Chapitre 14 : Perfection brisée
Le lendemain, Harry se réveilla avec une détermination farouche. Ron n'était pas dans la pièce, et Harry en était reconnaissant, étant donné qu'il ne pensait pas pouvoir faire face à son ami pour le moment. Ils ne se rencontrèrent même pas au petit déjeuner, Harry n'avait trouvé qu'Hermione assise à table, lisant la Gazette.
« Salut, Harry, » le salua-t-elle avec un sourire. Harry essaya de voir si quelque chose en elle avait changé, si peut-être elle avait suspecté quelque chose aussi, mais il ne put rien déterminer. Hermione était comme elle l'avait toujours été. Harry trouva presque ça bouleversant.
« Salut, 'Mione', » dit-il en s'asseyant. Il redoutait le moment où elle poserait des questions sur le livre, parce qu'il était certain que Ron ne ferait pas quelque chose comme ça tout seul, mais ce moment ne vint jamais. Elle posa des questions sur les devoirs et ses obligations supplémentaires pour Wallace, s'assura qu'Harry finissait vraiment toutes ses tâches, puis avala sa tasse de thé et partit.
Éviter Ron était impossible, mais heureusement plus tard, quand ils se rencontrèrent dans la salle commune, Ron ne mentionna pas le livre non plus. Peut-être qu'il pensait qu'Harry n'y avait pas touché, après tout, le matin venu, le livre était de retour sous le lit, apparemment non dérangé.
Le plan d'Harry se déroulait en douceur même s'il devenait de plus en plus nerveux à mesure que le lundi soir approchait. Il dit à Ron et Hermione qu'ils n'auraient pas d'entraînement ce jour-là, et demanda à Ginny de venir au septième étage à six heures.
Harry digéra amèrement que Snape ait annulé leur leçon d'Animagie du dimanche soir, car cela lui aurait au moins donné une certaine distraction. D'autre part, ne pas voir Snape l'aida à ne pas penser à Snape et sa magie, alors il se sentait chanceux. Il pouvait se concentrer sur Ginny, autant qu'il le devait.
Lundi, tout au long de leurs leçons partagées, Harry se retrouvait souvent à jeter un coup d'œil vers Ginny. Au début, elle semblait trouver cela ennuyeux de ne pas comprendre ce qu'il voulait, mais plus tard, l'attention la fit rougir. C'était réel et vrai, pensa Harry. Il aurait dû le faire depuis le début. C'était ce qu'elle méritait.
Puis dans l'après-midi, seulement une heure avant qu'il ne rencontre Ginny, ce qu'il craignait le plus se produisit. Une lettre de Snape arriva, demandant à Harry de venir à son bureau instantanément.
Il espérait seulement que cela ne prendrait pas longtemps. Il courut de la salle de classe du septième étage jusqu'au bureau du directeur puis dit le mot de passe qui lui avait été indiqué dans la lettre. Il monta les escaliers en courant et entra dans le bureau sans frapper, ce qui aurait pu être un peu grossier, réalisa-t-il par la suite.
« Kingsley ! » Dit-il surpris une fois que ses yeux se posèrent sur le grand homme. Il avait l'air fatigué et usé, presque plus que pendant la guerre. « Je veux dire, Ministre Shacklebolt, » se corrigea Harry, rapidement.
« Voyons Harry, » rit Kingsley, sa voix tonitruante remplissant le bureau. Puis il s'avança vers Harry et lui donna une étreinte suffisamment ferme pour lui casser les côtes.
Harry fit un signe de tête à Snape par-dessus l'épaule du ministre.
« Qu'est-ce qui vous amène ? » demanda Harry une fois qu'il fut lâché.
« C'est pourquoi nous t'avons demandé ici, Harry. Assieds-toi s'il te plaît. »
Harry regarda l'horloge, mais il avait encore beaucoup de temps.
« Vous êtes attendus quelque part, Potter ? » demanda Snape.
Harry réussit à sourire en disant, « C'est lundi, professeur. Vous savez à quel point mes lundis soirs sont occupés. » Snape acquiesça, comprenant l'allusion d'Harry à ses duels d'entraînement habituels avec Ron et Hermione.
Une fois qu'ils furent tous assis et que le professeur Snape leur servit un verre de whisky, Kingsley soupira puis prit une profonde inspiration.
« Cela fait plus de six mois et nous n'avons toujours pas réussi à trouver quoi que ce soit concernant votre attaque en mai. »
Harry dut réfléchir un instant pour se souvenir de la femme aux cheveux noirs. C'était arrivé il y a si longtemps, il avait presque oublié ce qui avait commencé tout ça. L'attaque, la magie de Snape, ses blessures qui saignent, son corps immobile – Harry frissonna à cette pensée.
« — Robards a décidé de clore l'affaire, » dit doucement Kingsley.
« Je suis sûr que l'Auror en chef a choisi de faire ce qui était le mieux après que tous ses efforts aient été infructueux. » Réagit Snape calmement.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne décision », déclara Kingsley.
« Tu sais parfaitement que je ne partage pas ton opinion concernant l'attaque. Elle n'était rien de plus qu'une folle désespérée de venger le Seigneur des Ténèbres. » Répondit Snape.
« Personne ne la connaissait, Severus. Ni toi, ni Malfoy, ni personne. Quelqu'un d'aussi dévoué aurait dû être remarqué. »
Snape secoua la tête. Il semblait à Harry que les deux hommes avaient déjà eu cette conversation plusieurs fois.
« Allons-nous demander ce qu'en pense M. Potter ? »
Harry répondit honnêtement. « Je n'ai pas pensé à elle depuis l'été. Et personne n'a essayé de me tuer depuis lors. » Lorsque Snape haussa un sourcil, Harry lui jeta un coup d'œil et ajouta : « Du moins, pas volontairement. »
Kingsley éclata de rire puis regarda Snape. « Tu as un ami fidèle ici, Severus. » Il sourit.
Snape regarda Harry pendant un long moment, puis dit doucement, « Il semblerait bien. »
La confirmation réchauffa le cœur d'Harry.
« — Je laisse Robards tranquille, si c'est ce que vous voulez tous les deux. Il fermera l'affaire et vous n'aurez plus jamais à y penser. » Dit Kingsley. « Mais s'il vous plaît, gardez un œil l'un sur l'autre. Perdre l'un de vous serait une montagne de paperasse pour laquelle je n'ai pas le temps. »
Il se leva alors et but son verre.
« J'ai hâte de te voir dans le programme des Aurors, Harry, » dit-il en serrant Harry dans ses bras pour lui dire au revoir. Snape fit le tour de sa table et ils se serrèrent la main. « Hope t'envoie ses salutations », dit chaleureusement Kingsley à Snape. « Elle aimerait également te rappeler que son anniversaire est le mois prochain et qu'elle a encore besoin du troisième volet de la série Vielles Potions Européennes. »
Le commentaire fit sourire Snape, un évènement rare qu'Harry n'avait pas vue beaucoup de fois. Cela provoqua une étincelle de jalousie au creux de l'estomac d'Harry qui n'avait pas eu le droit à un tel sourire.
« Vraiment ? Eh bien, tu peux lui dire qu'une fois que j'aurai reçu son essai de six pieds sur les sortilèges de protection, je pourrais envisager de lui offrir quelque chose. »
Kingsley en rit. « Severus, vieil ami, tu n'oses dire ça que parce que je suis celui qui transmet le message. »
« Tu la gâte beaucoup trop, » nota Snape d'une voix douce.
« Tu ne peux pas me blâmer, » Kingsley sourit puis avec un dernier signe de la main à Harry, il quitta le bureau.
Harry était prêt à le suivre, mais Snape plaça une main sur son épaule.
« Restez un instant, voulez-vous ? »
Lentement, Harry se retourna.
Snape s'appuya contre le bureau, les jambes croisées au niveau de ses chevilles et les bras sur sa poitrine. Il ne dit pas un mot pendant presque une minute, donc finalement, Harry posa la question qui rongeait sa curiosité.
« Qui est Hope ? »
À sa grande surprise, Snape lui répondit. « La nièce de Kingsley. Ses parents sont morts à la guerre et il s'est occupé d'elle. Elle est jeune, mais trop fragile pour aller à l'école, elle est donc scolarisée à domicile. Je leur rends visite parfois. »
Cela surprit Harry.
« Je n'aurais jamais pensé que Kinsley et vous étiez si proches, professeur. » dit soudainement Harry en se rappelant toutes les fois où Kingsley s'était présenté au château pendant l'été, quand Snape était inconscient. À l'époque, Harry avait pensé que c'était parce que Kingsley était inquiet au sujet des élections et qu'il rencontrait McGonagall, mais apparemment, il avait une raison plus personnelle pour ses visites.
Pourquoi cette pensée rendait-elle Harry si misérable ?
Snape sembla pensif pendant un moment, avant de répondre.
« On reconnait un ami de confiance dans les moments incertains, je crois que c'est le dicton. Il m'a aidé une fois et n'a posé aucune question, ce qui était impératif à l'époque. Les événements de cette nuit-là ont cependant beaucoup changé sa vie pour le mieux, et il pense qu'il me le doit encore. Il se trompe bien sûr, mais avoir le ministre de la Magie comme ami apporte certainement certains avantages. »
« Je vois. » Harry se força à sourire, n'aimant pas du tout la chaleur dans les yeux de Snape.
« Mais ce n'est pas pour ça que je vous ai demandé de rester. Nous devrons parler de ce qui s'est passé la dernière fois que nous nous sommes rencontrés pour notre… entraînement. »
Harry fut confus pendant un moment, étant donné la dernière fois qu'il s'était entraîné, il ne s'était pratiquement rien passé, Harry était juste passé de hibou à humain et vice-versa pendant presque une heure. Puis Snape se gratta le menton avec sa main et Harry réalisa soudain qu'ils ne parlaient pas des leçons d'Animagie.
« Il n'y a rien à dire. »
« Je préfère que nous nous battions. » déclara Snape. « Je peux vous guérir si je vous blesse avec un sort, mais je ne peux rien faire si je ne comprends pas ce qui se passe. »
« Mais vous ne me blessez pas avec votre magie, » dit Harry.
« Ne me mentez pas, je vous ai vu souffrir à l'agonie. »
« Oh, » bégaya Harry. « Je-Ce n'était pas si mal. Ce n'était vraiment pas le cas. »
« Je ne vous crois pas, Potter. Je pouvais vous sentir trembler. »
Harry laissa échapper un rire tremblant mais n'osa pas dire la vérité.
« Ecoutez, je propose que nous essayions à nouveau, peut-être que ce sera différent la deuxième fois. Je sais à quel point vous ne voulez pas me faire de mal, professeur, alors je vous promettrai de vous le dire quand je ne pourrai plus le supporter. Acceptable ? » demanda Harry, levant son verre pour un toast.
« Acceptable, » dit Snape après y avoir réfléchi un moment.
Harry repoussa le reste de son verre et était sur le point de dire au revoir, quand une bouteille entière de whisky apparut, flottant à quelques centimètres de l'embouchure de son verre.
Snape le regarda, puis demanda d'une voix rauque : « Voudriez-vous un autre verre ? »
Il avait encore du temps avant de rencontrer Ginny, d'ailleurs c'était la première fois que Snape initiait de passer du temps ensemble en dehors des cours et des duels.
Harry se rassit dans son siège et dit avec un petit sourire, « On dirait que vous pouvez me servir un autre verre, monsieur. »
« Perdez les titres, Potter, » dit Snape en enlevant sa cape, qui flotta jusqu'à la chaise de Snape et se drapa sur le dos. « Je ne bois pas avec un étudiant maintenant. »
Le pouls d'Harry s'accéléra, mais il décida de risquer la question.
« Et comment dois-je vous appeler alors ? Juste Snape ? Ou Severus ? »
« Vous pensez que nous avons atteint un point dans notre relation épineuse qui nous permettrait une telle intimité ? »
Beaucoup de choses lui vinrent à l'esprit à ce moment-là, leur première poignée de main, la main sur sa cuisse, le bout du doigt contre ses lèvres, les bras sur sa poitrine, le corps mince le tenant par derrière, et bien sûr le Baiser de la Mort. Harry sourit et dit fermement, « Oui. »
Snape le regarda, des yeux noirs intenses plongeant dans l'âme d'Harry. Puis il haussa les épaules et s'assit sur son bureau avec désinvolture. « Je vous ai tranché la gorge. Je suppose que cela fait naître une sorte de camaraderie qui nous permettrait d'être aussi familier l'un avec l'autre. »
Harry pouvait à peine réprimer son sourire.
« Ça et vous tenir la main, » murmura-t-il dans sa barbe avant de prendre une gorgée de son whisky.
Snape ignora le commentaire et soupira, regardant par la fenêtre.
« Qu'est-ce qui vous dérange, Severus ? » demanda calmement Harry, même s'il pouvait encore sentir des papillons s'agiter dans son ventre. Pourquoi diable dire le prénom de Snape le rendait-il si heureux ?
« Ce n'est pas votre souci, Po- Harry, » termina Snape, se rattrapant à la dernière minute.
« Vous avez écouté mes problèmes de filles, je peux faire la même chose pour vous. » proposa Harry, pensant à Hope. Snape semblait avoir pris soin de la fille. Peut-être que c'était… différent de ce qu'il pensait à l'origine.
Snape éclata de rire. « Oh, Potter, je n'ai pas de problèmes de filles. »
Les yeux d'Harry fixaient inévitablement le corps de Snape maintenant seulement recouvert d'un pantalon noir élégant et d'une fine chemise blanche. L'homme n'était pas beau, mais il y avait quelque chose de séduisant en lui.
« Je suis prêt à écouter les problèmes de garçons aussi, » dit Harry avec un sourire taquin, se rappelant la plaisanterie amicale entre Kingsley et Snape. Pourquoi par la barbe de Merlin cela lui avait causé un pincement amer, il n'avait pas osé y penser, et soudainement Snape le fixait avec une expression si effrayante qu'Harry sentit qu'il avait besoin d'ajouter à la hâte, « Ou à tout autre genre de problèmes. »
Snape souffla, puis prit une autre gorgée.
« L'année dernière, je marchais sur une corde fine avec la Mort à mes côtés. J'étais certain que je ne survivrais pas à Voldemort. Je n'avais que des obstacles partout ; les Carrows dans mon école, les autres professeurs se méfiant de moi, les soupçons de Bellatrix Lestrange, vous en fuite pendant que les mangemorts vous chassaient comme un cerf prisé, et bien sûr le Seigneur des Ténèbres. » Snape soupira. « Par rapport à tout cela, j'ai une vie facile maintenant, mais je ressens un poids plus important sur moi qu'avant. »
« Comment ? »
« Après la guerre, je pensais que j'aurais enfin le contrôle de ma vie, mais maintenant je me sens moins en contrôle que jamais. Ma magie s'est déchaînée et mon esprit veut la suivre. Jour après jour, je suis plus faible et moins capable de gérer ce pouvoir refoulé et j'ai peur de ce qui se passera une fois libéré. »
« Peut-être que vous devriez vous laisser aller, » dit doucement Harry, il se leva et se plaça devant Snape. « Laissez-la avoir ce qu'elle veut, Severus. »
« Vous ne comprenez pas ce que cela signifierait. »
Harry regarda dans les yeux noirs sans fin. Il but le reste de son whisky pour rassembler un peu de courage, puis leva lentement la main. Il ne savait peut-être pas exactement ce que cela signifierait, mais il voulait vraiment le découvrir.
La main de Snape bougea aussi, s'éleva dans les airs puis plana à quelques centimètres de celle d'Harry.
Touche-moi, supplia Harry silencieusement, il aurait peut-être même prononcé les mots. Il s'accrochait désespérément à cette petite partie de son cerveau qui ne signifiait que leurs mains.
Il n'y avait pas de Baume de Guérison cette fois, pas de blessure, pas de magie mais Harry pouvait sentir l'électricité alors que le bout des doigts de Snape touchait son poignet et glissait lentement vers le haut. Ils effleurèrent doucement le milieu de sa paume puis remontèrent sur ses doigts. Pourquoi était-ce si bon ? Juste un toucher de la main, juste un acte innocent, mais c'était tellement plus.
Des yeux noirs brûlants observaient sa réaction, mais Harry ne bougea que pour retracer les mouvements de Snape. Ses doigts descendirent du bout des doigts à la paume douce, se touchant à peine et caressant doucement comme si le bout de ses doigts n'était que des plumes.
L'horloge sonna six heures et ils s'éloignèrent immédiatement. Harry se souvint soudainement de sa promesse à Ginny et à lui-même et commença à s'éloigner de Snape.
« Pars, » dit Snape d'un ton étrange, mélange d'ordre et de supplication.
Harry le fit, sans plus tarder.
OoOoO
Malgré un retard de cinq minutes, la soirée se passa comme Harry l'avait prévu. Ginny était étonnée de voir la couverture moelleuse et les oreillers sur le sol, les nombreuses bougies posées au sol et flottant dans l'air en demi-cercle, le feu crépitant, la nourriture et le champagne.
« Pour moi ? » Demanda-t-elle en souriant joyeusement et Harry la poussa doucement à l'intérieur.
Ils s'assirent et dînèrent, mangèrent des sandwichs et des fruits, burent le champagne discutèrent. C'était parfait. Seulement, la paume d'Harry le démangeait de temps en temps, mais il se convainquit que ça partirait, une fois qu'il pourrait toucher Ginny.
Ils avaient toute la nuit et ils voulaient ralentir les choses. Ils s'embrassèrent tranquillement, et leurs mains se détendirent sur le corps de l'autre. Harry la déshabilla un vêtement à la fois, mais regarda à peine son corps mince. Il ferma les yeux et embrassa sa peau et l'embrassa à des endroits où sa bouche n'avait jamais été. Elle était chaude et douce, mais la démangeaison sur la main d'Harry ne quittait pas sa peau.
Il n'était qu'à moitié dur quand les mains de Ginny passèrent autour de son sexe et Harry laissa sa tête retomber sur les oreillers. Il essaya de la regarder, de voir son propre sexe disparaitre dans sa bouche mais tout ce qu'il ressentait à la place du plaisir électrique était l'ennui.
Quelque chose n'allait pas, et Harry ferma les yeux, les sourcils froncés, il se concentra durement. Cela devait fonctionner. Cette nuit avec elle devait ramener ce qu'ils avaient perdu, sinon Harry ferait face à un gros problème.
Sa main qui picotait bougeait presque toute seule. Au lieu de la retenir, Harry se toucha. Des doigts, doux comme des plumes, glissèrent sur sa poitrine, encerclèrent son mamelon. Il imagina une bouche là, des lèvres minces au goût de menthe, des dents mordant sa chair.
Ses hanches se soulevèrent sous la chaleur et il respira fortement. Des cheveux doux chatouillaient l'intérieur de sa cuisse, noirs pas roux. Sa propre main bougea, de longs doigts tracèrent ses côtes et glissèrent plus bas sur son abdomen. Ils glissèrent dans les cheveux raides et firent le tour de son sexe.
Gémissant, Harry agrippa l'oreiller sous sa tête. Ses hanches s'enfoncèrent dans une chaleur humide et il jouit presque. Pas seulement à cause du toucher, mais il pouvait sentir une odeur fraîche de pluie qui le poussait près du bord. L'odeur de l'air qu'il inhalait avait changé, elle s'était soudainement remplie d'électricité. Il n'ouvrit pas les yeux, mais il pouvait sentir, voir presque, le léger zap de magie bleue sur tout son corps. Comme une couverture, elle s'installa autour de lui. C'était assez fort pour qu'il puisse presque sentir la pression d'une autre silhouette sur lui.
Quand il jouit finalement, son dos se cambra loin du sol, ayant besoin d'être plus près du corps au-dessus de lui. Il se mordit la lèvre inférieure assez fort pour la faire saigner, avant de crier le mauvais nom. Ginny leva la tête et Harry vint sur sa paume, pas que son esprit s'en soit rendu compte.
Alors que son orgasme engourdit ses sens, les yeux d'Harry s'ouvrirent et un horrible soupçon le fit se tourner vers la porte.
La porte qu'il avait fermé était maintenant ouverte. Il pouvait à peine voir, mais même avec des yeux brumeux, il pouvait toujours voir alors que des robes noires tourbillonnaient dans l'obscurité à l'extérieur, puis disparaissaient.
Tout son corps frissonna en imaginant ce à quoi Snape venait d'assister, puis il réalisa que ses fantasmes n'étaient pas que ça. Cette pression de magie était réelle, la sensation électrique était réelle.
Respirant toujours fortement, il s'assit. Son esprit était suffisamment confus pour ne pas l'arrêter. Il n'osait pas regarder Ginny alors qu'il enfilait son jean et attrapait sa chemise.
« Je suis désolé, » marmonna-t-il. « Je suis tellement désolé, Ginny. »
Elle ne dit rien, s'assit simplement sur les oreillers, couvrant son corps avec la couverture. Harry regarda les yeux bleus pendant un moment. Il savait que s'il partait maintenant, tout serait fini. Ginny n'était pas au courant de ce qui s'était passé, ne pouvait pas sentir la magie pulsée de Snape, mais Harry le savait. C'était presque comme un appel maintenant. Ginny ne lui pardonnerait jamais ça.
« Je dois y aller, » murmura-t-il et il se dirigea vers la porte. Il savait que c'était fini quand elle n'essaya pas de l'arrêter.
Il était pieds nus, et la pierre du couloir était gelée, mais Harry ne s'arrêta pas. Il passa sa chemise par-dessus sa tête alors qu'il courait, ne sachant pas où il allait, mais certain qu'il allait dans le bon sens.
Snape ne pouvait pas être loin, c'était arrivé il y a seulement quelques minutes, et les jambes d'Harry tremblaient encore légèrement. Harry refusait de penser aux images dans son esprit, pourtant elles ne semblaient pas vouloir le quitter. Harry secoua la tête et ferma les yeux. Sa magie, répétait-il dans sa tête, c'est juste sa magie.
Avant même d'avoir franchi le prochain virage, il pouvait entendre des pleurs, aigus et effrayés. Il voulait sortir sa baguette, mais il ne l'avait pas sur lui. Il l'avait laissé sur le sol de la classe. Il y avait de l'obscurité dans le couloir, mais la magie pulsée de Snape donnait assez de lumière pour tout voir.
Snape était recroquevillé contre un mur, et de l'autre côté de lui, une petite fille était agenouillée dans un coin.
« Vous me faites peur, professeur » cria la fille. Elle était vraiment toute petite, une première année, pensa Harry et quand il se rapprocha, il se souvint même d'elle pendant la répartition.
« — Annabelle, » lui lança-t-il doucement.
Surpris, Snape sursauta et la bulle d'électricité jaillit. Violente et sauvage, elle coupa Harry, mais heureusement évita la fille.
« S'il vous plaît, arrêtez, vous me faites peur ! » Annabelle hurla, tremblante de peur et de larmes.
« C'est ton nom, non ? Annabelle Warren. Tu es à Serpentard. » Harry essaya à nouveau, mais elle ne fit que pleurer, sanglotant de peur alors qu'elle fixait l'électricité pulsée autour de Snape. « Regarde-moi, Annabelle. »
« Potter, sortez-la d'ici ! » dit Snape à voix basse. Il n'osait pas bouger d'un pouce de peur que sa magie ne se déchaîne à nouveau.
« Annabelle, tu dois m'écouter, » Harry se rapprocha prudemment d'elle.
« Je suis somnambule », dit-elle entre de forts sanglots. « Et je me suis perdue. »
« Tout va bien, Annabelle, personne ne va te prendre de points. »
« Qu'est-ce qui ne va pas avec le professeur ? » Demanda-t-elle doucement, levant les yeux vers Snape.
« Il est un peu malade, » dit Harry, « Mais il ne te fera pas de mal, je te le promets. Maintenant, s'il te plaît, viens ici. »
Snape ferma les yeux, essayant de se calmer mais en vain. Sa magie avait déjà formé une bulle autour de lui et Harry se rappela combien il était difficile de la traverser.
Il pensait que cela ne pouvait pas être pire, mais il entendit des pas derrière lui.
« Viens ici, Annabelle, viens ! » Cria Harry et Annabelle courut vers lui juste au bon moment.
« Harry ! » dit Ginny alors qu'elle tournait au coin couloir et que les yeux de Snape s'ouvraient à la voix.
Sa magie éclata et Harry couvrit Annabelle de son propre corps. Ginny était assez loin pour être en sécurité, mais Harry prit le pire du pouvoir sauvage. Comme un fouet, il claqua dans son dos, laissant derrière lui une longue blessure qui saignait. Il grogna mais poussa Annabelle vers Ginny, tandis que Snape reprenait le contrôle pendant un moment.
La magie de Snape semblait différente de ce qu'elle était pendant leurs duels, ou même quelques minutes auparavant. Jusqu'à présent, Harry sentait la magie l'accueillir, maintenant cependant, elle lui faisait mal et avait l'intention de causer de la douleur.
« Ramène-la à Serpentard ! » Dit-il à Ginny, mais elle ne bougea pas. Elle fixait juste Snape, la peau plus pâle que jamais de peur maintenant. « Ginny, écoute-moi ! Tu dois l'emmener ! Va ! »
Annabelle lui attrapa la main et commença à l'éloigner, suppliant. Ginny bougea finalement et fit un pas hésitant vers la sécurité, puis elle regarda en arrière, tendant une main.
« Viens avec nous, Harry, » demanda-t-elle une dernière fois.
« Allez-y, Potter, » grogna Snape. Ses mains étaient serrées presque comme si sa magie le blessait maintenant alors qu'il essayait de la retenir.
Harry secoua la tête. « Il a besoin de moi, Ginny. »
« Je ne veux pas de vous ici, » grogna Snape.
Harry le regarda, mais se contenta de sourire. « Je ne crois pas, non. »
Il attendit d'entendre les pas précipités de Ginny et Annabelle au coin du couloir, puis se dirigea avec hésitation vers Snape.
« Baguette, Potter, » le prévint Snape.
« Je ne l'ai pas, professeur. » Harry haussa les épaules et tendit les mains comme s'il se rendait.
« Espèce d'idiot, » souffla Snape. « Ne t'approches pas davantage. »
Harry n'arrêta pas de bouger, centimètre après centimètre il se rapprocha de Snape.
« Nous devrions gérer cela dans l'autre sens. »
« Non, » supplia Snape. « Je ne sais pas pourquoi… Je n'ai pas le contrôle en ce moment, Potter. C'est pire que jamais... »
« C'est pourquoi je suis ici, » dit Harry calmement.
« Tu as entendu cette fille, tu devrais avoir peur de moi. »
« Je ne le suis pas, » lui dit Harry. Il n'était qu'à quelques mètres.
Les blessures sur son dos et son bras brûlaient comme l'enfer, mais il était étrangement calme. Il savait que la magie de Snape ne faisait que le blesser, parce que cette fois il était la raison de cette colère. Il savait aussi que cela diminuerait s'ils pouvaient enfin se toucher.
Snape frissonna, ses yeux se fermèrent et sa tête tomba en arrière. Harry se précipita devant lui et se tint aussi près que l'électricité bouillante le lui permettait. Il leva lentement les mains et tendit la main vers Snape.
Il n'avait pas peur, mais l'appréhension montait en lui, alors que sa main se rapprochait de plus en plus de la sphère bleue autour de Snape. Il toucherait de la pure magie, il le comprenait, comme toucher au cœur d'un sortilège.
Il n'hésita qu'une seconde sur le bord. De petites décharges électriques vibraient contre le bout de ses doigts. Puis il poussa ses mains à travers la force.
C'était comme passer ses mains à travers des barbelés emmêlés et pointus. Il fut couvert de plus petites coupures en une seconde.
« Prenez ma main, Snape, » dit doucement Harry, et des yeux noirs effrayés s'ouvrirent et le regardèrent.
« Harry, s'il te plait, » supplia Snape. « Je ne supporte pas l'idée de te blesser à nouveau. Tu saignes déjà. »
« Alors prenez ma main et guérissez-moi, » lui dit Harry.
Snape le regarda dans les yeux, le regard noir suppliant sans un mot Harry de se retourner et de courir, mais bien sûr, Harry resta où il était. Il s'approcha, grognant alors que la magie bleue se tendait contre tout son corps, mais ensuite Snape saisit finalement ses mains.
Leurs doigts s'entrelaçaient, et Harry murmura, « Laisses-toi aller, Severus. »
C'était comme un coup de pied dans ses entrailles, comme un choc électrique traversant tout son corps. Il tomba en avant, presque écrasé contre la poitrine de Snape. Il appuya leurs mains contre le mur, tout son corps tremblait et se tendait. Il pouvait sentir la magie de Snape se précipiter à travers lui, étirant ses veines, faisant s'arrêter son cœur un instant puis le faisant battre comme des tambours de guerre.
Il était appuyé contre Snape, ses jambes à peine capables de le soutenir. Il enfouit sa tête contre le creux du cou de l'homme pour ne pas crier, mais c'était une très mauvaise idée. Des cheveux noirs et doux caressaient ses joues, cette fois pour de vrai, et il sentit à nouveau l'odeur fraîche de la pluie. Il était vaguement conscient que Snape sentirait la sueur et le sexe sur lui, mais cela le rendait seulement excité. La seule raison pour laquelle il n'était pas dur était qu'il venait d'avoir un orgasme. Cela ne l'empêchait pas de ne pas vouloir pousser en avant, de ne pas vouloir sentir chaque centimètre du corps devant lui.
Il leva leurs mains au-dessus de la tête de Snape comme s'il le plaquait au mur. Il pouvait entendre le grognement de douleur de Snape près de son oreille, sentir le souffle chaud chatouiller le cartilage sensible. Des lèvres sèches grattaient ses joues et Harry se tourna vers le toucher. Même si la sensation intense traversant ses veines forçait ses yeux à se fermer, Harry sut exactement quand ils se retrouvèrent face à face, à quelques centimètres l'un de l'autre, avant que Snape n'appuie son front contre celui d'Harry.
« Je suis tellement désolé… » souffla Snape désespéré et effrayé.
« Pourquoi ? » répondit Harry en tremblant, ses lèvres traçant accidentellement quelque chose desséché mais doux, quelque chose qu'il voulait prendre entre ses lèvres et embrasser jusqu'à ce qu'elle soit enflée, mordre jusqu'à ce qu'elle soit rouge. « — Tu me guéris », grogna-t-il.
Il ne pouvait pas voir, la sensation l'aveuglait, mais il était certain que c'était ce qui se passait. Il pouvait sentir la blessure sanglante dans son dos cesser de brûler, les bords de la longue coupure se rapprocher alors que la magie la balayait, comme une douce caresse. Pas seulement sur son dos, partout, ses blessures disparurent.
Il pouvait sentir la magie de Snape se dissiper lentement mais Harry ne se sentait pas rassasié. La sérénité qu'il espérait était loin d'être à sa portée. Toute cette puissance semblait si sensuelle, il se sentait comme après son orgasme, mais elle ne se concentrait pas seulement dans ses reins, elle se répandait partout. Il y avait une brûlure en lui et il voulait se rapprocher de Snape, sachant qu'il était le seul à pouvoir assouvir sa soif.
Au moment où ils se lâchèrent, les jambes de Snape se dérobèrent et Harry glissa au sol avec lui.
A cheval sur Snape, il s'agenouilla sur lui et tira la tête de l'homme contre sa poitrine.
« Ça n'a pas fait mal, » chuchota rapidement Harry dans les cheveux de Snape sous son menton. Il le tint dans une étreinte ferme, caressant doucement l'arrière de la tête du professeur, jusqu'à ce qu'il puisse sentir l'expiration de Snape. Il devait aussi se calmer, chaque centimètre de son corps lui criait dessus. C'était comme être taquiné pendant des heures sans jamais atteindre la satisfaction.
La main de Snape était aussi autour de lui ; un bras sur le bas de son dos, sentant la chaleur de sa peau, l'autre main traçant doucement sous l'espace déchiré de sa chemise où se trouvait la blessure d'Harry. Les attouchements firent frissonner Harry, mais il se força à s'éloigner.
Il ne pouvait qu'imaginer ce que devait ressentir un homme fier comme Snape de perdre ainsi le contrôle, de mettre les autres en danger, en particulier l'homme qu'il avait juré de protéger.
« Vous êtes fou si vous êtes prêt à abandonner ce pouvoir, » dit doucement Harry, à peine conscient qu'il était assis sur les jambes de Snape. « Cessez d'en avoir peur et acceptez-le. »
« Accéder à ses instincts peut entraîner de plus grandes complications que de les nier. » dit Snape d'un ton énigmatique.
Harry avait une vague impression qu'ils ne parlaient peut-être pas que de magie.
« Ou cela pourrait vous apporter un soulagement que vous n'avez pas ressenti depuis un moment. » dit-il alors en se levant. Il tira Snape vers le haut, puis le lâcha rapidement, effrayé de ce qu'il pourrait faire à nouveau.
N'étant pas capable de presser un mot dans sa gorge étroitement serrée, il fit juste un signe d'adieu à Snape puis se tourna pour partir.
« Potter, » l'appela Snape. Sa voix semblait nivelée, contrôlée, pas du tout comme ses chuchotements essoufflés et rauques il y a quelques instants. « Je vous ai donné la permission d'utiliser cette salle de classe pour vous entraîner. Pratiquer les duels et rien d'autre. Si je vous surprends à faire autre chose là-dedans, notre accord, y compris vos cours particuliers, est terminé. »
Harry hocha la tête, tremblant. La pensée que Snape, l'avait vu nu, rendit Harry incroyablement embarrassé, et une autre pensée s'attarda au bord de sa conscience : qu'en pensait Snape ?
« Cela ne se reproduira plus, monsieur. » Dit-il, sachant que c'était vrai. Même s'il le voulait, il ne pourrait jamais arranger ce qui s'était passé entre lui et Ginny ce soir. Ce qui était encore pire, il ne pourrait jamais se défaire de ses fantasmes ou de ses souhaits. Il ne pourrait jamais réécrire les images de Snape sur lui, ni l'odeur dans son nez ou le goût de l'électricité sur sa langue. Elle s'enracinait au creux de son ventre et dans le coin le plus sombre de son cœur. Partout où il chercherait à partir de là, il y avait une hypothèse encore plus effrayante.
A suivre…
A bientôt pour la suite
Bises
Gaeill
