Chapitre 29 : Une dernière cigarette
Ils dormirent encore quelques heures puis Harry partit et retourna à la tour Gryffondor pour se changer. Neville dormait toujours, mais il trouva le lit de Ron vide. Il se doucha et se changea rapidement puis descendit dans la Salle Commune, espérant y trouver son meilleur ami.
Étant donné qu'il était encore assez tôt un dimanche, la pièce était toujours vide, seuls Ron et Hermione étaient là. Hermione lisait un livre et écrivait ses devoirs, tandis que Ron était allongé à côté d'elle sur le canapé, avec sa tête sur ses genoux, expliquant avec animation quelque chose sur le Quidditch. Il s'arrêta quand il remarqua Harry en haut de l'escalier et s'assit.
« Roulements de tambour, s'il vous plaît ! » Cria Ron avec un large sourire. « Le courageux lion a survécu à la nuit et nous est revenu ! »
En riant, Harry dévala les escaliers, donna un petit coup à la tête de Ron alors qu'il passait devant lui puis s'écrasa sur le canapé d'en face. Il secouait légèrement la tête, mais il ne pouvait pas enlever le sourire de son visage.
« Alors… Est-ce que vous l'avez fait ? » demanda Ron avec impatience. Hermione fit semblant de ne pas faire attention, mais Harry pouvait voir que sa plume ne bougeait plus.
Il prit une profonde inspiration, essayant d'effacer le sourire de son visage – une tentative infructueuse – puis passa sa main dans ses cheveux. Il hocha la tête, puis baissa légèrement la tête.
Ron boxa dans les airs. « Des milliers de points pour Gryffondor ! » s'exclama-t-il en riant. « Comment était-ce ? »
« Incroyable... » soupira Harry, s'appuyant sur le canapé.
« Est-ce que ça va, Harry ? » demanda Hermione avec une légère inquiétude dans son ton. « Je veux dire… »
Harry hocha de nouveau la tête. « Ouais, je vais bien. Il était… prudent. »
Les yeux de Ron s'écarquillèrent et il secoua aussi la tête. « Bon sang Harry, ton sang ne sera plus bon pour invoquer le mal, c'est sûr. »
« Oh, tais-toi, » grogna Harry, mais il n'en rit pas moins.
« Très bien, descendons prendre le petit déjeuner, » dit Ron puis il se leva. « J'espère vraiment qu'il te donnera des points supplémentaires, Harry, parce que nous sommes loin derrière Serpentard et j'ai vu Ginny et l'équipe hier, et laisses-moi te dire qu'ils auront besoin d'un miracle pour battre Poufsouffle au prochain match. »
Harry était reconnaissant pour le changement soudain de sujet et alors qu'ils sortaient du trou du portrait, lui et Ron continuaient à discuter des chances pour Gryffondor de gagner la Coupe des Maisons, ou du moins de ne pas passer en dernier.
Ils se dirigèrent vers la Grande Salle, rencontrant de plus en plus de gens dans les couloirs. Ils rencontrèrent Wallace qui dit quelques mots à Harry à propos de l'énorme succès de la première leçon du Club de duel, exprimant ses craintes que peut-être même la Grande Salle ne suffirait pas à tous les accueillir la prochaine fois. Ils parlèrent pendant quelques minutes, puis le ventre grondant bruyamment d'Harry les interrompit. Wallace rit et ils reprirent leur chemin.
« Il arrive, » nota soudain Ron, regardant loin devant lui. Harry leva aussi la tête et remarqua immédiatement Snape, supposant que Ron parlait aussi de lui.
« Eh bien, qu'est-ce que tu attends de lui ? » demanda Harry en haussant un sourcil.
Snape se dirigeait vers eux, bien qu'il les ignorât tous les trois.
« Rien… » marmonna Ron. « C'est juste que… Est-ce qu'il va bien ? »
« Pourquoi ne le serait-il pas ? »
Ron sembla pensif pendant un moment. « Je ne sais pas, quelque chose est bizarre chez lui. Il marche... différemment. »
Paniqué, Harry regarda son meilleur ami, puis l'homme non loin de là.
« Non, il ne le fait pas, » dit-il rapidement.
Ron resta silencieux un instant, puis dit : « Oh mon dieu Harry, tu ne l'as pas fait. N'est-ce pas ? »
« Tais-toi, Ron. » murmura Harry.
Les yeux de Ron s'écarquillèrent.
« Bon sang, tu l'as fait. Tu l'as enculé ! » Il murmura d'un ton calme pour que même Snape, qui marchait vers eux, heureusement en les ignorant toujours, ne l'entende pas non plus.
Harry sentit de la chaleur lui monter aux joues et grogna simplement, « Oh mon Dieu, tais-toi, » alors que Snape se rapprochait de plus en plus.
Ron appréciait sa vie et resta silencieux, la tête baissée alors que Snape les dépassait.
Harry, cependant, chercha le visage du professeur et essaya de capter son regard. Les yeux noirs brillèrent alors que le regard de Snape changeait et il regarda Harry pendant un moment alors qu'ils se croisaient. Harry sentit les doigts effleurer doucement sa main et une soudaine chaleur l'envahit.
Il ne put s'empêcher de regarder derrière lui et fut satisfait de voir que la tête de Snape était également légèrement tournée, puis l'homme accéléra ses pas et s'éloigna.
Les doigts picotant toujours, Harry se sourit à lui-même, poussa le côté de Ron, pointant derrière eux les robes flottantes. « Tu vois, il n'y a rien de mal avec lui. »
Ron ne lui lança cependant qu'un regard admiratif alors qu'il murmurait : « Tu ne me convaincras pas que cela ne s'est pas produit. »
Ils allèrent dans la Grande Salle mais la trouvèrent presque vide. Ils cherchèrent un bon endroit près de la table d'honneur et s'assirent. Harry se versa du jus d'orange et remplit son assiette d'œufs et de bacon. Ron et Hermione remplirent leur assiette aussi, puis Harry beurra quelques toasts, tandis qu'Hermione leur versait du thé.
Ils mangèrent en silence. Harry était juste en train de manger une bouchée de pain grillé puis d'avaler une gorgée de jus quand, sorti de nulle part, Ron dit pensivement, « Ça m'a pris des mois pour laisser Hermione s'approcher de mes fesses. »
Harry cracha du jus d'orange partout dans son petit-déjeuner, tandis que les couverts d'Hermione tombaient bruyamment sur la porcelaine.
« Oh mon dieu, Ronald Weasley si tu ne te tais pas… » Siffla-t-elle rouge comme une betterave.
Ron les regarda confus. Harry se souvint soudain de ce que Ron avait dit à propos des sorciers et des sorcières ne se souciant pas de qui mettait quoi où.
« Quoi ? » demanda Ron. « C'est juste du sexe. »
Le livre fut fermé et Hermione se leva rapidement de la table. « Je ne participerai pas à cette conversation. » Déclara Hermione avant de s'enfuir.
Ron haussa juste les épaules après elle, toujours confus.
« Ça ne change rien » dit doucement Harry après un long moment.
Ron fit un clin d'œil à son meilleur ami mais laissa la confirmation sans commentaire. Il dit seulement : « Bien sûr que oui. Ce n'est pas le genre d'homme à simplement céder le contrôle. »
« Je sais... »
Ron prit une bouchée de son bacon puis demanda : « Harry, êtes-vous vraiment amoureux tous les deux ? »
Harry regarda dans les yeux bleus, ne sachant pas quoi répondre à cela. De son côté, absolument, du côté de Snape cependant, c'était un peu plus compliqué.
« Je t'ai peut-être taquiné à ce sujet, mais… » Ron inclina la tête, un demi-sourire sur le visage. « Tu l'aimes ? »
Harry hocha la tête. « Oui. Est-ce bizarre ? »
« L'amour ne l'est-il pas toujours ? En plus, » Ron haussa les épaules, « comment suis-je censé savoir ? Je suis probablement célibataire maintenant… » il regarda Hermione qui était assise à quelques mètres de là, parlant avec Ginny et Neville maintenant.
Harry renifla. « Elle ne te quittera pas, ne t'inquiète pas... » Harry sourit.
« J'espère que tu as raison, mon pote, » rit Ron. « Ça te dérange si nous nous asseyons à leur côté ? » Demanda-t-il après un moment et quand Harry secoua la tête, ils rassemblèrent leurs assiettes et rejoignirent les autres.
Harry regarda Ron regarder d'un air penaud Hermione qui roula juste des yeux mais se précipita pour donner à Ron de l'espace à côté d'elle. Il l'embrassa et rougissant légèrement, elle lui rendit son sourire.
Pour certaines personnes, c'était si simple d'exprimer l'amour. Pour eux, l'amour était venu facilement. Cela ne voulait pas dire qu'ils aimaient moins ou pas aussi intensément, juste que c'était quelque chose qu'ils pouvaient ressentir sans effort. Pour d'autres, il en fallait plus. Et c'était bien aussi, tant qu'ils restaient fidèles à eux-mêmes à la fin.
Mais pour certains, soupçonnait Harry, être amoureux était un combat constant contre eux-mêmes. Une bataille de désir de bonheur et de protection contre la douleur. Parce qu'il n'y avait pas d'amour sans douleur. Tôt ou tard, l'agonie arriverait, le bonheur serait terminé, et rien ne resterait que les doux et douloureux souvenirs.
OoOoO
Ils passèrent le dimanche après-midi à faire leurs devoirs. Harry était en retard, à cause du Club de Duel et du fait qu'il avait passé tout l'après-midi à penser à rencontrer Severus au lieu d'étudier. Il avait beaucoup à rattraper. Il pensa à monter dans le bureau du directeur pour le rejoindre, même s'il soupçonnait qu'il ne travaillerait pas beaucoup s'il le faisait. Il avait passé un accord avec lui-même pour lui rendre visite plus tard, quand il en aurait fini avec tous ses devoirs.
C'était silencieux dans la bibliothèque, bien que de nombreux étudiants aient décidé de passer l'après-midi ici. Seul le bruissement des pages et le grattage des plumes rompaient le silence. Harry écrivait son essai sur le charme Tête en Bulle, n'ayant besoin que de deux autres obstacles et d'un avantage, quand une jolie chouette effraie entra et atterrit sur la table devant lui.
Ils regardèrent rapidement autour d'eux mais Madame Pince était heureusement plus loin, dos à la table du trio. La chouette hulula et leva sa jambe et Harry détacha rapidement le rouleau de parchemin avant que la stricte bibliothécaire ne remarque l'animal.
L'oiseau sauta en l'air et s'éloigna sans bruit. Harry regarda la chouette, souhaitant pouvoir la suivre.
Il déploya le parchemin, espérant qu'il venait de Severus, mais les lettres élégantes n'étaient que faiblement familières.
Est-ce que cela vous dérangerait de venir dans ma classe ce soir ? Il y a quelque chose que j'aimerais vous montrer.
Professeur A. Wallace
« C'est de lui ? » Demanda Ron quand Harry laissa le parchemin rouler à nouveau.
Il secoua la tête. « Non, juste Wallace. »
« Que veut-il ? » demanda Hermione.
« Me montrer quelque chose, » Harry haussa les épaules. « Peut-être qu'il a trouvé une salle plus grande qui pourrait accueillir le club de duel. »
Hermione et Ron se penchèrent sur leurs devoirs, tout comme Harry mais soudain il ne put plus se concentrer. Il lut les mots, mais ils ne lui traversèrent pas l'esprit, des lettres nageaient devant ses yeux, ondulantes, comme un mirage.
Réalisant qu'il n'y avait absolument aucune chance maintenant qu'il puisse se concentrer, il se leva, tout en laissant ses livres et ses parchemins tels quels.
« Où vas-tu ? » demanda Hermione d'une voix calme, pour ne pas attirer l'attention de Madame Pince sur eux.
« Faire une pause cigarette, » sourit Harry, puis se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit. Il regarda autour de lui une fois de plus pour vérifier si quelqu'un leur prêtait attention. Heureusement, chaque tête était enterrée dans des livres, alors il se transforma en harfang des neiges et s'envola hors de la bibliothèque.
L'air frais qui frappa immédiatement son visage était revigorant. Ses yeux, las de toute cette lecture, étaient maintenant grands ouverts et perçants. Il étendit ses ailes et fit quelques cercles pour se réveiller complètement avant de se tourner vers le balcon de Severus. Avec quelques battements rapides et réguliers de ces longues ailes blanches, il ne lui fallut pas plus d'une minute pour atterrir sur la balustrade.
Il redevint humain en sautant du marbre puis se dirigea vers la porte vitrée. Le verre presque brisé n'avait toujours pas été réparé depuis ce matin, et Harry ne leva pas sa baguette pour faire quoi que ce soit à ce sujet. Parfois, les gens avaient besoin d'un rappel de ce que c'était que de lâcher prise et d'oublier ses peurs, même si ce n'est que pour un petit moment.
Alors qu'il abaissait la poignée et entrait à l'intérieur, il lui vint à l'esprit que Severus pourrait ne pas être content qu'il aille et vienne librement dans ses quartiers, mais ensuite ses yeux se posèrent sur l'homme qui était assis sur le canapé. Il ne leva même pas les yeux quand Harry s'approcha.
« — Salut, » dit Harry timidement.
Severus lisait quelque chose. Une lourde pile de parchemins et une tasse de thé vide sur la table lui tenaient compagnie, tandis que ses yeux parcouraient des rangées et des rangées d'écritures griffonnées. Ses jambes étaient croisées et il était adossé au canapé. Il semblait plutôt détendu, même s'il y avait un petit froncement de sourcils sur son front indiquant que quoi qu'il lisait, il ne l'appréciait pas beaucoup.
« Mmm… » fredonna-t-il en reconnaissant la présence d'Harry, ne quittant toujours pas les yeux du papier.
Harry sortit sa baguette et tapota la tasse vide, la remplissant d'un peu de thé vert à la menthe puis il la fit léviter jusqu'à Severus. La fine porcelaine bleue flotta dans la main de Severus, inaperçue ou simplement ignorée.
Harry fit le tour du canapé et regarda le parchemin, essayant de voir ce qui pouvait retenir autant l'attention de Severus.
Il ne vit aucun titre, mais apparemment c'était la énième page d'un journal de Potions, détaillant les avantages de la jacinthe pour stabiliser les breuvages volatiles.
Ses mains glissèrent du dossier du canapé jusqu'aux épaules de Severus, assoiffées de l'attention de l'homme. Le toucher sembla enfin fonctionner. Severus n'arrêta pas de lire mais il prit la main d'Harry dans la sienne et la tira un peu en avant, plaçant un doux baiser au milieu de la paume d'Harry. Le geste fit sourire Harry et il frotta ses lèvres contre la tempe de Severus.
« Incroyable, » dit Snape, son ton rempli de colère. « Écoute ça. Les feuilles de jacinthe sont le baume apaisant de la nature. Ils fonctionnent particulièrement bien contre les marques de brûlures sur la peau et des études montrent qu'ils effectuent les potions de la même manière. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela apaisera-t-il la marque de brûlure sur ma potion ? Est-ce que ça guérira mon chaudron brûlé ? Quel journal idiot publierait de telles absurdités ? »
Il laissa tomber le parchemin sur la table puis prit la tasse dans les airs et la sirota.
« Pourquoi le lis-tu alors ? » demanda Harry, ses bras glissant lentement autour de Severus dans une tentative déguisée pour un câlin.
« Je dois être absolument familier avec ça si je veux le mettre en pièces dans un autre article, » dit Severus avec un sourire diabolique, puis il tourna son visage vers Harry. « Ne pensez pas que je n'ai pas remarqué vos mains glissant sournoisement autour de ma personne. Que puis-je faire pour vous, M. Potter ? »
« Je pense que c'est moi qui peux faire quelque chose pour vous, professeur, » dit Harry avec un sourire narquois, ses lèvres contre l'oreille de Severus.
« Vraiment… ? » Severus soupira. « À quoi penses-tu ? »
La tasse de thé flotta lentement jusqu'à la table, tandis qu'Harry détachait les boutons du haut du manteau de Severus et passait la main en dessous. Il pouvait sentir les épaules du professeur se détendre alors qu'il caressait sa poitrine.
« En fait, j'ai plusieurs choses en tête. »
« Tu n'as pas de devoirs à faire ? Des examens à préparer ? »
« Mmm, tout le monde mérite une pause, » murmura Harry puis il embrassa Severus, tandis que sa main glissait plus bas, la paume glissant sous le tissu noir, le bout des doigts ne s'immobilisant que lorsqu'ils heurtèrent la boucle de ceinture argentée.
« Si tu cherches encore mon étui à cigarettes, il est là-bas sur la table, » nota Severus sournoisement.
« Je cherche quelque chose légèrement plus long qu'une cigarette, » murmura Harry, les lèvres contre l'oreille de Snape. Les boutons noirs sautèrent un par un, la magie de Severus agissant à nouveau.
« Légèrement ? » Severus questionna. « Vous m'avez blessé, M. Potter. »
Harry rit mais le manteau noir s'ouvrit finalement révélant un ventre plat et une poitrine qui montait et descendait doucement. La chemise blanche habituelle couvrait le corps mince et Harry voulait plus que tout la voir se défaire, mais elle resta boutonnée et Harry décida de ne pas appuyer sur le problème… pour l'instant.
Un regard jumeau suivit sa main alors qu'elle courait lentement sur la boucle d'argent, puis continuait plus bas. Harry pouvait sentir Severus retenir son souffle alors que ses doigts s'approchaient de son aine, mais ensuite sa main prit un virage serré et remonta sur une cuisse mince. Snape souffla légèrement agacé.
L'instant d'après, Harry se retrouva tiré sur le dossier du canapé et atterrit sur les oreillers avec un bruit sourd. Il leva les yeux vers Severus, le regard interrogateur, mais ne rencontra qu'un sourcil levé qui sembla le mettre au défi de se plaindre. Il ne le fit pas, à la place, il se nicha dans le canapé moelleux, tout en posant sa tête sur les genoux du professeur.
Severus fit venir l'étui à cigarettes en argent de la table, le regarda pendant un moment, puis dit doucement, « C'était un cadeau d'Albus. » Il l'ouvrit et sortit la dernière cigarette puis tendit l'étui vide à Harry. « Il me l'a donné la nuit où ta mère est morte. »
Harry observa le boîtier d'un peu plus près. L'extérieur était assez simple, le monogramme SS gravé dans un coin avec des lettres petites mais complexes dont Harry était certain qu'il s'agissait de la propre écriture de Dumbledore. Il n'avait jamais vu l'intérieur vide et fut donc surpris de trouver une biche sur la couverture arrière entourée de feuilles et de fleurs gravées dans l'argent. C'était beau mais subtil.
Severus claqua des doigts et la petite flamme sur son ongle éclata. Il mit la cigarette dans sa bouche et l'alluma, puis souffla la fumée.
« Tu as vu mon souvenir de la nuit où je lui ai juré fidélité en échange de sa protection de Lily. Ce que tu n'as pas vu, c'est à quel point j'étais terrifié à l'idée de retourner voir Voldemort, de lui faire face pour la première fois en sachant que je l'avais trahi. Albus m'a laissé là tout seul pour faire face aux conséquences de mes actions. Les tremblements sauvages de mes mains étaient une preuve si évidente de ce que j'avais fait. J'avais peur, mes propres actions m'avaient même choqué, alors je suis allé vers la seule personne qui, je le savais, m'accueillerait. Lucius. »
Les yeux noirs, assombris pendant un instant par le passé, se tournèrent vers Harry alors que Snape portait la cigarette à ses lèvres. Harry laissa la fumée remplir ses poumons. Il détestait à quel point Severus avait l'air triste, à quel point sa voix était lointaine. Il détestait qu'il fut un temps où la meilleure option de Severus était Lucius Malfoy.
« Je ne pouvais pas lui dire ce que j'avais fait. Nous étions amis, mais il m'aurait lancé un sort au moment où j'aurais ouvert la bouche, ne serait-ce que par peur. Mais il a vu à quel point j'étais secoué, et en tant que compagnon Mangemort, il était parfaitement conscient que parfois les ordres de notre Maître étaient… difficiles à accomplir. Alors il a fait la seule chose qui l'aidait aussi. Il a pressé un verre de whisky et un étui à cigarettes dans ma main. C'était la première fois que je fumais une cigarette. Nous avons fumé et bu ensemble dans un silence absolu et cela m'a calmé. Le fardeau de mes actions pesait sur moi, mais c'était mon évasion de la réalité. Les respirations profondes, l'odeur du tabac… ça l'est encore aujourd'hui. »
La cigarette dérivait de bouche en bouche, rétrécissant de plus en plus. Lors des occasions précédentes où ils avaient partagé une clope, Harry se sentait excité, mais à cet instant, alors qu'il était allongé sur le canapé, regardant l'homme, il ne sentait qu'une combustion incessante dans le creux de son ventre. Il y avait une raison pour évoquer ces souvenirs et Harry était curieux de découvrir ce que Snape voulait lui dire.
Severus soupira profondément et retira la cendre qui s'évapora dans l'air avant qu'elle ne tombe sur le canapé.
« Pour Albus, cela signifiait une rébellion ouverte, bien sûr. Une mauvaise habitude, disait-il, sachant d'où je l'avais apporté. Il détestait quand je fumais. » Severus eut un sourire narquois. « Il détestait vraiment ça. Il le sentait toujours sur moi et se plaignait et plus il se plaignait, plus je fumais juste pour l'irriter. Nous n'avions pas la relation la plus fluide à l'époque. Il ne me faisait pas confiance, me surveillait toujours et je n'ai rien fait pour l'en dissuader. Et pourquoi me ferait-il confiance, je n'étais rien d'autre qu'un Mangemort renégat, lui apportant les informations dont il avait besoin. »
Les doigts erraient dans les cheveux d'Harry, le caressant doucement, et il sut ce qui allait arriver.
« Puis, ta mère est morte. Je tenais son corps, dévasté. J'ai ruiné ma vie, pourtant c'était en vain, elle était toujours morte. » dit Severus, la voix rauque maintenant. « Lucius pensait que j'étais affligé par la mort de notre Maître. Avec lui, nous sommes tous tombés. Nous avions la Marque, nous étions des hommes recherchés. »
Il s'éclaircit la gorge et continua, d'un ton plus léger maintenant.
« Après cette nuit, Albus n'arrêtait pas de me convoquer encore et encore, mais je l'ai refusé. Finalement, il est venu vers moi. Il s'est assis à côté de moi, comme Lucius l'a fait il y a tous ces mois et il a fumé une cigarette avec moi. » Le souvenir le fit sourire. « Il a failli cracher ses poumons, il toussait si fort, mais il la tout de même terminé, l'idiot. Puis il m'a remis cet étui. C'était sa façon de s'excuser, je le sais. Il m'avait promis de protéger Lily et il avait échoué. Il m'a donné l'étui pour m'assurer que je me souviendrai toujours d'elle, la seule chose dans ma vie qui était assez forte pour me tirer des ténèbres. »
« Il ne savait pas que tu aurais toujours ta biche comme Patronus pour te le rappeler. » Harry sourit en levant une main, caressant le visage de Severus avec le dos de ses doigts. Les yeux noirs se fermèrent et Severus se blottit contre le toucher.
« — Et maintenant toi, » murmura-t-il avant de tourner la tête. Les doigts d'Harry effleurèrent ses lèvres et Severus les embrassa. « Je ne veux plus m'échapper. J'aime cette réalité. » murmura-t-il en prenant la main d'Harry dans la sienne. Il se pencha sur Harry, secoua ses longs cheveux de son visage.
« Est-ce pour cela que l'étui est vide ? » demanda Harry, la main sur la nuque de Severus, le tirant plus près.
« Oui. »
Des lèvres effleurèrent les siennes dans un doux baiser, une langue glissa à travers la cage de ses dents. La chaleur emplissait l'intérieur d'Harry, pas sauvage comme la luxure, mais mijotant tranquille et paisible.
Il n'avait pas besoin de mots, il savait parfaitement que parfois les actions pouvaient dire plus clairement ce que les mots ne disaient pas.
A suivre…
A bientôt pour la suite
Bises
Gaeill
