Note de l'auteur, prenez note que les événements décris dans le chapitre 22 se passent un peu plus de deux mois avant ceux du chapitre 21.


Le Roi des Épées


Une fois encore, Shiro Emiya rêvait...

Il rêvait du désert de cendre qui couvrait une partie de l'île de Vvardenfell. Un désert de cendre à l'ombre du plus grand volcan du continent... le Mont Écarlate. Le ciel nocturne était éclairé par les deux lunes de Nirn, Masser et Secunda dont les rayons filtraient entre de grands nuages de poussière volcanique.

Ces astres nocturnes éclairaient un paysage aride, rugueux, succession de dunes de cendres rouges et de falaises de roche écarlate.

Pourtant ce paysage onirique différait de l'original. Jamais les Terres-Cendres de Vvardenfell n'avaient été couvertes d'épées.

Le forgeron aux yeux d'ambre marchait dans un paysage fantastique. Autour de lui, à perte de vue, des épées étaient plantées dans le sol. Dans ce panorama sans vie, elles formaient une vision sinistre comme autant de croix sur des tombes.

Des épées... il y en avait de tout type, dans tous les métaux possibles... Certaines n'étaient rien de plus que des lames grossièrement forgées alors que d'autres incrustées d'or et de pierreries pouvaient avoir servi au sacre d'empereurs.

Bon nombre de ces lames n'étaient pas ordinaires. Il émanait d'elle un pouvoir que Shiro sentait et comprenait. Car il avait un entendement intime de ces armes. En fait, il marchait dans son armurerie personnelle, où se trouvait stocké les "plans" des armes qu'il Traçait.

Sans ordre ni logique, des armes de deux mondes se côtoyaient. Katana, tanto, wakizashi, dai-katana, ninjato aperçus dans des musées du Japon ainsi que les armes issues de la Gate of Babylone de Gilgamesh représentaient son monde d'origine. Mais elles se mêlaient à des cimeterres orques en orichalque, de gracieux sabres aldmer en alliage elfique, de courts glaives cyrodiliens en acier, des estramaçons nordiques en Stalhrim (une sorte de glace qui ne font jamais), des épées en chitine ou en ostalium forgés par les Dunmer, des hallebardes naines en alliage dwemer, des épées couvertes d'ergots fabriquées en daedrique par les Daedras d'Oblivion, des armes de verre et d'ébonite, de mithril et d'adamantine ou encore en os et dents de dragon. Ils représentaient le summum de l'art de la forge des civilisations qui dominaient Tamriel, sur le monde de Nirn.

Comme Shiro marchait parmi elles, il s'immobilisa avec une grimace de douleur.

Une violente migraine venait de s'éveiller, lui prenant la tête dans un étau. Le paysage autour de lui se troubla, comme l'écran d'une antique télévision cathodique déréglé, les couleurs fanaient et l'image se distordait, hachée de parasites.

Dans le vent qui soulevait la cendre rouge vomie par le volcan. Shiro entendit une voix qui ressemblait à la sienne:

I'm the bone of my sword

Steel is my body and fire is my blood

I have... ted... over... and blades

From... world

To... ther

Shiro tomba à genoux, torturé par la douleur et une forte envie de vomir. Le souvenir de son dernier séjours dans ce désert d'épée lui revint en mémoire... des lames étaient sorties de son corps, le transperçant de part en part.

Cependant, les choses ne devaient pas se terminer ainsi cette fois là.

- Assez!

Devant ses yeux baissés apparurent le bas d'une robe blanche et des chaussures noires. Un bâton en bois sombre frappa deux fois le sol et un cercle magique se forma, entourant Shiro. Aussitôt la douleur se résorba, le laissant pantelant.

Après ce qui lui parut plusieurs minutes, le forgeron aux yeux d'ambre put se redresser et chercha du regard son sauveur. Il s'était assis sur un rocher et le regardait avec intérêt, un lourd bâton en forme de Z entre les bras. Il le reconnut sans peine, ce n'était pas leur première rencontre...

- Merlin !

Le visage jeune, les cheveux dépeignés, blancs avec des reflets arc-en-ciel, le Magicien des Fleurs eut un demi-sourire respirant l'ironie:

- Je vois que vous ne m'avez pas oublié... et que vous avez appris mon vrai nom.

Il toucha son front dans la posture cliché d'un voyant avant une vision :

- Je vois... je vois... vous avez rencontré une belle jeune fille aux cheveux d'or et aux yeux verts (mais un peu trop peu plate pour mon goût).

Les mains de Merlin dessinèrent dans l'air une silhouette de femme voluptueuse, laissant fort peu à l'imagination quant à ses goûts en la matière.

- Et oui... je suis prophète... sauf que là je n'ai pas eu besoin de cela pour savoir que vous alliez rencontrer Artoria. C'était votre destin, Shiro Emiya... destin que vous avez forgé en demandant au Graal de Fuyuki de vous réunir. Le fragment du Cristal de Corvus que je vous ai donné a été utile... comme je l'avais prévu. Et vous avez contribué à réunir Artoria et Excalibur. Bien... très bien même.

- Où... où sommes-nous?

Merlin regarda Shiro pendant quelques instants avec une expression d'incrédulité. Puis le magicien secoua la tête:

- Alors vous n'avez même pas réalisé cela ? Nous sommes dans votre âme...

Se relevant, le conseiller du Roi Arthur balaya d'une main le paysage autour d'eux:

- Ce qui nous entoure est un Reality Marble, l'expression de ce qui y a en vous... Vous ne pensez tout de même pas qu'il n'y a aucune conséquence à déclarer: "I'm the bone of my sword. Steel is my body and fire is my blood." Une incantation de ce type a un effet un peu trop... littéral.

Il tendit un doigt vers les lames :

- Regardez là... votre chair.

Puis vers les flammes couronnant le Mont Écarlate:

- Et là... votre sang.

L'expression moqueuse et amusée du magicien fut remplacé par de la colère, de la pitié et de l'inquiétude:

- Shiro Emiya, regardez autour de vous ! Voilà ce que vous vous êtes infligé à vous même ! Au moins Jésus s'était contenté de pain et de vin, inoffensifs... feu et acier, voilà votre eucharistie, Shiro Emiya.

Les connaissances de l'adolescent sur le magecraft n'avaient rien d'extraordinaire. Au mieux, on pouvait le qualifier de "Magus de troisième ordre"... comme le faisait souvent Rin, d'ailleurs.

Néanmoins, Shiro connaissait la théorie du Reality Marble. Un Magus assez puissant pouvait matérialiser et projeter autour de lui son "univers intérieur" selon la théorie thaumaturgique de l'Œuf-Monde. Sauf que ce genre de Bounded Field ne pouvait être créé que par des êtres très puissants, tels les Death Apostole Ancestors. Car il fallait une quantité phénoménale de mana.

- Euh... Merlin, si c'est mon univers intérieur comment êtes-vous là ?

Le magicien se mit à rire:

- Mon père Morwin était un incube. J'ai reçu de lui la capacité innée à entrer dans les rêves. Mais parlons plutôt de la manière dont vous parvenez à créer cet univers. Venez, suivez-moi!

Montrant la route, Merlin entreprit d'escalader une colline. Levant les yeux Shiro découvrit que son sommet présentait un aspect très différent de tout ce qu'il y avait autour. Les épées y étaient plus abondantes encore que dans le désert... néanmoins, les lames étaient plantées dans une herbe printanière, semées de fleurs où butinaient des papillons multicolores.

Une lumière dorée éclairée les lieux, elle provenait d'Excalibur posée sur un autel au pied d'une statue de Saber. Les lieux avaient beaucoup changé depuis son dernier séjour. La désolation de son univers intérieur semblait avoir reculé... depuis qu'il avait retrouvé l'amour de sa vie.

- Excalibur? Excalibur crée le Reality Marble ?

Merlin se retourna pour croiser le regard interrogateur du jeune Magus:

- Non... pas exactement, Avalon !

- Avalon? Le fourreau ?

- Vous voyez l'île du même nom quelque part dans ce désert? Non ? Bon qu'est-ce qu'Avalon ?

Shiro fronça les sourcils :

- Le... le fourreau d'Excalibur ?

Merlin leva les yeux au ciel avec l'expression d'un professeur exaspéré faisant face à un élève leeeeeent:

- Le fourreau que votre père adoptif, Kiritsugu Emiya, a placé en vous... vide.

La manière dont Merlin avait insisté sur le dernier mot devait lui donner un sens particulier... mais lequel ? Shiro se gratta la nuque, réfléchissant mais sans comprendre où le magicien voulait en venir. Ce dernier soupira et se mit à parler en articulant clairement, détachant chaque mot, comme s'il s'adressait à un enfant de six ans:

- Kiritsugu a placé en vous le fourreau vide d'Excalibur... un Last Phatasm en forme d'épée... une empreinte vide de cette arme... comme un moule.

- Un moule...

Shiro regarda autour de lui, les milliers d'épées, jusqu'à l'horizon.

-Un moule d'épée...

- Oui, vous venez de comprendre.

Merlin ne rajouta pas "enfin", mais le ton sarcastique ne laissait aucun doute qu'il l'ait pensé.

- La dévastation de la fin de la Quatrième Guerre du Graal avait littéralement laissé votre âme nue, lavée de toute personnalité. Une page blanche qui ne demandait qu'à être réécrite. En plaçant en vous ce qui est littéralement le moule d'un très puissant Noble Phantasm, Kiritsugu l'a laissé vous marquer, changer la manière dont fonctionnait votre âme. Puis il vous a appris une forme simple de magecraft, la Projection. C'était exactement ce dont vous aviez besoin pour exprimer cette habilité de "moule à épée" qu'était devenue votre âme.

- Attendez, j'ai rendu l'original d'Avalon à Artoria. Celle-ci n'est qu'une copie imparfaite...

Merlin le coupa :

- Certes, la plupart des copies tracées qui nous entourent sont imparfaites. Par exemple, cette copie d'Excalibur n'est que de rang B+ et pourtant vous seriez incapable de l'utiliser. Seulement, ce n'est pas le cas d'Avalon. Vous avez eu l'original en vous pendant des années... elle fait partie de vous. Il serait d'ailleurs plus juste de dire, comme le fait Artoria, que vous êtes son fourreau. Avalon a réécris la page blanche "Shiro Emiya" en y inscrivant les valeurs défendues par son légitime possesseur : chevalerie, protection des faibles, dévouement envers la veuve et l'orphelin. Avalon est le cœur de votre âme, Shiro.

Appuyé sur son bâton, Merlin ne montrait plus la moindre ironie. À nouveau son expression reflétait inquiétude et... pitié:

- Sur Terre, ces capacités vous auraient valu une Sealing Designation de la part de la Clocktower. Mais ici les choses sont encore plus graves...

- Comment cela ?

- Shiro Emiya, sur Terre, un Reality Marble s'effondrerait en l'espace de quelques minutes, érodé par la puissance combinée d'Alaya et de Gaïa. La première refuse aux hommes qu'ils maîtrisent une puissance pareille parce qu'elle fait d'eux plus que des hommes, ce qui serait antinomique de sa fonction de somme de tous les esprits humains. Quant à Gaïa, elle refuse la violation des lois de la nature que représente un Reality Marble.

Merlin agita son bâton :

- Mais nous sommes sur Nirn et d'autres puissances sont à l'œuvre. Il n'y a rien de semblable à Gaïa et Alaya sur ce monde. La première est remplacée par les "Os de la Terre" ou "Ehlnofeys". Ces derniers sont des dieux incarnés sur Nirn et dégénérés, ayant perdu leurs attributs divins. Ils sont morts il y a longtemps... pourtant ils existent encore sous la forme d'une conscience collective qui ancre la réalité de Nirn. Ils représentent le destin. Dans le futur, l'empereur Uriel Septim VII quittera la Cité Impériale en passant par les prisons, pour fuir des assassins... dans la cellule où s'ouvre le passage secret, il rencontrera un prisonnier. Ce dernier a pour destin de sauver Nirn de l'invasion d'Oblivion... sa présence dans cette cellule sera un "hasard" tissé par les Ehlnofeys pour le lancer dans sa tâche (1).

Pensivement, Merlin regarda les lunes dans le ciel du Reality Marble de Shiro:

- L'autre puissance est les Aedra, les Neuf Dieux du panthéon impérial, ils tiennent en partie le rôle d'Alaya et en partie celui de Gaïa. Ils ont une limitation singulière. Ces dieux ne peuvent agir que par l'intermédiaire des mortels. Ainsi, pour protéger Nirn des Daedras d'Oblivion toute leur puissance repose sur un seul individu... l'empereur.

- L'empereur ?

Merlin sourit de la surprise de Shiro:

- Jeune homme, dans cette seconde vie, vous êtes né dans une famille impériale. Vous savez donc ce qu'est l'Amulette des Rois.

Shiro acquiesça, il avait dû subir le catéchisme impérial pendant son enfance:

- C'est une amulette très ancienne. On dit que Sainte Alessia elle-même l'a reçu des dieux, on dit que c'est une relique d'une grande puissance... Si je me rappelle bien, Akatosh, le roi des dieux l'aurait créé en prenant du "sang de son noble cœur".

- Exact, et vous savez que l'empereur est un Enfant de Dragon ?

Shiro se demandait quel était le rapport entre l'empereur et lui... Il se rappelait qu'une des Lames -les gardes du corps d'origine akaviroise d'Uriel Septim VII- lui avait un jour dit que l'empereur tenait de son sang de dragon des dons étranges... et Uriel Septim VII devait sans doute avoir vu quelque chose en lui, sinon il ne se serait pas attaché à lui offrir la meilleure éducation magique et guerrière possible. Le forgeron roux acquiesça:

- Oui, il descend de Tiber Septim, fondateur de l'Empire de Tamriel... devenu un dieu après sa mort sous le nom de Talos.

- Oui, tout à fait... et Talos n'avait pas le sang d'un dragon ordinaire, il avait le Sang du Dragon... d'Akatosh, le dieu dragon. Lorsqu'un nouvel empereur est sacré, il est conduit au temple de l'Unique, dans la Cité Impérial, où il doit se servir de l'Amulette des Rois pour allumer les Feux du Dragon. Le rite n'est plus compris de nos jours... à part par l'empereur. Pour le commun des gens, il sert juste à prouver que l'empereur a bien le Sang du Dragon qui lui permet de servir de l'Amulette de Sainte Alessia. Sauf que c'est bien plus que ça, les Feux de Dragon sont la clef de la barrière qui sépare Nirn des Royaumes Extérieurs. Shiro, savez-vous ce que sont les Royaumes Extérieurs ?

- Euh... la demeure des Daedra ?

Merlin applaudit avec ironie:

- Bravo mon jeune élève ! La cosmogonie de Nirn raconte que ce monde fut créé par les Aedra (littéralement : "ceux qui sont nos Ancêtres", en Aldmer). Ces dieux sacrifièrent leur indépendance pour s'incarner. Ils sont littéralement le monde de Nirn. Akatosh étant le soleil, Mara, Dibella, Stendarr etc... sont des dieux mais aussi des planètes de ce système stellaire. En s'incarnant, ils ont réduits leurs pouvoirs pour permettre au système planétaire d'exister. Seulement, tous les dieux n'acceptèrent pas cette limitation de leurs pouvoirs. Ceux qui refusèrent de participer à la création du monde de Nirn devinrent les Daedra (c'est à dire "ceux qui ne sont pas nos ancêtres"). Tous les Daedras ne sont pas des monstres. Je pense en particulier à Meridia, la déesse de la lumière et de la vie. Cependant, d'autres comme Molag Bal, seigneur du viol ; Mehrunes Dagon, le prince de la Destruction ou le Vil Clavidus ne désirent que faire souffrir les mortels. La barrière élevée par les Aedra empêche ces démons de s'étendre sur Nirn. Pour en revenir à ma question, les Royaumes Extérieurs, ou Plans d'Oblivion, sont les contrées créées par les Daedra elles sont la matérialisation de leur pensée...

Shiro sursauta et Merlin eut un sourire malicieux à cette réaction:

- Oui, vous voyez où cela nous mène. Il ne s'agit pas de ce que l'on appelle un Marble Phantasm... Non, Nirn est un gigantesque Marble Phantasm (2) créé par les dieux en sacrifiant une partie de leurs pouvoirs et surtout leur autonomie. Nirn est stable. Les Plans Extérieurs sont des Reality Marble élevés dans le Chaos Originel s'étendant au delà de ce système planétaire. Ils sont en permanence érodés par le Chaos et seule la présence d'une Pierre Sigilaire, un puissant morpholithe, permet d'ancrer ces plans et les protège de l'érosion. Si on enlève ces Pierres Sigilaires de leurs supports, tout voyageur qui se trouve dans les Plans d'Oblivion se trouve renvoyé sur Nirn. Comme dans n'importe quel Reality Marble.

- Mais alors...

Shirou hésita et Merlin acquiesça :

- Votre Reality Marble ne peut se matérialiser dans Nirn à cause de la barrière élevée par les Feux de Dragon.

- Oh, je vois... je ne peux pas appeler mon Reality Marble sur Nirn.

Le peu de réaction de l'adolescent aux cheveux roux face à ses révélations stupéfia Merlin:

- Vous n'avez rien compris de ce que j'ai essayé de vous dire... Nirn est un monde où les mortels peuvent devenir des dieux. Arkay, dieu des morts, ou Talos étaient des mortels jusqu'à ce qu'ils réalisent des actions qui provoquèrent leur Ascension ! Et, comme je vous l'ai expliqué, un Reality Marble c'est un Royaume Extérieur. Créer un Royaume Extérieur c'est revendiquer une place parmi les Princes Daedriques, ô prince daedra Shriro Emiya maître de la Forge Infinie ! Vous êtes en train de connaitre une Ascension qui vous conduit à la divinité! Ce qui veut dire que vous vous positionnez en rival des autres princes Daedra. La plupart d'entre eux résolvent ça par la guerre et le meurtre ! Ils ne vous laisseront jamais achever la création de votre Reality Marble. Vous vous êtes peints une cible sur le dos avec écris en gros " S'il vous plait, tuez-moi !"


Shiro s'éveilla en sursaut et ses yeux s'ouvrirent pour fixer la toile de tente au-dessus de lui. Son cœur battait trop vite. Il déglutit, combattant l'envie de vomir. Une violente migraine enserrait ses tempes et une voix fantôme murmurait à ses oreilles:

I ha... creat... over... blades

...a world

... other

Il chercha à se redresser et son effort fut interrompu par un grognement. Deux bras blancs affermirent leur emprise autour de ses épaules:

- Shiro?

Le jeune homme se tourna pour regarder le beau visage de Saber. Lovée contre lui, elle n'avait pas encore ouvert les yeux. Il eut un sourire tendre:

- Tout va bien, continue à dormir.

Doucement, il chercha à se défaire de l'étreinte de son aimée mais... d'autres bras le serraient. Il se tourna vers l'autre côté du lit... pour découvrir... Rin?

Que... que s'était-il passé hier?

Pendant un instant son cerveau tourna à vide trop stupéfait puis... il se souvint... ah... oui... On pouvait faire beaucoup de choses à trois et ils avaient beaucoup expérimentés. Pas étonnant qu'il se sente aussi fatigué.


L'année 3E 418 en était à ses dernières semaines. Le mois d'Étoile du Matin (décembre) venait de commencer.

D'habitude clément, autour de la Baie d'Illiaque, l'hiver s'était abattu sur le Duché de Phrygios avec la force d'un marteau de forgeron. Les températures étaient glaciales, le moindre ruisseau était gelé et les arbres blancs de neige portaient des pendeloques de glaces sculptées par des vents polaires.

Cela n'arrangeait pas les affaires de l'immense armée qui s'était réunie aux abords de la ville de Dwynmen. Près de 25 000 hommes campaient déjà sur place et d'autres venaient encore : chevaliers du dragon de Daénia, hallebardiers de Cambrie, levées de Vérandia, miliciens de Taillemont, franc-archers de Boralis, coustilliers de Phrygios, compagnies de mercenaires.

Ils se côtoyaient dans un campement aux allures de ville, avec ses rues et ses places, ses temples, ses approvisionnements en toutes choses.

La vie était si bien organisée que l'on y trouvait des salles de jeu de paume (3), des cabarets et des tavernes, en fait tout ce qu'il était nécessaire pour la vie d'une troupe de cette importance. On pouvait même y acheter du drap ou des épices médicinales... Sans compter, bien sûr, les prostituées et les maisons de jeu si appréciées par la soldatesque quelque soit le monde et l'époque.

Le camp, bien entendu, était fortifié. Des fossés et de palissades jalonnées de tours l'entouraient de toute part, gardés par des soldats en cotte de maille et casque de fer, portant hallebardes ou arbalètes.

Au centre, isolés par leur propre palissade se trouvaient d'élégants pavillons attribués aux nobles dirigeant la vaste expédition. Son but ? Lever le siège de Refuge. Cependant, cela n'avait rien de simple, surtout en cette saison.


Dunore Grensley, comte de Merta la Vieille, appartenait à l'aristocratie de Cambrie. Son arbre généalogique remontait à l'Hégémonie Direnni et aux exploits de ses ancêtres à la bataille de Glénumbrie. Il dirigeait l'armée coalisé parce qu'il était le noble du plus rang à y participer.

L'homme, un Bréton classique, petit, mince, les cheveux bruns et les yeux bleus fixait la carte du Royaume d'Alcaire (également appelé Royaume des Îles).

Son doigt se porta sur la ville portuaire de Roeglin:

- Il y a quatre mois, l'armée d'Orsinium a lancé ses premières attaques sur le royaume des îles. Par chance, Mordane Hawkstone, baron de Roeglin a réagis avec fermeté recrutant des mercenaires, entrainant une milice, entourant sa ville d'un rempart de bois et de terre. Depuis deux mois, sa cité est effectivement assiégée par un fort parti de gobelins. Une autre armée - d'orques cette fois- se trouve plus à l'ouest... probablement en train de fortifier le fleuve Issen.

Le comte de Merta frappa la table du plat de sa main:

- Notre problème est que mes éclaireurs affirment que les gobelins se concentrent sur la prise de Roeglin. Non seulement la perte de celle-ci serait tragique par elle-même, mais elle pourrait être ensuite tenue contre nous. Nous serions obligés de la prendre ou risquer de voir nos communications coupées... nous privant de tout renseignement.

Son regard se tourna vers Saber, cette dernière dirigeait le contingent de Vérandia, avec Estienne de Vignonne comme lieutenant.

- Dame Pendragon, j'aimerais que vous embarquiez vos troupes sur les navires que j'ai fait rassembler dans le port de Dwynmen. Vous renforcerez la garnison du baron Mordane.

Artoria resta quelques instants à fixer la carte et surtout la baie d'Illiaque:

- Sauf votre respect, monseigneur, pouvons-nous compter sur une escorte de navires de guerre? Je tiens à vous rappeler que l'ennemi possède une flotte de guerre composée de vaisseaux fantômes et de corsaires rougegardes. Il serait imprudent de nous risquer dans des eaux hostiles sans escorte.

Dunore Grensley, comte de Merta, grimaça...

- Le roi Gothryd refuse d'éloigner sa flotte de guerre de Daguefilante, craignant sans doute de s'exposer à une attaque. Néanmoins, les navires ennemis sont occupés par la flotte impériale de l'amiral Marcus Manfredi. Vous devriez passer sans vous faire remarquer.


Après la bataille du Roc Noir, l'amiral Marcus Manfredi avait été acclamé par l'équipage de ses navires. Cela n'avait duré qu'un temps. La fuite devant les navires fantômes avait miné cette confiance. Le sort s'était aussi acharné sur eux. Menacés par un orage, les navires avaient cherché à s'ancrer. Le seul lieu favorable avait été une petite plage. Une trop petite plage, nombreux furent les navires qui subirent de graves dommages.

Après, le moral fut encore plus touché. Dans les cales et les entreponts, la tempête avait été vécue comme le signe de la colère des daedras, ou de cette nouvelle divinité cet "Angra Mainyu" que l'on disait le suprême esprit du mal.

S'il avait disposé de temps, Manfredi aurait ordonné une halte pour réparer ce qui pouvait l'être. Mais grâce aux postes de guets dissimulés le long des côtes, l'amiral n'ignorait pas que l'ennemi le talonnait. Comble de malchance, les forts vents qui avaient endommagé sa flotte s'étaient révélés être un phénomène localisé. Derrière l'horizon, les nefs fantômes n'en avaient rien ressenti.

Pressé par le temps, Manfredi embarqua les équipages des galères les plus touchées et les saborda. Pourtant, cela se révéla insuffisant. Alors que l'armada entrait enfin dans la baie de Balfiera, la flotte ennemie arriva en vue des vigies. Son comportement se révéla étrange et erratique. Au lieu de foncer en avant et chercher l'engagement, les navires fantômes avançaient timidement.

Marcus Manfredi craignait un nouveau piège, et de fait la route des Impériaux les amenait dans une région de navigation délicate. La côte avait une apparence déchiquetée. Des bancs de sable voisinaient avec des flèches littorales et des tombolos. Plus loin, une grande île rocheuse clôturait presque la pointe escarpée que terminait une arche naturelle. Dans sa lunette d'approche, l'amiral voyait les îlots et les aiguilles entourés d'écumes qui bordaient cette passe.

Le cœur de l'Impérial se mit à battre plus fort. Dans l'irrésolution de l'ennemi, il voyait une occasion de frapper. Faisant changer de cap à sa formation, il abandonna l'idée de contourner l'île pour s'engager entre elle et la côte.

Face à un adversaire plus rapide, on ne peut plus fuir. Mais on peut livrer bataille. Et où le faire avec plus de chance de réussite que dans ce chenal étroit ? Plus nombreux, les navires ennemis ne pourraient y naviguer correctement.

Grâce aux cartes précises que les Direnni leur avaient offertes, les galères impériales suivirent des courants favorables et franchirent le détroit sans encombre. De son côté, le Grand Nécromant à la tête de la flotte fantôme avait réagis plus rapidement que ses hésitations pouvaient le faire croire. Il scinda en deux son armada. Les épaves aux équipages de morts-vivants qui formaient le gros de ses forces prirent position face au chenal, tandis que les légères nefs des corsaires d'Étoiledragon contournaient l'île toutes voiles dehors.

Si le mouvement était prévisible, le Nécromancien l'avait effectué de main de maître. Alors que les premiers navires impériaux sortaient en mer libre, les galères rougegardes se rassemblaient déjà pour porter l'estocade.

À jouer au plus malin, Marco Manfredi venait de perdre. L' « hésitation » du nécromancien se révélait une feinte habile. Sans perdre la tête à jurer sur sa bêtise, l'amiral cyrodilien improvisa rapidement une parade. La situation n'était pas désespérée. Le but des corsaires rougegardes avait été sans doute de fermer le chenal avant qu'ils n'en soient sortis. Or, il restait encore quelques minutes avant que leurs navires soient sur eux. Relayant ses ordres par télégraphe optique, l'amiral Manfredi rassembla rapidement ses embarcations en une ligne lâche. Cette formation laissait de larges brèches par lesquelles l'ennemi pouvait s'infiltrer. Malgré tout, elle l'obligeait aussi à étaler sa formation. Comme ça, il ne pouvait pas contourner l'escadre.

Durant près d'une heure, les flottes manœuvrèrent en renforçant leurs dispositifs. Enfin, les mangonneaux et les balistes commencèrent à tirer. Des gerbes d'eau encadrèrent les bâtiments des deux camps lancés de toute la force de leurs rames. De manœuvrier, le combat se transforma en corps à corps féroce. Les puissantes galéasses de l'Empire de Tamriel soutinrent l'offensive ennemie.

La bataille devint rapidement furieuse. Partout, les navires s'éperonnaient ou s'abordaient. Jusqu'à trois ou quatre embarcations pouvaient s'agglutiner de la sorte. D'étranges îles de violence naquirent ainsi au milieu des épaves en flammes. Petit à petit, la présence des lourdes nefs impériale fit basculer l'engagement en leur faveur.

Mais on se battait ailleurs.

Dans le détroit, la situation était complètement différente. Les navires fantômes lancés à la poursuite des Impériaux rattrapaient les galères en fuite et les coulaient une par une.

Enfin sortie en eau libre, les navires aux équipages de squelettes, de fantômes et de zombis s'en prirent à la flotte impériale. Les galéasses, prises à revers, ne purent contre-attaquer qu'isolément. Ces forteresses flottantes étaient peut-être bardées de plaques d'acier qui les protégeaient parfaitement, seulement leurs équipages restaient vulnérables. Méthodiquement, les mort-vivants abattirent les mats à coups de boulets de catapulte. Puis les liches utilisèrent leurs sorts les plus destructeurs pour faucher tout ce qui se tenait sur les ponts. Assommés par ces tirs, les galéasses furent achevées par des projectiles incendiaires.

Blessés dès le début du combat par une flèche qui s'est logé dans son épaule, Marcus Manfredi vit les voiles de son navire s'enflammer. Au bord de l'évanouissement, il ne réagit même pas quand deux officiers le tirèrent jusqu'à la coupée. Une galère rapide avait accosté. Après l'avoir fait embarquer, ses hommes le conduisent jusqu'au médecin de bord.

Tandis que la nef s'éloignait, par ses fenêtres l'amiral voyait un spectacle qui lui brisait le cœur.

À part quelques navires éloignés et en fuite comme le sien, de sa flotte ne restait plus que des épaves en feu. La défaite était bien amère. Si l'ennemi l'avait surclassé par le nombre, il lui était bien plus douloureux de s'avouer qu'il l'avait aussi fait par la tactique.

La mer était d'écarlate, rougie des flammes de l'incendie.

Alors que le médecin déchirait sa chemise pour opérer, des larmes de honte ruisselaient sur ses joues. Sa flotte n'était plus et il lui fallait maintenant en avertir l'Empereur.


Des quais de la ville de Roeglin, principal port d'Alcaire, on pouvait assister à un spectacle d'une grande beauté. Le soleil hivernal éclairait une multitude de flambeaux brûlant sur la Baie d'Illiaque, comme un vol de phénix s'étant posé sur les eaux...

La vérité hélas n'avait rien d'aussi poétique. Il s'agissait de navires en feu !

Les navires marchands réquisitionnés par le comte de Merta brûlaient, sous les flèches enflammées tirées par les galères des corsaires d'Étoiledragon. Les soldats de Vérandia transportés par ses navires ne pouvaient rien faire si ce n'est sauter dans l'eau glacée pour échapper aux flammes et s'accrocher aux épaves.

Ceux qui survivaient à la morsure du froid dérivaient jusqu'à la côte, souvent bien loin de Roeglin. Ils n'en étaient pas pour autant sauvés. Des contingents d'orques en armures lourdes et de monteurs de loup gobelins patrouillaient le rivage à la recherche de rescapés.

Seule une poignée de navires échappèrent à ce sort terrible en suivant la Dame Marine, une lourdecaraque ventrue. Toutes les galères corsaires qui s'approchèrent de ce navire connurent le même sort:

- Strike Air !

En proue du navire, Saber maniait The Sword of the Wind King, le fourreau d'air comprimé entourant Excalibur. Libéré sous la forme d'un cône d'air tourbillonnant the Barrier of the Wind King frappait toute galère s'approchant, arrachant ses voiles et soulevant des paquets de mer qui brisaient ses bordages. Réduite à l'état d'épave, elle s'abîmait alors dans les flots.

Bientôt, il n'y eut plus personne pour se risquer à proximité de cette caraque. Traînant derrière elle les derniers survivants de la flotte de renfort, elle atteignit les quais de Roeglin.

C'est là qu'Artoria Pendragon, Rin Tohsaka, Shiro Emiya, Estienne de Vignonne et Gonderic de Bel Amant touchèrent terre en compagnie d'une centaine de soldats. Ils étaient attendus:

- Ah, Votre Majesté, je commençais à me demander si je m'étais trompé de jour.

Saber cligna des yeux... pour une fois à cours de mots :

- Merlin ?

Les doigts réunis en V, il prit une pose qui serait déjà ridicule chez une lycéenne japonaise imitant une "idole" de la jap pop.

- Le plus charmant des bishounen est là pour tout arranger.


(1) Événements du début de TES IV: Oblivion.

(2) Pour simplifier, un Marble Phantasm est comme un Reality Marble sauf qu'il ne viole pas l'ordre de la nature, il n'est donc pas érodé par Gaïa.

(3) L'ancêtre du tennis.


Note de l'auteur: La bataille navale de l'île de Balfiera est librement inspirée d'une des plus célèbre bataille de l'antiquité. Je veux parler de Salamine. La flotte de l'Empire de Tamriel jouant le rôle des Perses. Les Nécromanciens et les corsaires d'Étoiledragon jouant celui des Grecs.

Ah, et j'ai arrêté les versets du sortilège d'invocation de l'Unlimited Blade Work (version Fate/ Dragoncrown):

I'm the bone of my sword

Steel is my body and fire is my blood

I have created over a thousand blades

From a world

To another

Withstood pain to create weapons, for the sake of one

I have no regrets. This is the only path.

For her, my whole life is Unlimited Blade Works.

Vous aurez malheureusement encore beaucoup de temps à attendre avant que Shiro puisse utiliser son Noble Phantasm. Ah, le "her" fait bien sûr référence à Artoria Pendragon. " For the sake of one"... Shiro est tout même un brin monomaniaque. Qu'il s'agisse de sauver une femme (Saber, Sakura) ou devenir un Héros de la Justice, il est prêt à se sacrifier sans regret... mais c'est Shiro...