Hey !
Après une petite absence de ma part (^^'') on se retrouve pour une nouvelle fic longue.
Elle marque le début d'une ''série'' de fics, qui sera écrite à la suite d'un défi lancé sur le serveur Discord des Défis Galactiques, qui consistait à écrire 20 textes présentant chacun un ship différent, mais tous impliquant Cersei.
Voici donc la première, qui commence à partir du début de l'épisode 10 de la saison 6.
Attention : Elle changera complètement le cours de l'histoire à partir de là (et avertissement : si vous n'aimez pas les pavés, fuyez, vu la longueur de ce premier chapitre, il est fort probable que cette fic ne soit pas pour vous ^^'')
Un immense merci à Black Angelis, qui m'a relu ce premier chapitre 333
Bonne lecture ! ^^
CHAPITRE I
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La saleté et la poussière qui recouvraient le sol irritaient et piquaient comme du sel les plaies béantes causées par le petit garçon qu'il avait suivi dans les sous-sols du Septuaire, et laissaient s'échapper le sang écarlate de Lancel.
Cela aurait presque été le sang des lions, mais Lancel avait décidé d'abandonner son nom, et tout ce qui lui était lié, ses titres, ses terres, son héritage, et même les droits qu'il aurait pu espérer avoir sur Castral Roc.
(Certains diraient que de toute manière, Lancel n'avait jamais été qu'un agneau dans l'ombre des grands lions de la famille Lannister – et peut-être bien qu'au fond, ils avaient raison.)
Il grimaça, essayant tant bien que mal de ramper et de se rapprocher de la bougie posée au milieu d'une des immenses flaques de liquide vert visqueux, et dont Lancel ne se souvenait que trop bien, se rappelant en avoir vu brûler à la surface même de l'eau, lorsque Stannis Baratheon avait assiégé la ville, dans l'espoir de la prendre, ainsi que ce qu'il prétendait lui revenir de droit.
(Le Trône de Fer – L'objet de toutes les convoitises, le centre de l'échiquier.)
En un instant, tout devint clair dans son esprit : la présence des bougies et du feu grégeois, celui répandu au sol et celui certainement contenu dans les centaines de tonneaux alignés le long des parois humides, la raison de l'absence du roi, et surtout de la reine-mère, inquiétante au point qu'on les avait envoyés, lui et ses compagnons, la chercher au Donjon Rouge, et la sommer de venir assister à son procès, qu'elle n'avait pas daigné honorer de sa présence.
Lancel ne prit pas une seconde de plus pour observer la beauté funèbre de la flamme dansante de la bougie se reflétant dans la substance vert vif hautement inflammable, et, sans réfléchir davantage, souffla dessus, ne laissant place qu'à la fumée, seul vestige de la catastrophe qui avait manqué de peu de se produire, puis à l'obscurité quasi totale, la seule lueur de lumière provenant de la torche que Lancel avait abandonnée au sol, loin du feu grégeois. Il se releva péniblement, se tenant difficilement sut ses jambes vacillantes, et se hâtant aussi vite qu'il le pouvait, la ramassa, et repartit par là où il était venu, remontant les escaliers qu'il avait dévalés à la volée une poignée de minutes auparavant, à la poursuite du petit garçon qui avait attiré son attention, conscient qu'il venait certainement d'empêcher la mort de plusieurs centaines, voire même de plusieurs milliers de personnes, et que Cersei venait d'ajouter un nouveau crime à la longue liste qu'elle traînait déjà derrière elle, si cela était possible, un nouveau crime, qui venait d'assurer définitivement sa chute.
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Cersei fronça les sourcils, portant son verre de vin rouge sang à ses lèvres, sa main libre reposant sur le rebord en pierre de la fenêtre qui offrait une pleine vue sur Port-Réal, et, perché au sommet de la colline de Visenya, sur le Grand Septuaire de Baelor.
Elle ne comprenait pas pourquoi l'édifice religieux immaculé se tenait toujours fièrement, ses sept tours et son dôme se détachant dans le ciel bleu.
Si tout s'était passé comme elle l'avait prévu, le septuaire aurait déjà laissé sa place à un amoncellement de pierres et de terre dans une énorme détonation de la couleur émeraude des yeux Lannister, de la couleur du champ du blason des Tyrell (l'ironie avait été telle, d'imaginer cette maison qui avait été une telle épine dans son flanc, à l'image de la rose de leur emblème disparaître dans son propre néant, dans sa propre couleur que Cersei en avait souri toute seule quand elle y avait songé) la fumée montant dans le ciel et l'odeur âcre venant se mêler à la douce saveur de la victoire et aux arômes acidulés du vin rouge grenat, et lui irritant doucement la gorge.
Et pourtant, il n'en fut rien.
Le septuaire ne vola pas en éclats, contrairement à ce que Cersei avait planifié.
Elle reposa son verre, quelque chose n'allait pas, et, elle en était bien consciente, l'heure n'était pas à la victoire, et, pendant un bref instant, ferma les yeux, rien que quelques secondes, comprenant parfaitement ce que cet échec signifiait et impliquait.
D'une manière ou d'une autre, Olenna Tyrell avait raison.
Elle avait perdu.
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Les Moineaux continuant de bloquer les portes du septuaire, l'effervescence, elle, ne diminua pas, bien au contraire, dans la pièce principale du bâtiment.
Mais les secondes défilèrent, se transformèrent en minutes, et rien ne se passa.
La tension commença à peine à redescendre lorsque les gens se rendirent compte que la reine Margaery, en leur demandant de sortir aussi rapidement et d'évacuer complètement les lieux, avait donné une fausse alerte, et que rien d'anormal ne semblait se profiler, mais ils continuèrent à affluer vers la sortie. Pour eux, il était évident que rien ne se déroulerait après ça. Si le procès de Loras Tyrell avait bien été maintenu, et avait effectivement eu lieu, ce ne serait probablement pas le cas de celui de la reine-mère, et c'était précisément pour assister à celui-ci qu'ils étaient tous venus en si grande pompe et qu'ils s'étaient tous rassemblés dans le bâtiment religieux, qu'ils soient croyants ou pas, d'ailleurs.
(Après tout, quoi de plus jouissif que de voir un des plus grands de ce monde tomber quand lorsqu'on n'est que le simple habitant d'une ville aussi grande que Port-Réal, et qu'on n'a pas de nom qui inspire le respect à cause de sa puissance, de son ancienneté ou de sa richesse ?)
Mais, alors qu'ils se massaient tous beaucoup plus calmement que quelques instants auparavant devant les grandes portes de chêne, attendant que les membres de la Foi Militante postés à l'entrée les ouvrent, et s'écartent pour les laisser passer, la voix du Grand Moineau, qui, toujours au centre de la pièce, n'avait pas bougé d'un pouce, s'éleva dans les airs, intimant le silence à la foule, et les faisant tous se retourner d'un bloc pour le regarder :
''Les dieux sont justes. Nul n'échappe à leur jugement, petits ou puissants. Quoiqu'il advienne, la reine Cersei Lannister ne fera pas exception. Elle sera jugée aujourd'hui, et la sentence qui sera décidée sera appliquée aussi tôt que possible. Elle viendra ici, de gré... ou bien de force.''
A ces mots, il fit signe aux Moineaux restants dans le septuaire, qui sortirent les uns à la suite des autres, la masse de gens s'écartant sur leur passage, et refermant les portes derrière eux.
Lorsque tous les yeux furent à nouveau rivés sur lui, le Grand Moineau adressa à l'assemblée un sourire qui se voulait paternel et rassurant.
Margaery laissa échapper un souffle, lâchant le bras de Loras, qu'elle n'avait pas cessé d'agripper. Elle avait l'impression qu'ils venaient de frôler la catastrophe de très près, et que rien de ce qui allait se passer ne serait de très bon augure.
(Elle ne savait pas à quel point elle avait raison.)
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Cersei les attendait quand ils arrivèrent à ses appartements.
Elle savait qu'ils allaient venir, et elle savait que cette fois-ci, elle n'aurait aucun moyen de leur échapper.
Elle avait envoyé la Montagne surveiller la porte de Tommen, pour s'assurer que ce dernier ne sortirait pas, ne savait pas où étaient les autres chevaliers de la Garde Royale, et ne comptait plus sur les quelques soldats Lannister que Jaime n'avait pas entraîné à sa suite en partant prendre le commandement du siège de Vivesaigues. Après tout, ils avait déjà laissé entrer les Moineaux dans le Donjon Rouge à plusieurs reprises. Ils ne les empêcheraient certainement pas d'en sortir, avec ou sans elle.
Les membres de la Foi Militante venus la chercher et l'escorter jusqu'au Grand Septuaire de Baelor n'eurent même pas la délicatesse de frapper à la porte pour demander l'autorisation d'entrer. Les lourdes portes de bois s'ouvrirent à la volée, et les quartiers de la reine se retrouvèrent envahis par des dizaines de Moineaux.
Pendant qu'ils traversaient les couloirs du Donjon Rouge, Cersei réfléchissait à ce qui allait s'ensuivre.
Si le septuaire n'avait pas explosé, comme elle l'avait prévu, c'était que quelqu'un avait certainement découvert ce qu'elle était en train de préparer, et l'avait empêchée d'agir. Il y avait donc au moins une personne au courant de ce qu'elle avait eu l'intention de faire, et cette personne n'était évidemment pas son amie, ni son alliée. D'une façon ou d'une autre, cet échec lui coûterait cher. Très cher. Le Grand Moineau et les septons qui était en charge de son jugement avait en réalité déjà fait son procès, d'une certaine manière. Ils étaient persuadés qu'elle était coupable, coupable de tous les crimes dont on l'accusait, avant même qu'elle n'ait pu avoir l'occasion de plaider sa cause.
(Pas comme si elle l'aurait fait, de toute manière – un lion ne plaide pas, n'implore pas. Il en va de même pour les lionnes. Ils sont des prédateurs, et non pas de vulgaires proies, des êtres vulnérables comme les cerfs ou les roses.)
Ils l'avaient déjà jugée coupable, et ils chercheraient absolument à lui en faire payer le prix fort. Elle serait considérée comme une traître à la couronne, pour avoir tué un roi, qui était aussi son mari, qu'elle avait trompé en forniquant avec son frère. Elle était coupable à la fois de régicide, d'adultère et d'inceste, plus d'une tentative de meurtre de masse avortée.
Elle n'était pas dupe, et elle savait parfaitement quelle sentence serait demandée contre elle.
Finalement, il semblerait bien que ce ne soit pas le valonqar qui lui prendrait la vie.
Elle n'aurait rien à dire pour sa défense, elle le savait, si la personne qui avait découvert le feu grégeois sous le septuaire faisait partie des Moineaux, la rumeur aurait vite fait de se répandre comme une traînée de poudre, et était facilement vérifiable.
Et, quand bien même rien ne pouvait prouver son implication dans la tentative d'explosion, qui d'autre qu'elle aurait bien pu vouloir supprimer d'un seul coup l'avenir de la maison Tyrell, les principaux membres de la Foi Militante et une partie des personnes qui lui avaient craché dessus, au sens propre comme au sens figuré ?
Elle allait payer de sa vie, elle en était bien consciente.
La seule chose dont elle devait s'assurer, c'était qu'elle n'entraînerait pas Tommen dans sa chute.
Si elle mourrait, elle le laissait, ainsi que le pouvoir, aux mains des Tyrell, elle le savait bien, mais elle avait atteint le point de non-retour, et la seule chose qui lui importait était que son fils soit en sécurité, autant que faire se pouvait dans ce monde d'horreurs et d'atrocités.
Elle allait avouer tous ses crimes, tous, sauf la véritable filiation de Tommen, sauf ce qui le mettrait en danger, elle appuierait la conviction de tous ceux qui se trouvaient dans le septuaire et qui la croyaient coupable, sans pour autant avoir vraiment envie de l'entendre, parce que l'entendre, ce serait montrer qu'un tel monstre existait, existait vraiment, et pourtant, même sans vraiment vouloir être sûrs, ils étaient venus assister à sa chute.
Eh bien soit.
Ils voulaient voir le monstre.
Elle allait leur montrer le monstre.
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Tommen était toujours dans ses appartements, n'ayant pas pu en sortir à cause de La Montagne qui lui barrait le passage.
Il ne comprenait toujours pas pourquoi le chevalier attiré de sa mère l'avait empêché de sortir, et de se rendre au Grand Septuaire de Baelor, et ce n'était certainement pas celui qui fut un temps Gregor Clegane qui allait lui répondre, ayant fait vœu de silence.
Néanmoins, quelques instants plus tard, on frappa à la porte, et elle s'ouvrit pour révéler le serviteur qui était venu le prévenir que le procès de Loras allait s'ouvrir un peu plus tôt, et qui, cette fois, avait l'air plus agité que précédemment, à bout de souffle, comme s'il venait de traverser le château en courant pour venir le trouver :
« Votre Majesté... Les membres de la Foi Militante on pénétré dans le Donjon Rouge... »
Il s'interrompit en plein milieu de sa phrase, comme si, pendant une fraction de seconde, il se demandait s'il devait lui révéler ce qui était en train de se passer ou s'il devait plutôt garder cela pour lui.
Devant son hésitation, Tommen le pressa légèrement :
« Eh bien ? »
« Ils sont en train d'emmener la reine votre mère au Grand Septuaire de Baelor. Le Grand Moineau leur a donné l'ordre de venir la chercher, et de l'y conduire de gré ou de force. »
Lorsque le serviteur dit cela, la conversation qu'il avait eue avec son oncle Jaime revint immédiatement à l'esprit de Tommen.
Il lui avait fait part de son impuissance quand sa mère avait été traînée dans les rues comme une vulgaire putain de bas étage, alors qu'il aurait dû les en empêcher, et Jaime lui avait fait la promesse que tant qu'il serait là plus personne ne ferait de mal à Cersei.
Sauf qu'il n'était pas là, parce que Tommen l'avait remercié de la Garde Royale, et l'avait envoyé récupérer Vivesaigues en son nom.
Ce fut à ce moment-là qu'il comprit les conséquences de ses actes.
Non seulement il avait éloigné son oncle de sa mère, alors qu'il était vraisemblablement le seul à pouvoir vraiment la protéger, mais, en plus, il avait interdit les procès par combat, suivant ainsi le conseil du Grand Moineau, qui disait que les dieux étaient justes, et que les ordalies de ce genre n'étaient que des moyens pour les puissants de se soustraire à leur jugement, sans penser que, avec l'absence de Jaime, un procès de la sorte était probablement le seul moyen de sa mère, qui aurait pu prendre pour champion la Montagne et sa force colossale, de sortir indemne de cette fâcheuse histoire.
Lorsqu'il était monté sur le Trône de Fer, sans avoir aucune idée de comment faire pour gouverner, il s'était fait la promesse qu'il serait un meilleur roi que l'avait été son frère, ou même son père.
Mais il avait échoué, encore une fois. Il avait exposé sa mère, et, maintenant qu'il en prenait conscience, il était trop tard pour faire marche arrière. Soudain, la couronne qu'il portait lui paru beaucoup trop lourde pour sa tête.
Alors qu'il commençait à se réprimander intérieurement, pour avoir laissé une nouvelle fois aux Moineaux l'occasion de faire du mal à Cersei, il se rendit compte que cette fois-ci, il n'était pas trop tard pour bien faire.
Remerciant le serviteur, il profita du fait que la porte avait été ouverte, pour sortir avant que la Montagne ne l'en empêche, et se rua vers les escaliers.
Les deux chevaliers de la Garde Royale qui étaient postés à l'entrée de sa porte eurent du mal à le suivre, et Tommen ne se rappelait pas de la dernière fois où il s'était précipité de la sorte dans les couloirs du Donjon Rouge, bien qu'il se doutait que c'était il y a déjà plusieurs années, quand il jouait avec Myrcella (pas Joffrey, jamais Joffrey), ou bien quand il courait en pleine nuit jusqu'aux appartements de sa mère lorsqu'il était réveillé par un cauchemar.
Il n'avait jamais été le genre d'enfant à courir partout, dans tous les sens et à mettre le château sans dessus dessous, préférant largement se cacher dans les jupes de Cersei, ou grimper sur ses genoux pour qu'elle lui raconte des histoires.
Pendant un instant, à se dépêcher de sortir du Donjon Rouge comme s'il était en feu, il redevint l'enfant qu'il n'avait jamais été.
Lorsqu'il aperçut les membres de la Foi Militante, et sa mère au milieu de leur groupe, complètement cernée par des dizaines de Moineaux, ils s'apprêtaient à quitter l'enceinte du château.
« Attendez ! » cria-t-il.
Au son de la voix du jeune roi, tous se retournèrent d'un bloc, Cersei y compris.
A la vue de son fils dévalant les dernières marches qui le séparaient, d'eux, elle se sentit légèrement blanchir.
Elle n'avait pas prévu que Tommen se rende au septuaire avec eux, aurait préféré qu'il reste au Donjon Rouge, et qu'il n'assiste pas aux aveux qu'elle allait être obligée de faire.
Elle n'avait aucune envie que l'image que son dernier fils conserve d'elle, une fois que les membres de la Foi Militante l'auraient délestée de sa tête, ou l'auraient tuée de la manière dont ils auraient choisi de le faire, soit celle d'un monstre confessant qu'elle avait eu pour dessein de tuer plusieurs centaines de gens d'un coup, celle d'une criminelle avouant toutes les atrocités qu'elle avait commise, pas après avoir passé sa vie à essayer de protéger ses petits lionceaux des horreurs du monde dans lequel il vivait et de la perniciosité des gens qui les entouraient, y compris d'elle-même, et des actes parfaitement abjects qu'elle avait commis pour s'assurer qu'ils seraient en sécurité, chose à laquelle elle avait fini par échouer, n'ayant pas pu éviter la mort de Joffrey, ni celle de Myrcella, et elle serait damnée si la Foi Militante gagnait sur ce front-là aussi, en la faisant passer pour un monstre aux yeux de son fils.
(Une petite voix tout au fond de son esprit lui murmura que c'était écrit, que c'était son destin, de voir ses trois enfants à la couronne d'or mourir devant ses yeux sans rien pouvoir y faire, mais Cersei la repoussa avec force, comme à chaque fois qu'elle lui sifflait les mots horribles de la vérité prédite par Maggy la Grenouille.)
Tommen arriva au bas des escaliers, et la rejoignit, les Moineaux s'écartant sur son passage, laissant le roi accéder à sa mère.
Il regarda Cersei dans les yeux, et déclara :
« Je ne vais pas vous laisser y aller seule, Mère. Je viens avec vous. »
Si les membres de la Foi Militante chargée de l'escorter
Il glissa son bras sous le sien, et Cersei eut un petit sourire triste.
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Lorsqu'ils furent arrivés devant les portes du Grand Septuaire de Baelor, qui avaient été fermées pour éviter que les gens venus assister au procès n'en sortent, ils s'arrêtèrent un bref instant.
Encore une fois, Tommen se tourna vers sa mère, et plongeant ses yeux vert émeraude dans les siens, sans défaire son bras du sien.
« Je vous jure que je ne les laisserai pas vous blesser, ni vous faire de mal. » déclara-t-il si solennellement que pendant un bref instant, Cersei eut l'impression d'avoir Jaime en face d'elle, et non pas leur fils de dix-sept ans.
La couronne qu'il portait paraissait tellement grande pour lui.
Cersei savait que son fils n'était plus un enfant, loin de là, mais au fond, qu'il soit roi ou pas, ou bien même quand il aurait des enfants, il serait toujours son bébé, son dernier-né, son petit lionceau.
Elle le regardait jouer au roi, alors qu'il n'y avait jamais été préparé, alors que le poids de la couronne était beaucoup trop important pour ses frêles épaules de garçon à peine sorti de l'adolescence, et elle savait parfaitement qu'il ne pourrait rien faire contre le Grand Moineau s'il décidait, et il était fort probable qu'il le décide, qu'elle devait payer ses crimes de sa vie.
Elle posa sa main doucement sur sa joue et la caressa avec son pouce, comme elle le faisait quand il était petit, et lui adressa un petit sourire :
« Je te crois. »
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La lumière de l'extérieur inonda le septuaire lorsque les portes s'ouvrirent pour laisser apparaître les silhouettes du roi et de la reine-mère.
Ils descendirent les escaliers qui menaient au centre de la pièce, le roi bras dessus, bras dessous avec sa mère, qu'il mena jusqu'au milieu de l'étoile à sept branches tracée sur les dalles de marbre, et qu'il ne lâcha qu'après qu'elle lui eut murmuré quelque chose à l'oreille, et qui alla se placer au bas des escaliers, prêt à intervenir si la moindre chose ne se passait pas comme il l'entendait.
Cersei se plaça face au Grand Moineau, assis dans une chaise au pied de la statue du Père, qui, elle en était parfaitement consciente, jubilait intérieurement.
Ce dernier s'éclaircit la gorge, et le silence, qui avait été troublé par l'entrée de Tommen et de Cersei, suscitant maints chuchotements dans la foule, se fit à nouveau parmi l'assemblée.
Une fois que tous les spectateurs, parce que tout ceci n'était rien de moins qu'un spectacle pour eux, furent à nouveau suspendus à ses lèvres, il se leva du siège où il s'était assis, au pied de la statue du Père, et il commença à parler :
« Lady Cersei Lannister... »
Mais il fut interrompu par les portes du septuaire qui s'ouvrirent à nouveau, pour révéler une nouvelle silhouette, seule cette fois, et qui se déplaçait visiblement avec difficulté.
Il fallut que la personne s'avance pour que Cersei puisse reconnaître Lancel, dont elle avait aperçu le père dans la foule de gens venu admirer sa déchéance.
Il avait les mains tachées de sang, qui était vraisemblablement le sien, vu la façon dont il appuyait sur son ventre, comme s'il cherchait à endiguer une plaie.
Jetant un regard tantôt noir, tantôt terrifié à Cersei, il se dirigea tant bien que mal vers le Grand Moineau, se penchant vers lui pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille, que personne d'autre, malgré le silence pesant dans la salle, ne put entendre.
Le visage du fanatique s'assombrit d'un seul coup, pendant un bref instant, avant de s'illuminer, jetant un coup d'œil mauvais à la reine-mère.
Il ne lui en fallut pas plus pour comprendre qu'elle était le sujet de la confidence de Lancel, et savoir ainsi que c'était lui, qui avait découvert les caches de feu grégeois et les bougies, et qui avait mis son plan en déroute.
Néanmoins, si Cersei bouillonnait intérieurement, elle ne laissa rien transparaître, et garda un visage totalement impassible.
Tout était une question d'apparence.
Si elle voulait marquer les esprits, elle devait absolument inspirer la crainte, et son père avait été la preuve qu'une personne froide et calme, calculatrice pouvait parfois s'avérer bien plus redoutable et menaçante qu'un énergumène qui hurlait et se démenait.
Elle devait montrer qu'elle était la digne fille de Tywin Lannister, une lionne de Castral Roc, et qu'elle rugirait jusqu'au bout, jusqu'à s'en briser la voix s'il le fallait.
Le Grand Moineau, son infâme sourire collé sur le visage, reprit là où il s'était arrêté, comme si rien ni personne ne l'avait jamais interrompu :
« Lady Cersei Lannister... Êtes-vous prête à être jugée, et à être déclarée coupable ou innocente devant les Sept ? »
Cersei jeta un bref coup d'œil autour d'elle, s'attarda une fraction de secondes sur Tommen, avant de répondre sans la moindre hésitation :
« Je ne suis pas venue ici pour être jugée. »
Alors que des murmures commençaient déjà à circuler dans la foule, Cersei continua :
« A quoi cela rimerait-il ? Vous tous, ici présents, avez déjà jugé que j'étais coupable des crimes dont on m'accusait. Si ce n'était pas le cas, vous ne seriez pas tous là, à attendre qu'on me déchiquette en pièces et que l'on me condamne à la hauteur de mes péchés. »
Les chuchotements s'intensifièrent.
« Si je suis venue ici, c'est pour faire ce qui se fait dans tous les septuaires de Westeros. Je suis venue me confesser. »
Un sourire narquois vint se former sur ses lèvres.
Constatant que ni le Grand Moineau, ni les septons ne semblaient s'apprêter à ajouter quelque chose, et faisant fi du bruit incessant produit par les discussions des gens entre eux, elle poursuivit :
« Je fais certaines choses parce qu'elles me réjouissent... »
Tous les yeux étaient rivés sur elle, à présent.
« Je bois parce que cela me réjouit, comme un grand nombre d'entre vous, j'en suis certaine. »
Le Grand Moineau l'interrompit :
« L'alcoolisme ne faisait pas partie des chefs d'accusation de votre procès, Votre Majesté. »
Le sourire narquois de Cersei persista sur ses traits fins.
Elle regarda à nouveau Tommen, plus inquiète de savoir comment lui allait réagir à la suite de sa déclaration plutôt que de savoir comment allaient réagir les sept jurés à qui elle était censée rendre des comptes.
« J'ai tué mon époux, parce que cela me réjouissait d'en être débarrassée. »
Elle garda sous silence le fait que Robert l'avait violée nuit après nuit, frappée, insultée. Après tout, lorsqu'il agissait de la sorte, elle avait beau souffrir, elle savait parfaitement que rien ne lui serait reproché. Il était le roi, et, par-dessus tout, il était son mari. Il était parfaitement dans ses droits de se comporter comme ça, et cela aurait été à elle que l'on aurait reproché de ne pas se conduire en épouse obéissante et docile, aussi répugnant que cela lui paraissait être.
Les chuchotements animant la foule se transformèrent en paroles à voix haute. La reine ne se contentait pas de s'avouer coupable du meurtre de son époux et roi, elle le revendiquait haut et fort, ne se souciant visiblement pas des conséquences que cela aurait.
A la grande surprise de Cersei, Tommen ne parut pas étonné, ou alors, il le cachait bien.
Voyant que sa révélation et l'assurance qu'elle manifestait avait le résultat escompté, Cersei continua :
« J'ai couché avec mon cousin, Lancel Lannister, alors que j'étais encore mariée, pour fomenter le meurtre de feu mon époux le roi Robert Baratheon, parce que cela me réjouissait de savoir que mon mari pensait avoir été tué par les plaisirs du vin et de la chasse. »
Les gens se parlaient tous entre eux, désormais.
Jamais personne, à leur connaissance, ne s'était reconnue elle-même coupable de trahison, de complot, d'adultère, d'inceste, et de meurtre, de régicide, qui plus est.
Cersei se remit à fixer le Grand Moineau dans les yeux, yeux bruns pervers, mauvais contre émeraudes vertes poignantes, perçantes, brûlantes, par pur défi.
« Je fais l'amour avec mon frère, parce que cela me réjouit de le sentir en moi, et ce, depuis notre plus jeune âge. »
Cette révélation suscita moins de surprise que les précédentes. La plupart des gens avaient entendu les rumeurs lancées par Stannis Baratheon et la grande majorité d'entre eux s'étaient fait à l'idée que la reine ait couché avec son frère jumeau, malgré le fait que l'inceste soit toujours un crime à Westeros, mais au moins, il n'était cette fois pas doublé de complot dans l'optique d'assassiner quelqu'un. Néanmoins, une bonne partie des gens présents ne se privèrent pas de montrer leur choc, provoqué par la grande franchise et le mépris des répercussions que cette confession aurait de Cersei.
« Je cache ma relation avec mon frère, parce que cela me réjouit de nous savoir à l'abri des hypocrites emplis de haine. »
Sachant qu'elle en avait fini avec les crimes dont la Foi l'avait officiellement tenue pour responsable, le Grand Moineau se leva de sa chaise.
« D'après nos plus récentes informations, vous vous êtes également rendue coupable d'autre chose aujourd'hui même, Votre Majesté.»
Cersei lui sourit.
Les cris fusèrent dans la salle, les gens ne parlaient plus, ils hurlaient, et Cersei fut obligée de hausser la voix à son tour pour se faire entendre. Elle se tourna vers la foule, cette fois-ci, et non plus vers les juges :
« J'ai tenté de tous vous tuer à l'aide du feu grégeois situé sous le Septuaire, vous tous, Moineaux, septons, septas, soldats pouilleux, et même simples habitants de Port-Réal, parce que cela m'aurait réjouie de vous voir brûler, et que cela m'a réjouie d'imaginer votre surprise et votre souffrance. Aucune vision n'aurait jamais pu me procurer plus grande joie, et je regrette amèrement que cela n'ait pas eu lieu. »
Elle marqua une pause, pour regarder autour d'elle les gens qui criaient, et l'invectivaient.
« Même des aveux sont réjouissants quand les circonstances s'y prêtent. »
Elle tourna à nouveau brièvement la tête pour observer Tommen du coin de l'œil, sans pour autant vraiment parvenir à déchiffrer son expression.
Elle s'en voulait d'avoir eu à en arriver à ces extrêmes-là, mais rien de tout cela ne se serait produit si elle avait pu demander un combat singulier en choisissant la Montagne pour champion pour déterminer de l'issue de son procès.
A ce stade, les gens ne se parlaient plus entre eux, ils l'insultaient directement, et demandaient à ce que toutes sortes de peines soient appliqués contre elle.
Son emprisonnement à vie. Son intégration forcée aux Sœurs du Silence. Son exécution.
Ce fut cette dernière qui revint le plus souvent, et sous plusieurs formes, qui avaient au moins le mérite de ne pas manquer d'originalité.
Éventrée. Écorchée. Décapitée. Pendue. Brûlée vive.
A cette dernière, les jurés semblèrent prêter une attention particulière.
Le Grand Moineau discuta avec les autres septons, avant de regarder à nouveau Cersei, un air peiné absolument faux sur ses vieux traits, et lui demanda :
« Avez-vous avoué vos crimes en toute liberté ? »
Alors qu'elle aurait pu faire le choix de se rétracter, de dire qu'elle avait menti, de plaider son innocence, d'implorer, de supplier, de prier pour la clémence des Sept Dieux, Cersei ne le fit pas. Elle était allée trop loin, beaucoup trop loin pour revenir en arrière, c'était le point de non-retour, elle le savait à partir du moment où elle avait demandé à Qyburn si la rumeur du feu grégeois sous le septuaire était une simple rumeur, ou quelque chose de plus, elle ne pouvait plus faire volte-face, à présent.
« Oui. »
Sur le visage de Tommen apparaissant une appréhension naissante, craignant probablement pour la sentence qui serait demandée. Il devait, si la condamnation se révélait trop lourde, l'empêcher à tout prix. Sa mère avait beau avoir commis des actes abominables, elle restait sa mère, la femme qui l'avait mis au monde, la femme qui l'avait élevé, la femme qui s'était occupée de lui, la femme qui l'avait fait devenir homme, la femme qui se serait donnée corps et âme pour lui.
Il se l'était promis avant d'entrer dans le septuaire, avant de savoir qu'elle était réellement coupable, mais les aveux qu'elle avait faits ne changeaient rien à sa décision, ni à la promesse qu'il lui avait faite. Il ne laisserait rien lui arriver, et il ne laisserait pas les Moineaux lui faire du mal.
« Dans ce cas, pour Cersei Lannister, qui a, en plus d'être coupable de régicide, d'inceste, de fornication, d'adultère et de complot, eu pour dessein de tous nous tuer grâce au feu grégeois placé, selon ses propres dires, sous le Grand Septuaire de Baelor le Bienheureux, qui a voulu répandre le feu et le sang dans ce haut-lieu sacré, la sentence demandée est l'immolation par le feu. »
Le visage de Cersei demeura impassible, comme à l'ouverture de son procès.
« Que les jurés en faveur de cette condamnation lèvent la main. »
Et sept mains se levèrent.
Cersei aurait presque pu rire de la forme ironiquement poétique de la justice qu'ils souhaitaient lui appliquer, si cela n'avait pas été de sa mise à mort dont il était question.
Elle savait qu'elle allait y laisser sa vie, elle avait presque fait sa paix avec le fait de mourir, mais elle aurait préféré que ce soit fait le plus brièvement possible, pensant que ce serait l'option choisie, qu'ils auraient hâte de débarrasser le monde libre d'un monstre de son genre.
La mort par le feu était particulièrement douloureuse, à ce que l'on en disait. Le feu grégeois, lui, était particulièrement rapide, une seule explosion et tout était fini, il ne restait que des cendres et de la fumée, alors que la mort sur un bûcher, elle, était beaucoup plus lente, prenant le temps de faire souffrir longuement ses victimes avant qu'ils ne voient leur vie leur être arrachée.
Les gens continuèrent de vociférer et de rugir leur approbation, c'était tout ce qu'elle méritait, après tout, la mort, la mort dans la plus atroce des souffrances.
Une seule voix s'éleva contre celles de tous les autres, celle de Tommen, et tout le monde se mit à regarder attentivement le jeune roi.
S'il avait prononcé un « Non ! » d'un ton assuré, assurée, sa voix l'était nettement moins lorsqu'il se rapprocha du Grand Moineau, et vint se planter entre Cersei et lui.
La voix de son oncle Jaime résonna dans son esprit, ce qu'il lui avait dit lorsqu'ils se tenaient tous les deux devant le cadavre de Myrcella remontant à sa mémoire.
Tout ce qu'elle a du endurer, elle l'a enduré pour toi.
« Je refuse que l'on brûle ma mère vive. Je ne tolérerai pas qu'on l'exécute. », déclara-t-il, sa voix légèrement tremblante, trahissant le fait qu'il n'était toujours qu'un jeune garçon portant une couronne d'homme
Le Grand Moineau reprit son air paternel habituel :
« Majesté, votre mère est, de son propre aveu, coupable de nombreux crimes, tous d'une grande gravité aux yeux des Dieux. Cette sentence est celle que les Sept ont jugé bon de lui réserver. La mort par les flammes est la plus pure qui soit : le feu quintessencie l'âme. Puisse celle de la reine votre mère être ainsi purifiée, et rejoindre les Sept Cieux, plutôt que les Sept Enfers auxquels elle s'est elle-même condamnée. »
Tommen eut beau protester, le Grand Moineau ne l'écouta pas, se tournant plutôt vers les gens amassés qui avaient enfin fini de tonitruer, et qui étaient désormais prêts à l'écouter d'une oreille attentive.
Cersei croisa le regard de son oncle Kevan, mais détourna les yeux une fraction de seconde après, recentrant plutôt son attention sur le Grand Moineau, et sur ce qu'il allait dire.
« La reine Cersei sera exécutée après-demain, sur le parvis du Donjon Rouge. »
Les acclamations s'élevèrent dans la foule, bande d'animaux sauvages prêts à s'entre-déchirer et à se masser par milliers pour voir la reine se faire brûler, au nom de tous les méfaits qu'elle avait commis.
Il lui jeta un coup d'œil furtif avant de continuer.
« Nous ne saurions tolérer que le sang d'une traîtresse à la Foi et à la Couronne ne souille les marches sacrées de ce lieu saint. »
Cette fois-ci, le Grand Moineau la regarda d'un air jubilatoire, sans chercher à cacher son ravissement et sa satisfaction.
Le sort de Cersei était scellé.
oOo
Cersei était assise dans un fauteuil, un verre de vin à la main, faisant tournoyer distraitement le liquide rouge Lannister, rouge sang, comme le sien qui coulerait bientôt, dans son verre, lorsqu'on frappa à la porte.
Elle ne s'entendit même pas inviter la personne à entrer dans la pièce, et ne discerna que le bruit de la porte qui s'ouvrait, et qui se refermait dans son dos.
Du coin de l'œil, elle regarda la personne, pour savoir qui est-ce qui venait troubler ses dernières heures de paix, et eut la surprise, qu'elle n'aurait pu qualifier d'agréable, de voir son oncle Kevan.
Il s'approcha d'elle, et l'embrassa sur la joue.
Aucune réaction de la part de sa nièce.
Il la regarda sans vraiment savoir quoi penser. Il avait, comme tout le monde, été choqué par sa confession, et encore plus par le fait qu'il ait échappé aux griffes de la mort de très peu, mais il ne réussissait pas à voir Cersei comme un monstre, comme tous les autres semblaient le croire.
Il l'avait vue naître, il l'avait vue être une petite fille aux boucles blondes et aux yeux verts rieurs, il l'avait vue grandir pour devenir une femme et, à cause de ça, il ne pouvait pas se résoudre à penser qu'elle avait fait ça sur un coup de tête, ou, comme la plupart des gens le prétendaient, à cause de la folie qui l'avait atteinte, la même folie qui avait atteinte le Roi Fou, le poussant à voulant tous les brûler, ordre que Cersei avait failli mettre à exécution, la même folie qui l'avait poussée à avouer sans honte toutes les atrocités qu'elle avait faites.
Il refusait d'y croire, et voulait désespérément se convaincre qu'il y avait une raison plausible, une raison rationnelle derrière ses agissements monstrueux.
Il s'assit sur une chaise à côté de celle de Cersei, ne trouvant rien à dire.
Heureusement, il n'eut pas à le faire, Cersei commençant à parler la première, après plusieurs longues minutes de silence :
« Vous êtes venu voir ''le monstre'' une dernière fois ? »
Kevan esquiva la question, qui n'était de toute façon là que pour meubler le silence pesant, et déclara :
« Je suis venu te demander des explications. »
Cersei daigna enfin le regarder dans les yeux, et ce fut seulement à ce moment-là que Kevan remarqua leur ressemblance frappante avec ceux de Tywin, le même éclat féroce brillant dedans.
« Et à quel propos ? »
« A propos de ce que tu as dit à ton procès hier. »
Elle détourna le regard.
« Qu'y a-t'il à en dire ? J'ai tué Robert parce que je ne supportais plus qu'il me prenne où il le voulait et quand bon lui semblait comme si j'étais une jument destinée à satisfaire ses plaisirs de la chair et à lui fournir des héritiers, et j'ai décidé que j'en avais assez le jour où il m'a frappée suffisamment violemment pour laisser une marque sur mon visage. »
Elle déglutit, et Kevan cru voir le fantôme d'une larme perler au coin de ses yeux.
« J'ai couché avec Lancel pour mener à bien mon plan parce qu'il s'est porté volontaire, et parce que mon père lui avait ordonné d'obéir à tout ce que je lui dirais. »
A la mention de son fils, Kevan se tendit légèrement, mais il ne fut pas étonné de ce que Cersei lui dit. Lancel avait toujours considéré Jaime comme son modèle, et, comme la plupart des hommes de Westeros, avait eu le béguin pour la perle de l'Ouest, pour le Soleil des Sept Couronnes. Il continua à écouter ce que Cersei avait à lui dire.
« J'ai couché avec Jaime parce que je l'aime plus que tout au monde, et nous nous sommes efforcés de dissimuler notre relation aux yeux du monde, non pas parce que nous avions honte de ce que nous faisions, mais parce que nous savions que c'était considéré comme un péché, et que personne ne devait découvrir la véritable identité du père de Joffrey, Myrcella et Tommen, ou bien ils auraient été tués, et nous aussi. »
« Et pour le septuaire et le feu grégeois ? Tu as tout de même tenté de commettre un meurtre de masse. »
Cette fois-ci, Cersei le regarda, et ne détourna pas la tête.
« Je l'ai fait parce que je n'avais pas le choix. Tout le monde me pensait déjà coupable de tous les crimes dont j'étais accusée. Tommen a interdit les procès par combat, sur les instances du Grand Moineau, alors que j'avais l'intention de faire valoir mon droit d'en demander un, en choisissant Gregor Clegane pour être mon champion, et que cela aurait été la seule manière d'être sûre que je me tirerais vivante de cette affaire, et que je ne pouvais pas laisser Tommen seul, avec l'influence grandissante des Tyrell, ou cela revenait à leur offrir le pouvoir sur un plateau d'argent. Il a donc fallu que je trouve une autre solution, et quand Qyburn m'a parlé du feu grégeois, qui avait été caché là-bas par le Roi Fou, j'ai sauté sur l'occasion. Cela m'offrait la possibilité d'échapper à mon procès, et de me venger de tous ceux qui m'ont humilié. Je n'ai pas hésité une seule seconde, même si je savais ce que cela impliquait si j'échouais. »
Encore une fois, Kevan ne trouva rien à dire.
Il n'avait pas envisagé les choses sous cet angle-là, certainement personne ne l'avait fait, et si cela ne changeait rien aux conséquences des actes de Cersei, ou que cela ne les rendait pas moins grave, si cela ne faisait pas revenir à la vie les personnes qu'elle avait tuées, cela prouvait qu'elle n'était pas non plus le monstre que les gens croyaient dur comme fer qu'elle était.
Certes, ses actes étaient monstrueux, mais Cersei avait eu ses raisons.
Kevan s'était douté que les enfants devaient certainement entrer dans la ligne de mire, à un moment ou à un autre. Fidèle à l'animal de leur emblème, Cersei avait toujours montré qu'elle ferait tout pour protéger ses bébés, même devenus grands. En agissant comme elle l'avait fait, elle avait poursuivi ce but, comme elle l'avait toujours fait.
Il acquiesça légèrement, et, cette fois, ce ne fut ni une illusion, ni une impression, ni même le simple fantôme d'une larme qui apparut au coin des yeux émeraude de Cersei.
Il se releva de la chaise où il s'était assis. Pour la première fois, il remit en question le jugement du Grand Moineau et de ses septons, de leur décision de tuer Cersei, se demandant si c'était réellement la bonne chose à faire, la bonne solution, si elle méritait vraiment la mort à laquelle on l'avait condamnée sans connaître toute l'histoire.
Mais de toute manière, ce n'était pas comme s'il pouvait y changer quelque chose. A lui seul, il n'aurait jamais le pouvoir, ni le poids suffisant pour convaincre l'intégralité des gens qui avaient été témoins de son procès qu'en fait, elle avait bel et bien fait tout ce dont elle s'était reconnue coupable, mais qu'elle avait de bonnes raisons, qu'elle n'était pas vraiment méchante, après tout, que c'était tout relatif.
Alors qu'il était prêt à repartir, la main posée sur la poignée dorée de la porte, sans savoir trop quoi penser de tout ce qu'il venait d'apprendre, les détails que Cersei venait d'apporter, qui mettaient en lumière un autre aspect de l'histoire lui laissant un goût amer au fond de sa bouche et dans sa gorge, il entendit la voix de sa nièce l'interpeller :
« Serez-vous présent demain ? »
Il n'eut pas besoin de lui demander à quoi elle faisait allusion pour comprendre, et, hochant la tête, répondit doucement :
« Oui. Oui, je serai là. »
Sans avoir le courage de plonger une dernière fois dans les yeux de Cersei (peut-être par peur de s'y noyer ?), il appuya sur la poignée, ouvrit la porte, et quitta la pièce, sans regarder derrière lui.
oOo
Les cloches sonnèrent le matin de l'exécution de la reine-mère.
Elles sonnèrent, et sonnèrent, et sonnèrent encore, plus fort que le matin du procès, histoire de rappeler à tout le monde, tous les habitants de Port-Réal, riches comme pauvres, qu'il y avait quelque chose à ne manquer sous absolument aucun prétexte.
Lorsque l'aube pointa le bout de son nez et que les premiers rayons du soleil rougeoyant comme du feu ou comme du sang de l'automne, le bûcher était déjà dressé sur le parvis du Donjon Rouge, attendant sagement que la foule vienne l'observer des quatre coins de la capitale, et crier leur euphorie devant la scène qui s'y déroulerait dans la journée.
Au fur et à mesure que les heures passaient et que le soleil s'élevait dans le ciel, de plus en plus de gens s'amassaient au pied du Donjon Rouge, histoire d'être suffisamment bien placés pour voir tout ce qui s'y passerait.
Lorsque le soleil fut à son zénith, on avait l'impression que plus de la moitié de la population de Port-Réal s'était rassemblée au pied du château qui surplombait la ville, venus de tous les quartiers, des manoirs les plus riches comme des bas-fonds de Culpucier, tous semblaient s'être passé le mot pour venir assister en grande pompe à la mort de la reine Cersei.
Les membres de la Foi Militante commencèrent à affluer à leur tour, des centaines de Moineaux, vêtus de leurs robes de bure brune, certains tenant des armes à la main, d'autres des haches ou bien des faux et d'autres encore rien du tout. Si une bonne partie d'entre eux s'arrêta sur l'estrade de bois qui avait été construite spécialement pour l'installation du bûcher, le reste s'engouffra dans le Donjon Rouge, dont les portes, qui avaient été entrouvertes se refermèrent juste derrière eux.
Lorsque les cloches sonnèrent pour ce qui paraissait être la millième fois de la journée, le Grand Moineau fit son apparition, et les portes du château s'ouvrirent à nouveau, en grand, cette fois-ci, pour laisser passer tous les Moineaux qui y étaient entrés peu de temps auparavant.
Mais, cette fois-ci, ils n'étaient pas seuls. Ils étaient accompagnés par celle que tous les spectateurs étaient venus voir.
La reine-mère, entourée par les membres de la Foi Militante, descendit les marches qui séparaient le parvis du château de l'estrade, vêtue d'une simple robe de soie noire, noire comme la nuit, noire comme le crime, noire comme le péché.
L'absence du roi Tommen à ses côtés fit vite jaser les habitants, qui commencèrent à murmurer entre eux, et à discuter des potentielles raisons qui pourraient la justifier.
Le silence s'abattit comme un oiseau de proie sur la foule lorsque le Grand Moineau leva la main pour demander l'attention.
oOo
Comme au matin du procès de sa mère et de son beau-frère, Tommen attendait dans ses appartements.
Il n'avait pas le droit à l'échec, cette fois.
Il n'avait pas réussi à empêcher les Moineaux de faire défiler sa mère nue dans les rues comme une prostituée. Il n'avait pas le droit de les laisser la tuer, en plus de ça.
Il avait bien conscience des actes horribles dont elle était responsable, mais, comme pendant le procès, il gardait à l'esprit la conversation qu'il avait eue avec Jaime.
Tout ce qu'elle a du endurer, elle l'a enduré pour toi.
Si sa mère avait agit de la sorte, elle avait certainement des raisons, et, tout au fond de lui, même s'il se savait être le roi, il ne se trouvait aucune légitimité à la juger, surtout quand, d'après son oncle, qui était la personne la plus proche d'elle, elle ne l'avait fait que pour le protéger, lui, ainsi que son frère et sa sœur.
Pour ce qui était de Robert, il ne pouvait pas en vouloir à sa mère de l'avoir tué. Après tout, combien de fois, réveillé à cause d'un mauvais rêve, il avait couru jusqu'aux appartements de Cersei, dans l'espoir de trouver du réconfort dans les bras de sa mère, et il avait dû faire demi-tour, et retourner seul dans sa chambre, après avoir deviné que son père y était avec elle, et lui faisait du mal, s'il pouvait s'en référer aux supplications de sa mère pour que le roi arrête ce qu'il était en train de faire.
Et de la même manière, il ne pouvait pas lui en vouloir pour avoir une relation avec son oncle Jaime. Si elle avait été brutalisée par son père, comme il avait été bien trop jeune pour le deviner, mais, qu'avec le recul, il comprenait, quoi de plus normal que d'aller chercher du réconfort dans les bras de quelqu'un d'autre, un peu comme lui le faisait avec elle lorsqu'il était petit ?
Cela ne le surprenait pas que cet homme soit son oncle. De ce qu'il avait pu en voir, Jaime avait toujours été attentionné avec elle, et il en était farouchement protecteur, c'était flagrant.
Une autre bribe de leur conversation lui revint en mémoire.
Ils n'enfermeront plus ta mère dans un cachot, jamais plus. Pas tant que je serai là.
Bon sang.
Il aurait dû s'en douter.
Maintenant qu'on le lui avait dit, tout cela lui paraissait tellement évident.
Tout d'un coup, Tommen s'en voulut d'avoir envoyé Jaime à Vivesaigues.
Il aurait peut-être pu éviter ce désastre, réussir là où il avait échoué, empêcher tout ce qui était en train de se passer.
Margaery avait tenté de le convaincre que Cersei n'avait eu que ce qu'elle méritait, qu'on ne pouvait pas échapper éternellement au jugement des Sept, pas quand on n'avait passé sa vie toute entière à les défier, mais malgré toute la véhémence avec laquelle elle s'était exprimée, il n'avait pas pu tomber d'accord avec elle, et avait déjà pris sa décision.
Sa mère ne mourrait pas ce jour-là.
oOo
Jaime ne se rappelait pas avoir vu autant de monde dans les rues de Port-Réal que depuis qu'il avait tenté de confronter le Grand Moineau accompagné des armées Tyrell, alors qu'il passait les portes de la capitale.
C'était comme si un événement de la plus haute importance se déroulait dans les rues de la ville, auquel tout le monde cherchait à se rendre.
Mais cela l'importait peu, au final.
Tout ce qui l'importait, c'était de retourner au Donjon Rouge, et il n'avait qu'une hâte, surtout, de retrouver Cersei.
Mais pour cela, il devait d'abord réussir à se frayer un passage parmi la foule, qui se faisait de plus en plus dense au fur et à mesure où il avançait et se rapprochait du château.
Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que la foule était rassemblée au pied du Donjon Rouge, et semblait captivée parce qu'il se passait devant elle.
Piqué par la curiosité, Jaime se mit debout sur ses étriers, surplombant les gens quasiment entassés les uns sur les autres depuis le haut de son cheval.
Et ce qu'il vit le laissa sans voix.
oOo
Lorsque le Grand Moineau vint se placer devant Cersei, elle put, une nouvelle fois, lire la satisfaction, la jouissance sur son visage.
Plusieurs Moineaux l'attrapèrent sans ménagement, l'empêchant de se libérer, ou même de se débattre.
Le Grand Moineau répéta ce qu'il avait dit l'avant-veille au procès, pour tous les gens qui n'avaient pas pu y assister, redisant tous les chefs d'accusation qui pesaient sur elle, tout les crimes qu'elle avait avoués, et la sentence qui lui avait été assignée.
Puis les Moineaux l'entraînèrent vers le bûcher, qui n'attendait qu'elle.
Ce fut à ce moment-là qu'elle le vit.
Jaime.
Il était là, là, sur son cheval au milieu de la foule, il était là, à une centaine de pas d'elle ou plus, d'ailleurs, et pendant un instant, elle cru que ce n'était qu'un effet de son imagination, qu'elle rêvait, qu'elle hallucinait, qu'il ne pouvait pas être juste devant elle, mais les cris des gens et la sensation de brûlure provoquée par la corde que les Moineaux étaient en train d'attacher au niveau de ses poignets la ramenèrent à la réalité, et la forcèrent à constater que ce n'était pas une illusion ou un mirage, comme celui d'un voyageur en plein désert qui croyait apercevoir de l'eau.
Elle le regardait, elle le regardait essayer de se frayer un chemin, essayer désespérément de fendre l'attroupement compact, son cheval menaçant de les écraser.
La voix du Grand Moineau était forte et claire lorsqu'il demanda, la tirant de ses pensées :
« Cersei Lannister... Si vous avez des dernières paroles, c'est le moment. »
Un des membres de la Foi Militante à ses côtés lui tendit une torche enflammée, qu'il attrapa, et tint à bout de bras.
Un silence de mort s'était fait parmi les habitants, qui n'attendaient qu'une seule chose, que la reine condamnée parle.
Ce qu'elle fit, restant fière et digne jusqu'au bout.
« Vous allez le regretter. Ce que vous êtes en train de faire. Sur mon nom, sur ma fortune, sur mon héritage de Lannister, je vous jure que vous allez le regretter, tous autant que vous êtes. » clama-t-elle haut et fort.
Le visage du Grand Moineau rayonnait, illuminé par une jubilation perverse alors qu'il se penchait et inclinait la torche en flammes pour mettre le feu à la paille aux pieds de Cersei, afin d'embraser et d'incendier le bûcher.
Jaime éperonna son cheval, le lançant à plein galop et forçant les hommes, les femmes et les enfants à s'écarter de son passage s'ils ne voulaient pas terminer piétinés sous les sabots de l'équidé.
En même temps, les portes du Donjon Rouge s'ouvrirent à nouveau, pour laisser passer Tommen, qui dévala à toute vitesse les escaliers.
« Ne faites pas ça ! Je vous l'interdis ! »
Lorsque la défense formelle du roi d'immoler sa mère parvint aux oreilles de la multitude de gens présents, les chuchotements recommencèrent à s'élever.
Le Grand Moineau pouvait-il vraiment désobéir au roi, même s'il disait agir au nom des Sept Dieux ?
Mais il était trop tard.
La paille pris feu au moment où Tommen arrivait au pied des escaliers, et où Jaime, lui commençait à les atteindre, et à les gravir.
Les voix du père et du fils résonnèrent comme une seule dans les rues de Port-Réal.
« Non ! »
Le Grand Moineau se redressa au moment où les flammes commencèrent à illuminer d'une douce lueur orangée les traits fins et la peau pâle de Cersei.
oOo
Contrairement à ce qu'elle aurait pensé, les flammes, plutôt que de la brûler, que de mettre sa chair à vif avant de la réduire en cendres, ne faisait que lui procurer une étrange sensations de caresses sur sa peau, comme si le feu ne faisait que lécher ses jambes, ses bras, ses seins sans pour autant les consumer.
Cersei se rendit compte qu'elle n'était pas en train de brûler.
Sa peau ne noircissait pas, ne partait pas en cendres
Le bois du bûcher et la paille sur laquelle elle se tenait debout se transformaient en un amas de charbon et en fumée, mais elle ne brûlait pas, contrairement à toutes attentes.
Les gens étaient intrigués par l'absence de cris de la part de la reine.
La mort par le feu était censée être une des plus douloureuses, et pourtant, aucun son ne semblait provenir du bûcher en flammes, et atteindre leurs oreilles.
Ce fut seulement après de longues minutes qu'ils eurent la réponse, qu'ils comprirent pourquoi.
Du bûcher, il n'en restait rien, mis à part un tas de cendres.
Et au milieu de ce tas de cendres se tenait la reine.
Nue comme au jour de sa naissance, la soie de sa robe ayant complètement brûlé, la peau légèrement noircie et ses cheveux d'or grisés par la fumée et les flammes, mais vivante, indemne et entière, et debout, là, devant eux, après avoir traversé le feu.
Jaime et Tommen, qui s'étaient tous les deux interrompus dans leur course lorsqu'ils s'étaient rendus compte qu'il était trop tard pour faire quoi que ce soit pour sauver Cersei, achevèrent de la rejoindre.
Et, pendant de longues minutes, nul ne sut quoi dire.
Merci beaucoup d'avoir lu !
Le titre de cette fic vient de la chanson Yellow Flicker Beat de Lorde, ainsi que le résumé, que j'ai simplement traduit.
Le titre de la série avec les ships avec Cersei vient de la chanson Black Hole Sun de Soundgarden.
Ce texte répond à des dettes prises sur le Discord des Défis Galactiques :
Horoscope du 13.05.2021 – Spécial Fête des Mères – Poissons : Cersei Lannister
Alphabet des lieux 2 – P : Port-Réal
Qui est-ce ? - Ecrire sur le Grand Moineau
4 aspects de certains membres du Discord : 4. Ju' : Ecrire sur Luna Lovegood ou écrire sur une mère.
Aidez votre prochain en l'endettant : Ecrire sur le duo Cersei Lannister & Kevan Lannister
De secondaire à principal : Tommen Baratheon
Sarah et Voirloup n°144 : Placer le mot ''sang''
Baiser n°235 : Un baiser sur la joue
Défi sauvetage n°182 : Cersei Lannister
Défi des adultes n°45 : Votre personnage est un tueur (en série ou non, à vous de voir)
Défi de l'extrême n°37 : Terminer au moins 5 défis en une fanfiction et écrire 5 000 mots.
Shippez votre personnage favori : Cersei Lannister : (01/20) : Cersei Lannister/Jaime Lannister
50 nuances : 50 nuances de Lannister (01/50)
Fusionnons : 13 défis
