La chute du Sanglier Rouge
Le Fort du Sanglier Rouge fut secoué par une explosion qui projeta vers le ciel une colonne de flammes rouges. Alors que les échos de la déflagration roulaient encore entre les collines, les nuages gris qui masquaient le firmament semblèrent se convulser. Des lueurs fantomatiques apparurent en leur sein avant que la foudre ne tombe au milieu du grand rectangle dessiné par les palissades.
Contrairement au dicton qui voulait que la foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit, une véritable herse d'éclairs s'abattit alors sur le bastion. Les zigzags étincelants se formaient sans discontinuer, blessant l'œil de celui qui contemplait ce spectacle d'apocalypse, tandis que ses oreilles ne résonnaient plus que du roulement du tonnerre.
Même pour un idiot, il aurait été évident qu'une puissance surnaturelle s'acharnait sur le fort des Orques.
Merlin déglutit. S'appuyant lourdement sur son bâton de magicien. Son visage avait pris un teint cireux. Alors que ses mains tâtonnaient à sa ceinture pour ouvrir sa sacoche et prendre une potion remplie d'un liquide bleu, ses yeux parcouraient le champ de bataille.
Quelques éclairs retardataires tombaient encore ici et là, foudroyant la silhouette d'un orque qui se relevait...
Partout ailleurs stagnaient de lourdes volutes de fumée et de poussières. L'air était empuanti par l'ozone tandis que l'électricité statique faisait se dresser les cheveux de chacun.
À la vue d'un tel carnage, on comprenait mieux que Merlin n'aime guère user de ses pouvoirs. Alors qu'il buvait la potion de Magicka, une voix claire résonna parmi les ruines fumantes:
"Soldats de Vérandia, mettons fin à ce cauchemar, en avant, vers la victoire!"
Bondissant au-dessus de la phalange Orque désorganisée, une forme floue s'abattit comme une tornade sur leurs rands, fauchant les combattants, disparaissant pour réapparaître plus loin.
Habitués aux prodiges que provoquaient sans cesse leur jeune chef, les miliciens Brétons furent soulevés par un enthousiasme délirant:
"Dame Artoria est une déesse de la guerre!"
"On n'a jamais vu un plus grand chef de guerre depuis Tiber Septim!"
"Merlin a raison, elle fondera un royaume!"
Les archers tendaient les cordes de leurs armes. Depuis longtemps ils ne tiraient plus que des flèches orques, ayant tirées toutes les leurs. Les projectiles frappèrent parmi les masses de combattants encore non engagés, ces derniers reculèrent, levant leurs boucliers.
Pour la première fois depuis le début de la guerre... les Orques hésitaient. On les comprenait... en nette supériorité numérique, ils avaient subis plusieurs défaites cinglantes, taillés en pièces par des pouvoirs qu'ils ne comprenaient pas.
Les Gobelins avaient dépassé le stade de l'hésitation. Ici ou là, un chef haranguaient ses troupes pour qu'ils évacuent le camp au plus vite! Ailleurs, les tribus sans chefs, les bandes disparates, les individus solitaires convergeaient spontanément vers les portes.
Pour eux, le fort avait cessé d'être un abri pour devenir un piège à rat!
Mais les portes étaient barrées. Les fuyards étaient refoulés par les gardes Orques, tandis que les shamans appelaient des archers qui se regroupaient sur le chemin de ronde de la palissade.
S'étant immobilisée, aux aguets, Artoria contemplait l'altercation en fronçant les sourcils. Ayant repoussé les premiers rangs d'Orques, les soldats de Vérandia se regroupaient derrière elle.
Alors qu'une des chamanes venait de se redresser ordonnant de tirer sur les fuyards... une flèche lui transperça la gorge.
Shiro se tenait sur le toit d'un bâtiment grossier fait de rondins non équarris. Une seconde flèche venait d'apparaître sur son grand arc noir et foudroya un Orque qui pointait son arc vers la foule des Gobelins en déroute.
Alors que les combats éclataient entre Gobelins et Orques pour le contrôle des portes, le Héros aux Yeux d'Ambre faisait le vide parmi les archers et les chamans postés à proximité des portes. Sous la poussée des fuyards, les battants s'ouvrirent en grand, dégorgeant des milliers de combattants terrorisés qui ne cherchaient plus qu'à fuir le plus loin possible de ce carnage...
Ses jambes couvertes de lignes lumineuses, Rin courrait comme le vent, se glissant agilement entre les combattants quand elle ne sautait tout simplement pas au-dessus d'eux. Parfois, elle foudroyait un Orque d'un Gandr mais sans se détourner de son but, une tour proche de la porte d'où archers et chamans tiraient sur les Gobelins en fuite.
Arrivée au pied d'un escalier branlant qui conduisait au chemin de ronde, elle esquiva une flèche tirée par un garde et répondit d'un barrage de projectiles noirs auréolés de rouge. Sans même vérifier si l'adversaire était mort, elle se rua en haut des marches.
La tour de rondins de bois se trouvait au bout du chemin surélevé. Sauf qu'une petite troupe de chamanes et de guerriers en armure se tenait entre elle et son objectif.
Un sourire maléfique apparut sur les lèvres du Red Magus, tandis que ses yeux s'étrécirent jusqu'à n'être plus que de minces fentes.
" Neun, acht, sieben... Stil schießt, Beschießung erschießen!"
Elle jeta une poignée de petits cristaux spirituels vers les défenseurs. Les gemmes se brisèrent en heurtant les Orques. Pendant peut-être... une seconde... rien ne sembla se passer. Puis des cristaux apparurent à l'endroit touché... grossissant... fusionnant... En moins de cinq secondes, tous les ennemis se retrouvèrent enserrés dans un cristal géant, figés comme des insectes pris dans une coulée d'ambre.
Sans s'appesantir sur les vies qu'elle venait de prendre, Tohsaka bondit jusqu'à la porte de la tour.
Shiro Emiya avait vu Rin courir vers l'une des deux tours qui défendaient la porte.
Il connaissait bien son amie et... amante. En dépit de tous ses défauts, elle avait le cœur tendre. Alors que la bataille faisait rage entre les Brétons et les orques, Tohsaka voulait venir en aide aux Gobelins qui cherchaient à fuir.
Ses flèches avaient dégagé sa route sans même que son amie s'en aperçoive. Laissant son arc se dissiper en papillons de prana bleutés, le Forgeron aux Yeux d'Ambre tendit les deux mains devant lui, cherchant les plans de ses armes préférées dans son Reality Marble:
"Trace On!"
Il bondit au milieu du champ de bataille, tournoyant sur lui même comme un derviche tourneur, les Lames Mariées fauchèrent plusieurs Orques. Cependant, il ne s'agissait que d'une étape pour Shiro. Se ramassant sur lui-même, Renforçant les muscles de ses jambes, il sauta jusqu'au chemin de ronde conduisant à la deuxième tour. Il y avait des gardes et des chamanes. Le jeune archer lança Kanshou devant lui. Semblable à un boomerang tranchant, la lame en rotation s'enfonça dans la masse des ennemis, blessant et tuant avant de revenir vers lui.
Shiro cabriola au-dessus des combattants qu'il venait de neutraliser, rattrapa le court sabre chinois d'une main avant de lancer la lame jumelle en direction des guerriers encore capable de combattre.
Quand ses deux pieds franchirent le seuil de la tour, derrière lui, il ne restait plus d'ennemis capables de combattre.
Toute bataille connait un point d'équilibre, un moment où les choses peuvent continuer à favoriser le camp qui dominait l'affrontement... ou s'inverser.
Épuisé par le déploiement de puissance qu'il avait orchestré au début du combat, Merlin se contentait de soigner les blessés ou d'affaiblir un ennemi, conservant ses forces pour... et bien... personne n'était jamais mort d'être prudent, non ?
En tout cas, il pouvait s'asseoir confortablement et jouir du spectacle. Où qu'il tourne le regard, la panique se propageait dans les rangs ennemis. La plupart des Gobelins étaient déjà en pleine déroute et les Orques commençaient à jeter leurs armes et à se mettre à courir.
Soudain, il fronça les sourcils...
Six silhouettes colossales avançaient vers le cœur de l'affrontement... ces géants étaient vêtus de pagnes de fourrure avec une ceinture de crânes humains. Ils avaient la peau d'un blanc sale, la tête intégralement chauve avec des yeux vagues ainsi qu'une bouche molle et baveuse qui leur donnaient l'air de parfaits crétins. Cependant, on devait rarement avoir envie de se moquer d'eux. Leur corps n'était qu'une masse de muscles boursouflés et la massue aussi grande qu'un jeune arbre qu'ils tenaient d'une main devait inciter au mutisme
Des Ogres...
Et ils se dirigeaient droit vers Artoria.
Inquiet, Merlin se releva pour mieux distinguer le combat entre son Roi et les brutes...
Dans la fumée, au milieu des cadavres qui jonchaient le sol, elle semblait attirer à elle toute la lumière. Les mourants eux-mêmes ne regardaient qu'elle, époustouflés par cette adolescente d'une incroyable beauté.
Ses cheveux blonds étaient attachés par un ruban bleu en une natte enroulé à l'arrière de sa tête, brillant comme s'ils étaient saupoudrés d'or pur. Sa peau était semblable à l'ivoire, blanche et sans défaut. Ses yeux étaient des émeraudes.
Sa tenue, une robe bleu embellie de quelques fils d'or sur des jupons blancs, disparaissait en partie sous un plastron d'armure argentée, des gants et des bottes métalliques, ainsi qu'une invraisemblable jupe de lames de métal qui protégeait ses flancs.
Elle semblait littéralement danser avec la mort.
La femme en armure serrait une lame invisible. On ne la discernait que par de brèves distorsions de l'air ou par une lumière bleue qui apparaissait brièvement quand le chevalier parait une attaque.
Les orques ne cessaient de venir après elle...
Elle tranchait en l'air les flèches de leurs archers...
Elle recevait de front les sorts des chamanes sans paraître importunée...
Puis elle bondissait pour retomber parmi les adversaires qui l'attaquaient à distance et les fauchait de sa lame invisible.
Quant aux guerriers qui l'affrontaient au contact, elle leur offrait quelques pas de danse gracieux et ils s'effondraient...
Même lorsque ses ennemis réussissaient à lui infliger une blessure- légère, toujours légère- le sang s'arrêtait de couleur en quelques instants et la cicatrice disparaissait.
Saber dansait sur le champ de bataille, son épée invisible entre les mains, aussi belle et intouchable qu'une déesse de la mort.
Par réflexe, Artoria sauta en arrière alors qu'une masse énorme frappait le sol à l'endroit où elle s'était tenue. Le légendaire Roi Arthur plissa les yeux. Contemplant l'Ogre écumant de rage qui se tenait devant elle.
Serrant plus étroitement les mains sur la garde d'Excalibur, elle jeta de rapides coups d'œil à droite et à gauche pour voir d'autres colosses qui couraient vers elle. Saber attendit le dernier instant pour esquiver leur attaque par un nouveau bond en arrière. Du bout de la lame, elle souleva la boue mêlée de neige fondue et de sang qui constituait le sol puis l'expédia dans les yeux d'un de ses adversaires pour l'aveugler.
Comme il se heurtait à un autre Ogre, le cognant dans son irritation et recevant des coups en retour, Artoria Pendragon sourit... Les adversaires impulsifs et stupides étaient une bénédiction.
Toutefois, son expression redevint rapidement neutre.
Certes, elle ne craignait pas un Ogre solitaire. Elle en avait vaincu un avec juste une lance gobeline au cours de la bataille de la Bjoulsae. Mais... six... c'était plus difficile.
Son troisième bond de repli l'amena sous l'auvent qui protégeait des caisses et des tonneaux entassés contre le mur d'un entrepôt.
Deux des ogres l'y suivirent... sauf qu'ils étaient trop grands et trop larges pour passer. Trop bêtes pour contourner l'obstacle ou se séparer, ils se gênaient mutuellement. Alors qu'ils fracassaient caisses et tonneaux pour avancer et s'empêtraient davantage, Artoria frappa un adversaire à la hanche... La lame s'enfonça profondément et le monstre hurla de douleur alors qu'elle se repliait d'un saut jusqu'à l'auvent de l'entrepôt voisin puis de là jusqu'au toit de ce bâtiment.
Un coup d'œil en contrebas lui montra l'agonie du premier Ogre.
D'un bond puissant, elle tomba juste devant un des monstres lancé à sa poursuite. L'ennemi ne réfléchit pas et chercha à écraser au sol l'adversaire qui se tenait devant lui... Saber fit un pas de côté, esquivant la massue d'un cheveu et la bloqua au sol en posant le pied dessus. Une prise pour contrer les haches, les lances et les épées à deux mains connue sous le nom de Coup du Paysan.
L'Ogre montra une mine stupéfaite quand, bandant ses muscles noueux, il essaya de soulever son arme sans y parvenir.
Artoria, voyant qu'un autre Ogre fonçait dans sa direction, ne joua pas plus longtemps. Tourbillonnant sur elle même, sa robe dansant comme la corolle d'une fleur pris dans le vent, elle frappa... coupant son adversaire en deux au niveau de la taille.
Poursuivie par les deux ennemis les plus proches, elle bondit pour attraper d'une main le plancher du chemin de ronde avant de se hisser d'une traction.
Les archers Orques qui la virent arriver ouvrirent de grands yeux terrifiés... par elle ou par les deux Ogres qui escaladaient le rempart à sa suite.
Sauf que le premier monstre qui haussa la tête à hauteur d'Artoria la perdit... Excalibur la faisant sauter de ses épaules...
Avec une moue de dégoût, sans profiter de son avantage pour tuer le deuxième monstre, le Roi des Chevaliers sauta au sol à la recherche d'un adversaire capable de riposter.
Ayant accéléré sa vitesse grâce au Wind King's Slash, une technique combinant le Mana Burst à un abaissement de la pression atmosphérique, Saber sembla se matérialiser devant l'Ogre. Il en resta bouche bée, incapable d'exercer un geste de défense.
L'épée invisible de Saber le transperça en pleine poitrine. Cependant, alors que le chevalier cherchait à retirer sa lame pour laisser son ennemi à son agonie, le monstre saisit Excalibur d'une de ses énormes mains, levant haut sa massue:
"Kraser la tête!"
La commissure des lèvres d'Artoria se plissa dans ce qui se rapprochait d'une grimace... elle venait de faire une erreur stupide. Sauf qu'elle n'était pas sans ressource...
"Ahhhhhhhhhhhhhhhh!"
Il semblait incroyable qu'un cri si puissant puisse sortir de la gorge d'une femme si petite. L'Ogre fut surpris et hésita... un bref instant... pendant lequel la puissance du Mana Burst se déversait dans la lame invisible dont le fourreau d'air fluctua... révélant une lumière dorée et des flammes bleues.
Puis le monstre hurla à son tour alors que les flammes bleues le dévoraient avant de s'élancer vers le ciel en une prodigieuse colonne qui rejoignit les nuages bas.
Il y eut un moment de silence stupéfié.
Artoria était toujours à la même place, tenant à présent Excalibur enveloppée d'une aura dorée. Cependant, le colosse avait été transformé en une silhouette recroquevillée calcinée et fumante, maintenue debout uniquement par la lame toujours plantée dans sa poitrine.
Puis... soudain, la colonne de feu retomba sur la dépouille calcinée. Devenue une lance d'argent aussi incandescente que le soleil, elle désintégra l'Ogre ne laissant derrière elle qu'un cratère aux bords vitrifiés.
Artoria se contenta de parcourir du regard le cercle de gens silencieux. On n'entendait plus un bruit... Les archers s'étaient immobilisés une flèche en main. Les chamanes braquaient encore leurs bâtons. Des épées et des cimeterres étaient levés sur des poitrines sans défense, mais personne ne songeait plus à se battre. Tous la regardaient.
Comme les yeux de Saber s'arrêtaient sur un des Ogres survivant, le monstre poussa un cri de terreur, se retourna... et se mit à courir lourdement pour échapper à celle qui avait tué ses camarades. Cette réaction sembla sortir tout le monde de sa transe.
Les Orques lâchèrent leurs armes et s'enfuirent vers la porte... En proie à une panique absolue, ils ne songeaient plus qu'à se mettre à l'abri loin de Saber.
Merlin eut un sourire tors en voyant la scène de déroute. Bien que personne ne puisse l'entendre, il ne put s'empêcher d'ironiser:
"Oh, ils semblent avoir été pris d'une crise de nostalgie aussi soudaine qu'incoercible pour leur cavernes natales. Je doute qu'ils s'arrêtent de courir avant d'avoir atteint les Monts Wrothgar... "
La ville de Koeglin résonnait de chansons et de rires.
La population se pressait dans les rues, s'attroupant autours de feu de joies, mettant des tonneaux en perce.
C'était un carnaval de scènes de bonheur. Eliaranna, l'aldmer acariâtre, dansait avec Orthelon l'alchimiste. Cirthile, sa très belle nièce, embrassait à pleine bouche un milicien dont elle ne connaissait même pas le nom. D'autres dansaient autour de l'auberge du Marin Ensommeillé.
Après plusieurs mois de siège et de combats, les Orques étaient en déroute.
Le plus grand attroupement était autour du manoir du baron Mordane Hawkstone, baron de Koeglin. Tout le monde cherchait à apercevoir les héros qui avaient permis cette victoire... la première victoire offensive depuis le début de la guerre.
La plus grande pièce du manoir du baron de Koeglin avait servi de salle de guerre venait d'être rendue à son rôle premier. Une grande table y avait était dressée, accueillant des dizaines de convives dans une ambiance à peine moins bruyante que celle du peuple communiant dans les rues de la ville.
Mordane Hawkstone était un bréton qui ressemblait de manière frappante à Artoria Pendragon avec ses yeux verts et obliques, ses cheveux blonds. D'une élégance qui trahissait ses origines elfiques, le jeune aristocrate se tourna d'un air embarrassé vers Shiro qui revenait de la cuisine, les bras chargés des plats qui avaient concoctés.
"Enfin, monsieur Emiya, vous devriez être à table et non cuisiner. Vous êtes un des héros de cette bataille!"
Mais le jeune rouquin se gratta l'arrière du crâne en faisant la moue. Même après avoir rencontré plusieurs fois l'empereur Uriel VII, il n'avait toujours pas appris à parler au noble de Tamriel.
"C'est que j'aime cuisiner et cela fait deux semaines que je n'ai pas eu une vraie cuisine."
Un grondement sonore les interrompit. Les yeux de tous les convives (amusés ou surpris) se tournèrent vers Artoria. La jeune femme réussit l'exploit de garder une apparence parfaitement innocente... comme si son estomac affamé ne venait pas d'imiter le tonnerre... alors qu'une adorable trace de rose venait d'apparaître sur ses joues.
Toussant dans son poing, le légendaire roi Arthur prit la parole:
" Baron Hawkstone, je vous assure que Shiro aime cuisiner plus que tout. C'est sa manière de se calmer les nerfs après les épreuves de ces derniers jours. Je vous en prie, laissez-le faire. En plus... vous ne mangerez jamais mieux."
Mordane pouvait-il refuser à ses invités d'honneur d'utiliser sa cuisine par soucis des convenances ? Il secoua la tête, amusé par la situation. Le chevalier bréton désigna le plat très élaboré que Shiro venait de placer devant lui:
"Et comment appelez-vous ceci, monsieur Emiya ?"
"Une Okonomiyaki... une sorte d'omelette. Mais comme je n'avais pas tous les ingrédients, j'en ai remplacé certains par des équivalents locaux."
Prenant sa fourchette, Mordane coupa un petit morceau de l'omelette japonaise et la porta à sa bouche.
"C'est... très bon! Toutes mes félicitation, je vois que dame Artoria ne loue pas sans raison vos talents de cuisinier. Même si vous n'étiez pas un archer et un mage comme il y en a peu en ce monde, les seigneurs de l'Empire se disputeraient pour que vous organisiez leurs banquets. Qu'y a-t-il dans cet Oko... mikayi?"
"Okonomiyaki", corrigea Shiro, " Comme c'est une sorte d'omelette, l'ingrédient principal est des œufs. On y met aussi de la farine, de la ciboulette, des crevettes, du chou et du bacon.
Tohsaka, qui avait pratiquement bu un verre avec tous les miliciens qui l'avaient invité depuis leur entrée en ville, fixait la table de banquet d'un œil vide, secouée par un hoquet intempestif... parfaitement ivre. Secouant sa torpeur, elle se jeta soudain sur Shiro :
" Toi! Ne bouge pas... "
Elle regarda le Magus roux d'un œil un peu trouble et secoua la tête:
"En fait... Qu'est-ce que je te trouve? Tu es un parfait idiot... un idiot héroïque... et mignon... mais un idiot..."
Embarrassé à son tour, Shiro rit en fuyant le regard de son amie/ennemie préférée. Mais elle le saisit au menton.
"Euh... Toh... Tohsaka?"
"Shiro... épouse-moi!"
Alors que Shiro restait statufiée, le démon rouge refermait sa prise sur lui, s'asseyant à califourchon sur ses genoux.
"Saber!"
Artoria se redressa, presque au garde-à-vous:
"Rin?"
"Épouse-moi!"
Le Roi des Chevaliers secoua la tête, partagée entre l'amusement, la gêne et aussi... un sentiment de profonde affection.
"Tu es ivre."
"Et alors? C'est pas parce que j'ai trop bu que je ne veux pas t'épouser."
"Tu viens de faire la même proposition à Shiro!"
Le regard nauséeux, Rin retint un nouvel hoquet... parut réfléchir et prit un air sérieux à peine troublé par son visage verdâtre:
" Oui... je sais... j'ai la solution. Tu épouses aussi Shiro, comme ça on est tous les trois, ensemble. C'est pas la solution idéale?"
"Rin, cela ne s'appelle plus un mariage et puis je ne crois pas que cela existe."
"Bon, alors c'est simple... on te fait reine? Roi ?... qu'importe... un truc de ce genre et tu changes les lois!"
Alors que Mordane se concentrait sur son assiette et que Shiro secouait la tête d'un air absolument désespéré, Artoria se tourna vers Merlin:
"Est-ce que tu connais un sort qui guérit l'ébriété?"
Le Magicien des Fleurs eut un large sourire: "naturellement, mon roi."
"Alors, pourrais-tu s'il te plait, l'utiliser?"
"Sur Rin ?"
Les yeux de Saber fulgurèrent:
"Naturellement, cette situation embarrasse tout le monde!"
"Non..."
"Pardon?"
"Mon roi, si je la guéris, qui va égayer cette soirée ?"
Mordane Hawkstone, baron de Koeglin, regardait ses invités avec un peu d'effarement. Entre Rin Tohsaka qui se montrait de plus en plus entreprenante avec Shiro... bien occupé à contenir l'adorable ivrognesse, Merlin qui jouait les sourds face à son "Roi" qui s'énervait.
Et c'était eux les quatre héros qui avaient sauvé sa baronnie de la horde de Gobelins et d'Orques qui l'assiégeaient? Il y a douze jours, il se demandait comment protéger Koeglin de la horde de 10 à 17 000 goblinoïdes qui l'entourait.
Et puis, ils étaient arrivé avec deux cent hommes... un renfort risible.
Et puis, maintenant, la horde était en déroute, laissant cinq à huit mille morts derrière elle.
Ce qu'ils avaient réussis était à la hauteur de l'exploit de Tiber Septim, à Sancre Tor (1)
Qui étaient-ils?
Des héros ou... une famille?
1) Bataille de Sancre Tor: En 2 E 852, les armées alliées de Bordeciel et de Haute-Roche envahissent Cyrodiil. Le général du roi Cuhlecain de Colovie, un certain "Talos" (le futur empereur Tiber Septim, unificateur du continent) répondit en levant une armée en plein hiver. Largement inférieure en nombre, mal armée, mal entraînée, mal équipée, elle avança à marche forcée pour rejoindre un ennemi confiant qui s'était installé dans la vallée de Sancre Tor, facile à défendre. Grâce à une trahison et un incroyable talent tactique, Talos retourna le piège contre ses ennemis.
Note de l'Auteur: Ne faites pas boire Rin!
