Note de l'auteur: La rédaction de ce chapitre a pris davantage de temps que prévu. Je vous prie d'excuser mon retard, résultant surtout de ma volonté de ne pas bâcler mon ouvrage.


Diplomatie


Pendant une semaine, la petite armée de Vérandia avait accumulé les victoires rapides. Les Orques attaquaient en masse et tombaient en masse face à Shiro et Saber.

Puis tout avait changé...

En dépit de ses lourdes pertes, l'armée des Orques et des Gobelins devait sans doute encore atteindre un effectif de cinq à sept mille hommes. Et ils s'étaient retranchés autour du fort de bois bâti par leur chef à la frontière entre Alcaire et Phrygios. Le terrain était idéal pour adopter une posture défensive. Le fort s'élevait sur un plateau rocheux craquelé par plusieurs longues fissures que l'on ne pouvait traverser qu'au moyen de ponts suspendus.

Bien évidement, les Orques avaient fortifié ces points de passage. Des miradors veillaient sur les deux bords de chaque crevasse.


La première attaque avait été une catastrophe.

Saber avait marché sur un glyphe de garde en conduisant l'assaut. L'explosion qui en avait résulté l'avait projetée à une dizaine de mètres. Shiro l'avait retrouvée aussi gravement blessée qu'au terme de son premier affrontement contre Gilgamesh. Son armure déchiquetée, ses vêtements brûlés, elle gisait dans une flaque de sang.

Heureusement, sa résistance à la magie lui avait sauvé la vie et Avalon œuvrait déjà à soigner ses blessures.

Néanmoins, cela n'avait été que le début de leur calvaire. Alors que Rin et Merlin affrontaient des shamans Orques et des archers armés de flèches enchantées, des tambours d'alarme s'étaient mis à battre.

La petite expédition avait bientôt était prise à partie par des Gobelins montés sur loups qui les attaquaient de tous côtés.

Saber étant incapable de se battre, Gonderic, Estienne et Shiro avaient été obligés de payer de leur personne, arrêtant les assaillants en un point, juste pour en voir d'autres arriver ailleurs.

Pendant ce temps, le combat entre leurs jeteurs de sorts et les adversaires restés de l'autre côté de la crevasse avait dégénéré en un pur déchainement de puissance. Boules de feu, tempêtes de glace, éclairs se succédaient tandis que des monstres étaient invoqués, la foudre appelée pour tonner sur le champ de bataille et que des malédictions s'échangeaient.

Obligé de diviser son attention entre leurs blessés et ses adversaires, le demi-incube était ressorti du combat absolument épuisé en dépit des potions de magicka qu'il avait consommé. Merlin faisait peine à voir, le bras ensanglanté, le visage brûlé, sa robe avait été réduite à l'état d'haillons noircis. Aucun de ses adversaires ne lui arrivait à la cheville, bien sûr, mais se battre simultanément contre plus de vingt chamans... appuyés par des archers tirant des flèches portant des runes de feu... rappelait que même le Magicien des Fleurs n'était pas invincible.

Finalement, ils avaient réussis à se replier, laissant une cinquantaine d'hommes sur le terrain... Certes, les pertes ennemies se chiffraient sans doute en centaines, mais cela ne changeait rien à l'affaire. Ils avaient subis une défaite.


C'était une évidence, ils devaient changer de tactique


Shiro Emiya avançait sous la protection de la cape de Corvus Direnni. Il serrait contre lui Rin Tohsaka. Le manteau d'invisibilité était normalement individuel mais la jeune fille était si fluette qu'elle disparaissait tout comme lui aux yeux des veilleurs Orques.

Si quelqu'un avait pu les voir, il se serait sans doute étonné de leurs agissements. Guidé par Shiro, le couple zigzaguait sur le plateau rocheux précédant une des crevasses fortifiées par les Orques.

"Là" dit Shiro "juste à droite du rocher qui ressemble à un éléphant".

Blottie contre son épaule, Rin lui souffla dans le cou et sourit en le sentant frémir. Normalement, elle n'aurait pas hésité un instant à douter de son affirmation ou à le gronder... se moquer de lui était son divertissement numéro 1. Néanmoins, comme le garçon se raidissait, un sourire parfaitement maléfique passa sur son visage. Il y avait mieux à faire:

"Oh? Tu es certain... rien ne trouble tes perceptions ?"

Rin en profita pour se serrer encore plus étroitement et Shiro déglutit en sentant les seins, petits mais fermes, de son amie se presser contre sa poitrine et sa cuisse frôler la sienne. Essayant de ne pas prêter attention aux modifications... euh... physiologiques induites par ce contact, le Héros aux Yeux d'Ambre déglutit:

"Rin," implora-t-il " on a plus urgent!"

La jeune Magus fit la moue, mais tira Shiro jusqu'à la pierre en forme d'éléphant. Elle se concentra et soudain un large pentacle apparut devant eux. Tohsaka s'agenouilla à distance de sécurité:

" Abzug Bedienung... Mittlestand."

Le sceau magique se mit à rayonner puis disparut relâchant dans l'air des papillons de prana bleu.

Inquiet, Shiro se tourna vers les sentinelles ennemies. Heureusement, les gardes Orques étaient assez éloignées. Dans ce paysage de Nive sans doute que les particules libérées par la suspension du sort devaient leur apparaître comme un peu de neige tourbillonnant dans leur vent.

Il n'y avait même pas de raison de craindre que leurs pas révèlent leur position. Aussi près du pont, les patrouilles d'Orques et de Gobelins avaient allégrement piétinées la neige dans toutes les directions.

"Je ne pense pas qu'il reste de ces sceaux piégés" remarqua Shiro.

"Tu es sûr?"

Le Magus se concentra un instant, puis haussa les épaules:

"Je n'en sens plus, en tout cas."

Sur Terre, Shiro s'était révélé très sensible à cette forme de Magecraft, retrouvant sans peine les sceaux placés par Rider pour activer Blood Fort Andromeda. Rin acquiesça:

"Très bien, allons faire notre rapport à Saber... Après, nous aurons peut-être un peu de temps pour découvrir ce que l'on peut faire à deux sous une cape d'invisibilité".

Shiro rougit comme son amie se pressait une nouvelle fois contre lui. Tohsaka avait manqué une vocation de prêtresse tantrique... ou de sorcière dévouée à Baphomet.


L'assaut prit les Orques complètement par surprise. Shiro, invisible sous la cape de Corvus, décima les sentinelles sur les tours de guet et autour des tambours. Puis, Saber se rua au contact, apparaissant et disparaissant comme une ombre floue, brisant les barricades et tranchant les défenseurs.

Une gemme spirituelle jetée par Rin explosa en une énorme boule de feu. Les survivants de ce carnage furent rapidement mis en déroute ou tués.

Bien sûr, il y eut une contre-attaque... une véritable armée de trolls des glaces, escortés par des shamans Orques et des monteurs de loups Gobelins. Mais Merlin fit surgir des racines du sol et les immobilisa tandis qu'Artoria Pendragon levait son épée invisible vers le ciel.

"Ô Vent... Strike Air: Hammer of the Wind King."


Sur Terre, il y eut des stratèges et des épéistes qui furent reconnus comme des sages par les générations qui apprirent l'art de la guerre dans leurs écris.

Ainsi Sun Tsu enseignait que la seule manière réellement efficace de remporter une guerre était... de ne pas livrer bataille.

En Occident, cette notion a souvent été repoussée comme ridicule, idéaliste, et toujours comme inefficace. L'idée que l'on puisse gagner une bataille sans tirer l'épée du fourreau est pourtant tout sauf ridicule. Quant au réalisme, il faut vraiment être idiot pour oublier que le recours à la violence vous ferme toutes les autres options Car, avant que la lame n'apparaisse au jour, il y a moment où elle peut trancher jusqu'aux idées... Le véritable art de la guerre est de mettre la force au service de la raison et non la raison au service de la force.


La scène avait quelque chose de surréaliste.

Le canyon était barré par une petite armée de gobelins. En face, les cent cinquante survivants de l'expédition de Vérandia attendaient l'arme aux pieds.

Entre les deux groupes, un tapis avait été étendu sur la neige avec, en son centre, une théière préparée par Shiro. Assise en tailleur, entre son amoureux et Rin, Artoria avait encore en bouche le goût immonde de la Potion de Compréhension des Langues et buvait du thé dans l'espoir de le chasser. Face à eux, trois chefs gobelins vêtus de cuir et d'os, portant des casques de fer rouillés. Celui du milieu soliloquait comme pour lui même:

"... parfois, parfois, je médite sur cette guerre et sur avant cette guerre. La tribu de la Corne de Fer habitait dans les monts Wrothgar. Nous vivions de la chasse et de la pèche avec nos compagnons loups, élevant nos Durzog. Lorsque nous avions envie d'armes et d'objets fabriqués par les humains, nous lancions des raids sur les villages de la région de Dunlain. Ce style de vie, cette liberté, me manque."

Demog le Malsain regarda Artoria de ses immenses yeux orange pailletés d'argent:

"Cela t'étonne d'entendre un gobelin réfléchir sur sa vie?"

Saber, les mains sur les genoux, lui retourna son regard avec un mince sourire:

"Non, d'ailleurs vous ne réfléchissez pas sur votre vie, mais sur celle de votre tribu. Vous faites ce qu'un chef doit le faire. Si celui qui dirige ne se pose pas de question et ne cherche pas la meilleure voie pour sa tribu autant mettre un Durzog à sa place."

Le chef gobelin grimaça, amusé:

"Et cela ne te choque pas de m'entendre parler de mes raids sur le Duché de Gastemarch ? Je croyais que les 'chevaliers' avaient pour but de trancher les gobelins, pas de les écouter raconter leurs exploits."

"Vous voulez ma réponse ? Je rêve de vous transpercer la poitrine de mon épée. Mais moi aussi je suis un chef et moi aussi je médite sur ma propre tribu. Moi aussi je suis loin de chez moi en train de me battre pour d'autres que pour ma tribu. Moi aussi je cherche à faire ce qui est bien pour ma tribu."

Shiro regarda son amie assez surpris par son honnêteté. Il s'attendait à voir les négociations échouer... à voir Demog se lever et à rejoindre ses guerriers pour les lancer à l'attaque. Seulement, Artoria avait trouvé les mots justes. Au lieu de ça, le gobelin éclata de rire:

"Moi aussi je rêve de te crever la panse, vermine humaine."

Le Roi des Chevaliers approuva d'un mouvement du menton, comme s'ils venaient de convenir d'un point de la plus extrême importance:

"Nous sommes donc d'accord, chef Demog. Nous nous détestons, nous sommes ennemis mais nous désirons agir au mieux des intérêts de nos tribus ?"

Le gobelin se gratta le menton puis grogna:

"Ouais, on est d'accord."

"Et je pense, chef Demog, que votre tribu n'a rien à gagner à m'affronter. Vous étiez au siège de Koeglin. Vous avez eu de lourdes pertes, à ce moment, vous en aurez bien plus à nous combattre."

"Mais nous gagnerons, nous sommes la tribu de la Corne de fer."

Artoria eut un geste de la main pour rejeter l'assertion:

"Pour vous faire plaisir, admettons que oui. Vous êtes gagnant... ce qui signifie que vous êtes parmi les derniers survivants sur un énorme tas de cadavres. Votre tribu a triomphé mais a sacrifié la plupart de ses membres. Alors avez-vous vraiment gagné ? Malooc - votre dieu- ne croit qu'en la force. Vainqueur, vous serez si affaiblis que vous deviendrez une proie facile pour les autres tribus. Alors pourquoi livrer bataille ? Pour faire plaisir aux Orques qui vous ont envoyés ici sans soutien ? Et où sont-ils, eux? Bien en sécurité dans leur fort ? Ils seront les seuls vrais vainqueurs sans rien risquer. En êtes-vous satisfait ?"

Shiro avait regardé Artoria parler, impressionné par sa voix calme et sa parfaite maîtrise de la situation. Il se tourna ensuite vers le gobelin. Demog n'était pas humain, son visage étroit, pincé, ses oreilles immenses et ses dents aiguë rendaient son visage difficile à lire pour lui. Seulement, un trouble passait sur ses traits alors que ses mains se serraient et se desserraient sous l'effet d'une colère rentrée.

"Ou alors est-ce que vous trouvez difficile de contredire quelqu'un de deux fois plus grand que vous?"

Le Forgeron aux Yeux d'Ambre sursauta... Cette fois, Artoria allait trop loin. Le gobelin se redressa, fustigé:

"Qu'as-tu osé dire, vermine?"

Calme et digne, Saber prit sa tasse et absorba une gorgée de thé. Saluant au passage Shiro d'un hochement de tête appréciateur. Puis elle répondit:

"Chef Demog, qu'y a-t-il d'étrange à ce que je me demande si votre titre de 'chef' a le moindre sens? Après tout vous obéissez à un Orque... leur chef? Même pas. Je suppose qu'un simple messager est venu vous trouver et vous a envoyé ici. Voilà comment on traite votre tribu. Pour les Orques, vous êtes de simples larbins, corvéables et serviables à merci. Donc, je me suis demandé pourquoi vous obéissez à qui vous méprise. Et je pense avoir compris. Vous êtes lâches. Vous avez peur des grands orques, donc vous faites ce qu'ils vous disent de faire. Vous êtes irrité? Pourquoi ? Ce ne sont que de simples mots. S'ils étaient faux, ils vous feraient pitié. Si j'ai tort, prouvez-le !"

Le ton n'était même pas provocateur et sans doute était-ce exactement ce qu'il fallait dire car Demog sembla se vider de sa colère. Au lieu de riposter vivement, il se retourna vers sa tribu, regardant ses guerriers, leurs loups, les quelques trolls qui lui restait, le dernier shaman, et les ogres survivants. Il avait eu de lourdes pertes pendant la bataille de Koeglin. Tout ça pour quoi ?

"Tu as raison, vermine humaine. Je n'ai rien à faire ici. Je déteste les humains qui nous ont chassés de nos terres ancestrales, nous exilant dans les montagnes. Mais je hais au moins autant les Orques qui nous exploitent et se servent de nous dans leurs guerres. Je vais partir, retourner dans les montagnes. Massacrez-vous Orques, humains... tuez-vous les uns et les autres... rougissez de sang cette terre. Je regarderais et lorsque vous vous serez affaiblis, je reviendrais... je tuerais, je pillerais.

Buvant une nouvelle gorgée de thé, Saber opina:

"Je serais là pour vous attendre, chef Demog."

Le Roi des Chevaliers et le Gobelin se défièrent un instant du regard, puis Demog le Malsain se leva en riant. Il fit signe à ses assistants et regagna les rangs de sa tribu. Quelques minutes plus tard, ils s'ébranlaient, quittant le canyon...

La diplomatie est l'art de gagner les batailles sans les livrer. Contrairement à ce que disait Clausewitz: " La guerre n'est PAS la continuation de la diplomatie par d'autre moyen." La guerre est l'échec de la diplomatie.


Deux nouveaux jours s'étaient écoulés.

Les combats avaient continués autour du fort Orque du Sanglier Rouge. Bien qu'il n'y ait pas eu de désastre comparable à la première attaque, l'expédition de Vérandia avait marqué le pas, incapable d'atteindre les portes du fort. Les défenses étaient trop importantes, et eux trop peu nombreux. Ils en étaient réduits à harceler les camps Orques et Gobelins dispersés aux alentours et à tendre des embuscades aux patrouilles.

C'est au cours d'un de ces raids qu'ils avaient trouvé une porte conduisant à des cavernes naturelles sous le plateau. L'endroit avait été transformé en un vaste cantonnement.


Le lac caché était noir sous la voute couverte de stalactites. Dans ce relief karstique, le calcaire avait été percé comme un fromage suisse par l'action des eaux souterraines. Le miroir liquide reflétait cependant de multiples torches allumées sur la rive.

Les lieux voyaient se dérouler une violente bataille... une de plus.


Les Reikrs (1) tenaient une rampe de pierre naturelle montant d'un tunnel situé au même niveau que les eaux du lac et s'efforçaient d'empêcher son escalade par une troupe plus petite. Cependant... cela se révélait impossible.

Shiro se contorsionna, esquivant les attaques des Reikrs qui l'entouraient. Les Goblinoïdes étaient des colosses à peaux bleu, aux membres puissants. Leurs visages offraient des traits brutaux, assez proche de ceux des hommes, mais des crocs saillaient de leur mâchoire inférieure et dépassaient leur lèvre supérieure. Vêtus d'armures de fourrures, ils étaient armés de massues de bois cerclés de fer, de haches bipennes ou de sagaies grossières.

Plongeant sous le bras tendu d'un lancier, Shiro lui enfonça Kanshou dans l'aine, faisant jaillir le sang. Alors que le puissant guerrier tombait à genou, il fit un roulé-boulé pour esquiver une autre attaque, sauta au dessus du blessé et faucha l'adversaire se tenant derrière.

Le Héros aux Yeux d'Ambre haletait et la sueur coulait sur son front.

Individuellement, ces "Reikrs" n'avaient rien d'adversaires formidables. Ils étaient plus forts que des humains, certainement solides, mais rien de comparable à un Servant. Seulement, plus il en tuait, plus il en venait.

L'épuisement venant, Shiro commettait des erreurs.

Un coup de massue le frappa à la tempe. Secoué, il chancela, du sang coulant de son front écorché. Un œil fermé, grimaçant de douleur, il se jeta en arrière pour éviter une seconde attaque, puis se retourna pour croiser ses lames, bloquant une hache à deux mains manié par un Reikr qui venait de surgir dans son dos. Le guerrier à peau bleu leva à nouveau son arme... mais s'effondra.

Deux autres gobelins bleus s'effondrèrent, touchés par une volée de projectiles noirs auréolés de lumière rouge.

Shiro sourit à Rin qui baissait le bras. Autour d'elle, la mêlée n'était pas moins confuse que de son côté, mais Gonderir de Bel-Amant la couvrait de son bouclier, tandis qu'Estienne de Vignonne conduisait les miliciens de Vérandia qui nettoyaient la rampe d'accès des adversaires qui avaient survécu à leur offensive.

Shiro para une attaque, contre-attaqua. Bakuya trancha la gorge d'un des ennemis tandis que sa jumelle s'enfonçait dans le ventre d'un autre. Il bondit de côté... lâchant les lames mariées qui se dispersèrent en papillons bleus, avant d'invoquer une longue lance rouge qui suintait d'une terrible soif de sang.

Faisant virevolter Gae Bolg entre ses mains expertes, Shiro perça et déchira les chairs avant de bondir en avant.


Merlin était souvent considéré comme le plus grand des Magi de l'époque médiévale, sa renommée étant insurpassée même aux périodes plus contemporaines. Pour trouver un jeteur de sorts plus puissant, il aurait fallut chercher du côté de Salomon ou des Magi de l'Âge des Dieux.

Le demi-incube estimait pourtant que le Magecraft était presque totalement inutile au combat. Il ne s'en servait le plus souvent que pour affaiblir ses ennemis, les immobiliser ou pour booster ses alliés.

Voyant une dizaine de Reikrs se jeter sur lui, visiblement certains de déchiqueter rapidement " le pauvre magicien incapable d'utiliser ses sortilèges au contact", Merlin ne put s'empêcher de mimer la plus grande panique... avant de trancher en deux son premier adversaire.

Entre ses mains venait d'apparaître une épée à la lame enflammée d'un feu doré... une réplique d'Excalibur.

Certes, sa puissance ne se comparait pas à l'original. Cependant, pour ceux qui savaient que Merlin avait enseigné l'Art de l'Épée à Artoria, voir une lame entre ces mains n'était pas sujet à moqueries.

Virevoltant sur lui-même, Merlin maniait son bâton d'une main, comme un bouclier, tandis que la pointe de son épée visait la gorge et le visage de ses ennemis... Ayant fait le vide autour de lui, il s'immobilisa, plantant profondément l'épée dans la pierre.

La réplique d'Excalibur se mit à rayonner et une vague de lumière dorée se forma, remontant la pente pour incinérer plusieurs dizaines de goblinoïdes.

Une forme floue sauta au dessus de Merlin, retomba près d'un Reikr qui s'effondra... tranché en deux... fonça sur le suivant... le tuant pareillement. Utilisant Combination Air, Artoria Pendragon se déplaçait si vite qu'on ne voyait d'elle qu'une vague silhouette bleu et argent.

Une fois l'impulsion qui la propulsait en avant épuisée, Saber retomba au sol pour se retrouver immédiatement entourée d'une meute d'adversaires qui se referma sur elle. Chaque guerrier brandissait une arme, qui une lance, qui une hache, qui une massue... Ne montrant aucun inquiétude, le Roi des Chevaliers se contenta de brandir son épée invisible et de relâcher d'un seul coup toute la puissance du Mana Burst.

Des arcs électriques naquirent tout autour d'elle, frappant la horde ennemie. Brûlés, électrocutés, les ennemis s'abattirent au sol en un vaste cercle.

La panique avait saisis les Goblinoïdes à peau bleu. Ils faisaient face à un monstre ressemblant à une petite adolescente... la plupart des guerriers ordinaires prirent la fuite.

Cependant, trois Reikrs portant des équipements de meilleure qualité convergèrent sur Artoria. Le premier tenait une épée à deux mains couverte de givre. Le second avait un arc marqué de runes violettes et lumineuses. Le troisième portait les robes de fourrure d'un shaman ainsi qu'un lourd bâton à tête spiralé.

Le chef de la tribu Reikr des Langues Rouges avançait sur le champ de bataille, escorté par ses deux frères.


Alors que l'archer expédiait quelques flèches vers Saber qui para et esquiva avec agilité, le Reikr armé d'une épée à deux mains se rua au contact pour échanger quelques coups avec Saber.

Derrière lui, son frère shaman lui jetait buff sur buff:

"Feet of Notorgo"

"Nimbleness"

"Orc Strengh"

"Jack of Trades"

"Fortitude"

Les effets s'ajoutant les uns aux autres, Amokron, le chef de la tribu Reikr, devint capable de lutter presque à égalité avec Artoria. Cette dernière restait avantagée par son épée invisible. Cependant, elle devait sans cesse veiller à garder le chef Reikr entre elle et son frère armé d'un arc.

La lame glacée d'Amorkon heurtait l'épée invisible de Saber, à chaque rencontre naissait des pluies d'étincelles. Calme et pondérée, Artoria restait sur la défensive, ses yeux allant d'un Reikr à l'autre.

Si on demandait pourquoi le Roi Arthur était un guerrier légendaire, beaucoup évoquaient immédiatement Excalibur. Mais Artoria Pendragon ne se limitait pas pour tout talent à brandir une épée sacrée. En premier lieu, son Cœur de Dragon lui donnait une force et une endurance surhumaine. Plus, elle avait un instinct de combat lui permettant littéralement de voir quelques fractions de seconde dans le futur. Grâce à cela elle pouvait prédire une attaque alors même qu'elle s'amorçait.

Cependant, ces avantages innés pâlissaient devant le plus grand talent d'Artoria. Il s'agissait d'une épéiste chevronnée ayant passé des années à s'entraîner et à combattre toute sorte d'adversaires. Son expérience lui donnait une supériorité technique face à la plupart des épéistes.

Apparemment poussée dans ses derniers retranchements par le trio qui se coordonnait contre elle, Saber restait en fait sur la défensive parce qu'elle analysait leur technique de combat, cherchant des failles à exploiter.

Le shaman se contentait de renouveler les "buffs" qui permettaient à son frère de combattre bien au-dessus de ses limites. Le visage ruisselant de sueur, il tenait le choc en absorbant des potions de magicka.

L'archer suivait le combat, une flèche encochée, cherchant à tirer bien que ne le pouvant parce qu'Artoria restait en Jeu Serré (2).

Soudain, Saber bondit en avant. Retournant son épée, elle frappa Amorkon d'un coup de pommeau au visage. Alors que l'adversaire chancelait, le chevalier le saisit au bras pour l'immobiliser avant de lever son épée (3)... et de sauter en arrière pour esquiver une volée de flèches.

Le shaman leva son bâton:

"Sphere of Negation"

La bulle d'énergie qu'il projeta vers Saber était une force de destruction terrifiante. Sauf que le Roi des Chevaliers sauta de côté. Le projectile heurta un pan de roc qui se marqua d'une profonde encoche en pierre vitrifiée... le reste ayant été désintégré.

Alors que l'archer maintenait Artoria occupé par ses tirs continuels, le shaman se tourna vers son frère pour soigner ses blessures et son épuisement:

"Balyna's Balm"

"Stamina"

Il rajouta un buff supplémentaire pour renforcer la volonté chancelante du chef Reikr:

"Willpower"

Puis attaqua Artoria :

"Sleep"

La résistance à la magie du chevalier la protégea du sortilège de sommeil, mais Armorkon se jeta en avant. Sa lame glacée et l'épée invisible s'opposèrent à nouveau. Les deux combattants semblant presque danser ensemble, parant, frappant, esquivant.

Par instant, un des deux frères du chef Reikr intervenait soit pour attaquer Artoria, soit pour protéger leur frère.

Si Saber avait été limitée à son seul talent à l'épée, le combat se serait prolongé jusqu'à l'épuisement des adversaires.

Le Roi des Chevaliers leva l'Épée de la Victoire Promise:

"Starlight Convergence"

La Barrière du Roi des Vents fluctua violement en un souffle tempétueux accompagné de la lumière éblouissante d'Excalibur soudain libérée de son fourreau d'air.

Les trois Reikrs, aveuglés par l'éclat et jetés au sol par le brusque ouragan, furent incapables de se défendre. Négligeant Amorkon, Saber se jeta sur ses deux frères, les tranchants en un instant.

Elle n'avait aucune honte à éliminer ce genre d'adversaire lorsqu'ils ne se trouvaient plus capables de combattre... Après tout, eux-mêmes l'avait attaqué à distance sans se mettre en danger. Néanmoins, Artoria Pendragon planta son épée dans le sol, croisant les mains sur le pommeau de son arme. Chevaleresque, elle attendit que le chef ennemi se remette du choc.

Secouant la tête pour se remettre les idées en place, Amorkon rugit.

Il y eut un nouvel échange d'horions puis Saber feinta. Feignant d'attaquer en force par un coup puissant à la tête, elle détourna sa lame à la dernière seconde alors que le Reikr levait son arme pour se protéger le visage. Pressant de sa paume contre sa lame, Artoria changea sa course vers la gorge de son ennemi.

La tête encore casquée rebondit deux ou trois fois avant que le corps décapité ne tombe à la renverse.


Demaion le chef de meute regarda la tête d'Amorkon.

Le gobelin parut comiquement surpris:

"Je n'aurais jamais cru le voir mort."

Artoria Pendragon prit une gorgée de thé puis sourit:

"Il s'agissait d'un adversaire de taille. Je comprends que votre frère ait été terrassé."

Le chef gobelin haussa les épaules:

"Moi, je m'en moque... qu'il ait été tué et dévoré par des Reikrs prouve juste qu'il n'était pas digne d'être chef."

Artoria resta impassible, mais Shiro regarda le chef de la tribu des Loups Sanguinaires avec un mélange de dégoût et de surprise.

Ces nouvelles négociations avaient lieu dans une vaste caverne sous le plateau. La tribu gobeline des Loups Sanguinaires contrôlait l'accès souterrain du fort Orque du Sanglier Rouge. Après une première négociation, le chef Demaion avait avoué sa longue inimitée avec la tribu Reikr des Langues Rouges.

Pour négocier le passage, Artoria Pendragon s'était rappelé que les petits cadeaux entretenaient l'amitié. Elle avait donc conduit l'assaut contre les Langues Rouges et tué leur chef Amorkon.

" Mais vous deviez le venger... en tant que chef."

Demaion le chef de meute approuva d'un signe de tête l'intervention de Rin Tohsaka. La magus eut un froid sourire :

"Et nous l'avons fait."

"C'est vrai, humains, vous avez vaincu nos ennemis. Et si vous entrez dans le fort des Orques, vous serez sans doute capable de leur infliger de grandes pertes."

Il resta silencieux un moment, puis prit une clef à sa ceinture.

"Tenez, la porte est protégée par des sortilèges, vous ne pourrez pas l'ouvrir sans ceci."

Rin, Artoria et Shiro échangèrent des regards satisfaits. Ils arrivaient au terme de leurs épreuves. Le fort du Sanglier Rouge était le dernier obstacle à la libération d'Alcaire.


(1) Les Reikrs sont des goblinoïdes ressemblant à des Orques à peau bleue. Ils sont cependant nettement plus primitifs que les Orques et se vêtissent de fourrures.

(2) Avec une épée à deux mains, il existe deux "jeux" se caractérisant par la distance à laquelle se croisent les lames lors des parades. Dans le Jeu Large, une certaine distance est maintenue entre les combattants. Les attaques sont données avec l'extrémité de la lame et la pointe. Les mouvements sont rapides et larges. Le Jeu Large privilégie l'offensive parce que l'on se découvre beaucoup en frappant.

Au contraire, dans le Jeu Serré les attaques sont données avec la partie proche de la garde et sont donc plus appuyées. Le Jeu Serré privilégie la défensive puisque la lame reste près du corps, permettant de parer plus rapidement, et de mieux encaisser.

(3) Technique inspirée du combat à la dague, précisément du Troisième Jeu du Maître de Dague. Elle est effectivement pratiquée à l'épée à deux mains... il n'est pas besoin d'être aussi fort qu'Artoria pour tenir d'une main ce genre de lame.