Chapitre 1 : Hydre y es-tu ?

« J'aime pas ça. »

Réprimant un léger sursaut à l'annonce du druide – il n'était absolument pas en train de s'endormir, loin s'en faut – Arthur détourna les yeux des alentours assombris par la nuit pour venir observer Merlin.

« Bah allez vous coucher, personne vous retient », grommela le roi de Bretagne. « En même temps personne n'a jamais prétendu que la surveillance de nuit c'était un pique-nique.

- C'est pas ça, sire ! » Merlin rajusta sa position, assis sur une souche qui, de là où Arthur se tenait, n'avait pas l'air confortable pour deux sous. Mais à savoir si la gêne affichée sur le visage du druide et mise en relief par les reflets des flammes de leur feu de camp était due à son siège de fortune ou autre chose de plus profond, ça… « J'aime pas… ça, trouva-t-il utile de préciser en agitant ses longs bras comme des moulinets blancs pour désigner les alentours.

- Etant donné que c'est la forêt entière que vous montrez, je vois pas bien ce que j'ai à comprendre… Vous auriez pas les miquettes des bruits de la nuit, des fois ? »

Même dans l'obscurité, Arthur sentit le regard noir qui lui était adressé. « Ah zut ! J'ai pas peur de la forêt la nuit ! J'ai vécu des décennies dans une cahute à côtoyer les loups alors vos soirées à la belle étoile ça me fait doucement rigoler !

- Ça va, ça va, on peut parler non ? Bon… du coup, vous pourriez me dire ce qui ne va pas ? Avec des mots cette fois, pas une imitation de moulin à vent.

- Ça fait trop longtemps qu'ils sont partis, voilà ce qu'il y a ! »

Arthur cligna des yeux, à la fois pour chasser de sa vision la fumée du feu de camp et pour se donner quelques secondes de réflexion pour assimiler ce qu'il venait d'entendre. « Trop longtemps ? Vous rigolez, ça fait même pas six heures, sachant que d'ici au terrier de l'autre bestiole il y en a pour au moins une demi-heure de promenade. Enfin une demi-heure, pour des gens qui marchent bien hein, mais je vous rappelle qu'ils ont emmené Bohort, alors… »

Merlin se tortilla de nouveau sur sa souche et Arthur identifia enfin l'émotion qui torturait ainsi les traits du druide : l'inquiétude. « Justement ! C'était peut-être pas une bonne idée d'envoyer Bohort, s'il faut, il va tout faire foirer !

- Et alors, vous êtes jaloux parce que c'est votre rôle, d'habitude ?

- Ah ça va bien, hein ! Si j'avais su que c'était pour prendre ce genre de réflexion dans la tronche…

- … Et bien quoi ? Vous seriez pas venu, c'est ça ? Mais vous étiez pas censé venir, mon vieux, c'est vous qui m'avez tenu la jambe pendant deux heures devant les portes du château pour nous accompagner ! Moi j'ai dit oui pour vous faire plaisir. Alors maintenant vous êtes là, vous attendez, et surtout vous la bouclez, c'est vu ? »

Deux choses firent immédiatement regretter à Arthur le volume et la rudesse de sa réponse : tout d'abord, la possibilité qu'une bestiole quelconque rôdant dans les parages l'entende et décide de faire du tourisme gastronomique du côté de leur petit campement. Et ensuite – et oui, ç'aurait du être la première chose, mais le groupe avait crapahuté pendant deux jours à cheval à la recherche de leur objectif et Arthur était bien trop fatigué – l'air profondément peiné de Merlin qui sembla se recroqueviller sur lui-même sous le coup de l'injonction, sa grande taille habituelle réduite à un ballot de robes et de cheveux blancs.

Arthur soupira, las et piqué par la culpabilité. Neuf cent ans qu'il avait bientôt, le bazar, et pourtant parfois ses réactions avaient tout de celles d'un gamin.

« Excusez-moi, j'aurais pas dû gueuler, c'est la fatigue, murmura-t-il en se massant la tempe droite qui lui faisait un mal de chien. Mais je comprends pas… c'est pas votre première mission, vous le savez que ça peut mettre du temps ce genre de chose, non ?

- Ça met du temps si quelque chose foire, surtout, marmonna le druide en arrachant un à un les brins d'herbe à ses pieds.

- Mais pourquoi vous tenez tant à ce que ça foire ?

- Parce que vous avez pas envoyé assez d'hommes, voilà pourquoi ! »

Arthur secoua la tête, désabusé. « Une hydre à deux têtes, c'est trois mecs, quatre pour être à l'aise, au-delà de ça, on se gêne les uns les autres. En plus les gars du village ont dit qu'elle était pas trop costaud, ça doit être une jeune. Léodagan et Calogrenant, ils en ont déjà tué à eux deux tout seuls des hydres, et des plus grosses d'ailleurs. Ils savent quoi faire et j'espère que Bohort pourra apprendre deux ou trois trucs au passage. »

Si le seigneur de Gaunes ne s'évanouissait pas à la simple vue de la bestiole, c'était déjà ça de gagné. Mais bon, on pouvait rêver.

« Et Elias alors ? »

Arthur recentra son attention sur le druide. « Eh ben quoi, Elias ?

- S'ils sont déjà si forts, Léodagan et Calogrenant, pourquoi envoyer Elias aussi ?

- Elias, c'est au cas où l'hydre est sensible à la magie », expliqua le roi, saisissant un bâton pour arranger les braises. Il allait bientôt falloir rajouter une bûche ou deux. « Des fois ça arrive, me demandez pas pourquoi, mais les bestioles craignent plus une boule de feu dans la mouille qu'un coup d'épée à la trachée. Donc j'ai demandé à Elias d'y aller au cas où, pour conserver l'avantage. »

Cette réponse ne sembla pas apaiser Merlin qui, ayant tout déforesté dans un rayon de cinquante centimètres autour de ses pieds, jetait maintenant son dévolu sur l'écorce sèche de son siège qu'il s'appliquait à peler écaille par écaille.

Pour briser le silence, qui s'annonçait pesant, Arthur poursuivit. « Vous savez, il a pas fallu beaucoup pousser au cul pour qu'il y aille. Il était bien content de pouvoir farfouiller dans un nid d'hydre à la recherche d'ingrédients, votre Elias, on peut pas vraiment dire qu'il a été forcé. »

Les mots que Merlin marmonna dans sa barbe n'arrivèrent pas aux oreilles d'Arthur, qui fronça les sourcils. « Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il. Deuxième essai, deuxième échec. « Bon vous allez la cracher votre pastille, oui ?

- C'est pas mon Elias ! siffla le druide, jetant en l'air sa poignée d'écorce de chêne. Et s'il veut aller fourrer son gros pif d'emmerdeur dans le cul d'un gros lézard bouffeur d'homme, il fait bien ce qu'il veut, je m'en tamponne !

- Aaah, mais c'est ça ! Vous vous faites du mouron pour votre collègue ! s'exclama le fils Pendragon, écarquillant les yeux. Commencez par là !

- Ah mais merde, maintenant ! »

Merlin se hissa sur ses pieds et fit quelques pas colériques en direction des chevaux, attachés aux arbres un peu plus loin. Comme il lui tournait le dos, Arthur en profita pour esquisser un sourire attendri. « Dites donc, mais vous y tenez un peu alors à votre cornichon d'homologue, je me trompe ? » Il eut pour toute réponse un haussement d'épaule désinvolte alors que le druide faisait mine de chasser des mouches invisibles des naseaux de sa jument. « Même que ça vous embêterait s'il lui arrivait quelque chose ?

- Ça m'embêterait, ça m'embêterait, oui ça m'embêterait ! Rien que l'idée de devoir ranger tout son foutoir au labo à sa place, laissez-moi vous dire, ça me file de l'eczéma !

- Vous savez, je vais pas vous dire que le risque zéro n'existe pas, mais pour ce qui est de cette mission il n'y a vraiment pas de quoi se faire des cheveux blancs. C'est une jeune bestiole, face à quatre mecs dont trois qui valent leur pesant de cacahuètes alors je serais vous, j'arrêterais de me faire des nœuds à la soutane. » Arthur interrompit sa tirade pour tapoter la pierre plate à côté de la sienne. « Allez quoi, revenez près du feu, c'est pas encore l'hiver mais on se les caille dès qu'on s'éloigne un peu. Et puis si vous me laissez faire, je vais le finir à moi tout seul le fromton, et après vous allez pester. »

Merlin hésita encore quelques instants auprès des chevaux, puis il sembla parvenir à une conclusion silencieuse et consentit à s'asseoir sur la pierre désignée par Arthur. Machinalement, il attrapa le quignon et la tranche de fromage tendus par le souverain mais ne les mangea pas tout de suite, se bornant à les contempler à la lueur des flammes comme s'il ne savait pas trop quoi faire avec.

Comme le roi Burgonde la première fois qu'il avait vu une fourchette.

Voir la détresse si évidente de son corniaud de druide serra le cœur d'Arthur dans sa poitrine.

« Si c'est pas indiscret, commença-t-il avec prudence, pourquoi vous avez pas attendu notre retour à Kaamelott, plutôt que de venir ici ? Vous vous seriez évité des journées de cheval, déjà, et au moins vous auriez eu des trucs à bricoler dans votre labo pour passer le temps. Me regardez pas comme ça, vous bricolez, c'est un fait.

- Je me suis dit que je pourrais être utile, question orientation dans la forêt je suis pas trop mal.

- Alors, oui, pourquoi pas, sauf que là on a suivi le chemin jusqu'au village, puis l'unique sentier dans la forêt jusqu'à la clairière où les villageois se font attaquer par l'hydre et où on a monté le campement. Niveau orientation, on avait pas trop moyen de se perdre. A la limite vous auriez été utile pour naviguer depuis le campement jusqu'à la grotte de l'hydre, mais étant donné qu'il n'y a qu'une seule falaise où elle peut crécher et qu'on la voit d'ici…

- Oui bon… j'ai pris des onguents et des cataplasmes, aussi, si jamais il y en a qui se blessent.

- Normalement il devrait pas y avoir trop de casse, encore une fois. Sauf si Bohort se fracasse la tête sur un rocher en tombant dans les pommes, mais là… comme ça a autant de chance d'arriver dans les escaliers de la cuisine s'il croise une souris, j'ai envie de vous dire que ça compte pas. »

Merlin soupira et mordit dans son quignon de pain en lieu et place d'une autre réplique. Les cernes sous les yeux bleu-gris de l'enchanteur avaient-elles toujours été aussi prononcées ? Ou était-ce un jeu de lumière provoqué par le feu ? Arthur n'en était pas sûr.

« Pourquoi vous vous êtes pas porté volontaire pour y aller avec eux, à la grotte, si ça vous inquiète tant que ça ? » demanda le roi de Bretagne en se coupant un énième morceau de fromage. Le dernier et c'était fini, promis. « Vous auriez pas été d'une grande aide, je conçois, mais si ça vous évitait de vous mettre les nerfs en pelote à attendre ici…

- Pour être honnête, je suis pas fan des reptiles. Les hydres, les dragons, les serpents des lacs… c'est pas trop mon truc.

- Oh bah tiens, ça me coupe les jambes, ça dites donc, railla Arthur sans franche méchanceté.

- Vous n'y êtes pas allé non plus, que je sache, pourtant j'aurais très bien pu garder les chevaux tout seul. »

Toute notion de taquinerie s'évapora de l'esprit d'Arthur et il fit mine de chercher le bout de pain qu'il s'était tranché quelques instants auparavant. Et qui n'existait pas, bien entendu. « Non mais moi… c'est pas pareil, je surveille le camp, les vivres, si une menace arrive je la dégomme, voilà.

- Rien à voir avec le fait qu'une hydre ça n'aime pas la lumière, donc il faut progresser sans torche dans les tunnels et la surprendre dans le noir, des fois ?

- Moi c'est pas pareil je vous dis ! »


Il fallut finalement attendre deux heures supplémentaires avant qu'un bruit se fasse entendre dans les buissons environs.

Merlin avait depuis glissé de sa pierre plate avec toute la grâce d'un pot de gelée de myrtille dégoulinant d'une table, s'appuyant petit à petit sur le flanc de son roi à mesure que l'inquiétude cédait la place au sommeil. D'ordinaire Arthur l'aurait secoué et enjoint à regagner son plumard – il était roi de Bretagne, pas un oreiller à plumes d'oie – mais là, il ne s'en sentait pas le cœur.

Sans compter que réveiller le druide, c'était s'exposer à une nouvelle crise d'angoisse, alors merci bien. Monter la garde de nuit c'était déjà pas bien engageant, mais avec un Merlin au bord de la crise de nerfs ça devenait carrément invivable.

C'est donc avec la joue du druide fermement plantée sur son épaule et des mèches argentées encombrant son champ de vision périphérique qu'Arthur se raidit, attentif, lorsqu'un craquement se fit entendre à sa gauche dans les broussailles. Suivi d'un second, puis bientôt d'un troisième. Au quatrième, Arthur se redressa brusquement en portant une main à Excalibur, posée au sol à ses côtés.

Merlin tomba comme une pierre, son visage heurtant l'herbe grasse avec un bruit mou. « Kesskya, c'est qui, quoi ? » piailla-t-il en reprenant tant bien que mal son équilibre. Son écusson doré avait glissé de son front à son nez et ses efforts pour le remettre en place étaient loin d'être coordonnés.

« Chut ! lui intima Arthur à mi-voix. J'ai entendu un truc.

- Un truc ? Quel truc ?

- Ah mais chut, à la fin ! J'essaie d'écouter.

- Un truc plutôt gros ? Ou plutôt comme un lapin, ou un rat ?

- La barbe ! Si votre lapin nous tombe sur le râble et qu'en fait il fait une toise de haut avec des griffes comme des couteaux, on fera moins les malins !

- Quoi, vous avez peur des ours ? Mais c'est tout gentil un ours, c'est bête comme ses pattes en prime, on en fait ce qu'on veut ! Des loups ce serait déjà plus délic-

- Mer-deuh !

- Bah dis donc mes côlons, si on avait pas le sens de l'orientation on aurait eu qu'à se repérer à l'oreille, c'était tout aussi bien. »

Arthur et Merlin sursautèrent et se tournèrent comme un seul homme vers l'origine de la voix bourrue. Léodagan venait de sortir des buissons, en témoignaient les feuilles et brindilles accrochées à sa tunique. L'agacement qui transparaissait clairement dans sa voix céda bien vite la place à un sourire en coin satisfait. La mission avait du bien se passer.

Il portait quelque chose en travers de l'épaule, une sorte de gros sac difforme, mais dans l'obscurité il n'était pas simple d'en distinguer les détails. Arthur plissa les yeux, puis les écarquilla assez vite en identifiant des bras et des jambes.

« Bohort ?!

- Nan mais c'est rien, il a flippé, le cornichon, » expliqua Léodagan en déposant son volumineux colis au sol avec toute la douceur dont il était capable. C'est-à-dire, tristement peu. « Il était déjà pas bien frais quand il a fallu éteindre les torches et rentrer dans le tunnel, mais entre rester seul la nuit dehors et venir avec nous, il a vite choisi. Les autres arrivent, d'ailleurs.

- Bien, fit Arthur en relâchant la respiration qu'il ne se souvenait pas avoir retenue. J'imagine que ça s'est plutôt bien passé ?

- Bah disons que ça s'est passé. »

Le roi de Bretagne haussa un sourcil interloqué. « Mais… ça s'est mal passé ?

- Non, mal passé, tout de suite, grogna Léodagan avec un haussement d'épaule désinvolte. Vous y allez un peu fort.

- Sans y aller trop fort, vous êtes habituellement plus loquace quand il s'agit de vous vanter, alors vu que vous êtes étrangement timoré sur les récits de vos exploits ce soir, excusez-moi, oui, je demande si ça s'est mal passé !

- Ça se serait mieux passé avec des informations un peu plus justes aussi ! »

Les sourcils d'Arthur, déjà bien froncés, menaçaient maintenant de carrément tomber au niveau de sa barbe. « Comment ça, des informations plus justes ? La grotte elle était pas à la falaise ?

- Si monsieur !

- Et elle était pas à une demi-heure de marche de la clairière, après le petit ruisseau ?

- Si monsieur ! Et on pourrait en parler, aussi de ça, à crapahuter dans les buissons épineux sans un seul sentier potable…

- Alors on pourrait mais on va pas le faire, rassurez-vous, bon et alors ? L'hydre elle était pas dans son tunnel ?

- Oh que si, elle était bien là !

- Eh ben alors ?!

- Alors elle était pas seule ! » Léodagan étira ses épaules fourbues d'avoir transporté Bohort dans les sous-bois, grinçant des dents quand un craquement d'allure douloureuse se fit entendre. « Vos paysans là, soit ils avaient picolé, soit ils savent définitivement pas compter ! Y avait pas une hydre à deux têtes, mon bon seigneur : y avait deux hydres à une tête !

- Ah… »

C'était en effet un problème. Le nombre de têtes au total importait peu, en soi, puisque la bestiole ne pouvait être qu'à un seul endroit à la fois même avec quatre têtes et permettait de concentrer les efforts de tout le groupe. Mais plusieurs hydres… eut égard à l'acidité de leur caractère, il était très rare que ces saloperies cohabitent, et encore moins travaillent de concert.

Mais manifestement pas impossible.

« Bah beau-père, je suis désolé, ça a pas dû être simple, fit Arthur, se sentant un peu coupable bien que la faute ne lui revenait pas réellement. Surtout qu'avec Bohort dans les pommes, il fallait aussi surveiller qu'il se fasse pas becqueter les miches…

- Ah non mais il m'a surpris le gringalet ! annonça Léodagan en montrant du doigt le seigneur de Gaunes affalé dans l'herbe qu'un Merlin à moitié endormi avait déjà commencé à examiner. Bon il a chougné, ça c'était à prévoir, mais il a tenu bon ! Je crois même qu'il a tapé une hydre avec son épée, une fois, si si ! Pas assez pour faire vraiment mal, mais vous voyez ce que je veux dire. »

Arthur combattit l'envie d'enfouir son visage dans ses mains. Fallait-il qu'il soit complètement timbré pour conserver dans son gouvernement des gens si peu fiables lorsqu'il s'agissait de vraiment protéger le royaume de Logres ? « Mais je comprends pas… vous aviez pas dit qu'il était tombé dans les choux, Bohort ? Vous l'avez même trimballé jusqu'ici.

- Ah mais c'est pas à cause des bestioles qu'il a tourné de l'œil ! Non messire ! Il est tombé dans les vapes quand il a vu—

- Bon vous vous poussez oui ?! On va pas passer la nuit là ! »

Léodagan, au grand étonnement d'Arthur, ne répondit pas à l'injonction venue des buissons par une pique de sa propre invention mais obtempéra et se décala sur le côté. Ce qui eut pour effet de dévoiler au roi de Bretagne une scène dont il se serait bien passé à cette heure tardive.

Calogrenant venait de sortir des sous-bois, ralenti et alourdi par un Elias à peine conscient. L'enchanteur avait son bras droit passé autour des épaules du chevalier, qui lui tenait la taille. Son bras gauche, quant à lui, pendait lamentablement à son flanc même si la faible lueur du feu de camp ne permettait pas un examen précis, il aurait fallu être aveugle pour louper la fourrure noire déchirée et la plaie béante qui décorait la clavicule et l'épaule d'Elias, maculant de sang brillant chaque pouce de peau exposée. Si ce n'était pas suffisant, la jambe droite du sorcier était tordue à un angle écœurant, suggérant une vilaine fracture en-dessous du genou.

Léodagan indiqua le duo bancal d'un geste du bras, comme s'il venait de se souvenir de leur existence.

« Bah quand il a vu ça, tiens. »