Note de la traductrice :
SURPRISE ! Et oui nous sommes mercredi et voici la suite de l'histoire :)
Pour vous remercier d'être de plus en plus nombreux à laisser des commentaires, et à ajouter cette histoire en follow/fav.
Je vous dis à vendredi pour la suite
Bonne lecture !
Chapitre 12 : Carrefour
Deuxième partie : Ailes
"La raison pour laquelle les oiseaux peuvent voler et nous ne le pouvons pas, c'est simplement parce qu'ils ont une foi parfaite, car avoir la foi, c'est avoir des ailes."
— JM Barrie
Voler la nuit devait être comme ça. L'obscurité comme une douce couverture qui l'entourait. Il flottait dans le néant. Il n'y avait pas de sol en dessous, pas de ciel au-dessus, juste des ténèbres d'un noir absolu à travers lesquelles il s'était envolé. Pas de vent, pas de nuages, pas de sons, pas de lumières juste l'oubli parfait.
Il essaya de regarder autour de lui, mais ne put rien voir, à part son propre corps. Mais au lieu d'ailes blanches, il avait des bras et des jambes sans plumes. Il ne devrait pas pouvoir voler comme ça. La réalisation le fit paniquer.
Il commença à tomber. Le vent hurlait à ses oreilles et l'obscurité l'engloutit.
Harry se réveilla en sursaut.
« Bienvenue, mon pote, » entendit-il la voix de Ron sur le côté.
Il ouvrit les yeux et se tourna vers son ami – ou du moins essaya. Il grogna bruyamment. Son corps entier hurlait comme des engrenages non huilés forcés de bouger. Il resta immobile pour l'instant et essaya seulement de trouver Ron avec ses yeux.
Des lunettes furent placées sur son nez et une tête rousse apparut dans son champ de vision.
Harry lécha ses lèvres desséchées, essayant de dire quelque chose, mais à part un gémissement, rien ne sortit.
« Bois, » dit Ron, et Harry sentit de l'humidité sur sa bouche. Il l'ouvrit autant qu'il le put et y versa de l'eau fraîche. Il avala plusieurs fois. Ce n'était pas que de l'eau, ça avait un goût d'herbes, c'était doux, mais ça persistait. Cela aida, cependant. Harry se sentit beaucoup mieux presque immédiatement.
« Qu'est-il arrivé ? » croassa-t-il en se redressant sur le lit.
Il était à l'infirmerie et il supposa que c'était le milieu de la nuit. Il faisait sombre dehors et seules quelques bougies étaient allumées. Le château était dans un silence absolu.
« Snape, » dit doucement Ron. « Vous vous êtes combattus il y a trois jours. Il a gagné. »
« J'ai été inconscient pendant trois jours ? » Harry gémit.
« Ouais, » acquiesça Ron. « C'est bientôt Noël. Tout le monde est rentré chez soi pour les Fêtes. »
« Tu n'aurais pas dû rester non plus. » lui dit Harry.
« Tu plaisantes, n'est-ce pas ? » Ron rit. « Nous pensions que tu allais mourir, Harry. »
Harry regarda à nouveau autour de lui. « Hermione ? »
« Elle est partie chercher des livres à la bibliothèque et des collations auprès des elfes de maison. C'est assez ennuyeux ici, tu sais, juste d'écouter ta respiration. » Ron sourit. « Elle reviendra dans un instant, j'en suis sûr. »
« Et… » Harry hésita. « Snape ? »
Le regard de Ron se porta sur le lit à côté de celui d'Harry pendant un moment, puis il soupira. Harry regarda là aussi, s'attendant à y voir un corps endormi, mais il y avait juste des draps blancs et propres.
« De combien te souviens-tu ? » demanda Ron finalement.
Harry fouilla dans ses souvenirs.
« Il m'a frappé avec un sort, je suppose. J'étais au sol. Tout faisait mal. Je… je voulais lui dire quelque chose, quelque chose qu'il avait besoin d'entendre, mais je ne pouvais pas dire un mot. Puis c'était l'obscurité, et puis je me suis réveillé. »
Ron sembla mal à l'aise d'en parler, ce qui fit que l'estomac d'Harry se tordit et s'affaissa.
« Ron, que s'est-il passé ? »
« Il euh… Harry, tu ne pouvais pas parler, parce qu'il t'a tranché la gorge. »
Harry posa sa main sur son cou, mais il ne pouvait sentir aucune blessure, pas même des bandages.
« C'était de ma faute », dit-il rapidement. « Je ne faisais pas attention au combat. »
« Cela n'a pas d'importance, Harry. »
« Si ça en a ! » dit Harry à voix haute. « C'était de ma faute ! Je n'aurais pas dû… je n'aurais pas dû… » Il essaya de sortir du lit, il devait le dire à Snape, à tout le monde. Ils avaient besoin de savoir. Ce n'était pas la faute de Snape. C'était la sienne.
« Harry, » dit Ron, le poussant vers le lit. « Calme-toi, Harry ! Tout va bien, calme-toi ! »
« Où est Snape ? » Demanda Harry avec urgence, regardant à nouveau autour de la pièce, comme si juste en le mentionnant, il pouvait invoquer l'homme.
« Harry, allonge-toi ! » supplia Ron. « Tu as besoin de te reposer. Il est dans son bureau, je suppose. »
Harry s'écrasa sur le lit. Il avait un très mauvais pressentiment.
« Que veux-tu dire par « je suppose » ? »
« Personne ne l'avait vu dans les environs, depuis l'accident. Et oui, les gens appellent cela un accident, et non une bagarre ou une tentative d'assassinat. McGonagall était là aussi, heureusement. Sinon… »
« Sinon ? » demanda Harry impatient. « Ron, pourrais-tu s'il te plaît commencer à être cohérent ? »
Ron le fixa un instant, puis secoua la tête.
« D'accord, d'accord. Permets-moi de commencer par le début, alors. » Il prit une profonde inspiration avant de continuer. « Donc, nous étions là-bas, essayant de retenir Wallace, et nous avons réussi pendant un moment, puis McGonagall est venue, et nous avons essayé de lui expliquer ce qui se passait, mais Wallace a réussi à déverrouiller la porte et à entrer. Je suppose que c'est ce qui t'a déconcerté, parce que l'instant d'après, le sort de Snape… t'a frappé. Tu es tombé au sol et... »
« Et ? » demanda Harry.
« Wallace est entré en courant, McGonagall a essayé de l'arrêter, mais elle n'a pas pu. Il criait sur Snape, le traitant de meurtrier et… c'était le chaos. Snape était… il était… »
Tranquillement, Harry dit seulement : « C'est sa plus grande peur. Me tuer, je veux dire. J'ai vu son épouvantard. C'était mon corps qui lui disait qu'il m'avait tué. »
Ron le regarda un instant, presque étonné, puis il continua d'une voix douce.
« Il a couru vers toi, appelant ton nom, mais tu n'as pas répondu. Tu étais encore conscient et il y avait du sang partout. Il voulait… te guérir, je suppose, mais Wallace l'a repoussé. Cela l'a vraiment mis en colère. »
« A-t-il blessé Wallace ? Ou quelqu'un d'autre ? »
« Non… mais c'était… tellement effrayant, Harry. » Murmura Ron en frissonnant. « Soudain, il y a eu des éclairs autour de lui. C'était comme un orage dans la pièce. La lumière sortant de lui a jeté Wallace contre le mur, puis il est allé vers toi. McGonagall nous a dit de rester à l'écart, alors nous l'avons regardé te prendre dans ses bras. Il peut guérir avec son toucher, Harry. » Dit Ron avec admiration.
« Je sais, » acquiesça Harry. « C'est comme ça qu'il me guérit après les duels. »
« La foudre ne t'a pas blessé et tes blessures ont commencé à se refermer. Mais sa magie ne s'est pas calmée. McGonagall lui parlait, essayant de le calmer, mais Wallace continuait de crier. Je n'ai pas entendu McGonagall, mais elle a donné quelque chose à Snape, une potion je pense, et il l'a bu. Ça devait être une sorte de sédatif, parce que ça l'a assommé comme un hippogriffe. Il était ici pendant une journée, » Ron fit signe au lit qu'il regardait il y a quelques minutes. « Puis il a disparu. »
Harry se frotta le visage. « J'ai besoin de lui parler. »
« — Personne ne le blâme, eh bien, à part Wallace. C'était un accident. » répéta Ron.
« Oui mais il ne le croira pas. Il s'en veut, je le sais, Ron. »
OoOoO
Deux jours plus tard, Harry n'avait toujours aucune nouvelle de Snape. C'était la veille de Noël et il avait renvoyé Ron et Hermione chez eux. Il avait presque dû les supplier de passer au moins une nuit loin de l'infirmerie. Ils avaient promis de revenir le lendemain avec des paniers de nourriture du Terrier.
Ginny était venue la veille mais n'était pas restée longtemps. Ils n'avaient presque rien à se dire. Elle blâmait Snape, et bien sûr, Harry ne pouvait pas lui dire pourquoi c'était de sa faute s'il n'avait pas fait attention.
Harry se réveilla plusieurs fois au milieu de la nuit, voulant aller vers l'homme, mais quelque chose l'arrêta : la peur. Il n'avait pas peur de Snape, il lui faisait toujours confiance, savait que le professeur ne voudrait jamais lui faire du mal. Il avait peur de lui-même, de ce qu'il dirait ou ferait quand il reverrait Snape. Il se demanda, effrayé par les possibilités, quel genre de consolation il offrirait.
Le matin de Noël, il prit une décision. Il attrapa sa baguette et conjura son Patronus.
Lorsque son cerf se matérialisa, il lui dit : « Apporte un message au professeur Snape pour moi. Dis-lui de venir me voir. Nous devons parler. »
Il attendit et attendit. Les elfes de maison lui apportèrent son petit-déjeuner, Madame Pomfresh vint le voir. Elle le diagnostiqua avec sa baguette mais ne trouva rien d'anormal. Harry semblait à nouveau en bonne santé, grâce à la magie de Snape, mais elle insistait toujours pour qu'il reste à l'infirmerie au moins jusqu'à ce que Ron et Hermione reviennent. Il pourrait rentrer avec eux.
Finalement, presque à midi, les portes de l'infirmerie s'ouvrirent et quelqu'un se dirigea vers le lit d'Harry. Dans l'expectative, Harry posa le livre qu'il lisait et s'assit. Les rideaux étaient tirés, mais ce n'était pas Snape qui se tenait là.
« Professeur Wallace ? » demanda Harry surpris.
« Bonjour, M. Potter. » Dit l'homme. Ses dreadlocks étaient négligemment attachées et il avait un léger sourire sur le visage. Il avait l'air si jeune alors qu'il était assis au bord du lit d'Harry. Harry se souvint de ce que Snape avait dit à propos de la fille de Wallace. Il ne pouvait pas imaginer ce que cela devait être de perdre son enfant.
Il y avait une partie de lui qui comprenait les motivations de Wallace, mais il ne pouvait toujours pas l'accepter.
« Comment ça va ? » Wallace semblait inquiet.
« Assez bien, en fait, » répondit Harry.
« Puis-je ? » Demanda-t-il, sa main se rapprochant du cou d'Harry.
Harry hocha la tête et Wallace releva prudemment son menton avec un doigt, examinant sa gorge à l'endroit où il avait été coupé.
« Vous avez bien guéri, » fut tout ce que Wallace commenta, puis il relâcha Harry.
« Oui, » répondit Harry. « Le professeur Snape s'assure toujours de me guérir. »
« Combien de fois est-ce arrivé ? » demanda Wallace. Sa voix restait douce, attentionnée.
« Nous nous battons en duel, » Harry haussa les épaules. « Des accidents arrivent de temps en temps. »
« De temps en temps… ou à chaque fois ? » demanda-t-il prudemment.
Harry détourna le regard. « Ce sont des duels », dit finalement Harry.
Wallace le considéra un long moment. « Vous n'êtes pas obligé de faire ça, Harry, » lui dit-il doucement. « Personne, personne, ne peut vous forcer à faire cela. »
« Il ne m'oblige pas à faire quoi que ce soit, Archie. » lui dit Harry en levant les yeux. « Je l'aide parce que je le veux. »
« Toute dette que vous auriez pu avoir, vous l'avez payée lorsque vous avez vaincu Voldemort. »
« Ce n'est pas une dette. » Admit Harry, ses doigts effleurant la couverture du livre sur ses genoux. « Ça a commencé comme ça, comme vouloir l'aider après tout ce qu'il a fait pour moi, mais ce n'est plus comme ça. Je veux juste l'aider. Il mérite aussi une vie normale. »
Ils restèrent silencieux pendant un moment, puis Wallace toucha son bras pour attirer l'attention d'Harry. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'Harry réalisa qu'il fixait à nouveau le livre sur ses genoux.
« Ecoutez, Harry, je sais que vous avez une haute estime pour Snape- »
« Professeur Snape, » le corrigea Harry presque par réflexe.
Wallace soupira mais continua avec, « Professeur Snape, alors. Mais il y a quelque chose que je veux que vous sachiez. »
« Je sais, » dit Harry. « Je sais que les Mangemorts ont tué votre fille, et je suis désolé. Je suis terriblement désolé pour votre perte, Archie. Mais ce n'était pas le professeur Snape, il s'est battu pour l'Ordre, pour nous. J'étais là, je l'ai vu. »
Wallace l'observa attentivement. « Les Mangemorts ont fait quelque chose de bien pire à ma fille, Harry. Et à moi. » dit-il calmement. « J'ai eu des ennemis lors de la dernière guerre, des ennemis qui n'oublient jamais. Après la première guerre, j'habitais aux États-Unis, j'avais une femme et une fille. Elle s'appelait Amanda. »
Il fouilla dans sa poche et en sortit une photo pliée en deux. Il la montra à Harry qui baissa les yeux sur elle.
La petite fille sur la photo avait environ douze ans. Sa peau était un peu plus claire que celle de son père, mais elle avait ses yeux. Elle avait beaucoup de cheveux bouclés et un très beau sourire. Le bras de quelqu'un, le bras de sa mère présuma Harry, était autour de son épaule et elle regardait la personne en riant.
« Il y a deux ans, je suis revenu pour aider dans la lutte contre Voldemort. Amanda étudiait à Ilvermorny, l'école américaine où j'enseignais, donc je ne pouvais pas du tout la voir pendant le semestre. Elle m'a terriblement manqué et à la fin, elle m'a convaincu de la laisser me rendre visite. Nous avons été attaqués une nuit. Ils nous ont traînés hors de la maison sans baguette et nous ont emmenés. Ils nous ont séparés. J'étais enfermé dans une cage, je n'ai pas vu de nourriture pendant des jours, mais je m'en fichais. Tout ce que je voulais savoir si elle était vivante. Je les ai suppliés, mais ils ne voulaient pas m'entendre. Vous connaissez Greyback, n'est-ce pas ? »
Le nom fit froncer les sourcils à Harry.
« Si le diable existe, c'est bien lui. »
« Il était mon ravisseur, mais ils étaient nombreux. Ils n'avaient pas besoin de se couvrir le visage, ils étaient en sécurité. Je les ai tous vus ; Malfoy, Crabb, Lestrange, je pouvais parfois entendre le Seigneur des Ténèbres lui-même quand il me rendait visite. Ils parlaient de lui aussi. »
« Du Professeur Snape, vous voulez dire. » dit Harry. Il soupçonnait que c'était un cas, en fait c'était un miracle que Wallace et Snape ne se soient pas rencontrés. Snape devait avoir visité le Manoir, ou chaque endroit où les réunions des Mangemorts avaient lieu, régulièrement. « C'était un espion. »
« Ce n'est pas ce que j'ai entendu. J'ai entendu votre nom, plusieurs fois. Il vous détestait, vous savez. Il aurait été content qu'ils vous tuent. Voldemort louait sa loyauté. Snape leur a parlé du plan de Dumbledore, il leur a tout dit. »
« Vous te trompez, » lui dit Harry. « Je connais le professeur Snape. »
« Vous pourriez penser cela. » dit Wallace. « Mais je ne pense pas qu'il y ait un homme sur cette planète qui connaisse vraiment Severus Snape. »
« Vous devez le laisser tranquille. » dit Harry. « Ne lui parlez pas, ne le mettez pas en colère, laissez-le tranquille. »
« Ce n'est pas juste qu'un Mangemort profondément impliqué avec Voldemort vive librement. Il devrait être enfermé à Azkaban. »
« Le professeur Snape n'a pas été un Mangemort depuis de nombreuses années. »
« La marque sur son bras gauche dit le contraire. »
Harry savait qu'il ne pouvait pas convaincre l'homme, alors il se contenta de secouer la tête.
« Laissez-le tranquille. Plus vous le mettez en colère, plus je dois le combattre. C'est vous qui nous mettez tous en danger. »
« Il est le danger, Harry. Pas moi. » Dit Wallace avant de se lever et de partir.
OoOoO
Harry fut autorisé à quitter l'infirmerie dans l'après-midi. Il le fit avec une certaine amertume au cœur. Snape n'était jamais venu le voir et ils n'avaient pas eu l'occasion de parler de ce qui s'était passé.
Noël au Terrier était toujours aussi amusant, mais même les festivités n'avaient pas réussi à éloigner les pensées d'Harry de Snape. Les jumeaux faisaient tout ce qu'ils pouvaient, lui montrèrent tous leurs nouveaux trucs, Bill et Fleur lui donnèrent la petite Victoire avec laquelle jouer. Ginny essaya d'être seule avec lui, mais Harry l'évitait presque. Il se sentait coupable d'être avec elle alors que tout ce à quoi il pouvait penser était Snape. Ils eurent une petite dispute à la fin de Noël, ce qui donna à Harry une bonne raison de partir tranquillement le lendemain matin.
Une fois de retour au château, il alla directement au bureau de Snape sans même changer de tenue. Cependant, peu importe à quel point il suppliait désespérément, quels mots il essayait, la gargouille se tenait sans relâche sur son chemin, ne laissant pas passer Harry.
Une fois de plus, il essaya d'envoyer un message avec son Patronus.
« Venez me voir dans la salle de classe vide dans une heure, ou je fais exploser cette gargouille qui garde la porte. »
Il marcha jusqu'à la salle de classe au septième étage et fit un signe de tête à la sorcière en bleu avant d'entrer. C'était comme ils l'avaient laissé la dernière fois. Des oreillers étaient éparpillés sur le sol sale, alors Harry les ramassa et s'assit sur la pile, attendant avec impatience. Si Snape ne venait pas, il étranglerait l'homme lui-même, quoi qu'il arrive.
Il n'eut pas à attendre longtemps. Le bruit de pas qui s'approchaient à la hâte lui parvint, puis la porte s'ouvrit en claquant et Snape entra. Il devait être pressé parce qu'il n'avait même pas ses robes d'enseignant sur sa chemise blanche et son pantalon noir. Les manches de sa chemise étaient retroussées et il aurait semblé décontracté, jusqu'à ce que l'on regarde son visage. Il fulminait.
« Comment osez-vous m'envoyer des messages comme celui-là ? »
Harry ressentit un besoin soudain de se lever et de serrer l'homme dans ses bras, quel que soit son tempérament. Au lieu de cela, il resta sur les oreillers.
« C'était probablement la seule chose qui pouvait vous amener à abandonner votre exil auto-imposé. »
Snape lui lança un regard noir mais avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche, Harry continua.
« Merci d'avoir pris soin de moi, au fait. Je ne suis pas mort, juste pour que vous le sachiez. » dit Harry d'une voix légère et taquine.
Snape grogna, l'idée qu'Harry pensait qu'il ne se souciait pas de son bien-être rendit manifestement furieux l'homme. Cela réchauffa un peu le cœur d'Harry.
« Je vous ai guéri, je savais que vous iriez bien. »
« Oh oui, » dit Harry avec un sourire suffisant, « merci pour ça aussi. » Il passa ses doigts sur la ligne de son cou non marqué. Des yeux noirs se fixèrent sur sa peau. « Cela aurait été bien si vous m'aviez laissé une cicatrice… vous savez, pour marquer l'occasion. » Il se leva et se rapprocha de Snape. « Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un me tranche la gorge. »
Snape s'éloigna de lui. Harry aurait presque apprécié la situation sans l'expression horrifiée de Snape. L'homme avait l'air complètement plein de remords et presque effrayé de ce qu'il avait fait.
Harry s'avança vers lui et plaça une main douce sur son bras, espérant que cela le calmerait.
« — Ce n'était pas de votre faute, » dit-il doucement. « Je ne faisais pas attention. »
Snape laissa échapper une profonde inspiration une fois qu'il réalisa qu'Harry n'était pas du tout en colère contre lui.
« Pourquoi le feriez-vous, quand un maniaque avec une magie incontrôlée vous défie en duel, » se moqua Snape. « Je n'aurais jamais dû demander votre aide et risquer votre vie. » Il sembla indécis pendant un moment, mais dit ensuite les dents serrées, « Je suis terriblement désolé. »
« Je suis content que vous ayez demandé mon aide. » dit Harry en pressant légèrement le bras de Snape, mais l'homme s'éloigna du contact.
« Nous n'aurons plus jamais besoin de nous battre. » dit Snape convaincu.
« Qu'est-ce que vous racontez ? » demanda Harry. Il ressentit une soudaine amertume dans une petite partie de son cœur. Se pourrait-il que cela ait aidé Snape à prendre le contrôle ? Cela allait à l'encontre de toute logique qu'il en soit triste. Même si leurs duels se terminaient, les leçons d'Animagie seraient toujours là. « Vous pouvez le contrôler maintenant ? » Demanda-t-il forçant l'espoir dans son ton.
« Je ne peux plus faire ça, Potter. » Snape grogna. « Je ne veux plus vous blesser. »
« — Je vous ai dit que c'était de ma faute. »
Un pas rapide et Snape se pencha sur son visage. Harry n'eut pas le temps de reculer, et le mouvement soudain fit accélérer les battements de son cœur.
« Je vous ai égorgé ! » Hurla Snape à quelques centimètres d'Harry. « J'ai fait ça ! »
« Vous m'avez guéri. » dit doucement Harry.
« Votre sang était partout sur mes mains, peu importe si je vous ai guéri ou non, je ne peux pas laver ça. » L'homme tremblait ainsi que ses mains.
Harry remarqua que le dos de ses mains était couvert de petites croûtes comme si elles avaient été à plusieurs reprises coupées et contusionnées, et pendant un instant il se demanda ce que Snape avait fait. Les petites marques n'étaient pas récentes, vieilles de quelques jours peut-être et semblaient toujours à vif. Il semblait que l'homme s'était battu.
Ou, réalisa Harry, choqué, comme s'il avait essayé d'éliminer le sang invisible de sa peau, le frottant durement jusqu'à ce que… Mon Dieu.
Harry attrapa les mains et les souleva, son pouce effleurant soigneusement les marques brutes. Snape arracha ses mains de la douce prise d'Harry, ayant l'air livide maintenant plus que tout.
« Professeur, j'ai fait une erreur et vous en avez payé le prix. Laissez-moi vous aider. » Essaya Harry d'une manière apaisante, tendant à nouveau la main vers Snape.
Snape secoua la tête et s'éloigna.
« — C'est comme parler à un imbécile, » murmura-t-il dans un souffle. Il passa cinq doigts dans ses cheveux, puis fit à nouveau face à Harry. « Vous êtes fou si après tout ça je ne vous fais toujours pas peur. »
« Je suis désolé de le dire, » dit Harry, risquant un sourire, « mais je ne vous trouve plus aussi effrayant. »
« Vous êtes fou, » siffla Snape. « Pourquoi ? Pourquoi voudriez-vous encore m'aider ? »
Il ne voulait pas admettre pourquoi, surtout pas à Snape. Il se sentait reconnaissant envers l'homme pour toutes les actions qu'il avait faites pour Harry, pour toutes les fois où il avait sauvé la vie d'Harry, mais c'était beaucoup plus maintenant.
« Comment avez-vous autant confiance en moi ? » C'était seulement une pensée qui n'attendait pas de réponse.
« Je ne peux pas l'expliquer, » dit Harry. Il devrait admettre des sentiments qu'il n'était même pas prêt à considérer. « Appelez ça intuition, ou confiance aveugle. »
Des yeux noirs l'observèrent. Il y avait une lueur en eux, comme un feu dans la nuit. Harry, comme un papillon de nuit perdu, sentit une attraction vers lui. Ses mains lui démangeaient de tendre la main.
« Laissez-moi m'occuper de ça… » murmura-t-il, seulement un mouvement de ses yeux jusqu'à la main de Snape signalant ce qu'il voulait dire.
« Il n'y a rien dont il faut s'occuper. » dit froidement Snape.
« Si je suis blessé à cause de vous, vous me guérissez. Si vous êtes blessé à cause de moi, je vous guéris. C'est comme ça qu'on fait, Snape. » Dit Harry d'une voix sombre.
Il se dirigea vers l'une des étagères et enleva un petit bol de Baume de Guérison qu'Hermione avait décidé de toujours garder, étant donné que leurs pratiques hebdomadaires entraînaient souvent des bleus. Harry déboucha le récipient et s'arrêta devant Snape. Il tendit la main dans l'expectative.
La main de Snape trembla, mais au dernier moment l'homme décida de la garder à ses côtés. Harry lui lança un regard ennuyé, qui se transforma ensuite lentement en un concours de regard fixe. Des yeux noirs le regardaient et pour une raison quelconque, Harry pouvait sentir que c'était un moment très important, bien qu'il ne comprenne pas pourquoi.
Il gagna finalement, et avec un souffle, Snape céda et leva légèrement la main.
Harry préleva un peu de crème avec son index et son majeur puis relâcha le bol, le laissant flotter à proximité.
Il essaya de ne pas regarder Snape dans les yeux alors qu'il prenait sa main dans la sienne, sachant à quel point cela lui semblait intime, à quel point son cœur battait sauvagement. Ce n'était pas censé être plus que juste répandre du baume sur des coupures douloureuses et sensibles, pourtant Harry mettait tellement de sensations dans chaque mouvement de ses doigts. Il voulait que Snape sache, sente qu'il ne le blâmait pas. Plus que tout, il voulait que Snape comprenne que l'incident ne signifiait pas qu'il avait perdu la foi et la confiance d'Harry.
Harry tenait Snape avec ses deux mains, frottant doucement le baume de guérison sur la peau enflammée avec ses pouces. Mouvement circulaire doux, autant pour masser la chair tendre que pour calmer et apaiser l'homme lui-même.
« Ton sang était partout… » murmura Snape presque inaudible, terrifié. « Ton sang … » Il s'étouffa avec ses propres mots, incapable d'en dire plus, puis saisit les doigts d'Harry si fort que la force arrêta tout de suite la circulation dans les doigts d'Harry. Les jointures de Snape devinrent blanches avec la puissance de sa prise, mais Harry ravala son propre sifflement douloureux. Il soupçonnait que son malaise n'était rien comparé à ce que Snape ressentait.
Harry voulait lever les yeux, regarder dans ces yeux noirs, mais il n'osait pas. Il avait trop peur, mais pas de Snape, pas de ces orbes d'obsidienne sans fin, mais de ce qu'il trouverait en lui-même, se laisserait-il à nouveau regarder trop profondément.
La prise de Snape se relâcha lentement tandis qu'Harry continuait de lui caresser le dos de la main. Sa peau avait absorbé toute la crème il y a un moment, ses blessures avaient disparu, sa chair rouge et douloureuse avait retrouvé sa couleur blanche habituelle et finalement Harry le lâcha et prit l'autre main.
Cette main avait l'air encore pire. Sa main droite, la main qui tenait sa baguette, celle qui avait envoyé le Sort de coupe. Combien de temps Snape avait-il frotté sa peau même s'il n'y avait plus de sang dessus, une fois que l'eau avait tout lavé ? Combien de temps avait-il continué le nettoyage cruel, désespéré de tout faire disparaître ? Combien de temps avait-il fallu à cette peau pour se briser et faire disparaitre le sang de Harry ?
Harry sentit un serrement terrible dans sa poitrine, et il ne savait pas quoi faire pour améliorer les choses. L'air de ses poumons sortit tremblant et il sentit ses entrailles frémir. Il voulait corriger ça, changer le passé, faire plus attention à Snape et au duel. Il ne voulait pas du tout faire subir ça à Snape. Dieu combien il voulait épargner à l'homme cette douleur.
La main droite de Snape était également guérie et Harry n'avait plus aucune raison de la tenir, pourtant il ne la lâcha pas. Au lieu de cela, il prit également l'autre, faisant semblant de les examiner, pour vérifier si toutes les blessures étaient vraiment guéries. Les mains de Snape restèrent sur ses paumes pendant de longues secondes et aucun d'eux ne ressentit le besoin de s'éloigner.
Au lieu de cela, Harry se pencha sur leurs mains, laissa ses lèvres effleurer la peau maintenant non marquée de Snape alors qu'il murmurait, « Je suis désolé. Je suis désolé de ne pas avoir fait attention. Je suis désolé que vous ayez dû vivre cela à cause de moi. »
« Espèce d'imbécile… » souffla Snape, mais il n'y avait aucune colère ou même rigidité dans son ton. Il semblait tremblant, essoufflé.
Lentement, Harry leva les yeux, juste pour se retrouver à nouveau captif. Des yeux noirs le tenaient et il ne pouvait pas bouger. Il n'était pas seulement attiré, il étouffait dans le feu qu'il y voyait. Il y avait tellement de douleur dans les yeux de Snape, mais quelque chose d'autre aussi, quelque chose de plus sombre, quelque chose de sauvage.
Les mains sur ses paumes bougeaient, se déplaçaient légèrement vers le haut, le bout des doigts effleura son poignet. Harry ne rompit pas le contact. Il ne savait pas ce qui se passait, mais il n'y résista. Il ne trouvait pas cela indésirable, ce qui à lui seul aurait dû lui faire peur. Mais il n'avait plus peur. Il était excité.
Ses doigts effleurèrent la Marque des Ténèbres. C'était comme une cicatrice sous ses doigts, striée au bord, lisse au milieu, comme si elle avait été brûlée dans la peau de Snape. Il suivit le serpent, son majeur glissant de sa tête jusqu'au crâne.
Des yeux noirs sans fin le brûlaient, mettant le feu à chaque centimètre de son corps. Harry déglutit difficilement, ses doigts se resserrèrent sur le bras de Snape et il attira l'homme plus près, doucement, hésitant. Il ne savait pas ce qu'il voulait, quel était son but. Il voulait juste que Snape soit un peu plus près.
C'était une erreur. Le mouvement sembla avoir brisé le moment et Snape cligna des yeux.
« Merci, M. Potter, » dit-il d'une voix rauque et il laissa Harry partir, reculant.
Harry faillit ne pas le laisser partir, il faillit bouger après lui, mais ensuite, heureusement, ses sens revinrent et il resta là où il était, se grattant maladroitement le cou, ne sachant pas quoi faire ensuite.
« Je voulais vous donner ça, » dit soudain Snape, en conjurant un livre sorti de nulle part, comme s'il le retirait d'une étagère invisible.
Harry, reconnaissant de la distraction, prit le volume noir en lambeaux dans sa main. C'était si ancien qu'il ne pouvait pas distinguer le titre fané. Il feuilleta dedans, retournant soigneusement les deux premières feuilles car elles étaient si fragiles qu'il avait peur de les déchirer.
« Qu'est-ce que c'est ? » Demanda-t-il confus. Pourquoi Snape voudrait-il lui donner un livre ?
« C'est un livre de sorts, » dit Snape. « De ma propre collection. C'est… assez peu orthodoxe, pourrait-on dire. »
« Oh, » Harry sourit à Snape, réalisant ce qu'il voulait dire. « Magie noire ? »
« Il n'y a pas de magie noire, seulement des sorciers noirs qui utilisent des sorts pour la mauvaise cause. Un sort de liaison pourrait unir les gens dans l'amour, ou il peut vous lier à l'esclavage éternel. Ce n'est pas le sort mais l'intention qui compte. Mais oui, c'est essentiellement plein de sorts et de théories que l'on pourrait considérer comme sombres. Cela pourrait cependant vous être utile si nous poursuivons nos… efforts. »
« Merci, » dit Harry, caressant doucement le livre. Bien qu'il n'ait pas entièrement compris le changement d'avis soudain de Snape, il était content que l'homme ait décidé de le laisser l'aider.
« Je voulais vous le donner, avant que tout cela n'arrive. J'ai pris la liberté d'écrire quelques notes qui pourraient vous être utiles. » La voix de Snape était étrange, quelque peu rauque, émotive même.
Harry rouvrit le livre et le regarda, cette fois un peu plus en profondeur. En bas des pages, entre les lignes, en marge des lettres noires griffonnées lui donnaient des astuces, des consignes et des conseils. Elles étaient juste destinées à Harry. Il en lut une qui disait : « Lisez ceci attentivement, Potter ; c'est la raison pour laquelle vos sorts aériens ne sont pas aussi adéquats. C'était comme des messages personnels du Prince de Sang-Mêlé.
Harry leva les yeux vers Snape pour le remercier, mais le regard qui le regardait le surprit. Le feu et la sauvagerie précédents avaient disparu depuis longtemps. Ne laissant que du froid et du vide.
« Il y a une recette pour une potion là-dedans. Assez simple à faire, qui ne prend que soixante-douze heures à faire, les ingrédients sont difficiles à trouver, à moins que vous ne sachiez où les chercher. » Pendant qu'il parlait, il fouilla dans sa poche et en sortit une petite fiole. « Il y a des sorciers qui, pour une raison ou une autre, choisissent de quitter notre monde. Ne pas utiliser la magie et la réprimer, peut conduire à la catastrophe. La potion est pour eux. »
Harry avait un mauvais pressentiment à ce sujet.
« Si vous saviez qu'il existe une potion qui vous aide à contrôler votre magie, pourquoi ne l'avez-vous pas utilisée avant ? » demanda lentement Harry.
« Ce n'est pas pour contrôler ma magie, » dit doucement Snape alors qu'il plaçait doucement la fiole en verre sur le livre. « C'est pour l'enlever complètement. »
Harry fixa la potion verte qui clapotait à l'intérieur du verre.
« Je ne serais plus capable de vous blesser ni de blesser qui que ce soit », dit calmement le professeur.
« Vous ne seriez plus capable de faire de la magie ? » Chuchota Harry, horrifié.
« Certaines choses valent la peine d'être sacrifiées, même s'il est difficile de lâcher prise. Vous avez donné votre vie pour nous sauver tous. Cela ne prendrait que ma magie. »
Harry le regarda, essaya de deviner le visage illisible, vit un indice que ce n'était rien de plus qu'une mauvaise blague. Mais Snape semblait très sérieux.
« Je ne peux pas supporter l'idée de vous blesser à nouveau. » Snape sortit sa baguette et fit un cercle au-dessus du livre et de la fiole de potion. Les deux objets s'élevèrent dans les airs et planèrent entre eux. « Je suis fatigué de vivre dans la peur. Je ne peux même pas trouver de réconfort dans mes rêves et maintenant la réalité est devenue encore pire. Vous avez foi en moi, foi que je n'ai plus. »
« Snape... »
« C'est votre vie qui est en jeu, pas la mienne. Choisissez ce que vous pensez être le mieux. Je ne regretterai pas votre décision. »
Harry regarda Snape, puis les deux objets. Il comprenait que c'était cruel de demander à Snape de continuer à se battre. Il ne pouvait pas imaginer ce que cela pouvait être d'affronter sa peur à plusieurs reprises, sachant ce qu'une erreur de chaque côté pourrait causer. Harry était peut-être celui qui avait commis l'erreur presque fatale la dernière fois, mais c'était Snape qui devait en subir les conséquences. Il ne voulait jamais que Snape doive vivre en sachant qu'il avait tué une autre âme, juste parce qu'Harry insistait sur le fait qu'il pouvait gagner.
C'était une décision si douloureuse à prendre, et son choix égoïste serait évident. Mais il devait aussi considérer Snape ; sa douleur, sa peur, sa vie. L'homme avait traversé tant de choses, en demander plus semblait presque mal. Et si la prochaine fois que Snape le tuait ? Il s'agenouillerait sur le corps d'Harry comme il l'avait fait sur l'épouvantard – brisé, figé, un homme dont la peur l'avait conquis. Combien de temps se frotterait-il les mains alors, voulant laver ses propres actes, les effacer, souhaitant que cela n'arrive jamais ?
En fin de compte, ce qu'il devait vraiment décider ici était d'être égoïste ou de penser à ce qui serait le mieux pour Snape. Une route signifiait plus de combats et se terminait peut-être par la mort. L'autre conduisait à la sérénité, mais à quel prix ?
« Faites un choix, Potter, » dit Snape avec la voix rauque d'un homme condamné.
D'une main tremblante, Harry prit la fiole dans les airs.
A suivre…
A votre avis que va faire Harry ?
A bientôt pour la suite
Bises
Gaeill
