Fort Venteux


Artoria Pendragon se dissimulait parmi les champs de blé qui ondulaient sous le vent. Depuis son réveil, elle avait marché le long d'une route secondaire. Comme cette dernière conduisait à une vaste dépression dans le sol, le Roi des deux Bretagnes s'était approchée, intriguée. De sa cachette, elle avait découvert de larges rampes de bois et des escaliers branlants qui permettaient d'atteindre un site de fouille encore en partie enfoui. Des ouvriers besogneux, aussi nombreux que des fourmis, s'efforçaient à dégager les fondations de ce qui avait été une vaste cité. Des Rougegardes en armure rouge se mêlaient à eux, les incitants à travailler plus dur, n'hésitant pas à les houspiller voire à faire usage du fouet. Les infortunés esclaves, des hommes, des femmes, et même des enfants, devaient sans doute provenir des villages que Saber avait trouvés vides au cours de ses pérégrinations.

Artoria comprit immédiatement que la raison même de l'invasion se trouvait devant elle. L'activité frénétique et les moyens militaires affectés à la protection du site témoignaient de l'importance accordée aux recherches. S'agissait-il d'une des anciennes cités Direnni?!

Depuis son arrivée sur Nirn, Saber avait vu à plusieurs reprises de telles ruines. Les Elfes de l'antique Hégémonie Direnni bâtissaient en pierre grise et en marbre blanc. Leurs bâtiments étaient ornés de statues et de nombreuses colonnes. Les Direnni élevaient des dômes élégants et pavaient les rues avec soin. On retrouvait toutes ces caractéristiques dans les ruines que dégageaient les esclaves. Cela n'était pas très rassurant car les légendes racontaient que les Direnni commerçaient avec les Royaumes Extérieurs. Ils avaient élevés dans leurs villes des Portes d'Oblivion pour rencontrer les Daedras. Près des ruines abandonnées des Direnni, la barrière entourant Nirn était plus fragile. C'était bien en un tel lieu que l'on pouvait invoquer Angra Mainyu.

Qu'avait ditAmiel Sula en lisant le Parchemin des Anciens?

Un temple souterrain... une jeune femme... un poignard... un rituel sous la lune invisible. Oui, cela correspondait parfaitement au lieu qu'elle venait de découvrir.

Certain d'avoir résolu cette partie de l'énigme, Saber regarda autour d'elle à la recherche d'un itinéraire de fuite. Trouver des informations était une bonne chose. Cependant, les rapporter au roi Eadwyre l'était encore plus. Le Roi Arthur s'aperçut avec consternation qu'elle avait franchi la première ceinture de sentinelles sans les voir, ni qu'elles ne la remarquent. Elle se trouvait à présent entre deux lignes de gardes qui battaient les abords à la recherche d'invités indésirables. Autant dire que sa cachette ne resterait plus sûre très longtemps.

Heureusement, la discipline était relâchée. D'ailleurs, les deux membres de la patrouille la plus proche s'échangeaient une bouteille. Leurs rires et plus généralement la manière dont ils se comportaient ne laissaient que peu de doute quant à leur état d'ivresse. Sans doute, personne ne croyait vraiment qu'un danger puisse menacer le site de fouille. Au vu des précautions prises pour empêcher l'arrivée d'intrus, cette réaction n'avait rien d'étonnant.

Artoria n'était précisément le héros le plus discret qu'il soit... néanmoins, elle s'efforça de contourner les ennemis sans se faire remarquer. Heureusement, tout à leur ébriété, les Rougegardes ne prêtèrent aucune attention à ce qui se passait autour d'eux. Saber trouva rapidement un chemin qui s'éloignait des ruines. Comme celui-ci se divisait en deux, elle prit la branche qui allait vers le nord-ouest, la direction de Fort Venteux.

Cinq cent mètres plus loin, un pont enjambait un canal d'irrigation. Comme il fallait s'y attendre, un soldat ennemi surveillait l'ouvrage. Heureusement, ce dernier semblait surtout occupé à grommeler contre son assignation à ce poste ennuyeux.

Artoria l'observa un moment. L'homme avait la peau sombre, les yeux noirs, avec une barbe frisée. L'homme portait une besantine - une armure de cuir sur laquelle étaient cousus des disques de cuivre servant à détourner les coups d'épées. Un casque orné d'une longue pointe et entouré par un turban couvrait le haut de sa tête. Les et le cou étaient protégées par un voile de mailles. L'équipement du Rougegarde ne donnait aucune information sur son royaume d'origine... Skaven? Etoiledragon? Sentinelle ? Rihad? Elinhir? Ou pourquoi pas, Stros M'kai, comment savoir? En fait, en y réfléchissant, tous les soldats Rougegardes n'avaient qu'une chose en commun, leur habillement. Tous portaient des braies, des turbans, et des tuniques de coton rouge. Il devait s'agir d'une sorte d'uniforme.

Agacée, le Roi Arthur se concentra sur le problème le plus urgent. Il lui fallait franchir ce canal qui paraissait profond avec des berges abruptes et couvertes de vase glissante. Non seulement, il serait pénible de traverser en armure, mais de plus l'aqueduc constituait un espace à découvert. L'idée de patauger dans la boue et de grimper, son dos offert en guise de cible, lui tira un frisson. Attendre la nuit lui parut encore plus risqué. L'endroit était patrouillé et sa présence ne pouvait rester longuement inaperçue. Restait une dernière option, éliminer le garde discrètement avant de s'éloigner au plus vite.


Artoria fut sur son adversaire d'un bond et Excalibur - toujours entourée par son Fourreau de Vent- cingla la gorge de l'ennemi, l'envoyant de vie à trépas en l'espace d'un instant. Saber enjamba le cadavre et courut vers l'autre extrémité du pont. Néanmoins, sa chance ne devait pas l'accompagner plus loin.

Une cloche d'alarme se mit à sonner. Se retournant dans sa direction, Artoria découvrit une tour de bois où se trouvaient postés deux veilleurs. L'un d'eux sonnait frénétiquement, tandis que le second la désignait de la main à des poursuivants que les épis de blé lui dissimulaient. Serrant les dents, Saber s'immobilisa. Courir ou se cacher ne servait à rien dans une telle situation. Il lui fallait combattre ses ennemis.

Brandissant l'Épée du Roi des Vents, Artoria Pendragon se rua vers les premiers Rougegardes qui l'attaquaient. La lame invisible décrivit un arc de cercle bleuté, brisant les lames, les boucliers, les hampes des lances, tranchant les mains tendues, fracassant les armures... et faisant jaillir le sang.

La première attaque avait tué ou blessé trois hommes. Mais déjà, Saber bondissait en avant, pressant l'assaut. D'autres hommes s'effondrèrent.

Les loups rouges du sud croyaient avoir acculé un daim terrifié.

Ils faisaient face à une lionne furieuse!


Ayant mis en fuite les soldats les plus proches, et gagné un peu de temps, Artoria puisa davantage d'énergie dans son Cœur de Dragon. Elle renforça sa chair et ses os tout en utilisant Barrier of the Wind King pour diminuer la pression de l'air.

Saber se mit alors à courir... se déplaçant plus vite que le vent... Les cavaliers emplumés qui avaient quitté le campement principal poussèrent leurs chevaux au galop mais furent bien incapables de la rattraper.

Artoria cavala un long moment. Toutefois, une chose qu'elle vit la poussa soudain à changer de direction.

Dans le ciel, tournait de nombreux corbeaux. Et elle avait appris, aux cours d'une vie de conflits, que les corbeaux suivaient les armées. Après tout, ces oiseaux étaient des charognards.

Lorsqu'elle parvint au sommet de la plus proche colline, un sinistre spectacle s'offrit à ses yeux. Des cadavres d'hommes, des épées brisées, des flèches plantées dans le sol jonchaient une vallée peu profonde qui s'étalait à ses pieds. Les corbeaux étaient occupés à ripailler, arrachant la chair des morts pour n'en laisser que des ossements nus.

Le beau visage d'Artoria devint d'une dureté minérale alors que ses yeux flamboyaient de colère. Elle reconnut le faucon perché et essorant sur les tabards en lambeaux de certains cadavres. Il s'agisait des armoiries du royaume d'Éphèse... qui se trouvait à l'est du duché de Gavaudon. Autour des soldats d'Éphèse se trouvaient des cadavres encore vêtu de coton rouge qui ne pouvaient qu'appartenir à l'armée Rougegarde qui avait envahis le Gavaudon.

Elle secoua la tête, que faisaient des soldats d'Ephèse ici? Cela n'avait aucun sens... Vu l'état des cadavres, la bataille datait d'une semaine... peut-être un peu moins, les chairs se putréfiaient plus vite à la chaleur de l'été.


Après s'être arrêté le temps de manger le peu de nourriture qu'il restait dans sa sacoche, Artoria épousseta la robe bleu et or qu'elle portait sous son amure. Ses jupons blancs étaient salis par la boue et la poussière du chemin, déchirés par les ronces.

Saber en profita pour regarder autour d'elle et réfléchir un peu.

Vers le sud et l'est, il n'y avait que des champs de blé. Une seule route importante était visible, suivant un axe nord-ouest... logiquement, la ville de Fort Venteux devait se trouver du côté du couchant, en suivant cette voie.

En s'approchant, Artoria découvrit plusieurs charrettes à bras comme celles que les paysans tiraient eux-mêmes. Elles étaient rangées le long d'un grand bâtiment semblable à une auberge. Tous les panneaux étaient fermés. Toutefois, les rumeurs de conversation confirmaient qu'il s'agissait d'un lieu habité.

Alors que le Roi Arthur se pressait de dépasser l'hôtellerie, la porte s'ouvrit. Peu désireux de se faire remarquer par les occupants des lieux, Artoria bondit dans un des petits charriots, le seul abri dans ce paysage nu comme le dos de la main.

Plaqué au fond de la charrette, la jeune femme retenait son souffle. Regardant par un interstice entre deux planches, il vit la foule d'esclaves épuisés que des gardes rassemblaient.

Comme une ombre tomba sur Artoria Pendragon, elle leva les yeux pour voir le visage crasseux d'un des esclaves. Ce dernier se pencha en avant : "Lorsque personne ne nous regardera, je vous préviendrais. À ce moment, sautez hors du charriot et courrez le plus vite possible vers le bois."

Le Roi de Bretagne éprouva une vague de gratitude pour ce détenu qui risquait sa vie pour venir en aide à une inconnue. L'homme n'avait rien à gagner et pourtant, il ne montrait aucune hésitation.

Toujours blottie au fond de la charrette à bras, Artoria observait entre deux planches le va-et-vient des captifs, occupés à transporter de la terre extraite par d'autres travailleurs.

Cependant, elle n'avait pas le loisir de se perdre en contemplation. Car, ils venaient d'atteindre le tas de déblais.

"Allez-y, maintenant!"

Comme son bienfaiteur inconnu le lui avait dit, une forêt poussait à moins de deux cent pas, juste de l'autre côté du crassier rejeté par le chantier. Entre les deux, un repli de terrain offrait un itinéraire salutaire, à l'abri du regard des surveillants. Sautant hors de la charrette, la jeune femme courut aussi vite qu'elle le pouvait. Aucun cri ne s'éleva en réponse à sa fuite. L'alarme ne sonna pas. Comme le Roi Arthur atteignait les premiers arbres, elle put se retourner vers le chantier.

Soldats et captifs continuaient à travailler... et il lui sembla que son cœur s'arrêtait un instant de fonctionner lorsqu'elle reconnu ce qui se construisaient sous ses yeux. Les envahisseurs rougegardes avaient réquisitionné les habitants pour élever des retranchements qui entouraient un vaste camp. L'orée de la forêt la plus proche de ce dernier était attaquée par les cognées d'une armée de bûcherons. Une partie du bois servait à confectionner une palissade renforcée de tours. Toutefois, d'autres esclaves étaient réquisitionnés pour construire des machines de siège : catapultes, échelles, boucliers roulants...

Artoria Pendragon était bien arrivée à Fort Venteux, la capitale du duché de Gavaudon. Malheureusement, celle-ci devait être encerclée par l'ennemi. De plus, au vu de ces préparatifs, les Rougegardes devaient se préparer à l'investir. Il n'y avait pas d'autre objectif valable dans cette région. Cela voulait aussi dire que Saber devait se presser si elle voulait entrer dans la cité avant que l'assaut ne débute.

Sa résolution affermie, Artoria se prit à trotter entre les bosquets touffus. L'avance resta lente. L'ennemi semblait partout présent : surveillants des corvées de bûcherons, patrouilles, petits camps. À force d'habitude, ce n'était pas la première fois qu'il se trouvait pris dans une situation de ce genre, elle avait appris à se faufiler parmi une armée et nul ne l'aperçu.

Si les bois s'étaient étendus jusqu'à Fort Venteux, il n'aurait eu aucune peine à atteindre la ville. Malheureusement, celle-ci était entourée de champs de céréales qui formaient la source de son approvisionnement. Arrivé à la lisière, Artoria découvrit un spectacle qui l'emplit de tristesse et d'une noire fureur.


Ce fut d'abord l'odeur. Les soldats connaissaient bien ce fumet composite où se mêlaient la putréfaction et le bois brûlé. Elle entendit ensuite les corbeaux qui criaillaient, faisant bombance du festin qu'on leur offrait. Leurs voix la préparèrent à la vision d'un site de carnage...

Les champs étaient couchés... piétinés par des milliers de pieds, de sabots et de roues... Une armée avait déferlé, détruisant tout sur son passage. Au-delà... Fort Venteux se dressait sous forme de ruines calcinées. La fumée grise l'enveloppait complètement. Autour de la cité, des cadavres criblés de flèches aussi loin que le regard pouvait porter.

Artoria croyait l'assaut en préparation, elle s'était trompée. Le siège avait commencé il y a des jours. La ville de Fort Venteux, démunie de rempart, n'avait pas réussie à résister. Néanmoins, un étendard déchiré flottait sur le château fort. Étrangement, il ne s'agissait pas de la bannière du duché de Gavaudon, mais de l'étendard du royaume d'Éphèse! Vraiment, il s'était passé des choses étranges dans la région... Vu la distance, il était impossible d'en distinguer plus. Il n'y avait cependant que peu de doute que des sentinelles garnissaient les murs, prêtes à signaler tout nouvel assaut.


Au son d'une branche qui craquait, Artoria se retourna vivement pour se trouver face à trois soldats rougegardes. Excalibur se matérialisa dans son main. Saber se fit la réflexion qu'il méritait des claques pour avoir baissé sa garde. Néanmoins, il y avait plus urgent. Devait-elle les affronter ou fuir ?

Artoria se dit qu'elle n'avait rien à gagner à combattre, d'autant que les cloches d'alarmes sonnaient déjà. Elle bondit en direction du château de Fort Venteux.

La cité se trouvait à presque un kilomètre de distance, en terrain découvert. Alors que des régiments entiers sortaient des bois qui les avaient abrités, Artoria comprit que son instinct de combat lui avait une fois encore soufflé la bonne décision.

Saber courait si vite qu'elle laissa littéralement sur place ses poursuivants. Seulement, au son fort reconnaissable de flèches qui se plantaient autour d'elle, Artoria commença à effectuer des crochets rapides pour dérouter les tireurs.

Seulement, cela revenait à ralentir sa course et lorsque des aboiements furieux retentirent, Saber osa un coup d'œil par dessus son épaule. Des maîtres chiens conduisaient vers elle des dogues revêtus d'armures et de casques de cuir, la gorge serrée de colliers garnis de pointes. Plusieurs mages se tenaient près des chiens de guerre, ils levèrent la main pour jeter un sortilège:

"Feet of Notorgo!"

Elle frémit en comprenant que les mages avaient jetés des sortilèges de rapidité sur la meute. Certes, Artoria avait parcouru la moitié de la distance le séparant du château fort, seulement ses chances de l'atteindre en vie étaient à présent presque nulles. Relâchés par leurs maîtres, les puissants molosses gagnaient vite sur elle.

En dépit du point de côté dont elle commençait à souffrir et de sa gorge brûlante, Saber se focalisait sur l'étendard d'Éphèse qui flottait sur la tour la plus proche. La distance s'amenuisait, lui permettant de découvrir des têtes entre les merlons qui couronnaient les murs.

Toujours courant, le visage ruisselant de sueur, Artoria arriva dans la zone où avaient eu lieu les combats des derniers jours. De nombreux cadavres pourrissaient sur le sol, percés par les flèches tirées par les défenseurs. Les traits fichés en terre et les dépouilles constituaient autant d'obstacles sur lesquels ses pieds trébuchaient...

Soudain, les défenseurs se mirent à pousser des cris de joie. Il fallut un instant à Artoria pour comprendre que ces hommes l'avaient aperçu. Peut-être parce que la vue de compagnons d'armes le rassurait, peut-être à cause de la fatigue, le roi de Grande-Bretagne en oublia de zigzaguer.

Parmi les archers qui continuaient à courir derrière elle, l'un d'eux saisit cette occasion pour lui décrocher un trait. La flèche siffla et, l'instant d'après, Artoria roula au sol... une douleur insupportable lui déchirait la cheville.

Déjà, les chiens de guerre arrivaient sur Artoria. Le premier à vouloir s'en prendre à elle s'effondra, transpercé par une flèche. Au contraire du projectile qui l'avait d'abord frappé, les traits salvateurs venaient de la muraille. Une véritable pluie venait de frapper les bêtes de guerre, les décimant.

Un charriot couvert de planches fur poussé dans la barricade fermant une des brèches de la muraille (1). Un homme en surgit, courant plié en deux avec la gêce sauvage d'un loup affamé. Il bondit au milieu des chiens de guerre et brandit une lance rouge qui venait soudain d'apparaitre entre ses mains. L'arme s'entoura d'une aura couleur de sang alors qu'elle se transformait en une roue flamboyante. Les molosses furent projetés en tout sens, hurlant de douleur. Brisant la nuque d'un chien qui voulait sauter sur son dos, l'homme se pencha pour soulever Artoria et la coucher en travers de ses épaules avant de repartir vers le passage laissé ouvert.

Le charriot fut repoussé derrière eux, fermant la barricade.

Sans cérémonie, l'homme vêtu de bleu laissa tomber Artoria au sol. Puis il se pencha... et elle serra les dents pour retenir un cri de douleur comme il arrachait la flèche qui lui transperçait la cheville.

S'asseyant sur le sol boueux, Saber s'inclina légèrement, une main sur le cœur:

"Je vous remercie, Cù Chulainn, c'est la seconde fois que vous me sauvez la vie!"

Cù Chulainn, le Servant de classe Lancer de la Cinquième Guerre du Graal de Fuyuki lui envoya un regard presque furieux et renifla bruyamment:

"Et encore une fois, je ne l'ai pas fait pour sauver ta peau, Saber... mais parce que les circonstances le voulaient."


Rapidement, Saber narra ses mésaventures, insistant particulièrement sur le fait que le roi Eadwyre allait bientôt recevoir son rapport. Une armée allait être réunie dans les plus brefs délais afin de reprendre la région.

Cù Chulainn regarda autour de lui. Un cercle de visages qui n'avait pas été rasé depuis des jours les entourait. Il y avait soldats d'Éphèse mais aussi les célèbres magelame de Fort Venteux, combattants en armures de cuir aussi habiles au maniement de l'épée qu'à l'usage de la magie.

" Ouais, ben ce serait pas du luxe que l'on vienne enfin à notre aide. Je commence en avoir marre d'être ici. Si ça continue, je vais prendre racine."

Comme le médecin qui avait soigné la cheville d'Artoria se retirait, elle s'assit sur le natte qui était le seul "meuble "d'une pièce en ruine encore dotée d'un toit:

"Fils de la Lumière d'Irlande, pourrais-je vous demander comment vous avez pu vous retrouver ici? J'avais entendu parler de vos récents exploits... mais vous les exerciez à Abondance, au royaume d'Ephèse. Que faites-vous en ces lieux?"

Sous la combinaison de cuir bleue qui formait son armure, des puissants et souples jouèrent. Lancer eut un sourire de loup, repoussant Gael Bolg sur son épaule:

"Tu peux m'appeler Sétanta. J'ai jamais beaucoup aimé les ronds de jambes. Pour répondre à ta question, Artoria... c'est simple. Je me suis battu pour protéger Éphèse, puisque je suis chevalier d'Éphèse et neveu du roi Javen. Sauf que l'ennemi a surgi de partout... mon régiment a été pris en embuscade et j'ai été obligé de fuir vers l'ouest. J'ai perdu une seconde bataille contre un ennemi trois fois supérieur et nombre. La route de la Ménévie étant coupée par l'armée ennemie, j'ai reculé jusqu'ici. Fort Venteux était déjà tombé, mais avec les soldats qui me restaient et des survivants de l'armée de Gavaudon, j'ai essayé de transformer le vieux château en ruine en une place-forte capable de résister à un siège. Je suis piégé ici depuis six jours."

Artoria acquiesça machinalement, elle avait imaginé quelque chose dans ce genre.

" Mais qui nous attaque?"

Cù Chulainn grogna:

"Tu vas pas le croire... cette armée est dirigée par... Kirei Kotomine!"


Pendant quelques instants, Artoria Pendragon resta comme statufiée. Mais elle se ressaisit vite.

"En fait, je vous crois. J'ai appris en venant ici que l'attaque sur cette région n'avait d'autre but que de permettre à Angra Mainyu de s'incarner sur Nirn."

Rapidement, Saber résuma sa rencontre avecAmiel Sula, le prêtre de la Phalène puis la lecture qu'il avait faite d'un Parchemin des Anciens.

Le visage de Cù Chulainn se vida de toute couleur:

" Le sacrifice d'une jeune femme dans ces ruines Direnni, hein? Je ne voulais pas le croire..."

"Croire quoi" questionna Artoria.

Lancer soupira:

"Ben, depuis qu'on est assiégé ici une seule personne à part toi a pu nous rejoindre. C'est Oren, le duc de Gavaudon. Il a réussis à s'échapper et est entré par un passage secret conduisant au temple de Storm Talon, sous ces ruines. Il faut que tu lui parles Saber."

Se levant, Sétanta conduisit Artoria jusqu'à une des tours encore debout. Poussant une porte, il précéda le Roi Arthur dans une pièce sombre. Saber ressentit la pitié lui serrer le cœur. Le duc, un des plus puissants seigneur de Haute-Roche était assis à même le sol, vêtus d'un pourpoint autrefois splendide mais à présent en lambeaux. Les sillons des lames étaient clairement visibles sur son visage. Les horreurs qu'il avait vécu au cours de sa captivité l'avaient brisé, il sanglotait en se tordant les mains, répétant sans cesse le même leitmotiv:

"Ma fille... ma pauvre fille... liée sur l'autel..."

" Monseigneur, qu'est-il arrivé à votre fille?"

Mais l'appel ne rencontra aucune réaction, le duc de Gavaudon continuait à se lamenter comme s'il ne les voyait pas.

Cù Chulainn haussa les épaules et détourna ses yeux remplis de pitié:

"Inutile Saber, il a perdu la raison."


Ressortant de la pièce, Lancer précéda Artoria sur le chemin de ronde renforcé d'ouvrages précaires: escaliers en bois, barricades, barrières de pieux. C'était le résultat des travaux des assiégés pour renforcer les murs érodés par le passage des siècles.

"Je crois que le faux prêtre va sacrifier la fille du duc pour appeler Avenger sur Nirn."

Artoria fronça les sourcils:

"Pourquoi elle? Qu'a-t-elle de particulier?"

Cù Chulainn regarda les bois dissimulant les positions des assiégeants:

" Parce que j'ai été invoqué en tant que lancer, je ne possède qu'une partie de mes capacités. Mais je suis l'élève de Scáthach, la Reine des Ombres, une puissante sorcière. Et mon professeur m'a beaucoup appris sur Formalcraft. "

Saber acquiesça, elle connaissait la légende de Cù Chulainn.

Sétanta fronça les sourcils:

" Pour obtenir certains effets magiques, il faut le bon sacrifice... et si tu savais qui est la fille du duc Oren tu comprendrais immédiatement que le lien entre Angra et elle garantit que l'invocation va fonctionner."

"Et qui est-elle" demanda Saber.

Cù Chulainn eut un sourire triste, caressant d'un doigt léger une des boucles d'oreille d'argent qui ne le quittait jamais:

" C'est Bazett Fraga McRemitz, le Master qui m'invoqué et que Kitei Kotomine a tué pour lui voler ses Command Marks. Comme chacun de nous, les participants de la Cinquième Guerre du Graal réincarnés sur Nirn, elle existe en réponse à l'existence d'Angra Mainyu. Un peu comme si nous étions sur des plateaux différents d'une même balance. Simultanément, notre présence affaiblit la barrière défendant Nirn. Parce que nous sommes des éléments étrangers apportés sur ce monde par Angra Mainyu, ceux d'entre nous qui ont choisis de combattre pour Avenger, comme Kirei Kotomine ou le rejeton des Matou, sont un péril pour Nirn. Par contre, ma mort ou la tienne... ou encore celle de Bazett augmenterait les chances d'Angra Mainyu de réussir à s'incarner sur Nirn en tant que "Suprême Principe du Mal" parce que nous œuvrons pour empêcher sa réincarnation."


Artoria resta songeuse quelques instants:

"Comment pouvez-vous être aussi sûrs de vous, Sétanta?"

Il y eut un grognement moqueur:

"C'est un principe fondamental du Magecraft: le contre-don. Par le Magecraft on devint ce que l'on contrôle, et réciproquement. Une histoire en rapport avec l'Origin, c'est en fait bigrement compliqué et je laisse à quelqu'un de plus compétent de t'expliquer ça dans le détail. Retiens juste que, parce qu'Angra Mainyu nous a donné une deuxième vie, sa deuxième vie à lui est inextricablement liée aux nôtres"

"Mais la situation actuelle résulte de l'interprétation de nos vœux. "

"Attends tu veux dire que c'est toi et le petit rouquin qui êtes à l'origine de cette situation?"

Artoria acquiesça gravement.

"Ohhhh!?"

Lancer se gratta violemment le cuir chevelu:

"Et ben c'est simple... si vous mourrez tous les deux ou si vous ralliez Avenger... il a gagné.


(1) Le château de Fort Venteux ou simplement "Fort Venteux" ou encore "Aphren's Hold" a été construit au cours de la Première Ère. Lorsque le roi Aphren d'Haltevoie conquis le duché de Gavaudon, il fit construire ce château fort. Aphren's Hold fut détruit lors de la révolte qui rendit son indépendance à la région. À la fin de la Troisième Ère, le château n'est plus qu'une ruine érodée et envahie par les herbes sauvages.