Le pont de l'Issen
L'étroite vallée se dirigeait plus ou moins vers le nord, serpentant entre deux chaines de collines qui marquaient la frontière entre le royaume d'Alcaire et le duché de Phrygios.
Les collines rocheuses étaient couvertes de neige immaculée qui poudrait également les forêts proches.
Ici, le vallon s'élargissait soudain et un campement accueillait la petite armée de Vérandia. Après avoir marché toute la journée, les soldats étaient en train de décharger les mules de bas pour monter les tentes. On s'activait aussi à creuser des latrines, entasser des pierres pour les feux de camps... bref, à faire tout ce qu'il était nécessaires pour établir un cantonnement. Des sentinelles patrouillaient, tandis que des soldats de corvées abattaient le bois nécessaire à leur installation.
Une première tente avait déjà été érigée. Il s'agissait d'un grand pavillon de toile dont le rôle était d'accueillir les réunions du petit état-major de l'expédition.
Sur une table pliante, plusieurs cartes voisinaient avec les rapports des éclaireurs et des espions. Artoria Pendragon avait été obligée de les lire elle-même, regrettant une fois encore l'absence de Bedivere. Son vieil ami s'était révélé indispensable pendant les campagnes qu'elle avait menées sur l'île de Bretagne. Non seulement il lisait pour elle tous les rapports mais elle en faisait aussi la synthèse.
Ayant posé ses gantelets sur la table, Artoria se massa le front, combattant une migraine insidieuse. Trop d'heures de marche, trop peu de sommeil...
"Récapitulons! Demain matin, nous entrerons dans un réseau de vallée qui part de celle où nous nous trouvons et s'ouvrent vers l'est sur la plaine creusée par le fleuve Issen. Les Orques doivent sans doute préparer quelques embuscades dans ces vallées, vu que le terrain est propice à cette forme de combat. Cependant, une fois cet obstacle emporté, il nous faudra nous arriverons au véritable objectif de notre expédition. Car, ne l'oublions pas, nous sommes venus reprendre le pont de l'Issen et détruire le barrage que les Orques construisent pour barrer ce cours d'eau. Il nous faut au moins réussir une de ces deux missions sous peine de voir l'armée de secours ne pouvoir franchir l'Issen."
Artoria montra un rapport de la main:
"Notre principale difficulté est que l'ennemi a préparé le sabotage du pont. C'est en tout cas, ce dont témoignent nos éclaireurs. Il faudra prendre la position ennemie très rapidement, sans laisser à l'ennemi le temps de détruire l'ouvrage d'art. Quelqu'un aurait une suggestion ?"
Rin Tohsaka, bras croisée, avait le visage fermé se concentrant sur la résolution du problème. À côté d'elle, Merlin semblait parfaitement serein, s'appuyant sur son bâton il parcourait du regard la petite équipe entourant la table. Shiro Emiya se gratta la tête avec vigueur tout en grimaçant, puis soupira, n'ayant visiblement rien à proposer. Gonderic de Bel-Amant regarda Artoria avec un sourire d'excuse. Il n'avait visiblement aucun plan génial à proposer.
Finalement, le premier à prendre la parole fut Estienne de Vigonne. Le colosse avait servi de mercenaire dans tous les combats opposants les Brétons entre eux et à leurs voisins au cours de vingt dernières années. Alors, bien sûr, il connaissait bien les Orques:
"Dame Artoria, je crains que s'emparer du pont intact ne soit impossible. Vous avez déjà affronté les Orques, vous savez que l'on ne peut pas parlementer avec eux. Jamais ils n'abandonneront le pont sans combattre. Malacath n'accueille dans son royaume que les Orques morts courageusement au combat, aussi n'ont-ils pas peur de nous combattre... bien au contraire, ils cherchent une mort héroïque. De plus, ils sont persuadés d'être supérieurs à tous leurs ennemis et donc de ne pouvoir être vaincus. Enfin, jamais un orque n'oserait désobéir à son chef. S'ils ont reçu l'ordre de détruire le pont si la bataille tournait en leur défaveur, nous pouvons être certains qu'ils le feront."
Il y eut un bref instant de silence, puis...
"Nous avons de la chance qu'ils aient de tels défauts!"
Estienne de Vigonne se retourna sur Tohsaka qui venait de parler. Ses yeux étaient exorbités et il semblait croire qu'elle avait perdu la raison. La Magus en rouge haussa les épaules puis leva un doigt d'un geste professoral:
"Réfléchissez! Depuis le début de cette campagne, nous ne cessons de leur infliger de lourdes défaites. Pourquoi ? Parce que les guerriers orques cherchent à prouver leur valeur aux yeux de leur dieu. On ne livre pas bataille en faisant charger des paquets d'hommes hurlant mais en faisant manœuvrer des unités de manière coordonnée pour s'emparer du champ de bataille. N'utiliser que l'assaut frontal, c'est de la stupidité! Quant à leur courage qui vous impressionne tant, je n'y vois qu'une stupidité plus grande encore! Le devoir d'un soldat vaincu est de fuir, sauver sa vie, et revenir pour pouvoir combattre à la prochaine bataille. Au lieu de ça, les Orques se battent jusqu'aux derniers. Non seulement les Orques sacrifient inutilement leurs soldats, mais en plus ils perdent l'expérience acquise par ces combattants. Ils auraient du depuis longtemps comprendre que les assauts frontaux les rendent vulnérable à Excalibur ou aux armes Tracées par Shiro. Mais non, encore et encore, ils subissent des défaites cinglantes!"
Estienne parut troublé par les arguments avancés par Rin, mais cette dernière n'en avait pas fini:
"Vous semblez croire que l'obéissance aveugle des Orques envers leurs chefs de tribu est une qualité... c'est tout le contraire! Un chef de tribu a vaincu son prédécesseur les armes à la main, puis tous ceux qui voulaient prendre sa place. Certainement, cela fait de lui un grand guerrier... mais sa force et son talent aux armes ne font pas nécessairement de lui un tacticien ou un diplomate talentueux. Les orques n'ont pas compris qu'il vaut mieux avoir un bon cerveau que de gros muscles pour diriger! Et en plus, vu que la loi de Malacath demande une obéissance absolue, cela veut dire que les subordonnés plus intelligents ne peuvent pas contredire le chef de tribu. Un plan stupide sera donc accepté et on peut faire confiance aux Orques pour se sacrifier "courageusement" jusqu'au dernier parce qu'aucun ne sera assez "lâche" pour utiliser son cerveau."
Shiro et Artoria échangèrent un sourire, leur amie n'avait pas changé. Rin était un esprit brillant, un véritable génie comme elle ne cessait de le rappeler (la modestie n'étant pas au nombre de ses qualités). La stupidité la mettait hors d'elle et Tohsaka pouvait être assez impressionnante lorsqu'elle était en colère.
Saber toussa dans son poing:
"Merci, pour l'explication Rin. Assurément, tu as bien compris que les points forts de l'ennemi sont en fait ses faiblesses. Néanmoins, cela ne nous explique pas comment les affronter."
La jeune Magus remercia d'un sourire Shiro qui venait de lui servir une tasse de thé, puis se frotta le menton. Elle finit par soupirer:
"Je crains que nous soyons dans une impasse. Depuis que nous avons quitté Koeglin, nous combattons dans un terrain resserré. Ce dernier est favorable à celui qui l'occupe en premier. En bloquant les passages, l'adversaire est assuré d'une excellente position défensive. Ayant la supériorité numérique, les Orques peuvent tenir tous les passages devant nous, alors que nous n'en utiliserons qu'un. Ce qui veut dire que l'ennemi aura tout le loisir d'utiliser les unités présentes dans les autres vallées pour nous prendre à revers. Plus grave encore, ces combats font nous faire perdre un temps précieux. Nous pouvons tenir pour assurer que la garnison du pont de l'Issen sera prévenue de notre arrivée. S'emparer du pont intact sera assurément une gageure. Par contre, Excalibur est un Noble Phatasm anti-forteresse. L'Épée de la Victoire Promise n'aura aucune peine à abattre le barrage."
Une expression songeuse apparut sur le visage d'Artoria:
"En d'autre terme, lorsque nous serons face aux positions défensives du pont, nous n'aurons pas l'effet de surprise et devrons faire face à des ennemis préparés à nous combattre."
Rin acquiesça, elle semblait soudain abattue:
"Et les équipes de sabotage seront prêtes à intervenir. Je ne vois pas comment nous pourrions sécuriser le pont avant que l'ennemi ne le sabote."
Shiro intervient:
"Avec le manteau d'invisibilité de Corvus, je..."
Mais il fut brutalement interrompu par Rin. Celle-ci venait de se lever et brandissait le poing comme pour le frapper, une expression furieuse sur le visage:
"Baka! J'ai envoyé plusieurs de mes familiers jusqu'au fleuve. Le pont est en bois et les orques ont accumulés des tonneaux de poix sur le tablier. Ils ont également ôté des planches pour exposer la structure. Si tu attaques seul, tu pourras sans doute peut-être neutraliser une ou deux des positions de sabotage... avant que des centaines d'orques ne se jettent sur toi. Même en admettant que tu les tues tous... les saboteurs auront largement le temps de passer à l'action. Je n'ai pas envie que tu te retrouves pris dans l'incendie, espèce d'héroïque idiot. On se demande pourquoi, Angra Mainyu ne t'a pas réincarné en orque! Avec ton talent à te constituer un harem et ton cerveau de brute épaisse, tu aurais fait un excellent chef de tribu!"
C'était Rin Tohsaka, absolument sans pitié !
Les autres occupants de la tente d'état-major s'entreregardèrent, assez mal à l'aise... Tohsaka semblait prendre un malin plaisir à ces disputes. Cependant, Artoria acquiesçait à chacune des réparties de son amie:
"Rin a raison, Shiro."
Le Héros aux Yeux d'Ambre resta quelques instants les bras ballants, ne semblant plus trop savoir quoi dire. Il connaissait assez ses deux amies pour savoir que seul la peur de le perdre les poussaient à le contredire aussi ouvertement... il n'empêche qu'il avait l'impression de s'être fait gronder comme un petit enfant.
L'état-major discuta encore pendant une bonne demi-heure, mais aucun fait nouveau n'émergea de cet échange. Ils n'avaient aucun plan de bataille valable pour défaire un ennemi retranché avant qu'il ne détruise un pont stratégique pour la libération de Haute-Roche.
"Iaaaa!"
Saber abattit son épée sur la harpie, le monstre mi-femme, mi-oiseau eut un bref cri mélodieux avant de tomber à terre dans un tourbillon de plumes et de gouttelettes de sang.
Déjà, un puissant loup-garou se jetait sur Artoria. La femme chevalier para les attaques des mains griffues sautant à deux reprises en arrière. Les yeux plissés, elle guettait une faille dans le rythme des coups. Lorsque le monstre leva trop haut le bras, elle bondit en avant une main sur le pommeau de son épée invisible.
"Hiiiieee!"
La lame s'enfonça dans l'aine du monstre. Et se retrouva couverte de sang en ressortant de l'autre côté. Le loup-garou agonisait. Cependant, l'instinct de combat d'Artoria Pendragon l'avertissait qu'elle se trouvait toujours en danger, se tordant de côté, elle déplaça le monstre comme un bouclier... et son dos s'orna d'une dizaine de flèches.
Les archers orques sur la saillie rocheuse se mirent à jurer, cherchant à l'apercevoir derrière le cadavre de l'homme-loup. Cependant, ils tombèrent en l'espace de quelques secondes... chacun se trouvant transpercé par une flèche de prana translucide.
Repoussant la dépouille du garou, Saber sourit à son amant qui baissait l'arc noir d'Archer.
Autour d'eux la bataille faisait rage.
L'expédition de Vérandia avançait dans une des vallées qui s'ouvraient en éventail en direction de la vallée plus grande que l'Issen avait tracée parmis les collines. Cependant, comme l'avait prédis Artoria, les Orques les occupaient et multipliaient assauts et embuscades.
En plus des Orques proprement dits, les humanoïdes à peaux vertes avaient réunis de nombreux alliés comme des harpies, des ogres et des loups-garous, mais aussi des sangliers géants, des araignées d'Illiaques, des tigres à dents de sabre et des serpents aussi épais que des troncs d'arbres. Ces animaux monstrueux devaient être sous le contrôle de leurs chamans.
Gonderic de bel-Amant et Estienne de Vignonne ayant éliminés leurs adversaires, l'avant-garde de l'armée de Vérandia chargea pour balayer les monstres survivants.
Comme les précédents affrontements, l'embuscade orque se terminait en déroute pour les assaillants. Les pertes dans leur camp étaient limitées car Merlin veillait. Les blessés se trouvaient soudain enveloppés d'énergie dorée soignant leurs blessures tandis que leurs adversaires se voyaient entourés d'une aura violette les affaiblissant.
Néanmoins, leur avancée avait été ralentie. En fait, ils avaient même été immobilisés, les laissant vulnérable à une contre-attaque.
Appuyée sur son épée couverte de sang, Artoria s'efforçait de reprendre son souffle comme un grondement lui fit relever la tête. Avec horreur, elle découvrit une avalanche descendant vers le fond de la vallée. La neige roulait des pierres, arrachait des arbres au sol et se ruait vers eux...
Heureusement, Rin Tohsaka ne perdit pas son sang froid. Vêtue d'un lourd manteau de fourrure, le cou entourée d'une écharpe, elle murmura quelque chose d'inaudible. Puis elle lança les runes "Elhaz" et "Issa". La première voulait dire "protection", la seconde "glace". Les deux petits galets marqués de ces runes et imprégnés du prana de Tohsaka libérèrent leur puissance dès qu'ils touchèrent le sol.
Aussitôt des murs de glace épais s'élevèrent autour de la petite armée se rejoignant pour former un véritable tunnel.
L'avalanche passa au-dessus d'eux, faisant trembler leur refuge, mais sans les blesser...
Tohsaka vacilla. Exténuée par l'effort, elle se plia en deux, les mains sur les genoux. Comme Shiro, inquiet, lui demandait comment elle allait, elle se redressa avec arrogance:
"À qui crois-tu parler ?! Bien sûr que je vais bien! Protéger une armée entière... c'est rien... Je te rappelle que je suis un génie comme on n'en voit qu'un par... génération..."
Puis elle s'évanouit sans perdre ce petit sourire supérieur qui exaspérait souvent ceux qui découvraient sa véritable (et irritante) personnalité.
La petite armée de Vérandia campait sur les hauteurs d'une colline. En contrebas, on pouvait discerner le pont enjambant l'Issen. Entre eux et le fleuve... une succession de barricades mêlant troncs d'arbres, tonneaux remplis de terre et pieux aiguisés protégeaient plusieurs bivouacs d'où s'élevait la fumée de feux de camp.
Ayant Renforcé ses yeux, Shiro décrivait les lieux à Artoria, Gonderic et Estienne. Lorsqu'il eut fini, Saber secoua la tête d'un air songeur:
"Il va être difficile de percer leurs défenses et s'emparer du pont intact".
Shiro secoua la tête:
" Au contraire, je pense que c'est faisable."
De la main, il désigna différents points du pont.
"Là, là, là, ici, et encore là, ce sont les points préparés pour le sabotage. Il y a un Orque près de chacun d'eux. Je les éliminerais dès le début de l'attaque et je tuerais également tous ceux qui chercheront à s'approcher des tonneaux de poix. Tu n'auras qu'à te préoccuper de percer les défenses ennemies jusqu'au pont."
Saber battit des paupières, un peu surprise. C'était un bon plan... un plan simple et directe mais il avait des chances de marcher. Elle acquiesça et sourit:
"Oui, Shiro c'est une bonne idée."
Le Forgeron aux Yeux d'Ambre parut rayonner et les deux jeunes gens furent un instant perdu dans leur petit monde, alors même que Gonderic et Estienne levaient les yeux au ciel.
Ils allaient intervenir, quand Merlin sortit de la tente que les soldats avaient élevé. Dès qu'elle l'aperçut, Artoria se dirigea vers lui avec une expression inquiète:
"Rin ?"
Le Magicien des Fleurs sourit d'un air rassurant:
"Elle n'a rien de grave. Il faudrait juste qu'elle arrête de se conduire comme le Père Noël un soir de 24 décembre".
Artoria et Shiro regardèrent Merlin avec des mines perplexes... quant à Gonderic de Bel-Amant et Estienne de Vignonne, ils ignoraient même qui était le Père Noël et comprenaient encore moins.
Merlin sourit avec ce petit air malicieux qui arborait souvent avant de commettre une de ses insupportables pitreries:
" C'est un père qui demande à son fils: 'Dis-moi, Stevie que voudrais-tu faire quant tu seras grand?'" Changeant de ton, le magicien contrefit une voix d'enfant : "Moi, je voudrais être Père Noël." Merlin reprit ensuite son ton normal: " Oh, pour distribuer des cadeaux aux enfants sages?" Avant de donner la chute de cette blague pathétique en contrefaisant un sale môme exaspérant (ou révélant sa vraie naure?): " Non, c'est que le Père Noël travaille qu'un jour par an!"
L'expression d'Artoria valait le détour. Elle semblait épuisée. Les yeux fermés, elle se massait le front:
"Quel est le rapport avec Rin ?"
"Oh ? Vous n'avez pas compris la comparaison, Votre Majesté? C'est que le Père Noël ne travaille peut-être qu'un jour par an, mais il donne des cadeaux à tous les enfants de la Terre."
"En termes clairs, s'il te plait."
Un peu étonné que personne n'ait compris sa blague, Merlin soupira. Après avoir murmuré tout bas quelque chose à propos du manque d'humour de ses contemporains, il répondit enfin:
"Mon roi, Rin a des Circuits Magiques très puissants... du moins à l'aune des Magi de son époque. Toutefois, aussi puissants soient-ils les Circuits Magiques d'un Magus ne sont capables que de transformer une quantité limitée d'Od en Prana, chaque jour. Or, Rin a surchargé les siens pour générer assez de Prana pour édifier un mur capable de protéger une armée. "
Shiro intervint:
"Et c'est dangereux?"
Merlin parut interloqué:
" L'absurdité de la question ne me surprend pas de la part de quelqu'un qui a manqué de se tuer plusieurs fois en utilisant le Magecraft de manière incorrecte! Évidemment que c'est dangereux! D'abord, cela peut endommager les Circuits Magiques qui -dès lors- ne fonctionneront plus aussi bien. Mais cela peut aussi engendrer des effets secondaires plus graves: paralysie d'une partie du corps, nécrose, mort..."
Le visage de Saber se durcit:
"Rin n'a rien de tout ça, j'espère ?"
Merlin leva les mains dans un geste rassurant:
"Non, Tohsaka a eu beaucoup de chance, elle est juste épuisée. Elle aura sans doute quelque difficulté à se mouvoir durant les prochains jours parce que les énergies circulant dans son corps physique ne sont plus en phase avec son corps éthérique. Plus grave, il ne faut absolument pas qu'elle se serve du Magecraft jusqu'à ce qu'elle soit remise. Non seulement cela échouerait, mais en plus elle se tuerait probablement... "
Merlin tourna à nouveau son regard vers Shiro:
"En tout cas, vous avez une très mauvaise influence sur elle, jeune homme ! Dans une situation comme celle que nous venons de vivre, un Magus ordinaire aurait juste cherché à sauver sa vie, pas surchargé ses Circuits Magiques en cherchant à protéger des hommes ordinaires."
La remarque était dure, mais en fait le magicien souriait. Saber aussi lorsqu'elle prit la parole:
"C'est Shiro... il a le talent de pousser les gens à ouvrir leur cœur. Il les rend meilleurs."
"Starlight Divergence!"
Cinq cônes de vent s'abattirent sur les fortifications des Orques. Chacun d'eux entourait un flot de lumière dorée. Pierres, bois brisé et corps furent propulsés dans toutes les directions.
Sans laisser le temps aux défenseurs du pont de se remettre de l'attaque soudaine, Saber bondit parmi eux. Son épée invisible semait la mort autour d'elle. Les orques convergeaient sur la femme en armure, mais malgré le nombre, le combat était à sens unique. Elle virevoltait, bondissait par-dessus une rangée de soldats, courait, esquivait. Et toujours, Artoria maniait sa lame en des coups puissants. Ceux qui s'approchaient d'elle périssait.
"Aaah"
Le coup asséné latéralement coupa l'orque au niveau des hanches, brisant son bouclier et traversant son armure comme si elle était faite de beurre. Aspergé de sang, Artoria ne flancha pas, se contentant de plisser les yeux et d'arrêter la charge d'un orque armé d'une hache d'arme. Le repoussant de côté, elle brandit son épée vers le ciel:
"Starlight Convergence!"
Momentanément libérée de son fourreau de vent, Excalibur apparut dans toute sa gloire dorée. Cependant lumière et vent s'échappèrent de la lame comme dans une explosion. Saber se trouva au centre d'une éphémère sphère de lumière éblouissante et de vents tourbillonnants.
À part elle, tous furent projetés à distance, contusionnés et éblouis.
Ce puissant signal flamboyant servit aussi de signe pour lancer l'attaque générale. Conduit par Gondéric et Estienne, les soldats de Vérandis déferlèrent sur le champ de bataille... les défenses démantelées, les défenseurs paralysés, il ne leur fut pas très difficile de prendre l'avantage. Certes, des renforts convergeaient vers eux, mais des racines les immobilisèrent.
Utilisant une de ses techniques préférées, Wind King's Slash, Saber se rua en avant, trop rapide pour être vue. Comme un fantôme, sa silhouette déformée apparut simultanément en plusieurs points de la seconde ligne de défense, tuant les défenseurs. Puis elle bondit en avant pour retomber sur le tablier du pont.
Là aussi, le sol était couvert de sang et de cadavres. Simultanément à son assaut, Shiro avait commencé à faire le vide parmi les défenseurs. Ses flèches touchaient les orques qui osaient se lever, les foudroyant instantanément. pas un seul trait n'était perdu, pourtant il se trouvait à plus d'un kilomètre de là, à l'abri de toute riposte.
À l'abri d'une barricade, un homme en robe noir tenta de négocier. Autour de lui des zombis et des squelettes trahissaient sa condition de nécromancien. Cependant Artoria s'offusqua de voir que les orques continuaient de tenter d'atteindre les tonneaux de poix alors qu'il feignait de demander les conditions d'un cessez-le-feu:
" Mage, on ne négocie que de bonne foi. Je ne vois pas l'intérêt de perdre mon temps à discuter avec vous alors que vous ne cherchez qu'à me retarder pour détruire le pont! De plus, il est présomptueux de votre part de chercher une issue pacifique alors que vous n'avez utilisé que la violence comme unique moyen pour résoudre vos différents lorsque vous aviez l'avantage. "
Elle bondit en avant, sabrant au passage les mort-vivants puis retomba à côté du nécromancien qui perdit la tête... littéralement. Son chef, décollé par l'épée invisible rebondit deux ou trois fois avant de franchir la rambarde et tomber dans le fleuve.
La bataille s'achevait autour d'Artoria.
Les harpies fuyaient à tire d'ailes. Libérés des sorts de commandement des shamans, les animaux monstrueux s'attaquaient à tout ce qui les approchait. Seuls les ogres (trop bêtes) et les Orques (trop fanatiques) résistaient encore ici et là. Néanmoins, les flèches de Shiro et les sortilèges de Merlin eurent tôt fait de faire le vide dans leurs rangs.
Le lendemain, remontant l'Issen, la petite armée arriva an vue du barrage. Là aussi, les Orques avaient réunies des troupes chargées de la défense. Sur les deux rives ils avaient édifiées des palissades avec des miradors chargés d'archers. Shiro montra des endroits où se tenaient des chamanes, des monstres dressés, voire des pièges. Pour une force ordinaire, attaquer aurait été coûteux.
Toutefois, Artoria n'avait pas besoin de s'approcher:
"Sacred Sword Released!"
Tenant Excalibur à deux mains, Saber regarda les multiples couches de vent s'échapper en tourbillonnant. Un anneau de feu doré apparut, révélant la poignée, puis remontant libéra la garde puis la totalité de la lame.
L'Épée de la Victoire Promise apparut, répandant une lumière dorée. Artoria la leva au-dessus de sa tête, ferma les paupières en inspirant profondément. Un bref instant, une aura bleutée apparut autour d'elle avant de fusionner avec celle, dorée, de la lame.
L'éclat de la lame augmenta alors se transformant en une colonne de feu qui s'éleva bientôt à une dizaine de mètres au-dessus du sol.
Saber ouvrit les yeux, expulsa l'air de ses poumons avant de se fendre en avant.
"Ex...
Et la torche de feu doré, s'abattit vers le sol, se transformant en un faisceau aveuglant qui se rua vers le barrage.
... calibur!"
La vague de clarté percuta le mur de rondins de bois. Celui-ci ne résista pas un seul instant, explosant et projetant autour de lui des débris. Pourtant, le déchainement habituel de l'Épée Sacrée n'était pas la fin de la catastrophe. Des tonnes d'eau avaient été contenues par le barrage. Alors qu'il s'effondrait, des flots écumeux surgirent par la brèche, l'élargissant pour s'abattre en contrebas... balayant les Orques, abattant les miradors, brisant les barricades et les palissades.
Le fleuve emporta tout (troncs d'arbres, planches... cadavres) avant de se perdre dans les vallées proches.
Le visage sérieux, triste, Saber ficha l'épée redevenue invisible dans le sol puis croisa les mains sur son pommeau. Le vent glacial jouait avec ses cheveux et soulevait le bas de sa robe, faisant cliqueter son armure.
Elle était superbe, royale, le modèle parfait du chevalier... pourtant, tous la regardaient en silence. En admiration ou tout simplement terrifiés?
Merlin secoua lentement la tête, attristé. À part lui, il se rappelait de l'adolescente qui avait arraché l'Épée de la Désignation à la pierre. " Pourquoi t'ai-je dit de reconsidérer ton désir de brandir Caliburn ? Je t'avais prévenue que tu ne serais plus jamais considérée comme humaine", pensait-il.
Ce jour là avait commencé la légende d'Arthur Pendragon. Cela tous le savait... mais c'était aussi ce jour qu'était morte Artoria Pendragon.
Sauf que...
Shiro s'avança, franchissant le cercle des soldats encore figés par l'ampleur de la catastrophe.
"Saber, le repas est prêt!"
Comme si elle venait d'entendre un mot magique, Saber se retourna les yeux brillants, un sourire aux lèvres:
" Qu'as-tu préparé?"
Le jeune homme roux se frotta l'arrière du crâne:
"Je me suis dis que les sangliers géants devaient être comestible, donc j'ai essayé un ragoût de porc au vin blanc, avec des raisins secs, du lard. La sauce est faite avec du pain, un bouillon de viande et des jaunes d'œufs."
Un grondement de tonnerre surprit les soldats, puis il y eut un rire lorsque l'un d'eux réalisa que c'était l'estomac d'Artoria qui gargouillait. Redevenue une jeune femme, le roi de légende rougit et toussa dans son poing pour essayer de sauver un peu de sa dignité:
"Encore une fois, tu t'es surpassé Shiro."
Merlin rit à son tour.
Même lui n'avait pas prévu ce miracle qu'était Shiro Emiya. Entre ses mains, du matériel de cuisine avait réalisé ce que la magie de Merlin n'avait jamais réussis à faire: rendre son humanité à Artoria.
Peut-être... oui, peut-être que cette fois cela ne se terminerait pas sur une colline couverte de cadavres et d'épées.
