contenta de poser Caliburn sur la gorge de son ennemi:
- Dans un vrai combat, j'aurais fait sauter votre tête de vos épaules, monsieur de Vignonne.
- Qui... qui êtes-vous ?
- Le chevalier Artoria Pendragon, de l'ordre de la Rose, serviteur du roi Eadwyre de Ménévie. J'ai combattu des orques, des ogres, des liches et des vouivres. L'épée entre mes mains est Caliburn, l'Épée Dorée des Victorieux. Me reconnaissez-vous comme Dux Bellorum (3) ?
Renonçant à récupérer son arme, le colosse se redressa:
- J'ai perdu, l'honneur me contraint à l'accepter et à vous soutenir, chevalier...
Saber allait reprendre la parole, mais elle vit Gonderic de Bel-Amant fendre l'attroupement des barons. Le chevalier était à bout de souffle:
- Dame Artoria, mon père est là... avec les débris de son ost. Le... tyran a attaqué mon domaine et prit le château comtal.
Le comte Thibaut de Bel-Amant avait le visage gris. Il regardait sans les voir les nombreux blessés et les enfants terrifiés qui avaient trouvé refuge dans le temple de Mara. Il contemplait ses souvenirs, les villages en feu ravagés par les brigands au service du tyran Atrum Galliasta. Le domaine le plus prospère du duché de Vérandia avait été ravagé par les torches, les adultes tués pour le goût de tuer, les enfants enlevés pour quelque but maléfique, les femmes... il ne valait mieux pas penser au sort des femmes.
- J'ai fait ce que j'ai pu pour retarder l'ennemi mais ils étaient trop nombreux et les Chevaliers Noirs... chacun d'eux vaut deux de mes hommes! À la fin, il ne m'est resté d'autre choix que de défendre mon château. Ils ont construit des machines de siège comme des tours et des béliers pendant qu'ils matraquaient les remparts avec des mangonneaux et des trébuchets. Ils ont même envoyé des cadavres décomposés pour déclencher des épidémies.
Le comte secoua la tête, accablé par la suite de catastrophes qu'il venait de vivre:
- J'ai laissé derrière moi des volontaires, des blessés et des malades... puis j'ai pris la fuite avec tous ceux que j'ai pu sauver.
Artoria Pendragon et Shiro l'avaient écouté la mine sombre, Rin réfléchissait. Ce fut elle qui s'exprima:
- Rétrospectivement, il était évident qu'Atrum Galliasta ne pouvait rester les bras croisés devant la révolte. Il a très bien réagit, en fait, attaquant le plus fort de ses ennemis avant qu'il ne rejoigne la rébellion.
Thibaut de Bel-Amant grimaça:
- Mon opinion même, jeune Magus. Même si ma fuite a permis de sauver les pauvres innocents qui avaient trouvé refuge dans mon château, je doute que les Chevaliers Noirs aient relâché leur proie. Ils doivent être à ma poursuite et arriverons d'ici peu.
- Dans ce cas, il s'agit d'une occasion d'en terminer avec eux.
Tous se tournèrent vers Artoria qui venait de parler, elle arborait une expression décidée :
- N'ayez crainte, j'ai un plan.
Les Chevaliers Noirs arrivèrent le lendemain. Selon le plan de bataille préparé par Saber, quelques paysans indiquèrent aux éclaireurs ennemis que les débris de l'armée du comte de Bel-Amant s'étaient abrités dans le Bois des Potences.
Ils ne prêtaient pas attention à l'oiseau qui planait au-dessus d'eux. Sauf qu'il s'agissait d'un familier créé par Rin. Son œil unique enregistrait tout. Grâce à un de ses gemmes spirituelles, la Magus projetait les images reçues à ses amis.
Il s'agissait d'un avantage indéniable de pouvoir espionner si aisément l'armée ennemie et Artoria en profitait pleinement.
Elle s'intéressait particulièrement aux Chevaliers Noirs. Leurs armures teintes de cette couleur ne révélait rien de leur apparence. Ils montraient de grands destriers bardés de tissu rouge et doré; Ils étaient tous armés d'une masse d'arme et d'un écu. Leur heaume ne portait aucun panache.
Les autres combattants se résumaient à un mélange d'archers levés d'office, certainement guère motivés et des brigands au visage masqués, portant des épées larges et de petits boucliers circulaires.
Les oliphants se mirent à sonner à l'ombre des bois. Artoria monta en selle et prit une longue lance que lui tendait un écuyer.
- En avant !
Sur deux rangs, miliciens et paysans devants, chasseurs derrière, l'armée de Crêtombre se mit en marche. Sur les ailes se retrouvaient regroupé la petite cavalerie.
Le plan d'Artoria était simple. Il s'agissait tout simplement d'attirer les Chevaliers Noirs dans la forêt pour qu'ils affrontent les débris de l'armée du comte de Bel-Amant.
Sauf que profitant du couvert offert par les arbres, les troupes de Crêtombre et de l'Alliance des Barons s'étaient postés sur les deux ailes et se préparaient à refermer le piège.
Lorsqu'Artoria arriva assez prêt du champ de bataille pour découvrir ce qu'il se passait, elle fut contente de voir que son plan se déroulait sans anicroche. L'armée du Comte de Bel-Amant et celle du duc de Vérandia se faisaient face au milieu des arbres.
Bien sûr, les forêts et les feuillages rouges de l'automne masquaient en partie les combattants, mais les deux armées n'étaient pas encore au contact, se contentant d'échanger des flèches.
Comme son armée avançait, Saber discerna des mouvements parmi les bosquets. Des troupes changeaient de position. Ils venaient d'être découverts et le chef ennemi redirigeait une partie de ses troupes pour faire face aux nouveaux arrivants. Au lieu de rester sur une posture défensive, il envoya même ces troupes en avant. Au son des trompettes et à la marche décidée de l'infanterie, il était visible qu'ils allaient charger.
- Stop !
Son ordre fut répercuté de proche en proche et l'armée s'immobilisa. Des flèches commencèrent à tomber parmi les fantassins de la première ligne. Certains tombèrent, blessés ou tués. Déjà, Shiro - à la tête des archers- lançait la contre-attaque. Les traits de leurs propres sagittaires se concentraient sur les troupes qui avançaient vers eux et là aussi des soldats tombèrent.
Toutefois, comme le roulement du tonnerre, les Chevaliers Noirs dépassèrent l'infanterie pour charger. Le choc fut très violent, et les pertes immédiatement lourdes. L'élite de l'armée d'Atrum Galliasta méritait assurément sa réputation.
Juste devant Saber, une unité de ces féroces chevaliers - si toutefois on pouvait appeler ainsi des tortionnaires sans honneur- menaçaient d'envelopper l'aile gauche de son infanterie. Les cavaliers fracassaient les têtes à grand coup de masse, faisant tomber les miliciens pour que leurs montures les piétinent.
- Avec moi ! Au pas !...
Arrivé à cinquante mètres, les chevaliers baissèrent leurs lances.
- Chargez !
Les lances d'arçon maintenues à l'horizontale transpercèrent les poitrines des Chevaliers Noirs. Le choc suffit, à briser les rangs de l'ennemi, mais Artoria dégaina Caliburn. L'épée s'enflamma d'une lueur dorée. Se ruant au contact, elle brisa les heaumes et les boucliers, semant la mort autour d'elle.
Rompus, vaincus, terrifiés, les Chevaliers Noirs se débandèrent.
Toutefois, l'infanterie ennemie se trouvait maintenant au contact. Les brigands et les Chevaliers Noirs combattant à pied attaquaient les rangs de son armée. Saber agita son épée :
- Reformez la ligne.
Faisant signe à ses chevaliers de la suivre, l'ancien roi de Bretagne, se posta sur le flanc de l'ennemi et les chargea.
- Trace On.
Shiro matérialisa une flèche d'ébonite et l'encocha sur le grand arc noir qu'il utilisait. Envoyé avec une force impensable, le trait traversa une large partie du champ de bataille avant de transpercer un grand soudard en armure orné qui commandait un groupe d'officiers sur l'arrière de la formation ennemie.
- Trace On.
Le trait suivant frappa un porteur de bannière qui s'effondra, laissant tomber l'étendard frappé du serpent de mer d'Atrum Gallastra.
Shiro ne se contentait pas de tuer à chaque tir, il visait toujours les seigneurs ennemis, les porte-drapeaux et tous les autres champions adverses.
À se côtés se trouvait Rin. Concentrée, elle suivait l'affrontement grâce à son familier. Soudain, elle sursauta et appela son voisin :
- Shiro, des Chevaliers Noirs viennent sur nous.
En effet, il s'agissait des cavaliers ennemis repoussés par Artoria. Mis en déroute, ils s'étaient repliés avant de reprendre leur calme. Après avoir observé la bataille, ils avaient trouvé un endroit qu'ils pensaient vulnérable à leur attaque... les archers qui entouraient les deux Japonais réincarnés.
Laissant son arc se dissoudre en particules bleutées, le jeune rouquin traça Kanshou et Bakuya avant de se poster à l'extérieur des rangs des archers.
Les Chevaliers Noirs surgirent des bois, une trentaine d'hommes en armures lourdes, portant des masses et des boucliers ornés de blasons. Leurs destriers se paraient de têtières d'acier et de bardes de tissu.
Shiro se concentra :
- I'm the bone of my sword.
Autour de lui, l'air craqua d'énergie encore mal maîtrisée. Des arcs électriques fulguraient, dessinant des formes... qui se matérialisèrent : une dizaine d'épées. Elles filèrent vers les cavaliers ennemis et traversèrent leurs rangs dans une grande éclaboussure de sang, le hennissement des chevaux et les corps projetés à terre...
Une dizaine de chevaliers avaient dépassé le carnage et continuaient à filer vers eux. Sauf que...
Rin Tohsaka tira deux runes de sa poche et les jeta sur le sol :
- Tiwaz... Hayalaz !
La première rune voulait dire "force non contrôlée" et la seconde "force de la nature". Le vent se mit à tourbillonner autour de plusieurs chevaliers et les arracha au sol pour les relâcher en altitude... chevaux compris.
Le carnage qui venait de s'abattre sur leurs rangs déjà éclaircis aurait suffis à les faire douter d'avoir vraiment frappé au bon endroit. Le pire restait à venir... le son d'un cor sonna sur leur droite révélant des chevaliers qui chargeaient, conduits par Artoria Pendragon.
Le Roi des Chevaliers se jeta dans la mêlée comme le ferait un dragon. Caliburn frappait de tous côtés faisant sauter des têtes et coupant des ennemis en deux. En quelques instants, ce fut la déroute.
Artoria Pendragon poursuivait les ennemis en fuite, toutefois, voyant une troupe ennemie sur leur droite, elle cria:
- Avec moi !
Les destriers des chevaliers ne la quittèrent tandis qu'elle se jetait sur les brigands. Ils étaient au moins trois fois plus nombreux que les preux qui les attaquaient, pourtant le combat fut décidé en quelques minutes.
Aucun ennemi ne pouvait s'approcher de Saber et survivre. Sa lame drapée d'or brisait les épées ternes de ses ennemis, fracassaient leurs boucliers, tuaient et mutilaient. Habitués à piller des villageois terrifiés, les bandits découvraient à leur tour l'impuissance. Ils s'enfuirent en tout sens et Saber les pourchassa, piétinant et massacrant impitoyablement les fuyards.
Un ennemi qui survit est un ennemi qui cherchera à se venger.
Un ennemi mort nourrit les corbeaux.
Elle était née à une époque dure et s'acclimatait très bien aux incessantes guerres de Haute-Roche.
Alors que ses hommes poussaient devant eux quelques bandits qui s'étaient rendus, Artoria regarda la bataille autour d'elle, cherchant où intervenir.
Néanmoins, partout la même vision l'accueillit. Les troupes d'Atrum Galliasta avait rompus leurs rangs et fuyaient éperdues, poursuivis par les vainqueurs qui se rabattaient sur eux sur trois côtés.
Saber sourit.
La bataille était victorieuse.
Shiro regarda Saber revenir vers eux. Elle était couverte de sang. La main qui tenait Caliburn était rouge jusqu'au coude, tandis des projections écarlates marquaient son armure et son visage.
Le jeune japonais ressentit un pincement au cœur. Il était toujours aussi horrifié de la voir ainsi. Même s'il savait qu'il s'agissait du sang d'un autre, Shiro trouvait toujours aussi contre-nature qu'une aussi belle fille ait passé sa vie à aller d'un champ de bataille à un autre.
- Tu arrives à temps, Rin veut te montrer quelque chose.
Intriguée, Artoria sauta au bas de son cheval et s'approcha de la Magus. Cette dernière avait retiré le heaume de plusieurs Chevaliers Noirs. Les visages étaient ceux de brutes, les joues envahies de barbes, le front bas. Des humains, mais comme s'ils avaient rebroussés le chemin de l'évolution pour retrouver l'apparence des hommes-singes de l'âge de pierre.
- Tu as déjà vu des gens comme ça, demanda Rin.
- Oui, pendant le siège de Refuge. les barbares qui ont ouvert le pont-levis... ils avaient la même apparence.
Les trois jeunes gens frissonnèrent avec ensemble, comprenant qu'ils faisaient une de fois de plus face à une malédiction d'Angra Mainyu.
(1) Aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai pas inventé cette histoire. Il s'agit d'un conte populaire où Arthur déguisé en femme aurait été reconnu dans une fête de village par Hueil. Je me suis contenté de modifier un peu les motivations d'Artoria (l'Arthur du conte populaire était juste en colère d'avoir été moqué pour s'être habillé en femme). Hueil est un personnage historique, c'est le père de saint Gildas (ou Gildas le Sage, auteur du De Exidio Britanniae, un des rares textes de l'époque parvenu jusqu'à nous) et le fait qu'il ait été tué par Arthur est justement attesté par la Vita Gildae de Caradoc de Llancarfan. La bataille de la forêt de Kellydon est mentionnée dans l'Historia Brittonum, une des plus anciennes sources sur Arthur puisque le texte a probablement été écris une centaine d'années après les faits par Rhun fils du roi Urien de Rhegged... Ironie de l'histoire, Urien de Rhegged a été intégré au cycle arthurien sous le nom d'Urbain, où il est le père d'Yvain, le chevalier au lion.
(2) Second combat contre le Lancer de fate/Zero. Saber l'utilise aussi au cours du seul affrontement contre Berserker dans Unilimited Blade Work.
(3) Chef de guerre.
