« Allez, faites pas la gueule, il était foutu de toute façon, on vous en fera faire un tout neuf quand on rentrera, promit Merlin en broyant sur une pierre plate des pissenlits qu'il avait trouvé à quelques pas de leur campement. Je me suis fait pote avec une couturière, une p'tite jeune qui vient au marché chaque semaine, si c'est moi qui demande elle vous fera un tarif aux oignons.

- Si c'est elle qui vous a fait votre costume de saltimbanque, non merci. »

La pique aurait sûrement eu plus d'impact si Elias n'avait pas été emmitouflé jusqu'au front dans la couverture blanche que Merlin s'était trimballé depuis Kaamelott. Détrempé par le sang et la bave d'hydre, et déchiré sur une bonne partie de sa longueur, son manteau de fourrure sombre auparavant si imposant était devenu un handicap, une promesse d'infection à venir. Autant d'arguments valables qui n'avaient pas reçu la moindre once d'approbation d'Elias, qui agrippait sa tenue comme si Merlin avait suggéré qu'il aille courir cul nu dans la forêt.

Le demi-démon avait du se mettre un peu en colère – mais à voix basse, bien entendu, pour ne pas réveiller leurs compagnons et se manger un taquet – mais l'enchanteur avait finalement consenti de mauvaise grâce à laisser son manteau et la tunique noire qu'il portait dessous se faire découper. Demi-démon il était peut-être, mais Merlin n'était pas un monstre pour autant il avait donné sa couverture à Elias pour le protéger du froid de la nuit d'automne pendant qu'il préparait un cataplasme.

Pouvoir apercevoir, même de façon fugace et mal éclairée, le haut du corps du Fourbe avait été une expérience pour le moins… étrange. Déjà, c'était inédit : même en été, découvrir la moindre parcelle de peau nue semblait énormément coûter à l'enchanteur du Nord. Remonter ses manches, déboutonner son col, autant d'actes anodins mais qui semblaient aussi impossibles qu'apprendre la cartographie au seigneur Perceval. Alors retirer son manteau et sa tunique en entier, comme ça sans préambule, c'était un grand pas et Merlin se retrouvait malgré lui curieux de découvrir ce qui se planquait sous la carapace de son confrère.

Simple curiosité de guérisseur hein, sans dessein caché. C'était juste pour les soins, rien d'autre. Vous pensez bien.

Enfin du moins jusqu'à ce que les vêtements tombent pour de vrai et que la curiosité cède la place à la surprise, coiffée d'une pointe d'effroi.

Bien que d'une carrure moyenne, Elias était bien trop maigre, ses muscles secs attachés à ses os sans aucun rembourrage autour. C'était un miracle que l'hydre ne lui avait pas purement et simplement arraché le bras, étant donné par quoi il était retenu au reste du corps. Mises en relief par les flammes et la pâleur naturelle de son teint, de nombreuses cicatrices rivalisaient de taille et de formes pour dépeindre sur sa peau la fresque de sa vie. Les « jolis souvenirs », car telle était leur étiquette, avaient attrapé le regard de Merlin dès leur révélation et ne semblaient pas vouloir le laisser partir.

« Vous comptez reluquer encore longtemps ou vous mettre au boulot ? avait grogné Elias, inconfortable sous le regard de son acolyte. Parce que je vous préviens, si vous me prenez pour une bête de foire, vous allez payer le ticket d'entrée. »

Ce furent ses derniers mots prononcés pour un long moment. Même alors que Merlin nettoyait sa blessure en profondeur à coup d'eau claire mélangée à une décoction d'absinthe, il n'avait pas desserré les dents. La douleur devait pourtant atteindre un seuil difficilement soutenable, mais Elias avait fixé ses yeux sur un point invisible au milieu des arbres environnants et semblait tout simplement attendre que le moment se termine.

Merlin avait choisi de ne pas se faire trop remarquer, au risque de briser cette trêve qui avait, à son sens, la fragilité des premiers bourgeons printaniers. Alors il avait nettoyé consciencieusement, puis il avait tendu sa propre couverture comme une branche d'olivier à son comparse pour lui permettre de se protéger du froid ambiant en attendant que le cataplasme cicatrisant soit prêt à être appliqué. Elias avait accepté le tissu doublé de laine avec un hochement de tête, sa version muette du « merci », avant de s'en entourer avec son bras valide. Enfin, plutôt de galérer un bon paquet de minutes, mais Merlin savait bien qu'il ne fallait pas proposer d'aide additionnelle pour le moment.

L'orgueil de l'enchanteur avait déjà pris un sacré coup sur le coin du museau, pas la peine d'en rajouter.

« Alors déjà, non, ce n'est pas elle qui a fait mon « costume » comme vous dites, » fit Merlin en ajoutant aux pissenlits broyés la pâte qui lui servait de base pour la plupart de ses onguents – cire d'abeille et huile d'olive lorsqu'il pouvait en chiper en cuisine. Sinon il mettait un peu de miel à la place, mais c'était vraiment pas pareil, surtout par temps froid où le pot entier avait tendance à figer. « Et ensuite, vous allez faire quoi ? Vous promener à moitié à poil alors que l'hiver approche ?

- Mais qu'est-ce que ça peut vous foutre, à la fin ? On est pas mariés, si ? »

Merlin sentit ses joues s'embraser et retourna bien vite son attention au malaxage de sa pâte aux pissenlits. Cet enquiquineur, toujours à utiliser des mots plus gros que lui… « Non, on l'est pas, mais si vous chopez la crève c'est moi qui vais devoir me taper tout le boulot à votre place, alors merci bien.

- Mon boulot ? Vous, vous voulez faire mon boulot à ma place ? Ben mon pinson, vous doutez de rien.

- Bah je sais bien, si on provoque pas le décès instantané des gens on fait bouseux, mais que voulez-vous, on peut pas tous être comme vous. Ça va piquer, un peu. »

Sans donner l'occasion à Elias de protester, Merlin souleva le coin de couverture qui cachait son épaule et appliqua l'onguent d'un geste pratiqué. Le gargouillis étranglé qui s'échappa d'Elias était tout à fait délicieux, et le druide esquissa un petit sourire satisfait tout en piégeant la pâte odorante dans un bandage.

« Non mais ça va pas mieux, vous ! Vous pourriez prévenir !

- J'ai dit que ça allait piquer, et ça pique, jusque là y a rien qui me choque.

- Virez vos grosses paluches de benêt de là, ou… ou j'vous mords !

- Je suis sûr que vous le feriez en plus, charogne. Allez c'est bientôt fini, un peu de courage. »

Merlin noua bientôt la fin du bandage et replaça la couverture sur l'épaule d'Elias, la coinçant entre le dos de l'enchanteur et la souche pour faire barrière au froid. Bien, une bonne chose de faite et maintenant, la partie moins drôle.

« Je vais remonter votre pantalon et vous toucher la jambe, d'accord ? prévint le druide en s'accroupissant près des pieds bottés d'Elias, tendus vers le feu. Faites pas celui qui est pas prévenu.

- Tant que vous tentez rien envers ma vertu, vous pouvez y aller.

- Maintenant c'est vous qui doutez de rien, même peigné et lavé vous êtes aussi charmant qu'un cul de blaireau, alors là excusez-moi mais c'est pas du tout l'ambiance. »

Oh, la belle expression estomaquée ! Si seulement Merlin avait un peu de temps pour bien la regarder et la graver à tout jamais dans sa mémoire, ou mieux encore, la dessiner et lui donner le titre : « Le jour où j'ai cloué son vilain bec à Môssieur Elias de Kelliwic'h, meneur des Loups de Calédonie, prophète des âmes et emmerdeur à temps plein. »

Mais non, bien sûr que non, il avait du travail. Quelle misère.

Le guérisseur extirpa le bout du pantalon noir d'Elias de sa botte et le roula précautionneusement vers le haut, au-dessus du genou. Il fut accueilli par la même peau pâle que sur le haut du corps de l'enchanteur, mais avec beaucoup moins de cicatrices. Une seule, en réalité, n'était visible : une marque circulaire, au milieu du mollet. Un carreau d'arbalète ? Peut-être.

Merlin posa ses mains de part et d'autre du genou d'Elias, juste au-dessus de l'endroit où la queue de l'hydre avait frappé, puis il tâtonna les chairs déformées çà et là à l'aide de ses pouces. Mis à part un ou deux sifflements de douleur, son confrère ne fit aucune remarque et eut pour seule réaction de s'emmitoufler plus encore dans sa couverture. Lui aussi devait avoir envie que les soins se terminent vite, pour pouvoir se reposer un peu avant le voyage de retour.

« Je me doute que vous allez pas le voir comme ça, mais vous avez eu de la veine, rassura le guérisseur en passant une dernière fois ses doigts sur le genou gonflé par l'inflammation. En vous voyant la première fois je croyais que c'était fracturé, mais vous avez juste une luxation antérieure sans grosse lésion ligamentaire ou vasculaire, une petite réduction et ça devrait aller.

- Et avec un vocabulaire tout public, ça donne quoi ? fit Elias en plissant des yeux, n'appréciant pas vraiment de jouer pour une fois le rôle de celui qui est largué.

- Votre genou est déboîté, mais c'est propre et je vais pouvoir vous le remettre en place maintenant.

- Ah, mais vous aviez raison alors… j'ai vraiment pas l'impression d'avoir eu de la veine. »

Merlin se surprit à rire doucement, car le ton d'Elias avait perdu de son mordant et ressemblait à une vraie plaisanterie. Il se permit même une tape rassurante sur le genou valide de l'enchanteur. « Vous inquiétez pas, vous serez retapé en moins de deux, j'en ai vu une sacrée panoplie des luxations comme ça. Faites-moi confiance, demain matin vous vous en souviendrez même plus. »

Il s'attendait à une nouvelle remarque acerbe sur la confiance, un truc du genre qu'on lui confierait même pas le nettoyage d'une cheminée, mais elle ne vint pas. Elias devait vraiment être fatigué.

Merlin plaça une main sous la cheville de son patient, agrippant le cuir de la botte toujours en place, et plaqua sa paume libre sur la face extérieure du genou blessé. Fermant les yeux, il prit une longue inspiration, gonflant ses poumons de l'air froid et humide de la forêt. Il se laissa envahir par les bruits de la nuit, la lumière réconfortante de la lune d'automne dans son dos qu'il sentait aussi bien que la chaleur du soleil en journée, les vibrations de la terre contre sa chair, les murmures des plantes caressées par le vent.

Le druide puisa à pleine poignées dans ce réservoir de vie, comme il l'avait déjà fait des centaines de fois pendant des siècles, attirant les forces telluriques autour de lui pour les rediriger selon sa volonté. Alors oui, tous ces blaireaux modernes avec leur médecine et leur posologie à la mords-moi le navet pouvaient bien se la péter, il y avait quelque chose de profondément pur et éthéré à guider ainsi les puissances anciennes pour réparer ce qui était brisé.

Merlin pouvait sentir tout ce qui se passait au niveau du genou blessé d'Elias il entendait tous les ligaments grincer d'inconfort, les muscles se tordre de douleur, le sang battre furieusement comme s'il était outragé par cet affront fait au corps qui le contenait. Le guérisseur trouva l'endroit précis où il devait presser pour forcer l'articulation à reprendre sa position naturelle sans perdre de temps, il tira la cheville à lui et appuya fermement de son autre main, soupirant de soulagement quand la tête du tibia reprit sa juste place dans la rotule avec un « pop » sonore.

Après un remerciement silencieux aux Dieux, il ouvrit les yeux pour tomber nez à nez avec le visage abasourdi d'Elias.

« Mais… ça y est ?

- Bah oui ça y est, vous attendiez quoi, un coup de clairon ?

- Non mais… j'ai rien senti ? Enfin j'ai senti, mais j'ai pas eu mal, quoi.

- Vous auriez préféré ?

- Ah mais merde là, j'essaie de comprendre !

- Mais y a rien à comprendre, les soins par la magie blanche si c'est bien fait, on sent rien c'est tout. Alors oui, si vous tombez sur un baltringue qui rend hommage aux Esprits de la forêt quand il lui tombe un œil, et qui va aux réunions druidiques que quand il fait beau, vous avez de grandes chances de douiller. La relation avec les entités divines c'est pas à sens unique, hein, faut pas les prendre pour des cons les mecs. » Elias était en train de le scruter d'un air insondable. « Quoi qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Rien, j'ai rien dit. »

Mais l'enchanteur continuait de le regarder, comme s'il venait de le rencontrer pour la première fois et qu'il tâchait de prendre la vraie mesure du druide. Ce n'était pas particulièrement agressif, mais soutenu, et Merlin ne put s'empêcher de détourner le regard, inconfortable.

« Vous gardez bien la jambe tendue, c'est réparé mais c'est encore fragile, marmonna-t-il tout en re-déroulant le pantalon d'Elias. Je vais vous faire un genre d'attèle, j'ai de la ficelle et il doit y avoir des bouts de bois pas loin. »

Il y en avait, en effet, suffisamment pour tenir bien raide la jambe convalescente et raviver les flammes qui avaient commencé à faiblir. Merlin s'essuya le front avec tout ça, il devait bien être l'heure de réveiller Léodagan pour son tour de garde, non ? De toute façon il était rincé, si jamais il s'asseyait, il s'endormirait en quelques secondes et Arthur lui collerait une bonne danse.

Le druide fit donc le tour du feu pour secouer doucement l'épaule du seigneur de Carmélide, qui s'éveilla de bien mauvaise grâce. Laissant l'ours sortir à son rythme de son hibernation, Merlin chipa une gourde, une moitié de miche de pain et ce qu'il restait de fromage avant de revenir près d'Elias.

« Tenez, mangez un morceau, les autres sangliers ont pas laissé grand-chose mais c'est mieux que rien. On refera les stocks demain en retournant au village.

- Non mais j'ai pas faim, c'est bon, refusa le blessé sans esquisser un mouvement vers les victuailles qu'on lui tendait. Je préfère dormir tout de suite.

- Ah mais vous avez pas compris, c'était pas une question : mangez un morceau. Vous avez déjà pas vraiment de réserves sur lesquelles tenir en temps normal, et là le corps a besoin d'énergie en plus pour se remettre correctement. Vous êtes tout sec, on dirait un petit arbre tout épineux.

- Le petit arbre, il va vous coller un bourre-pif, faudra pas demander d'où ça vient.

- Disons qu'on en reparle demain matin, en attendant, vous mangez. Et buvez aussi, au moins la moitié de la gourde, il faudra bien ça pour refaire tout le sang que vous avez éparpillé partout. »

De nouveau, Elias le fixa d'un air impénétrable, avec une pointe de méfiance. « Pourquoi vous êtes aussi…

- … chiant ?

- J'allais choisir prévenant, remarquez ça fonctionne aussi.

- Je fais pas ça pour vos beaux yeux, figurez-vous, souffla Merlin en haussant une épaule, se détournant avec soin desdits beaux yeux de son confrère. C'est un suivi, un genre d'assurance qualité. Si je vous retape c'est pas pour vous laisser crever d'inanition, de quoi ça aurait l'air ? J'ai une réputation à maintenir, après tout. »

Elias lui lança un regard désabusé, convoyant très bien ses pensées concernant la « réputation » du druide de Bretagne, mais il tendit son bras valide pour récupérer le pain et le fromage qu'il mangea consciencieusement. Il se saisit ensuite de la gourde, et s'il n'en but pas la moitié comme prescrit, il en prit tout de même assez de gorgées pour satisfaire le guérisseur.

« Voilà maman, vous êtes contente ? J'ai le droit d'aller pioncer maintenant ?

- Vous voulez pas boire encore un peu ? Ça peut pas vous faire de mal.

- Si je bois encore, je vais devoir me lever pour aller pisser pendant la nuit, dans mon état présent et dans le noir ça me paraît pas très malin. Sauf si vous tenez absolument à venir me la tenir, je crois qu'on va éviter.

- Oh lui, hé !

- Y a pas à dire, c'est une expérience à part de se réveiller pour vous entendre parler bistouquette, grogna Léodagan en se redressant, les cheveux encore plus désorganisés que les soldats de Kaamelott à la dernière bataille rangée face aux Saxons.

- J'ai rien dit, moi ! s'indigna Merlin, les joues pourpres et un doigt accusateur enfoncé dans l'épaule valide d'Elias. C'est cette sale bête-là qui peut pas s'empêcher de parler de sa… de son machin ! »

Le sorcier prit l'air le plus innocent et interloqué qu'il avait en poche et le placarda sur son visage. « Mais moi je croyais qu'on avait quelque chose de lancé, là. Vous avez pas dit que j'étais charmant, tout à l'heure ? Et que j'avais de beaux yeux ?

- J'ai dit charmant comme un cul de blaireau, c'est ça que j'ai dit ! Et les yeux, j'ai pas dit… enfin si, mais c'était pas… ah merde à la fin ! »

Non mais il le faisait exprès ou quoi ?! A quel moment il s'était dit que c'était acceptable de passer du sarcasme mordant à la presque-drague, comme ça, sans palier ? Et en public en plus ! Cette immonde enflure avait même l'audace de se fendre d'un sourire mielleux, écœurant comme tout. Ses lèvres elles-mêmes devaient en avoir le goût du sucre, Merlin en était sûr.

Attendez… quoi ?

« Dites, bon, moi j'm'en fous, vous faites ce que vous voulez, » fit le Sanguinaire en se grattant l'arrière de la tête. Il était clairement gêné, même s'il essayait de le cacher sous une couche de nonchalance. « Chacun met ce qu'il veut sur ses tartines, hein, comme dit ma femme. Sauf que je tiens pas particulièrement à reluquer les vôtres, de tartines, voyez ? Alors si vous pouviez être discrets, je préfère être franc : ça m'arrange. »

Tout au long de la tirade de Léodagan, Merlin s'était peu à peu tassé sur lui-même, écrasé d'embarras par la simple existence de cette conversation. Que fallait-il faire ? Nier en bloc ? Si ses joues étaient aussi rouges qu'elles étaient chaudes, cela ne servirait pas à grand-chose à part mettre à mal sa crédibilité. Se taire ? C'était admettre tacitement que Léodagan avait raison. Que faire, que faire…

« Vous inquiétez pas, vous remarquerez même pas qu'on est là. »

Ah si, Merlin savait quoi faire. Mettre un gros taquet dans le museau de l'abruti qu'il venait de soigner, et peu importe la contre-productivité.

« Non mais vous êtes pas marteau ? chuchota-t-il furieusement à l'oreille d'Elias. Vous allez lui mettre des idées dans la tête !

- Les idées, il les a déjà, alors si ça peut nous acheter un peu de tranquillité, je sais pas vous mais moi je crache pas dessus. » Elias se tortilla maladroitement pour glisser en position allongée, serrant manifestement les dents contre la douleur. Malgré son agacement, Merlin eut le réflexe d'accompagner sa descente pour lui permettre de reposer sur le flanc, appuyé sur son épaule valide. « Et puis j'ai pas vraiment menti, c'est vrai qu'il va même pas nous remarquer, vu qu'on va ronquer comme des pierres. Moi en tout cas c'est mon plan.

- Et s'il en parle aux autres ?

- Les autres, les autres, je m'en tamponne comme de mes premières dents, de l'avis des autres. Vous devriez le savoir, depuis le temps. Maintenant, je vais pas vous cacher que la journée a été longue et pas simple, et que je voudrais un peu fermer l'œil. »

Le sorcier fit mine d'installer confortablement sa joue contre l'herbe, comme il l'aurait fait avec un oreiller dodu, et ferma résolument ses yeux cernés. Toute l'humidité du sol allait sans doute lui concocter un réveil bien désagréable. Bien fait pour lui.

Qu'est-ce qu'il pouvait être con celui-ci, alors… Un vrai fouille-merde.

Le druide grommela quelques mots bien choisis dans sa barbe argentée, rajusta la couverture qui menaçait de tomber de l'épaule d'Elias, et s'installa pour la nuit à quelques pieds de là.