Une journée de repos
La tente était un vaste pavillon de toile composé de trois pièces assez hautes pour que l'on s'y tienne debout. La "chambre à coucher" se distinguait par un grand matelas au milieu de la pièce. Pour l'heure, une seule personne était couchée dans ce lit.
Ses cheveux défaits, sans ses habituelles couettes, Rin Tohsaka avait un air plus adulte. Adossée aux cousins, elle portait une chemise de nuit jaune ornée d'un ruban rouge sur la gorge. Reposant sa tasse de thé, elle eut un bref sourire adressé à Shiro:
"Le thé que tu m'as servi est à bonne température... tu as fait quelques progrès."
Rin était avare de compliments et le Forgeron aux Yeux d'Ambre sembla rayonner:
"Merci, Rin."
La jeune japonaise détourna immédiatement les yeux pour renifler d'un air hautain:
"Vu que tu ne savais même pas faire la différence entre du thé industriel et du bon thé, tu ne pouvais que difficilement faire pire que sur Terre."
Tohsaka aurait certainement paru plus honnête si les remerciements de Shiro n'avaient pas coloré de rouge ses joues. La Magus semblait viscéralement incapables de sincérité lorsqu'il s'agissait de ses propres sentiments.
Artoria se mordit l'intérieur des lèvres pour ne pas rire. La plupart des gens ne réalisaient pas à quel point Rin était chaleureuse et gentille... Normalement, elle le cachait bien. Sauf que la jeune Magus était très émotive et la franchise de Shiro perçait toujours son armure.
Mettant fin au silence gêné qui s'était installé, le Roi des Chevaliers revint au sujet de leur inquiétude:
"Sinon, comment vas-tu ? As-tu encore mal ? Des vertiges?"
Rin afficha un air surpris et troublé avant de sourire à son amie:
"Je vais bien, Saber. Je vais miraculeusement bien, en fait... Merlin m'a affirmé que je n'aurais aucune séquelle. "
Artoria eut un léger sourire.
"Le connaissant, il ne s'est pas contenté de te rassurer."
Rin fit la moue et croisa les bras:
"Tu peux le dire, j'ai encore les oreilles qui sifflent... Il m'a bien répété trente fois qu'utiliser un sortilège aussi puissant sans incantation ni préparation était stupide. Ce n'est pas comme si j'avais eu le temps de me préparer! Mais allez donc l'expliquer à ce vieux bouc!"
Artoria soupira, elle n'avait aucune peine à imaginer Merlin en train de sermonner Rin... ayant été plusieurs fois à sa place étant plus jeune.
"Tu es quelqu'un de gentil, Rin. Je suis certaine que tous les soldats savent que tu leur as sauvé la vie et t'en sont reconnaissants."
Tohsaka tourna la tête de côté pour tenter de masquer son embarras:
"C'est... c'est normal, après tout ces soldats sont mes alliés... il est normal que je veille sur mes alliés... non ?"
Saber et Shiro échangèrent un sourire rapide. Combien de fois avaient-ils entendus cette excuse ? Rin avait juste trop bon cœur pour ne pas tenter de sauver tous ceux qu'elle pouvait sauver... même si cela signifiait se mettre en danger.
À une époque de sa vie... avant la Guerre du Saint Graal... Rin aurait été dévastée de réaliser sa trop grande sensibilité. Elle avait voulu être un Magus digne de la lignée des Tohsaka, froide, intelligente, pratique et... dure. Oh oui, son père avait été un parfait Magus disposé à utiliser les moyens les plus "efficaces" pour arriver à ses fins, sans considération du prix que paieraient les autres.
Mais qu'avait réellement gagné Tokiomi Tohsaka ?
Son père avait été assassiné par Kirei Kotomine... son propre élève et avec la complicité ou plutôt la bénédiction de Gilgamesh, son Servant. Son épouse Aoi avait subis de graves dommages au cerveau après une tentative d'assassinat. Sa mémoire à court terme détruite, la mère de Rin avait passé les dernières années de sa vie dans un fauteuil roulant. Tokiomi avait aussi vendu... non, pire... donné pour rien... sa propre fille Sakura. Rin avait grandi privée de sa petite sœur. Elles ne pouvaient même pas en parler. Lorsqu'elles se croisaient à l'école, elles étaient contraintes à se comporter comme des étrangères. Et comme le testament de son père avait fait de Kirei son gardien légal, le faux prêtre avait achevé de saccager sa vie en dilapidant la fortune de sa famille.
À tout point de vue, la vie de Tokiomi Tohsaka avait été un désastre et Rin se sentait prise d'une immense colère lorsqu'elle repensait à son père (1).
Si son père était vraiment, comme on le lui avait souvent dit, un "parfait exemple de Magus" alors elle comprenait mieux le comportement de Kiritsugu Emiya. Le père de Shiro n'avait pas cherché à transmettre son savoir au fils qu'il avait adopté. Et lorsque l'enfant avait fini par lui extorquer un minimum d'entraînement, il l'avait poussé à se voir non comme un Magus mais comme un utilisateur de Magecraft.
Tout compte fait, aucun des Magi traditionnels qui avaient participé aux Guerres du Graal n'avaient jamais gagné. Cela devait bien dire quelque chose... ça et puis l'histoire du Magecraft était celle d'un long déclin. Savoirs perdus... diminutions du talent des Magi... En fait, il n'y avait jamais eu aussi peu de personnes à utiliser le Magecraft. Pourtant, la Tour de l'Horloge continuait à enseigner une tradition qui déniait tout progrès, tout changement. Quatre siècles après que l'héliocentrisme ait été reconnu et soit devenu le centre de l'astronomie, l'astrologie continuait à utiliser un modèle manifestement faux, plaçant la Terre au centre du cosmos.
Puisque le Magecraft (contrairement à la Vraie Magie) reposait sur la science, comment espérer de progrès si les Magi refusaient le progrès !
Rin fut tirée de ses sombres pensées par une question d'Artoria. Relevant les yeux, elle lui demanda de répéter.
La femme chevalier soupira de manière exagérée. Une mimique qui contrastait étrangement avec le visage impassible qu'elle montrait en présence d'étrangers:
"Je disais, comment ce fait-il que tu n'ais pas de séquelle ? D'après Merlin, tu aurais pu endommager tes Circuits Magiques."
... ou pire encore, frissonna intérieurement Rin. Elle caressa machinalement son bras gauche portant l'héritage des Tohsaka:
"Mon Magic Crest m'a probablement sauvé en canalisant le prana utilisé par les runes."
Shiro regarda la Magus avec un reste d'étonnement infantile:
"Je reste stupéfié par tes capacités. Je n'imaginais pas qu'il existait des Magi avec des aptitudes aussi extraordinaires."
Comme à chaque fois que le garçon qu'elle aimait lui faisait un compliment, Rin se troubla et riposta en tournant le visage de côté et en croisant les bras, voulant afficher une indifférence... qu'elle était loin de ressentir:
" À qui crois-tu parler? Je suis un génie, l'héritière d'une longue lignée de Magi. J'ai été correctement formée, contrairement à toi !"
Elle s'interrompit quelques instants, se passant un doigt sur les lèvres dans une moue songeuse:
"Toutefois, sur Terre, j'aurais été incapable de faire quelque chose de semblable."
Saber et Shiro approuvèrent, le Roi des Chevaliers ajouta:
"Le milieu ambiant est très riche en mana, si riche que les Magi de Tamriel n'ont pas besoin de Circuits Magiques pour l'utiliser dans leurs sorts et que leur Od se régénère en quelques heures."
Tohsaka haussa les épaules et soupira d'un air dégoûté:
"Des perles aux cochons, oui..."
"Rin?"
Artoria était surprise par l'agressivité de son amie. Cette dernière leva une main apaisante...
" C'est juste que les Magi d'ici font si mauvais usage de cette énergie formidable, à la disposition de n'importe qui... Sur Terre, on doit garder secret le Magecraft car l'énergie est si rare que les Magi de la Tour de l'Horloge sont prêts à tuer pour garder secret leur Mystère et n'avoir pas à partager leurs techniques pour qu'elles ne soient pas affaiblies. La méfiance et l'égoïsme ont empêché les utilisateurs du Magecraft de s'éloigner de leurs stupides 'traditions'."
Rin fulminait et désigna Shiro du doigt:
"Et l'idiot là-bas aurait déjà reçu une Sealing Designation pour avoir amélioré Gradation Air. La Tour de l'Horloge se prétend une institution progressiste. Cependant, cette organisation réagit plus comme une religion qui classe comme hérétique tout ce qu'elle n'a pas strictement approuvé.
Tohsaka but une gorgée de thé, avant de reprendre:
"Cependant, ils ont œuvré à l'amélioration des Circuits Magiques et leur étude du Magecraft a rendu son usage beaucoup plus efficace, en particulier en rationnalisant l'utilisation du prana, diminuant ainsi le gâchis. Les Magi de la Terre verraient Nirn comme un véritable paradis... magie abondante... pas besoin de cacher ses techniques... disciples nombreux, faciles à former. Et pourtant la magie en Tamriel est une vaste blague! Seuls les Dwemer semblent avoir poursuivis une recherche sur la théorie magique. Au sein de la Guilde, les mages ne cessent de se livrer à des disputes stériles entre leurs six écoles (2), n'étant d'accord que pour bannir la Nécromancie. Les autres organisations ne sont pas mieux, avec les Psijiques qui thésaurisent la magie comme si elle était aussi rare et précieuse que sur Terre ou la maison Telvanni qui est un nid de complots politiques."
Elle secoua la tête:
"Le résultat? Les livres de magie de Tamriel sont tout simplement écris par des attardés mentaux! Les méthodes d'apprentissages sont inefficaces et les professeurs continuent d'utiliser les mêmes livres des siècles après qu'ils aient été écrits, ce qui veut dire que le savoir est stagnant. Lorsque je suis entrée à la Guilde des mages, il m'a suffis d'une après-midi pour réécrire complètement le sort "torche". Alors que ce sortilège est bien moins efficace que Gandr, il utilise plus de prana. Le sort file en ligne droite. Il n'y aucune manière de le contrôler une fois lancé et évidemment aucune manière de viser. Le sort est lancé en tendant le bras... et vu qu'il est lent, il peut être esquivé par une personne ordinaire. C'est comme si le créateur de "torche" ne s'était pas préoccupé qu'il s'agissait d'un sort offensif et qu'il fallait le rendre efficace. Personne n'a jamais songé à utiliser une structure du sort segmentée et d'affecter à chaque segment une capacité différente: dégâts, vitesse, portée, contrôle, visée etc... Un Magus de la Terre serait horrifié. "
Shiro cligna des yeux, surprit par la véhémence de son amie:
"Et bien je comprends mieux que tu sois déjà Invocateur de la Guide des Mages."
Elle haussa les épaules:
"En fait, j'ai rapidement cessé d'essayer de corriger leur enseignement inefficace, les autres mages me regardaient les yeux ronds et me comparaient au légendaire Sage (3)."
Shiro sourit:
"Je croyais que tu adorais que l'on dise que tu es un génie?"
"Quand des attardés mentaux te traitent de génie, ce n'est plus un compliment."
Saber et Shiro échangèrent un coup d'œil gêné avant que le Forgeron aux Yeux d'Ambre reprenne la parole:
"Je comprends bien, nos Circuits Magiques et la sévérité de notre apprentissage..."
Rin le coupa:
"La sévérité de mon apprentissage, tu veux dire. Tu n'as reçu aucune formation digne de ce nom!"
"Oui, si tu veux. Je..."
"Évidemment que je veux!"
Saber feignit de tousser dans son poing, mais ses épaules tressautaient d'une envie de rire réprimée. Il faudrait vraiment que Rin trouve une méthode antistress qui n'inclue pas de se servir de Shiro en tant que punching-ball...
Le Magus rouquin choisit d'ignorer la dernière réplique de sa meilleure ennemie:
"Toutefois, il y a une chose que je ne comprends pas. Si le mana est plus abondant et se régénère plus vite, si Gaia et Alaya n'érodent plus mes Projections, pourquoi finissent-elles par disparaître ?"
Rin ouvrit de grands yeux incrédules, fixant Shiro l'air de lui demander s'il plaisantait. Cependant, le rouquin semblait juste... mal à l'aise. Il y avait de quoi, parce qu'à présent Tohsaka le regardait comme si elle venait de découvrir un spécimen très étrange d'imbécile. Elle sourit et un frisson descendit jusqu'au bas de la nuque du jeune homme. Un instinct lui hurlait de s'enfuir très vite...
"Shiro, tu veux bien t'asseoir là ?"
La voix de Rin était dangereusement doucereuse alors que l'adolescente tapotait le lit à côté d'elle, en un geste d'invite. Shiro s'assit... Il n'avait pas le choix. Même s'il prenait la fuite, Tohsaka le retrouverait et ce serait pire encore. Soudain, sans avertissement, elle le frappa d'un coup de poing au sommet de la tête :
" Baka! Comme à chaque fois qu'il me vient à penser que tu es un peu moins bête, tu viens à me démontrer le contraire de manière éclatante!"
Un bras passé sur son ventre, elle leva un doigt:
"Ce que tu viens de décrire est ni plus ni moins que la Première Vraie Magie..."
Se frottant la bosse qu'il avait sur la tête, Shiro protesta:
"Oui, je sais mais... "
Le front plissé de colère, le poing levé, Rin se mit à crier:
"Ne m'interromps pas !"
L'espace d'un instant, Shiro crut que les mâchoires de la jeune femme s'étaient couvertes de dents de requin, et qu'elle allait le mordre. Il s'immobilisa sans plus oser bouger un cil. Un peu calmée, Tohsaka reprit la parole:
"La Première Vraie Magie n'a même pas de nom, bien qu'on l'appelle parfois "denial of nothingness". C'est la plus ancienne et la moins bien comprise des Vraies Magies. On ne sait plus ni quel Magus depuis longtemps disparu l'a utilisé, ni de quel domaine relève cette Magie. On spécule toutefois qu'elle s'agit de la manipulation de l'Éther (4), le Cinquième Facteur Imaginaire ou plus probablement encore de l'Éther Véritable, c'est -à-dire l'élément divin qui a donné naissance aux planètes. Il s'agit de la matière dont sont composés les dieux eux-mêmes. Sur Terre, l'Éther Véritable n'existe pas, et son existence à l'Âge des Dieux n'est que pure spéculation. C'est pourquoi d'ailleurs l'Éther Véritable est catalogué par les Magi sous le nom de Cinquième Véritable Facteur Théorique. Tu comprends? "
Shiro se massa la nuque:
"Seulement que la Première Magie utiliserait un élément appelé Éther;"
"Bon, ça suffira pour le moment. Ton Tracing n'est pas capable de créer quelque chose d'éternel parce que tu Projettes tes armes en les façonnant avec le prana produit par tes Circuits Magiques. Il ne s'agit pas d'un élément extérieur au monde puisque ton prana vient de l'od qui circule dans ton corps et du mana puisé dans l'environnement."
Shiro s'efforçait de suivre mais l'expression sur son visage montrait bien qu'il ne comprenait pas vraiment. Comme Archer l'avait un jour dit, Rin était un génie, elle ne comprenait tout simplement pas les limitations des personnes ordinaires et ne pouvait donc pas se mettre à leur portée. La Magus jura à voix basse:
"Tu connais les Principes de la Thermodynamique? Regarde la tasse de thé que tu m'as servi. Dans un système fermé, la tasse ne peut que se refroidir jusqu'à se trouver à la même température que la pièce. Ce qui est valable pour une tasse de thé l'est aussi pour les armes que tu Traces. L'énergie que tu fournis aux armes que tu Traces est puisée dans l'environnement, elle finira par y retourner. Tu ne peux empêcher l'énergie de se transformer en une autre forme d'énergie, du moins dans un système isolé. D'où le fait que pour pratiquer la Première Vraie Magie, on se servait d'un élément extérieur: l'Éther."
Après avoir quitté leur tente, Saber et Shiro traversèrent le bivouac fortifié qui avait été établis non loin de la forteresse des Orques. Depuis la veille, les deux camps respectaient une sorte cessez-le-feu. Une pause dans les combats d'autant plus étrange qu'elle était impromptue.
Sans doute échaudés par leur succession de défaites, les Orques restaient sur l'expectative.
Quant à la petite armée de Vérandia...
La réunion du petit état-major du corps expéditionnaire se passait dans une vaste tente où l'on avait dressé une table à tréteaux supportant une vaste carte. Alors que Gonderic de Bel-Amant plaidait pour la reprise de l'attaque contre les Orques un choc sourd l'interrompit.
Tous se tournèrent vers Saber qui venait de frapper la table du plat de la main:
"Impossible!"
Le jeune chevalier se tourna vers Estienne de Vignonne qui partageait son avis.
"Dame Artoria, plus nous laissons de temps aux Orques de se reprendre, plus la capture de leur forteresse deviendra difficile. Alors que nous parlons sans doute les Orques rassemblent des renforts et renforcent leurs positions. Nous ne pouvons nous permettre d'attendre et de laisser passer l'occasion de les attaquer alors qu'ils sont encore dans le désarrois."
Shiro se leva, en colère:
"Rin est encore souffrante. Utiliser sa magie pourrait la tuer, nous devons attendre qu'elle se remette."
Gonderic hésita un bref instant, puis:
"Sire Shiro, bien que je respecte grandement le mage Tohsaka, je maintiens que nous ne devons pas suspendre notre offensive le temps qu'elle se remette."
"Vous la mettriez en danger?"
"Je ne dis pas cela, simplement que nous pourrions la laisser en paix pendant..."
" Et comment voulez vous la laisser en dehors du conflit? On ne peut pas la laisser derrière nous et espérer que rien ne lui arrive!"
Alors que Gonderic allait répliquer, Saber leva la main. Elle avait l'attitude du "Roi Arthur", royale et charismatique et le geste impérieux l'arrêta avant même qu'il ne prononce un mot:
"Sire Gonderic, comment savez-vous que les Orques se renforcent et rameutent des renforts?"
Le chevalier cligna des yeux:
"Je l'ignore... c'est juste ce que je ferais à leur place."
Artoria acquiesça gravement:
"Je vois. Il se pourrait aussi bien qu'ils préparent un piège qui se refermerait sur nous si nous les attaquions. Pour reprendre vos propres mots ' c'est juste ce que je ferais à leur place'. Qu'en pensez-vous, sire Gonderic?"
Le chevalier Bréton cligna des yeux, pris à son propre jeu. Il finit par secouer la tête:
"Je n'ai aucun manière de prouver que vous avez tort, dame Artoria."
"Et comment pourrions prouver lequel d'entre nous a raison, sire chevalier?"
Gonderic soupira:
"Il nous faudrait une reconnaissance des positions ennemies."
" Chevalier, qui s'occupe de ces reconnaissances d'habitude?"
" Le mage Tohsaka."
" Exactement, sans ses familiers nous ne pouvons reconnaître les positions ennemies. Donc, il nous faut attendre que Rin se remette."
L'argumentation d'Artoria était claire et sans réplique.
Merlin sourit. Il pouvait lui aussi créer des familiers... comme n'importe quel mage de la Terre. Cependant, le Magicien des Fleurs connaissait bien son roi. Elle ne laisserait jamais Rin derrière eux, en danger.
Un vaste cercle de soldats s'était formé autour des deux duellistes qui étaient sur le point de se rencontrer. Shiro Emiya avait Tracé Kanshou et Bakuya. En armure de cuir noir, enveloppé dans un manteau rouge, il tournait lentement dans le cercle sans lâcher son "adversaire". Mais un sourire trahissait son excitation, cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas entraîné avec Saber.
Apparemment, Artoria ne tenait rien dans ses mains... mais qui donc croyait encore qu'elle soit désarmée? Vêtue de sa robe bleue sous son étrange armure brillante comme l'argent, le Roi des Chevaliers marchait au même rythme que son amant, gardant constante la distance entre eux deux.
Cela démarra d'un seul coup...
Shiro se mit à courir, plié en deux, les bras tendus derrière lui.
Saber se retourna dans un mouvement presque nonchalant, serrant son épée invisible à deux mains.
Avant que Shiro n'atteigne son amie il parut s'évaporer dans l'air. Les yeux d'Artoria Pendragon se plissèrent tandis qu'elle relevait la tête pour regarder quelque chose en hauteur.
Les spectateurs firent de même... découvrant Shiro son arc noir à la main, encochant des flèches... que Saber esquiva et para avec une incroyable prestesse.
Comme son amant se laissait tomber sur elle, ayant de nouveau les lames jumelles en main, Artoria bloqua sa première attaque. Pivotant gracieusement sur elle-même, le Roi des Chevaliers riposta dans le mouvement mais le Forgeron aux Yeux d'Ambre para en croisant ses lames.
Le heurt souleva un voile de neige autour d'eux tandis que le sol s'enfonçait sous les pieds de Shiro. Les mouvements s'enchaînèrent si rapidement que l'œil ne pouvait pas suivre. Attaques... parades... feintes... À chaque rencontre des lames, l'énergie magique qu'elles contenaient se déchargeait en de fantastiques phénomènes lumineux et en gerbes d'étincelles.
Artoria changea de tactique, tenant Excalibur dans sa main droite, elle plongea en avant, le gantelet gauche levé au-dessus de sa tête.
L'épaisse protection qui la couvrait jusqu'au coude était en fait un véritable bouclier formée d'écailles de métal. Le chevalier s'en servit pour se garantir contre Kanchou tandis que l'Épée de la Victoire promise sifflait remontant en direction du visage de Shiro.
Le Magus se crispa, bloquant des deux côtés. Un instant les duellistes se firent face, bandant leurs muscles...
Une aura d'un bleu profond tremblait autour de Shiro, tandis que Saber s'enveloppait d'or. L'air devenait lourd comme des craquements d'électricité statique l'empuantissaient d'ozone.
Saber mit fin au statuquo en se dérobant en un rapide pas de danse. Shiro manqua de tomber en avant alors que son amie pirouettait, lançant sa jambe en arc de cercle.
Heurté à la hanche, Shiro accompagna le coup, roula au sol et retomba sous ses pieds, en garde, attentif.
Artoria baissa lentement son épée et sourit:
"Un point pour moi."
"Oui."
"Tu as fait de gros progrès, Shiro."
"Merci, tu es un très bon professeur."
"Loin de là... c'est juste que tu es né pour l'épée."
Artoria se retrouva instantanément en garde et se rua en avant, disparaissant aux regards ordinaires. Shiro fit de même...
Effarés, les soldats brétons regardaient à droite et à gauche. L'espace semblait vide sauf que... le heurt du métal contre le métal retentissait. Ici... là... brièvement... en l'air ou au sol... on voyait des fulgurances d'énergie et des formes floues.
Plus personnes ne pouvaient suivre le combat.
Shiro peinait...
Alors c'était ça un Héros !
Artoria n'était plus un Servant, mais sa rapidité et sa force restaient surhumaine. Comme il parait avec Bakuya l'épée se brisa brutalement, engourdissant tout son bras. Lâchant le tronçon, il ouvrit les doigts:
"Trace On."
Aussitôt, une lame identique remplaça celle qu'il venait de perdre. Il attaqua, mais son amie bondit en arrière... Il la suivit dans sa retraite, sauf qu'elle sauta par-dessus lui pour le frapper à revers... et se retirer immédiatement. Elle semblait venir de tout côté... Le front couvert de sueur, il parait désespérément.
Comme il bloquait un coup, Kanshou lui fut arrachée de la main et retomba derrière lui. Fichée dans le sol, le sabre chinois se dispersa en particules de prana bleuté comme il invoquait un nouvel exemplaire de cette arme.
Saber était incroyable, même après avoir Renforcé son corps au maximum, il arrivait à peine à suivre ses mouvements.
De son côté, Artoria allait de surprise en surprise. Son amant était devenu un combattant de tout premier ordre. Sans son instinct de combat qui lui permettait de prédire ses mouvements et son Cœur de Dragon qui lui donnait l'avantage aussi bien en termes de puissance que d'endurance, le combat aurait été très difficile.
En premier lieu, sa technique à l'épée était incroyable... Shiro semblait toujours un peu gauche et lent... mais il s'agissait d'une feinte. Chaque fois qu'elle essayait de profiter d'une de ses fautes, il ripostait avec une célérité étonnante.
Les failles apparentes dans sa défense n'étaient là que pour canaliser ses attaques et la rendre prédictible.
Comme elle bondissait en hauteur, il fit de même et leurs lames se croisèrent en un "bang" sonore qui généra un puissant flash. Ils retombèrent au sol et se sourirent.
Le duel durait déjà depuis un bon quart d'heure. Maintenant qu'ils étaient échauffés, les choses sérieuses pouvaient commencer...
(1) Et encore, Sakura n'a pas raconté à sa sœur ce qu'elle a subi aux mains des Matou...
(2) Altération, Destruction, Illusion, Mysticisme, Guérison et Thaumaturgie... à l'époque des événements de Daggerfall. Parce que le nombre d'écoles ne cesse de varier et les sorts passent de l'une à l'autre.
(3) Le Sage (de son vrai nom, Gyron Vardengroet) serait un mage immortel qui viendrait en aide aux autres mages. Il n'était encore qu'un enfant que son premier Maître l'envoya à la plus grande autorité magique du pays n'ayant déjà plus rien à lui apprendre. Le Sage apparait dans des légendes, mais il ne s'agit peut-être pas d'un personnage réel.
(4) L'Éther est le Cinquième Élément qui s'ajoute au feu, à l'air, la terre et l'eau. Il s'agit d'une substance subtile distincte de la matière et permettant de fournir ou transmettre des effets entre les corps. « Il est de toute nécessité qu'il existe un corps simple dont la nature soit de se mouvoir selon la translation circulaire, conformément à sa propre nature… En dehors des corps qui nous entourent ici-bas, il existe un autre corps, séparé d'eux, et possédant une nature d'autant plus noble qu'il est plus éloigné de ceux de notre monde. » Dit Aristote.
