Sang et neige


Le chaos régnait sur le port de Koeglin (1). Alors que des flocons dansaient dans le soleil couchant, la neige qui s'amoncelait dans les rues fondait sous des ruisselets de sang, au milieu des cadavres et de la fumée montant de maisons incendiées. On entendait des cris sauvages, le fracas des armes ainsi que des ordres d'officiers cherchant à réorganiser les miliciens en déroute. Des gobelins avaient surgis, tuant, massacrant les non-combattants, se jetant en masse sur les gardes présents. Avec l'effet de surprise, ils en avaient tué plus d'un.

Tristane Gaerwyth était un milicien ordinaire. Il y a quelques mois, il travaillait encore sur le port comme manœuvre dans un chantier de construction naval. Ses ambitions se limitaient à espérer être remarqué par un maître charpentier et devenir compagnon charpentier... et donc avoir un meilleur salaire. Au lieu de ça, il se trouvait vêtu d'une mauvaise armure de tissu, un Chapel-de-fer sur la tête avec une épée courte d'acier et un écu de bois aux armes de la ville à monter la garde à l'extrémité d'un quai.

Maudits gobelins...

Et encore, Tristane s'estimait chanceux. Il revenait d'un tour sur le mur de bois qui entouraient la ville. Au moins sur les quais, on n'avait à craindre que le froid et l'ennemi... pas une nouvelle attaque de ces horribles petits monstres verts. Du moins, c'était ce qu'il croyait.

Et puis, ils avaient déferlés... sans un avertissement des remparts, ils s'étaient répandus dans les rues du port, attaquant les habitants et les gardes.

Tristane déglutit, levant haut son bouclier. Ses deux camarades, à ses côtés, l'imitèrent. L'un d'eux avait une hache de guerre, et l'autre le même glaive rudimentaire que Tristane, produit en masse par les forges de Koeglin pour équiper les miliciens.

Les Gobelins arrivaient, une dizaine d'entre eux... sales, vêtus de haillons crasseux. Le premier d'entre eux tenait une épée rouillée et un bouclier circulaire. Son "armure" était faite des os de la cage thoracique d'une créature. Il portait un bonnet de cuir d'où sortaient de longues oreilles pointues qui rappelait l'origine elfique de ces horribles mochetés. Difficile de croire que les gobelins étaient comptés au nombre des créatures féériques lorsqu'on les voyait de près. Le petit monstre se mit à ricaner, découvrant une bouche remplies de crocs ébréchées et jaunis. Sa voix aigue et éraillée sonnait sinistrement:

- Aï! Pushdul! Hoshum bagronk!

Ce qu'il venait de dire devait être fort spirituel parce que ces compagnons rirent à leur tour, plissant leurs immenses yeux orangés.

- Gork!

Celui qui venait de parler tenait un cimeterre grossier, un bouclier circulaire fait de planches mal jointes et couvertes d'un dessin maladroit à la peinture rouge. Sans armure, il portait juste un pagne de cuir, et des bandes de tissus autour de ses mains et de ses pieds. Une peau de loup mitée lui couvrait les épaules. Sa quasi-nudité permettait de discerner ses tatouages claniques.

- Hïa ! Hïa!

Un troisième approuva moqueusement. Il portait une armure faite de morceaux de fer mal forgés et piqués par la corrosion: un plastron, un casque à visière. Il se servait d'un bouclier d'acier cyrodilique et d'une hache de même métal qui devait elle aussi venir d'un pillage.

Grands comme des enfants de douze ans, maigres à faire peur, ils n'étaient pas très impressionnants. Néanmoins, ceux qui sous-estimaient les gobelins le regrettaient amèrement. Certes, un gobelin seul ne constituait pas une menace pour un homme adulte même sommairement armé... mais là où on voyait un de ces petits monstres, il y en avait dix, cent ou mille à proximité. Il ne fallait pas non plus se leurrer sur leur fragilité apparente. En fait, ces petites horreurs étaient étonnamment fortes pour leur taille, plus qu'un homme adulte.

- Ya harri hoï !

Sur cette déclaration, les gobelins se ruèrent en avant. Bien que lâches, comme toutes les brutes, ils trouvaient leur courage dans le nombre... et ils avaient donc un grand courage lorsqu'ils étaient à quatre contre un.

Aussitôt, l'univers de Tristane devint un tourbillon de violence écarlate. Il fallait frapper, parer, en veillant à ne pas rompre la ligne avec ses deux compagnons. Mieux organisés, les humains brisèrent le premier assaut. Les gobelins se replièrent, laissant quatre des leurs au sol... l'un d'eux vivait encore et geignait pitoyablement. Comme il cherchait à ramper vers ses alliés, l'un des gardes l'acheva. Ce qui valut un concert de cris furieux de la part des gobelins survivants qui se réorganisaient à quelques dizaines de mètres. Tristane se retourna vers son voisin:

- Pourquoi tu as fait ça? Ils sont encore plus en colère, maintenant!

- "Hosh" veut dire entrailles et "bagronk" chambre de torture... vu ce qu'ils préparent à nous pendre par les boyaux, ou quelque chose de ce genre, je n'ai pas l'intention de montrer de pitié.

- Je vois...

Les trois gardes resserrèrent leur rang. Aucun d'eux n'était un soldat de métier, mais c'était leur ville et... ils n'avaient rien d'autre à espérer qu'une mort rapide en cas de défaite. Et ça uniquement, s'ils avaient de la chance. Il ne faisait pas bon d'acculer des gens ordinaires, ils pouvaient se battre mieux que des professionnels.

Le second assaut fut encore plus violent. Tristane fracassa le crâne d'un premier gobelin, para l'attaque d'un deuxième puis contre-attaqua plongeant sa courte lame en plein dans sa poitrine alors qu'il levait sa massue pour frapper. Hélas, le milicien avait fait une faute de débutant, enfonçant son épée trop profondément. Pendant qu'il essayait de la dégager, un monstre armé d'une hache le frappa au dessus du coude. Avec horreur, le jeune homme vit son bras tranché tomber au sol. Par réflexe, il donna un coup de bouclier à son adversaire, le repoussant et le faisant tomber. Le milicien à sa gauche l'acheva en le frappant en pleine tête avant qu'il ne se relève. Ce fut seulement à ce moment que la douleur terrassa Tristane, le faisant tomber à genoux.

- Talos... Khynn... Phynnaster... ô dieux, donnez-moi la force!

L'invocation aux dieux brétons (2) devait faire effet, car les gobelins survivants s'égaillèrent en proie à la terreur :

- Sakai! Squail !

Son bras... alors que son compagnon arrêtait l'hémorragie en faisant un garrot avec une bande de tissu arrachée à son tabard, Tristane fixa le cadavre du troisième homme de garde... En fait, il devait se considérer comme chanceux. Il avait survécu, ce n'était pas le cas de tous et en plus... il regarda les corps enchevêtrés d'une dizaine de gobelins. Oui, ils avaient massacré leurs ennemis.

Ce fut à ce moment là que Tristane prit conscience du bruit derrière lui. Aidé par son camarade, il se redressa en grimaçant de douleur. Un navire venait d'apponter. Il s'agissait d'une caraque de commerce portant à son grand mât les couleurs du duché de Phrygios.

Des hommes en débarquaient. Des soldats vêtus de jaques de tissu ou de gambissons matelassés. Ils portaient le tabard du duché de Vérandia. À leur tête avançait une très jeune femme, une adolescente dont la beauté lui fit un instant oublier la douleur de son bras tranché.

Elle allait tête nue et ses cheveux soigneusement noués en une natte enroulée à l'arrière de son crâne miroitaient dans le soleil couchant comme si de la poudre d'or les recouvraient. Son visage délicat était très pâle, avec une petite bouche, un menton étroit. Pourtant, ce qui le frappait avant tout, c'était ses yeux aussi brillants que des joyaux. Ils parcoururent la scène, les cadavres des gobelins, le garde tué... et lui-même, s'arrêtant sur sa blessure.

- Qui... qui êtes-vous ? Retourner à bord de votre navire... les gobelins ont envahis le port.

L'adolescente acquiesça gravement, son souffle se condensant en buée alors qu'elle répondait:

- Comment ont-ils franchis les murailles?

- Je... ne sais pas. Nous n'avons reçu aucun message d'alarme... mais, vous ne pouvez rester là, damoiselle.

L'adolescente rejeta un pan de sa cape bleue entièrement doublée de fourrure blanche sur son épaule. En dessous, elle portait la plus étrange armure que Tristane Gaerwyth n'ai jamais vu. Son plastron était fait de plaques d'un métal argenté imbriquées et portant un motif décoratif bleu d'inspiration végétal. Elle avait des gantelets et une bizarre jupe de plates de métal. En dessous, la jeune beauté était vêtue d'une robe d'un bleu royale, soutachée d'or, sur un jupon blanc. Elle portait l'ensemble avec le naturel et l'élégance née d'une longue habitude.

Ouvrant une sacoche à sa ceinture, elle en sortit une petite bouteille de verre grossier remplie d'un liquide rose:

- Tenez, c'est une potion de soins majeurs. Cela soulagera la douleur et arrêtera l'hémorragie. Merlin, soignez ce soldat.

Confus, Tristane Gaerwyth se tourna vers le magicien. Il était connu en ville, y séjournant depuis le début du siège. Sans son aide, les défenseurs de Koeglin n'auraient certainement pas tenu aussi longtemps. Extravaguant, souvent insupportable du fait de ses blagues de mauvais goût, il n'acceptait les ordres de personne, même pas du baron Mordane, pourtant le seigneur des lieux. Toutefois, le magicien s'inclina immédiatement devant l'adolescente :

- Tout de suite, Votre Majesté.

Surpris, les deux gardes d'Alcaire... comme d'ailleurs les soldats de Vérandia se tournèrent vers la jeune femme en armure. En dépit de la fermeté de son maintien et le contrôle qu'elle avait du moindre muscle de son visage, ses yeux s'étrécirent quelque peu, tandis qu'elle répondait avec un rien de mauvaise humeur:

- Merlin, arrêtez avec ça !

Elle se tourna vers Tristane:

- Je suis Artoria Pendragon, chevalier de Ménévie appartenant à l'ordre de la Rose. Je dirige l'armée de secours envoyée par le duché de Vérandia. N'écoutez pas ce que dit ce vieux fou, je ne suis pas roi... plus maintenant, en tout cas.

Comme Merlin riait sous cape, utilisant sa magie pour régénérer le bras de Tristane... ce dernier agrandit les yeux, tétanisé de surprise, incapable de parler. Cela ne l'empêcha pas d'entendre la réponse du "vieux" fou:

- Oh... je ne fais que prendre un peu d'avance, Votre Majesté. Rex quodam, rex que futuram... le roi a régné, le roi régnera... vous ne pouvez combattre votre propre légende, roi Arthur.

Exaspérée, Artoria soupira... Elle savait qu'il ne servait à rien de protester. En fait, plus elle protesterait, plus il la taquinerait. Après tout, elle le connaissait depuis l'enfance. Ce n'était pas comme si elle découvrait aujourd'hui à quel point il adorait l'agacer.


Les combattants ne sont pas égaux dans une bataille.

Lorsqu'un chef de guerre envoie au combat des miliciens ou des levées, il est déjà content que l'un d'eux tue un adversaire et survive au combat.

Lorsque les levées revêtent pour la première fois leur armure, elles se retrouvent totalement épuisées après seulement une demi-heure à la porter. Et même un vétéran n'arrive à combattre qu'une dizaine de minutes d'affilée! (3)

Dès lors, un combattant capable de tuer cinq adversaires dans une bataille est sans aucun doute le champion de sa compagnie. Un homme qui en tue dix est cité en exemple dans toute l'armée... et un homme qui en tue vingt est acclamé, anobli, choisi comme garde-du-corps par un grand seigneur.

Alors que dire de ceux qui -comme Cú Chulainn- peuvent tuer 20 000 ennemis à eux tout seuls ?! (4)

Eux sont des héros... et, étymologiquement, les héros sont des demi-dieux.

Saber se rua en avant.

Dans sa poitrine, son Cœur de Dragon pulsait, l'inondant d'un flot de mana qui renforçait ses os et amplifiait sa force. Elle sauta au milieu d'un groupe de gobelins, sa cape tourbillonnant autour d'elle, tenant entre ses mains... rien... ou du moins rien que l'on puisse voir...

Les humanoïdes ricanèrent et l'attaquèrent tous en même temps, pensant avoir affaire à une proie facile.

Ce qui suivit fut trop rapide pour qu'on suive des yeux l'affrontement... non, le massacre... les gobelins retombèrent littéralement coupés en morceaux. Pas un des combattants de la première ligne n'avait survécu. Les autres s'immobilisèrent... comme des oisillons tétanisés par la grâce mortelle du serpent qui venait de se glisser dans leur nid.

Artoria avait vu les corps des habitants désarmés gisant dans les rues, les maisons pillées, les gardes isolés taillés en pièces. Venue d'une époque dure, elle savait être dure. Son épée invisible laissa entrevoir une lueur bleu fantomatique comme elle fonçait en avant, le vent soufflait enroulé autour d'Excalibur.

Des dizaines de gobelins périrent en instant et la panique se répandit parmi les autres assaillants. Cependant, tous les ennemis ne pouvaient ressentir la peur. Le monstre quadrupède qui se glissait silencieusement derrière Artoria n'était pas de ceux qui renonçaient. Cuirassé d'écailles vertes, il s'agissait d'un grand lézard d'un aspect assez proche du chien. Du moins si on oubliait sa mâchoire de crocodile et ses quatre yeux rouges... un durzog. Ces monstres étaient dressés comme des animaux de combat par les gobelins.

Le durzog bondit. Il avait parfaitement jugé son saut et serait retombé sur les épaules de Saber pour lui planter les crocs dans la gorge. Sauf qu'il roula au sol avec un couinement pitoyable... fauché en l'air par une volée de flèches faites de prana translucide.

Saber regarda le corps puis tourna les yeux vers le toit de chaume d'une pauvre masure, à des centaines de mètres de là. Une silhouette en armure de cuir noir, vêtue d'un manteau écarlate à capuchon baissait un arc noir. Elle leva son épée à l'adresse de Shiro et repris sa course sanglante parmi les gobelins.


Comme souvent, Merlin ne recourait pas à la magie. Il tenait en main une épée ressemblant comme une sœur à Excalibur et la maniait avec l'art d'un maître. Parfois, il l'enfonçait dans le sol, faisant naître une vague de lumière dorée qui carbonisait tous les adversaires devant lui.

Il était seul dans la rue, face à des centaines de gobelins...

Mais ils fuyaient devant lui, éperdus de terreur.

Il murmura quelques mots et tendit la main.

Aussitôt, des racines sortirent du sol et immobilisèrent les petits monstres...

- Restez-là, n'est-ce pas amusant de jouer ensemble?

Comme les gobelins répondirent par des piaillements terrifiés, il soupira...

- Personne ne semble apprécier ma compagnie... à part les joueurs de F/GO.

On entendit un bruit de verre brisé...

- Oups... je viens de fracasser le quatrième mur.


- Gandr!

Une pluie de projectiles d'énergie, noirs comme l'encre mais auréolé de rouge, filèrent au milieu d'une rue. Ces malédictions matérialisées avaient la puissance destructrice d'une balle de revolver. Dans la rue étroite entre deux rangées de masures aux toits de chaume, l'effet était dévastateur. Chaque tir tuait ou blessait un gobelin.

Un nabot à peau verte s'avança. Nettement plus musclé que ses congénères, il portait une armure d'acier à sa taille, mais pas d'arme... si on excluait les cestes de ses gantelets. Le "Cogneur" se jeta sur Rin Tohsaka. Par réflexe, elle esquiva la première attaque avant de murmurer :

- Est ist großes, est ist kleines!

Des lignes lumineuses apparurent sur ses jambes. Elle bondit de côté et immédiatement se rua en avant. Son adversaire l'attaquait à mains nues ? Elle allait l'obliger. Grâce au Renforcement, elle était maintenant plus forte et plus agile que lui. La paume de sa main le frappa sons son menton. Elle enchaîna d'un coup de genoux dans l'estomac... puis tourbillonna sur elle-même en un coup de pied sauté qui catapulta l'ennemi dans une grappe de gobelins qui arrivait en renfort.

- Attention !

Un bouclier s'interposa arrêtant une flèche grossière empennée de plumes de corbeau. Là bas, l'archer gobelin se tint soudain la poitrine et s'effondra... raide mort!

Le bouclier-miroir de Gonderic de Bel-Amant retournait l'intention de tuer de ses ennemis contre eux-mêmes, leur renvoyant les dégâts qu'ils voulaient infliger. L'armure lui avait été offerte par un chevalier-fée.

Passant devant Rin, un colosse en armure de plates noires s'élança vers les peaux-vertes. Il maniait une grande épée d'ébonite sur laquelle couraient des flammes. Estienne de Vignonne n'était pas considéré sans raison comme le plus puissant homme de guerre de tout Vérandia. Avec des "han" de bûcheron, il fracassait boucliers et armures. Autour de lui, les gobelins s'embrasaient.

Un guerrier d'élite ennemi chercha à l'arrêter. En armure d'acier, il portait à un bras un grand bouclier et une massue en argent dans l'autre main. Lourdement charpenté pour son espèce, il s'agissait d'un "Berserker".

Estienne rit de ce défi... Il adorait se battre et le terme de "Berserker" lui convenait sans doute mieux qu'au gobelin en face de lui.

Le clash entre les deux combattants résonna dans toute la rue. Les soldats de Vérandia acclamaient Estienne Vignonne tandis que les gobelins soutenaient leur champion... seulement, le Berserker s'arracha du sol avant d'heurter un mur et glisser à terre pour ne plus se relever.

- Venez bandes de femmelettes, je vous prends tous à la fois!


Les Francs-archers et les miliciens de Vérandia, quelques deux cent survivants, ne se heurtaient qu'à une très faible opposition. Il faut dire qu'ils n'avaient qu'à nettoyer les nids de résistance laissés derrière eux par leur avant-garde. Seulement six personnes... mais ensemble ils valaient une armée.


À genoux dans la neige piétinée, Merlin acquiesça avant de se relever en s'époussetant. Il se retourna vers Artoria qui patientait derrière lui, les deux mains croisées sur le pommeau invisible d'Excalibur plantée devant elle.

- Votre Majesté, les signes au sol sont brouillés, les gobelins ont foulés les quais par petit groupes dans toutes les directions. Cependant, la plupart d'entre eux venaient de l'est.

Saber soupira sans chercher à reprendre Merlin qui continuait à l'appeler "Votre Majesté... si seulement il avait été aussi respectueux à l'époque de Camelot!

Le nettoyage du port s'achevait là où il avait commencé, sur la jetée d'où ils avaient débarqués. Shiro sauta à terre près d'Artoria qui l'interrogea du regard. Le forgeron aux yeux d'ambre acquiesça:

- Nos hommes viennent de reprendre le phare, le port est à nous.

Il ne précisa pas que ses flèches avaient largement contribué à la déroute des gobelins qui s'étaient retranchés à l'extrémité ouest du port. Shiro ne se vantait jamais de ce qu'il accomplissait. Au fond de lui... depuis l'incendie de Fuyuki, il se torturait d'avoir survécu alors que les autres avaient péris, se dévouant à sauver de parfaits inconnus en compensation du "crime" d'être en vie.

Rin, Gonderic et Estienne revenaient également vers eux. Vu l'air satisfait du baron de Vignonne, les combats devaient également être terminés dans cette partie de la ville.

La Magus coiffée de couettes présenta alors un homme râblé portant une armure de cuir qui les accompagnait:

- Saber, laisse-moi te présenter messire Gaston Fontenot, maître du port de Koeglin. Messire Fontenot, permettez-moi de vous présenter au chef de l'armée de renfort, le chevalier Artoria Pendragon.

Saber salua d'un signe de tête royal:

- Maître Fontenot.

Gaston Fontenot la regarda d'un air étrange, troublé par sa jeunesse, son sexe, sa beauté et surtout... il jeta un regard au baron de Vignonne. L'homme était célèbre dans tout Haute-Roche comme le meilleur homme de guerre du duché de Vérandia... et il avait rang de baron. Quant à Gonderic de Bel-Amant, son père était le nouveau duc... Pourquoi un simple chevalier commandait l'armée de renfort? Cependant, il préféra ne pas exprimer ses doutes. D'abord, il devait sa vie à l'arrivée des soldats de Vérandia. Ensuite... ensuite, il se sentait étrangement impressionné par cette adolescente qui devait pourtant être plus jeune que sa propre fille.

- Dame Pendragon, en mon nom propre comme en celui de tous les habitants de la ville, permettez-moi d'exprimer mes remerciements pour votre venue opportune.

Saber répondit d'un geste vague de la main:

- N'en pensez rien, il est de mon devoir de chevalier de vous secourir. Plus important, à présent que les quais sont sécurisés, il faut organiser le déchargement des vivres que nous apportons.

- Je vais m'en occuper, dame Pendragon. Pour la distribution, il faut que vous alliez voir le baron Mordane. Il habite un manoir, au centre de la ville.

- Bien. Cependant, nous devons d'abord découvrir comment les gobelins sont entrés en ville. D'après les gardes, les murailles n'ont pas été franchies.

Shiro intervint:

- Je confirme. Pendant la bataille, j'ai pu voir que les remparts ont été attaqués, mais les défenseurs ont repoussé l'assaut.

Un bras passé sur le ventre, le poing devant les lèvres, Rin semblait soudain absorbée par de profondes réflexions. Artoria la regarda avec intérêt :

- Tu penses à la même chose que moi ?

- Une diversion?

Estienne de Vignonne approuva:

- Je vois... plutôt bien pensé. Ils ont attaqué les remparts pour attirer les défenseurs et pendant ce temps ils ont surgi sur le port... mais comment ? Un tunnel ?

Merlin écoutait et répéta ce qu'il venait de dire à Artoria avant leur arrivée :

- En tout cas, ils sont venus de l'est du port.

Il désigna cette direction et le maître du port tressaillit:

- Les cavernes des contrebandiers...

Comme les autres participants de la conférence impromptue se tournaient vers lui avec des mines interrogatives, Gaston Fontenot s'expliqua:

- À l'époque du père du baron Mordane, des contrebandiers sévissaient en ville. Ils avaient creusés un tunnel reliant des cavernes naturelles dans les falaises à l'est de Koeglin à l'extérieur de la barrière d'octroi (5). Le tunnel a été comblé mais les cavernes existent toujours. L'entrée se trouve sous un grand entrepôt à l'est du port. Les gobelins ont sans doute rouvert ce passage.


Les derniers gobelins s'étaient retranchés dans l'ancien entrepôt des contrebandiers. Ils avaient élevé une barricade de tonneaux et de caisses. Dès qu'Artoria et ses compagnons s'approchèrent, une pluie de flèches les accueillit... Visiblement, les gobelins avaient encore confiance dans leur capacité à remporter la bataille.

Ce n'était pas habituel chez ces créatures. Au mieux, on pouvait les qualifier d'instables... au pire de lâches. Mais toute la situation n'était-elle pas anormale? Les gobelins se faisaient perpétuellement la guerre entre eux. Chaque tribu détestant ses voisines et cherchant à s'emparer de leurs totems ! Une alliance de plusieurs centaines de clans, on n'avait pas vu ça depuis la conquête de Martenfell par les Rougegardes (chassés par un cataclysme de l'archipel de Ra'Gada)... au neuvième siècle de l'Ère Première, des millénaires plus tôt. Et à l'époque, il avait fallu un avatar du dieu Malooc (6) pour les unir.

De plus, les gobelins étaient considérés comme stupides. Creuser un tunnel et recourir à une diversion pour éloigner les défenseurs, cela paraissait trop sophistiqué pour ces créatures plus habituées à attaquer de front en hurlant.

Comme les soldats de Vérandia s'avançaient à l'abri de leurs boucliers, plusieurs gobelins jetèrent des fioles de verre vers les assaillants. Il y eut une explosion de flamme comme elles se brisèrent au contact.

Rin se mit à jurer alors que les soldats brûlés reculaient en proie à la panique :

- De l'huile de feu intense! C'est une potion d'alchimie rare et chère... chaque fiole vaut une centaine de septims. Comment peuvent-ils avoir un équipement aussi coûteux ?!

Encore une absurdité! Artoria secoua la tête. Pour l'instant, il ne s'agissait pas du plus important. Elle affermit ses mains sur la poignée de son épée invisible. Tout autour d'elle, le vent se mit à souffler en tempête, abaissant la pression atmosphérique. Un instant plus tard, elle disparut... ne laissant derrière elle qu'une image rémanente... deux autres apparurent tranchant des gobelins de la barricade... puis celle-ci vola en éclat alors qu'elle reprenait substance près de la brèche qu'elle venait d'ouvrir.

Pour un humain ordinaire, elle avait paru exister en quatre exemplaires... il s'agissait d'une illusion d'optique provoqué par le Wind King's Slash, une de ses techniques de combat préférée.


Mordane Hawkstone, baron de Koeglin était un jeune homme ayant à peine plus de vingt ans. Blonds avec des yeux d'émeraude, il ressemblait à une version un peu plus âgée (et masculine) d'Artoria. Son bureau, bien plus que son apparence physique, donnait une bonne idée de qui il était.

Les murs couverts de rayonnages ne laissaient d'autre espace libre que la cheminée et l'emplacement d'un tableau représentant le port. Partout ailleurs s'alignaient des livres et des curiosités d'origines très diverses. La table de travail était recouverte par un plan de la ville compulsivement annoté. Il était maintenu ouvert par son épée et d'autres incunables consacrés à la stratégie. Parmi eux, Rin reconnut "L'art de la magie de Guerre" de Zurin Arctus. Une pile de rapports sur parchemin attendait sa signature.

Un mannequin dans un angle supportait une magnifique armure de plates. Et, au vu des nombreuses éraflures qui attendaient d'être réparées, le baron devait participer activement à la défense des remparts.

Mordane Hawkstone était tout à la fois un guerrier, un tacticien, un organisateur de talent et un érudit. La résistance opposée depuis quatre mois à la horde gobelin s'expliquait en grande partie par la présence de ce chef charismatique à Koeglin.

Pour l'heure, il écoutait Artoria, le menton posé sur ses mains croisés et les coudes sur sa table:

- ... nous avons ensuite liquidé les gobelins encore présent dans les cavernes. Là, nous avons découvert que le tunnel s'était effondré.

- Guère surprenant, intervint Mordane, les mineurs gobelins sont incapables de faire un travail soigné. Si ça se trouve ils ont même négligé d'étayer le passage.

Artoria acquiesça:

- C'est également ma conclusion, monseigneur.

Mordane se tourna vers une statuette représentant Talos en haubert de mailles, portant un casque aillé. Une épée en main, il terrassait un serpent qu'il foulait aux pieds.

- Loué soit les dieux, sans l'effondrement du tunnel et votre arrivée Koeglin serait tombée. Cependant, malgré votre secours, dame Pendragon, je suis encore plus inquiet qu'hier. Je partage votre analyse quant à l'organisation et l'équipement des gobelins. Seulement, vous avez négligé un point... creuser ce tunnel a dû prendre des jours et a nécessité une connaissance de l'histoire de Koeglin que la plupart de ses habitants n'ont pas.

À côté d'Artoria, Tohsaka hocha la tête:

- Organisation et renseignement, cela rejoint ce que nous avons découvert...

Comme Mordane lui jetait un regard aigu, la jeune Magus parut surprise:

- Oh, j'ai parlé à voix haute ?! Shiro, montre-lui ce que tu as trouvé.

L'archer vêtu de rouge posa un vélin calciné sur la table. Comme tous les Brétons, Mordane avait un sens magique particulièrement développé et il identifia un résidu de prana dans le papier:

- Un parchemin de sort?

- Oui, monseigneur, nous l'avons trouvé sur le chef gobelin qui dirigeait l'assaut du port.

- Je vais demander à ma femme de l'analyser.

- Inutile, monseigneur, je connais un sort appelé Structural Analyse. Il s'agit d'un parchemin de Rappel.

Le baron de Koeglin fronça les sourcils. Il n'avait jamais entendu parler de ce sortilège :

- Rappel ?

Ce fut Rin Tohsaka qui reprit la conversation à partir de ce point:

- Il s'agit d'une forme de téléportation inventée par les mages de la maison telvanni en Morrowind. Une magie typique des Elfes Noirs. Elle nécessite l'usage de deux sortilèges. Le premier, Marque, appose un pentacle de réception sur le sol. Il suffit au mage de prononcer le sort de Rappel pour être renvoyé à la dernière Marque qu'il a tracé.

Mordane Hawkstone réfléchissait vite et bien:

- Vous avez trouvé la Marque qui correspond à ce parchemin?

Rin approuva d'un mouvement du menton :

- Le parchemin est synchronisé à un pentacle dans la plus grande des cavernes du repaire des contrebandiers.

- Seul un habitant de Koeglin peut avoir renseigné les gobelins sur l'existence du tunnel bouché et seul un mage habitant en ces murs peut avoir tracé cette Marque. Il y a un traitre ici! Un Elfe Noir...

Rin coupa le seigneur de Koeglin, sans égard pour son rang:

- Pas nécessairement, baron, je suis brétonne et je connais ce sortilège.

Tirant sur son col, elle saisit un médaillon orné d'un pentacle complexe :

- J'ai créé cette amulette en expérimentant sur la magie telvanni, il me permet d'utiliser un sort de Rappel qui me ramènerait à ma maison de Torrent... si j'avais encore une maison à Torrent.

Tohsaka se rembrunit. Après qu'Archer ait quitté la ville pour participer à la défense de Refuge, les orques avaient renouvelé leurs assauts et finalement prit la cité. Une nouvelle fois, elle avait perdu son laboratoire, ses gemmes... et tous ses biens! Pour une femme aussi avare que Rin, il s'agissait d'une véritable blessure personnelle! Heureusement, Sakura avait fuit à Refuge avec Archer et celui-ci lui avait promis de veiller sur sa petite sœur.

Mordane secoua la tête:

- Mais il y a un mage dunmer en ville!

Le baron se mit à compulser une pile de parchemins :

- Ah, voilà ! Les mercenaires de La Compagnie de l'Anneau de Fer. Je les ai recrutés pour renforcer la garnison de Koeglin, il y a trois mois. Il y a un mage elfe noir parmi eux, il s'appelle Erebel R'en.

- Erebel R'en ? Je me souviens avoir vu un avis de recherche à ce nom. Sa tête a été mise à prix pour de nombreux crimes : violation de tombeaux, nécromancie (7), hérésie... ce genre de choses.

Comme le baron Mordane se tournait vers Shiro qui venait de prendre la parole, ce dernier se gratta la nuque d'un air embarrassé:

- Je suis né en Morrowind, mon père dirigeait la garnison impériale de fort Phalène, près de Balmora. Je regardais souvent les affiches des criminels recherchés pour pouvoir les reconnaître. Je ne pouvais pas les laisser continuer à sévir.

- Soit ! Cela confirme mes soupçons.

Mordane secoua une clochette et un serviteur entra. Pendant qu'il lui donnait ses instructions, Rin exprima sa mauvaise humeur. Les bras croisés, le front plissé d'une ride de colère, elle se tourna vers Artoria:

- Saber, je me demande vraiment ce que nous faisons là!

Le Roi des Chevaliers et Shiro sursautèrent et jetèrent un regard affolé en direction du baron de Koeglin. Mordane Hawkstone venait de se raidir, oubliant les instructions qu'il donnait pour se tourner vers la Magus avec une expression choquée. Rin avait le don - pas vraiment béni des dieux- de dire ce qu'il ne fallait pas au pire moment possible.

Sans prêter attention au mélange de surprise et d'inconfort de ses amis, Tohsaka leva un doigt comme elle en avait l'habitude quant elle faisait un cours magistral:

- On a déjà sacrifié des centaines d'hommes et tout ça pour une petite ville sans importance.

Shiro fut le premier à réagir:

- Il y a encore des centaines de non-combattants dans la ville.

Elle répliqua par un reniflement méprisant, tournant la tête de côté:

- Ils pouvaient évacuer et on ne va pas prendre par la main des gens qui préfèrent leur petite maison à la sécurité de leurs familles. Moi, j'ai tout abandonné pour sauver ma sœur.

Finalement, Mordane en eut assez:

- Ce n'est pas ma ville que vous venez sauver mais les entrepôts du port!

Rin parut un instant surprise par la répartie du baron. Prise dans ses pensées, elle avait complètement oubliée sa présence. Elle cligna des yeux face à sa colère visible:

- Je ne comprends pas... les entrepôts ?

Artoria s'inclina devant le baron Mordane:

- Je vous prie d'excuser le comportement de mon amie. Parfois elle parle trop fort, se montre avare, manipulatrice ou autoritaire.

Rin ouvrit la bouche mais resta comme un poisson hors de l'eau... à son tour choquée par la réponse de Saber. Toutefois, la Magus rougit et baissa les yeux... réalisant qu'elle venait littéralement de dire que la ville du baron ne méritait pas que l'on vienne la secourir. En fait, elle venait de dénigrer tout l'œuvre du jeune baron pour défendre Koeglin, comme tout ce qu'avaient fait ses prédécesseurs pour la bâtir et l'embellir.

Mordane Hawkstone soupira, sa colère s'évanouissant...

- Au moins, elle dit ce que d'autres pensent... Je me doutais bien que vous ne veniez pas pour sauver mon peuple. Depuis le début du siège, la seule "aide" que j'ai reçu était une cargaison de bois pour construire la palissade. Et je l'ai payé jusqu'au moindre tronc.

Rin restant confuse et rougissante, ce fut Shiro qui mit fin à ce moment de gêne:

- Pourquoi dites-vous que l'armée de secours ne veut que sauver les entrepôts ?

Artoria répondit à la place du baron:

- Les docks, les dockers et les palans de déchargement en fait. Koeglin est nécessaire au ravitaillement de l'armée. En temps de guerre, 60% du budget de l'état est investi dans la fourniture de destriers frais pour les chevaliers, la nourriture pour les combattants, le remplacement des armures, des flèches, des lances, des boucliers et des fortifications endommagés par l'ennemi. Aussi, un chef de guerre avisé s'emploie à vivre sur l'ennemi. On dit qu'une mesure de blé prit dans les silos de l'ennemi vaut vingt des siennes acheminées depuis l'arrière.

- Vingt ?

Shiro semblait surprit. Certes, il comprenait que la nourriture prise à l'ennemi puisse affaiblir ce dernier autant qu'elle nourrissait son camp. Toutefois, la proportion lui parut exagérée. Seulement, Artoria approuva gravement :

- Vingt fois ! Pour acheminer la nourriture en première ligne, il faut des chariots, des équipages et une escorte qui à leur tour consomment une partie des vivres qu'ils sont sensés transporter. Ces hommes, ces chariots et les chevaux qui les tirent sont détournés de tâches plus utiles. Ce qui en retour ralentit les travaux des champs. C'est pour ça, en temps de guerre, il n'est pas rare que les paysans connaissent la disette. Tout cela on peut l'économiser en passant par mer. Une caraque peut transporter l'équivalent d'une caravane de cent mulets et tout cela dans le dixième du temps pris par route. Et là, nous ne parlons que de la nourriture. En une seule année de guerre, un pays peut dépenser dix années de recettes ! J'ai évoqué la fabrication et la réparation de hallebardes, lances, projectiles d'arcs et d'arbalètes, mais il faut rajouter les mangonneaux, les trébuchets et les boulets de pierre qu'ils envoient. Pour une armée de dix mille hommes, la réparation et l'entretien du matériel militaire coûte mille lingots de fer.

Shiro fronça les sourcils. Il était forgeron après tout:

- Mille lingots de fer? Par semaine?

Saber secoua la tête:

- Par jour !

Comme il déglutissait, elle continua:

- Il faut pour cela employer des milliers de mineurs, et d'ouvriers fondeurs. Ce qu'ils produisent, il faut le conduire jusqu'aux hommes qui les utiliseront. Il faut donc entretenir les routes, réparer les ponts. Pour un homme qui combat, il en faut dix qui travaillent pour l'armer et le nourrir.

Mordane, qui avait achevé de donner ses instructions à son serviteur, se joignit à la conversation:

- Et ça c'est pour une guerre en été. Shiro Emiya, savez-vous pourquoi on dit qu'il ne faut pas faire la guerre en hiver?

Le Japonais réincarné connaissait la guerre que par les films et les livres de son monde d'origine... où l'on faisait la guerre en toute saison. Il n'avait jamais vraiment compris pourquoi on disait cela.

- Heu... parce qu'il fait froid ?

Le baron Mordane Hawkstone regarda le jeune homme fixement, puis partit d'un grand éclat de rire. À côté de lui, Artoria soupira en secouant la tête:

- Idiot... Tu crois vraiment que les généraux se soucient du confort de leurs hommes? Les armures sont bien plus désagréables à porter en été. Elles tiennent chaud... Lorsque le soleil tape sur les armures on bout dans sa sueur, on se déshydrate, et j'ai souvent vu des chevaliers en pleine forme s'évanouir au beau milieu de la bataille à cause d'une insolation. Pourtant, pas un chef de guerre n'a jamais proposé d'interdire la guerre en été.

Remis de sa crise de fou rire, le seigneur de Koeglin donna lui-même la bonne réponse:

- Les chevaux broutent au bivouac. Mais les chevaux domestiques ne savent pas gratter la neige pour trouver de l'herbe. En hiver, il faut donc acheter et transporter du fourrage pour les destriers des chevaliers, mais aussi pour tous les chevaux de l'intendance qui tirent les charriots de fournitures. Ce qui nécessite donc plus de chariots d'intendance... donc plus de chevaux qui a leur tour consomment plus de fourrage. Un problème irrésoluble. Et c'est là que réside la supériorité des orques... Ils mangent les chevaux, ils ne les montent pas ! Donc eux, ils peuvent faire la guerre en hiver!

Shiro était peut-être lent, mais il n'était pas stupide:

- C'est pour ça que l'armée de secours à besoin du port de Koeglin, parce que les caraques de transport économisent les charriots d'approvisionnement.

- Voilà, conclurent simultanément Artoria et Mordane. Quant à Rin, elle se contenta de lever les yeux au ciel.


(1) Dans le précédent épisode, j'ai orthographié le nom de cette ville "Roeglin", il s'agissait d'une erreur de ma part.

(2) Talos n'est pas un dieu bréton, mais il est très populaire au royaume d'Alcaire. D'après la légende, Talos apprit l'art de l'épée auprès des maîtres de la ville d'Alcaire alors qu'il n'était encore que le mortel Hjalti Barbefine, bien avant d'être sacré empereur de Tamriel sous le nom de Tiber Septim.

(3) Il faut dire que si l'armure "légère" qui équipe levées et miliciens pèse déjà vingt kilos, l'équipement complet d'un soldat professionnel (cotte de maille complète avec tabard, plastron et heaume, bouclier, épée large) peut atteindre 35 kilos ! Lors de reconstitutions, il a suffis de dix minutes d'affrontement simulé pour qu'un homme se retrouve à bout de souffle. C'est pourquoi les armées antiques (et très certainement médiévales) avaient un système permettant de remplacer les soldats épuisés et blessés des premiers rangs par ceux des derniers rangs. Une sorte de noria qui permettait aux combattants de se reposer à tour de rôle.

(4) Je ne contente pas de lire les pages de Wiki de Fate pour raconter les exploits passés des héros. J'ai fait quelques recherches sur Cú (en particulier, j'ai lu leTáin Bó Cúailnge). Je suis ainsi tombé sur un passionné qui a écris une page sur internet. La bataille de la plaine de Murthemme a eu lieu dans un endroit encore parfaitement identifié et la légende dit que Cú l'a recouverte de trois épaisseurs de cadavres. Le passionné en question a mesuré le terrain, estimé combien de corps formaient une couche et multiplié par trois... le résultat? 20 000 morts ! Même si on considère ce chiffre comme un maximum, le résultat reste impressionnant d'autant que l'armée des quatre royaumes d'Irlande réunie par la reine Mebd faisait face à une "armée" d'un seul Ulate: Cú Chulainn.

(5) L'octroi est une sorte de douane payée à l'entrée des villes. Les barrières sont des murs entourant les cités, percés de quelques portes surveillées par des gardes. Contrairement à de véritables murailles sensées arrêter des envahisseurs, les barrières ne servent qu'à obliger les voyageurs à passer par les portes où ils sont fouillés et interrogés. La plupart du temps, il s'agit de simples murs sans chemin de ronde, ni créneaux.

(6) Le dieu gobelin Molooc est plus connu sous le nom sous lequel les orques l'adorent : Malacath.

(7) Précisions que la nécromancie n'est pas illégale dans l'Empire sauf dans la province de Morrowind, parce qu'elle est interdite par le culte des Tribuns (la religion locale). Précisons aussi que la Guilde des Mages de Tamriel interdit la pratique de la nécromancie, mais il s'agit d'une interdiction administrative... au pire, on risque l'exclusion.