From far away in mountains deep
The night of blood in twilight sleep

The armies fight for king and queen
There will be no, no victory

The swords collide with power and force
As mighty men show no remorse

It is the time, the snow is melting
It is the time of reckoning

From far away in mountains deep
The night of blood in twilight sleep

The armies fight for king and queen…

Victory, Two Steps from Hell


Victoire


La fumée montant du champ de bataille de Koeglin pouvait se voir à une trentaine de kilomètres. La colonne qui semblait unique était en fait formée de deux foyers principaux et de dizaines d'incendies secondaires.

En s'approchant, on découvrait les alentours du port où gisaient des milliers de cadavres percés de flèches au milieu des boulets de pierre à semi-enterrés. Les corbeaux tournaient dans le ciel en bandes criardes. Au sol, les rats festoyaient. Les charognards étaient bien les seuls à être heureux dans cet enfer...

Les combats se concentraient à présent autour de deux brèches. Les cris d'agonie, les appels, les cors de guerre gobelins et les trompettes des Brétons se mêlaient en une barbare symphonie rythmée par le fracas des armes.

Un horrible remugle prenait à la gorge, mélange de fumée, de cendre, de sang et de peur. Cette puanteur planait sur le combat, on la sentait au ras du sol parmi les cadavres et les mourants piétinés par les combattants. Elle se mêlait aux flux et reflux de la bataille. Elle s'enroulait dans le vent qui tourbillonnait autour des fortifications incendiées.


"Maintenez la ligne !"

Épaule contre épaule, les miliciens gardaient serrés contre eux leur lourd écu de bois de frêne cerclé de fer. Les boucliers étaient fichés de flèches à plumes de corbeaux et ornés de nombreuses estafilades. Dans l'autre main, ils tenaient des lances qu'ils agitaient par petits coups secs.

Les hommes étaient en sueur, éclaboussés de sang, le souffle rauque. Ils bloquaient une étroite allée entre deux plateformes de combats aux flancs grêlées de traits incendiaires. Par moment, un homme les occupant se relevait pour décocher une flèche et rentrer la tête alors que les gobelins ripostaient.

En face...

C'était comme une mer en furie formée par des centaines d'humanoïdes vociférant excités par l'odeur du sang. Par vagues, ils venaient se jeter sur le mur de boucliers formé par les Brétons. Ils tiraient des flèches et cherchaient à attraper les hampes des lances...

Un jeu dangereux, parfois un milicien bréton se retrouvait tiré dans la masse des assaillants et disparaissait en un instant... Plus souvent un gobelin recevait un coup de lance et s'effondrait au sol pour y être piétiné.


Le mercenaire était tête nu, blessé au visage il avait un œil qui clignait sans cesse pour se débarrasser du sang qui ruisselait de son arcade sourcilière fendue. À genou, il se tenait à l'abri derrière le paravent de la plateforme de combat. Il s'escrimait sur un briquet à pierre, ses mains tremblantes peinant à obéir.

Une étincelle jaillit soudain et enflamma le chiffon pongé dans une bouteille pansue remplie d'un liquide lourd et violet.

Avec un sourire teinté d'une anticipation cruelle, le mercenaire se releva la fiole de verre en main et la jeta dans la masse des gobelins. Avant de rentrer la tête, il eut le temps de discerner l'expression de terreur des humanoïdes. Il se jeta sur le sol de bois de la plateforme... et une vague de chaleur passa au-dessus de sa tête alors que la bouteille d'huile de feu intense explosait, embrasant les assaillants qui moururent en hurlant horriblement.

Le mercenaire se redressa pour contempler son œuvre, un cercle de cadavres noircis et enchevêtrés encore parsemés de flammèches rouges...

Il n'eut cependant pas le loisir de triompher. Un monstre bondit à ses côtés. Le Durzog se reçut maladroitement sur l'étroite plateforme. Une de ses pattes et le côté gauche de la gueule portaient d'horribles brûlures. Malheureusement, il n'était pas à l'agonie, juste fou de douleur! Il se jeta sur son tortionnaire qui connut un bref instant de terreur avant que le sauroïde ne lui arrache la tête, s'acharnant longuement à déchiqueter le cadavre avant de se redresser en hurlant sa joie.


Prises dans la masse des combattants, les sorcières gobelines étaient d'hideuses créatures au corps maigres et filiformes, vêtues de hardes. Leurs grosses têtes étaient coiffées de bonnets de cuirs laissant leurs longues oreilles libres. Dans leurs mains, elles tenaient de longs bâtons faits de bois mal taillé, de poils et de plumes collées avec une glue noire.

Leur magie était tout aussi primitive...

Elles agitaient leur bâton en murmurant des incantations et un tourbillon de vent chargé de glace se formait. S'abattant sur les archers humains qui tenaient encore cette partie du rempart et qui tiraient sur les gobelins en contrebas.

Le sort de "Blizzard" gelait les défenseurs, les faisant reculer en grelottant. Certains vacillèrent et s'effondrèrent, vidés de toute chaleur. Impitoyable, les sorcières continuaient à attaquer... jusqu'à ce que les défenseurs se soient tous immobilisés. Couchés, rampants, recroquevillés ou tendant une main ils s'étaient changés en statues de glace qui miroitaient au soleil.


Il s'agissait d'une brute vêtue d'un pagne de fourrure. Le monstre humanoïde dépassait trois mètres de haut et sa peau était d'un blanc sale, sa tête ronde et stupide. Il ouvrit une bouche baveuse pour grogner, levant haut une massue de bois.

Il frappa son adversaire. Le chevalier en armure de plates et sa monture furent soulevés du sol et retombèrent au sol dans un fracas de métal torturé et le hennissement morbide d'un cheval mourant.

Bien que blessé, Mordane Hawstone se redressa.

"Iron Will"

Une vague d'énergie le traversa, raffermissant son courage.

"Balyna's Balm"

Une lumière bleue tourbillonna autour de lui. Ses blessures se refermant, le baron de Koeglin jeta sur lui-même un troisième sort:

" Nimbleness"

Le coup que le colosse lui destinait s'enfonça dans le sol, Mordane ayant esquivé grâce au boost de son agilité. Pourtant, alors qu'il se ruait au contact, il recourut encore une fois à la magie:

"Orc's strength"

Brièvement auréolé d'une lueur verte, le chevalier se rua au contact et frappa l'ogre à la jambe. Il réussit à couper le pied du monstre qui bascula sur le côté. Alors que le géant se tordait de douleur au sol, Mordane l'acheva en lui plantant son épée dans l'œil.

À bout de souffle, le baron de Koeglin releva la visière de son heaume pour regarder autour de lui...

Partout ses hommes à cheval ou à pied affrontaient ogres, trolls, gobelins et monteurs de loups... l'ennemi était encore deux fois plus nombreux qu'eux, en dépit de ses lourdes pertes. Épuisés, manquant de flèches et d'huile de feu intense, les Brétons perdaient pieds... Bientôt, ils s'effondreraient.

Soudain, une lumière dorée se répandit sur le champ de bataille. Entourant les défenseurs, elle s'élevait depuis le sol et montait vers le ciel...

Le baron Mordane Hawkstone, comme tous ses hommes, sentit sa fatigue s'envoler tandis que ses blessures se refermaient.


Debout sur un toit, Merlin se tenait le bâton levé. Il sourit...

"Après avoir jeté un "buff" sur ses alliés, jeter un "debuff" sur vos ennemis. C'est la base du soutien..."

Le bâton magique du magicien des fleurs s'auréola d'une sinistre lumière bleue et violette. Cette lueur s'étendit sur tout le champ de bataille, enveloppant les humanoïdes.

Content de lui, le magicien prit une pose digne d'une idole:

" Pour tout soutien d'une équipe de héros ou une armée, demandez Merlin, qualité garantie. Pour contacter Merlin, tapez WWW dot merlin caldea dot av prix d'une communication normale, devis gratuit".


Quelques toits plus loin, Shiro prit le temps de soupirer après le Magicien des Fleurs qui faisait son petit numéro. Artoria devait être une sainte pour ne pas avoir tué son professeur lorsqu'elle le pouvait...

Il tenait dans la main gauche le grand arc noir d'Archer et il tendit l'autre pour saisir une flèche qui venait de se matérialiser. Le trait s'envola. Il encocha une seconde flèche... une troisième... une quatrième... Ses gestes se succédaient avec la pureté d'un adepte du Kyudo (1) mais exécuté à une vitesse surhumaine. Aucun humain ordinaire ne pouvait suivre tous ses mouvements.

Au milieu de la mêlée opposant chevaliers et ogres, une pluie de flèches s'abattit de manière inopinée sur les colosses armés de massues. La plupart des spectateurs auraient juré qu'une dizaine de tireurs venaient de tirer... un non un seul adolescent en cape rouge.

L'effet fut saisissant. La pluie de projectiles balaya les géants, partant de la droite et allant vers la gauche. Chaque trait se ficha dans l'œil ou la bouche d'un monstre, pénétrant jusqu'au cerveau. Avant que la dernière flèche ne soit tirée, le premier monstre vacilla sur ses jambes et s'effondra sur un genou. Trop bête pour réaliser qu'il était mort, il regardait stupidement le sang qui coulait sur son visage et sa poitrine. Puis il gémit et tomba face contre terre précédant les autres ogres qui, l'un après l'autre, s'affalèrent à ses côtés.


Come tous les défenseurs de Koeglin, Tohsaka avait sentit la fatigue abandonner son corps. En Magus expérimenté, elle sentit la puissance et la complexité du sort qui venait de toucher tous les alliés vivants. Une magie digne du magicien des Fleurs...

Ses Circuits Magiques ayant absorbé une partie de l'énergie qui venait de lui être offerte, elle bondit sur une plateforme de défense surplombant la seconde brèche. Ici aussi les combats atteignaient le summum de la violence. Bien qu'affaiblis par Merlin, les ennemis étaient très nombreux et regroupés dans un espace restreint...

Le sourire maléfique qui joua un instant sur ses lèvres aurait tiré des frissons de peur à tout spectateur assez infortuné pour voir le "Diable Rouge" se préparer à attaquer.

Plongeant une main sous sa jupe, la jeune femme préleva quelques gemmes spirituelles dans la sacoche attachée à sa cuisse.

Elle jeta un regard en contrebas sur les gobelins qui tentaient de briser les défenses. Puis, Rin leva une main entre chaque phalange était un petit cristal. D'un geste vif elle les envoya au- dessus de la foule des ennemis:

"Gewicht, um zu vendoppel ung!"

Chaque gemme spirituelle se transforma en une lumière argentée qui retomba vers le sol...

Rin se jeta sur le plancher du poste de défense, les mains sur les oreilles. Il y eut plusieurs violentes explosions qui firent trembler la plateforme, ouvrant des cratères, projetant terre, pierres, fumée et... cadavres vers le ciel!

L'héritière des Tohsaka se redressa pour regarder les dévastations qu'elle venait de causer. Une salve d'artillerie moderne n'aurait pas fait plus de dégât...

Une goute de sueur glissa sur sa joue, tandis qu'elle feignait d'être parfaitement contente du résultat: "Bon, l'assaut est repoussé. Parfait, comme toujours!"

Mais en fait son teint tournait au vert au vu du massacre... et une voix qui était celle de la raison lui murmurait : " Rin, tu as très légèrement un peu... exagéré..."

Seul un réflexe lui sauva la vie. Du coin de l'œil, la Magus en rouge avait vu un mouvement dans la fumée. Ses jambes traversées des lignes bleues du Renforcement lui firent exécuter un bond phénoménal. Derrière-elle, une boule de feu désintégrait la plate-forme de défense... tuant plusieurs soldats trop proches. Alors même qu'elle se retournait en plein air, elle expédia une poignée de gemmes spirituelles dans la direction de l'attaquant.

Les explosions furent interceptées par une série de boucliers magiques.

Accroupie sur le toit où elle venait de retomber, Rin regarda son adversaire et ses yeux se plissèrent. Le gobelin vêtu d'une pelisse de loup, le visage couvert de peinture de guerre rayonnait d'une inquiétante puissance. Elle ne pouvait le savoir, mais il s'agissait du Grand Shaman Grutbug.

Déjà, l'ennemi relançait son attaque.

Un arc électrique sortis de sa main balaya le toit et Rin sacrifia une de ses plus puissantes gemme spirituelle:

" Spiegel aus einem Shalidor!"

Un bouclier de lumière orné d'une rune magique apparut devant la main de la Magus. Il y eut un choc violent lorsque l'éclair frappa la protection et Tohsaka gémit soutenant son bras d'une main pour ne pas s'effondrer. Repoussé par le puissant miroir magique de Shalidor, le sort rebondit et frappa celui qui l'avait lancé.

Grutbug ne fut cependant guère secoué étant sous l'effet du sortilège "spell absorption".

Rin grinça des dents... le combat promettait de durer et des gobelins convergeaient à présent vers elle.

Cependant, une forme bleu et argent sauta soudain par-dessus une haute palissade.

Tous les regards se tournèrent vers la très belle jeune femme aux cheveux sagement réunis en une natte enroulée à l'arrière de son crâne. Le vent tourbillonnait furieusement autour de l'épée invisible dans sa main droite et son armure était tâchée de sang.

Plusieurs gobelins se trouvaient entre elle et le Grand Chaman.

Saber virevolta, sauta, maniant Excalibur en une danse mortelle. Les cailloux giclaient sous ses bonds comme la femme chevalier se fendait ou assénait de grands coups autour d'elle... les gobelins tombaient, fauchés comme les blés par le moissonneur, incapables de la retenir ne serait-ce qu'un instant.

Grurtbug se retourna vers le Roi des Chevaliers et tira un éclair de feu qu'elle esquiva d'un léger bond de côté, sans même ralentir sa course. Elle prit son élan sur son pied d'appel et sa robe tourbillonna autour d'elle comme la corolle d'une fleur dansant dans le vent.

Artoria Pendragon retomba quatre pas derrière le Grand Chaman sa lame invisible baissée vers le sol...

Grutbug regarda la tête de son bâton qui venait de tomber au sol. Un instant plus tard, il cria de rage alors qu'une ligne sanglante apparaissait sur son torse, de l'épaule à la hanche...

Il s'écroula coupé en deux parties...

Avec la mort de leur Grand Chaman, le sortilège d'Aura de Courage qui enveloppait les gobelins s'effondra... les humanoïdes qui se battaient férocement l'instant d'avant jetèrent leurs armes pour se mettre à courir. Les chevaliers et les fantassins se lancèrent à leur poursuite tuant tous ceux qu'ils rattrapaient.


Les mains croisées sur son épée invisible, Artoria Pendragon se tenait au milieu des cadavres. Le vent faisait danser des flocons qui retombaient autour d'elle. Petit à petit, l'hiver drapait son blanc linceul sur les morts. Les épées plantées dans le sol et les étendards déchirés accentuaient encore l'aspect macabre de cette scène. Le visage élégant de Saber ne montrait aucune émotion mais son regard se perdait vers le soleil couchant. Le Roi des Chevaliers leva sa main gauche devant elle, regardant le lourd gantelet métallique tâché de sang, ouvrant et fermant le poing.

Une fois encore...

Mais elle ne se trouvait pas cette fois en haut d'une colline...

Une fois encore elle avait livré bataille et gagné.

Une fois encore, son cœur ne contenait aucune joie... juste une immense lassitude.

La guerre est un moyen inefficace pour régler les conflits. Elle pouvait en parler à loisir. En dépit de toutes ses victoires, le Roi Arthur n'avait jamais apporté la paix à la Bretagne.

"Je connais cette expression... ne serais- tu pas en train de retourner dans ta jolie tête des pensées moroses et inutiles ?"

Clignant des yeux, Artoria se retrouva face à Rin. L'adolescente leva un doigt pour le poser entre les deux yeux de son amie, la faisant machinalement reculer d'un pas. Comme souvent son ton était aussi autoritaire que celui d'un professeur d'école et Tohsaka parlait comme si elle avait inventé le concept de "culpabilité":

"Se demander si on aurait pu faire mieux est sans doute une qualité. Mais cela ne sert à rien dans la situation présente. Donc, tu me fais le plaisir de sortir de ta dépression et de regarder autour de toi..."

De la main, Tohsaka montra les survivants de l'armée de Koeglin. Loin de s'apitoyer sur leur sort ou de pleurer les morts, ils se jetaient dans les bras les uns des autres pour célébrer leur victoire. Les seuls à pleurer le faisaient de joie.

"Nous avons sauvé ces gens. Sans notre arrivée, ils seraient morts. Alors oui, on aurait sans doute pu faire mieux... mais je trouve incroyable que nous ayons réussis autant."

Un sourire parfaitement maléfique passa sur les lèvres de Rin...

"En fait, non, c'est normal. Tu es le meilleur des chevaliers de l'histoire. Shiro est... Shiro" Elle haussa les épaules l'air de dire qu'il était hors catégorie, puis appuya une main entre ses seins. " Et moi je suis Rin Tohsaka, un génie du Magecraft. Alors, à nous trois, vaincre une armée n'est pas un problème."

Saber sourit, secouant légèrement la tête, amusée et tolérante quant à l'arrogance de son amie. Ce que Rin disait était vrai, malgré tout. Sans leur arrivée, l'avant-veille, le sort du port de Koeglin n'aurait pas été très disputé... enfin sans leur arrivée et l'effondrement du tunnel. Ils avaient eu de la chance, beaucoup de chance (2).

Artoria dissipa Excalibur et son armure tâchée de sang. Elles disparurent en particules de prana dorées. Vêtue uniquement de la robe bleue soutachée d'or qu'elle portait sur un jupon blanc et de bottes de cuir souple, le Roi des Chevaliers prit Rin par les épaules et la tira à elle pour l'enlacer.

Plusieurs soldats se tournèrent vers les deux filles, attendris par l'image de Saber posant sa joue contre celle de Rin... et amusés par la jeune Magus devenue soudain aussi rouge que son pull à col roulé.

- Merci, Rin !

La Magus était sans doute très touchée par cet élan de tendresse... Cependant, on parlait de Rin. Elle se dégagea, croisant les bras et tournant la tête de côté avant d'afficher une moue boudeuse:

- Oh ? "Merci, Rin!" Tu sembles soudain oublier que je suis manipulatrice, avare et autoritaire. Je suis honorée, Saber!

Évidemment, La jeune Tohsaka n'allait pas oublier aussi rapidement ce qu'Artoria avait dit au baron de Koeglin pour "excuser" son attitude froide, hostile et méprisante.

Le Roi des Chevaliers n'en fut guère troublée, habituée qu'elle était au comportement de Rin:

- Oui, mais je t'aime parce que tu te soucies des autres, tu es honorable et surtout que... tu es notre adorable Rin, n'est-ce pas Shiro ?

Comme elle se retournait pour découvrir le Forgeron aux Yeux d'Ambre, Tohsaka parut se figer sur place, une goutte de sueur coulant sur sa joue. Shiro avait suivis toute la conversation... la Magus se sentait si embarrassée qu'elle se serait cachée dans un trou de souris si elle en avait trouvé un.

Comme d'habitude, cet idiot ne comprit rien à ce qu'elle ressentait et renchérit:

- Oui, nous t'aimons Rin. Je t'ai admiré depuis presque aussi loin que remonte ma mémoire. Et j'avoue que découvrir ta vraie personnalité derrière le masque de "Miss Perfect" m'a fait un sacré choc... mais en fait, si j'ai admiré cette Tohsaka, c'est la vraie Tohsaka (celle qui se trouve devant moi) que j'aime.

Et ce grand abruti de Shiro disait ça avec ce gentil petit sourire qui ne laissait aucun doute sur sa sincérité... Il en croyait chaque mot ! Elle allait mourir d'embarras ! Mais en même temps, Rin se sentait envahie par une grande chaleur tandis que son cœur battait si fort qu'il aurait pu sortir de sa poitrine. Alors c'était ça être amoureuse...

- Baka !

Tempêtant de colère, un poing levé au-dessus de sa tête, la tempe plissée de contrariété, Tohsaka semblait sur le point de frapper Shiro Emiya... Mais ceux qui la connaissaient ne pouvait manquer de noter que sa voix était étouffée, que ses joues avait la couleur de l'incarnat et que ses yeux évitaient le garçon aux cheveux roux.

Shiro se grata la joue d'un air un peu embêté ne sachant pas comment réagir. Néanmoins, ses yeux étaient rieurs et, comme il croisait ceux d'Artoria, il vit que son ancien Servant luttait pour ne pas rire.

Tohsaka rassembla les morceaux de sa dignité en morceaux, lançant un regard mauvais aux soldats qui les regardaient. Heureusement que toute la conversation avait eu lieu en japonais...

Elle se retourna d'un coup et saisit Artoria par la main:

- Bon, c'est très bien tout ça, mais on ne va pas rester planté ici toute la nuit. Il y a encore des millions de choses à faire! Viens, Saber !

Ses épaules tressautant de manière suspecte, le Roi des Chevaliers se laissa tirer par la Magus qui avançait tout droit, sans regarder à droite et à gauche, marchant d'un pas vif. Artoria adressa un sourire lumineux au garçon aux cheveux roux et tendit sa main libre:

- Shiro !

Une expression de joie sereine apparut sur le visage du Héros aux Yeux d'Ambre, alors qu'il courait pour rattraper la femme qu'il aimait... non, les femmes qu'il aimait.


Mordane Hawkstone secoua la tête partagé entre l'amusement et un rien d'irritation. Il était marié et heureux en couple... pourtant, voir Shirou Emiya avec ses deux jeunes femmes lui faisait sentir une jalousie soudaine. Vu l'expression des soldats de Koeglin et de Vérandia présent autour d'eux, son sentiment était largement partagé.

" Ce rend-t-il au moins compte de la chance qu'il a?"

"Absolument, baron"

Mordane se retourna sur Merlin. Contrairement à son habitude, le Magicien des Fleurs affichait une expression songeuse. Il acquiesça lentement:

"Mais avant de l'envier, apprenez que Shiro Emiya a traversé un véritable enfer pour mériter l'amour de mon roi et de la jeune Tohsaka. "

Une expression malicieuse passa sur le visage de Merlin comme il se penchait pour murmurer à l'oreille de Mordane:

" Shiro est le mortel ayant le destin le plus étrange qu'il m'ait jamais été donné de voir. Dans de multiples réalités, il s'est retrouvé confronté à des menaces formidables dépassant de loin ce qu'un humain devrait avoir à affronter. À chaque fois, il a combattu... aidé de jeunes filles... naturellement de superbes filles et jamais des femmes ordinaires : des héroïnes de légende, de puissantes mages, des princesses royales, des démones, des déesses... Toutes les versions alternatives de Shiro Emiya ont deux points communs: Avoir surmonté des épreuves hors du commun... et être l'individu le plus jalousé de l'univers en question!"

Le baron de Koeglin regarda le magicien d'un air critique, se demandant s'il s'agissait d'une nouvelle plaisanterie. Puis, il soupira... bizarrement, cette fois, le seigneur bréton le croyait. Il préféra cependant changer de sujet. D'un geste, Mordane montra le trio qui s'éloignait main dans la main:

"Je suis étonné que vous n'ayez pas profité de la situation pour une de vos blagues."

Merlin eut un petit sourire triste:

"Plutôt m'enfoncer un clou rouillé dans la main que d'être celui qui brise ce moment de bonheur. Vous savez, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu mon roi aussi heureux... Même enfant, Artoria n'a jamais été aussi épanouie. Shiro et Rin sont ce qui est arrivé de mieux à Artoria depuis... toujours, en fait."

Mordane comprenait que Merlin aimait vraiment son "roi"...

"Pourquoi l'appelez-vous toujours "Votre Majesté" ou "Mon Roi" ? C'est une femme et de son propre aveux, de basse extraction."

Merlin eut le sourire fier d'un père pour son enfant:

"Un jour, vous aussi vous l'appellerez "Votre Majesté"."

Le baron ouvrit la bouche pour répondre mais se ravisa. Il s'était rendu à de nombreuses reprises à Alcaire à la cour du " Roi des Îles" titre bien ronflant pour le souverain de l'un des plus petits états de Haute-Roche, plus petit que certains comtés. Le porteur du titre était un crétin doublé d'un parfait incapable qui exigeait de tous un comportement servile et se mettait en colère si on le traitait en dessous de son rang.

Lors de sa première rencontre avec Artoria Pendragon, Mordane avait été incapable de parler saisi d'admiration pour sa beauté... mais plus encore pour la calme assurance qui rayonnait d'elle. Dans la bataille, tout le monde s'était tourné vers elle pour recevoir des ordres. Artoria avait montré de solides connaissances de l'art de la guerre, mais aussi de l'étiquette des nobles. Bien que "simple chevalier", elle s'était comporté comme on l'attendait d'un roi... pas un roitelet minable comme l'idiot qui s'asseyait sur le trône d'Alcaire... avant que les orques ne rasent la ville et ne plantent sa tête sur une pique. La seule chose bien qu'ils aient faite depuis le début de la Grande Invasion.

Le baron de Koeglin hocha lentement la tête:

" Le jour où elle sera sacrée... roi, je poserais mon épée à ses pieds".

Un baron n'avait d'obligation qu'envers un roi qui se prêtait à son devoir féodal de protéger ses féaux. Le roi d'Alcaire était mort prouvant son incapacité à exercer les devoirs de sa charge et cela le laissait libre de prêter serment à un autre monarque... Et il ne connaissait personne qui mérite plus qu'Artoria de recevoir son épée. Le Roi Artoria avait sauvé sa ville et son peuple.


Rex quodam, Rex que futuram

Le Roi (Arthur) a régné, Il règnera.

(Inscription dur la tombe d'Arthur, d'après La Morte d'Arthur de Mallory)


(1) Art du tir à l'arc japonais.

(2) Napoléon disait: " Les soldats préfèrent les généraux chanceux aux généraux talentueux. Et ils ont raison". Il a dit aussi "Le meilleur des plans de bataille peut échouer par malchance, le plus mauvais peut réussir par chance". La bataille de Koeglin est une parfaite illustration de ce principe. Artoria, Rin et Shiro sont arrivés au moment de l'effondrement du tunnel, juste à temps pour contrer l'attaque principale des gobelins. Mais la chance n'existe pas sur Tamriel... le destin est contrôlé par les Os de la Terre ou Ehlnofey, les esprits de la première race mortelle ayant peuplé Nirn. Les Ehlnofey font figure d'entités mineures mais elles sont responsables de toutes ces "coïncidences" qui sont au cœur de la série The Elders Scrolls. Comme celle qui a conduis un prisonnier à se trouver dans la cellule où se trouvait le passage secret permettant à l'empereur de fuir la Cité Impériale (Oblivion) ou à ce qu'un autre prisonnier inconnu partage la charrette d'Ulfric Sombrage (Skyrim). Le premier devint le Héros de Kvatch et referma les portes d'Oblivion, le second n'était autre que l'Enfant de Dragon.