Chapitre 5 : le Village

« Hé ben, je vois qu'il y en a qui s'emmerdent pas trop. » Léodagan croisa les bras sur son torse, un sourire narquois et malsain étalé allègrement sur son visage. « Pas trop dur, le tourisme ? Non sinon vous nous dites, hein.

- Lâchez-lui la chemise, vous voyez pas qu'il est pas dans son assiette ? répondit Merlin du haut de sa selle, plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Vous m'aidez à le faire descendre, ou je dois me débrouiller tout seul ? »

Le roi de Carmélide leva les mains en signe de paix. « Oh ça va, ça va, si on peut plus parler sans se faire mordre. Allez-y, envoyez. »

Faire descendre Elias de cheval allait être tout sauf simple, étant donné l'état dans lequel se trouvait l'enchanteur. Il avait passé la journée à alterner entre sieste et éveil – même si sa conversation n'avait rien de très dynamique, pour être franc – mais depuis le milieu d'après-midi, il s'était profondément assoupi. Merlin l'avait senti s'appuyer de plus en plus contre son dos, la chaleur inquiétante de son corps traversant sans difficulté les habits du druide, et toutes ses tentatives pour réveiller son confrère avaient échoué les unes après les autres.

A ce stade, l'inquiétude avait cédé tout son terrain à l'angoisse dans le cœur de Merlin, et il n'avait plus qu'une chose en tête : caler Elias au chaud et faire le tour du village dans lequel leur petite troupe venait d'arriver en quête de remèdes contre la fièvre.

« J'ai défait les nœuds de la couverture, je le fais glisser vers vous.

- Je suis prêt, je vous dis, vous pouvez y aller franchement.

- Voilà, voilà, ça vient… mais attention, bon sang ! s'exclama le druide en retenant Elias par le bras quand il s'aperçut que Léodagan avait l'intention de réceptionner l'enchanteur sur son épaule comme un bête sac de patates. C'est pas une botte de blettes, allez-y doucement !

- Vous voulez mon aide ou vous la voulez pas ?! Parce que je vous préviens-

- C'est bon, ! » Merlin se força à radoucir sa voix commencer un concours de hurlements avec le Sanguinaire dans la rue ne servirait qu'à lui faire perdre du temps. « Je veux bien votre aide, c'est gentil, par contre est-ce que vous pourriez être plus délicat ? S'il vous plaît ?

- Si vous voulez du délicat, c'est à Bohort qu'il faut demander de l'aide, mais bon je vais voir ce que je peux faire pour votre bonhomme. »

Merlin se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas rétorquer qu'Elias n'était pas « son » bonhomme, merci bien, et se concentra plutôt sur la descente en douceur dudit bonhomme le long du flanc du cheval. Lorsqu'il fut sur ses pieds et maintenu debout – fermement mais avec une once de délicatesse, il fallait saluer l'effort – par Léodagan, alors seulement le druide mit à son tour pied à terre.

« Alors, je vous l'avais pas dit ? fit le chevalier à la tignasse brune. Faut arrêter de vous mettre la rate au court-bouillon comme ça, il est pas en sucre votre copain. Il dort comme une souche, par contre, c'est normal ça ?

- C'est ça qui m'inquiète, justement, c'est un gros insomniaque donc le voir dormir des heures d'affilée comme ça, c'est pas normal. » Merlin récupéra la couverture qui était restée sur le dos de son cheval et l'enroula de nouveau autour d'Elias, n'obtenant du sorcier qu'un léger bruit guttural. « De toute façon on fait comme à l'aller, on prend des chambres à l'auberge ?

- Tout juste. Avant que la nuit tombe pour de vrai, on va passer voir le chef du patelin pour lui dire que ses larbins ne devraient plus se faire gober en pleine forêt, puis au lit. Notre bon roi veut qu'on se lève tôt pour arriver à Kaamelott demain dans la nuit. »

Merlin fronça les sourcils en récupérant sa besace, ainsi que le sac et le bâton d'Elias accrochés à la selle. « Demain dans la nuit ? Mais on a mis deux jours à cheval pour arriver jusqu'ici, à l'aller.

- Me demandez pas, c'est pas moi qui fais la feuille de route. J'imagine qu'on devra juste se magner le train, pour changer.

- Pour être honnête, vu l'état d'Elias, il y a plus de chance qu'on mette un jour de plus que de moins. Mais bon, on verra ça demain, je prends le relais. » Merlin passa un bras autour de le taille du sorcier et lui passa son bras valide sur les épaules. « Vous pouvez aller voir le chef du village, je m'occupe de nous prendre des chambres à l'auberge.

- Tant que vous y êtes, dites-leur de mettre un truc à cuire, et pas un lapin de deux livres. S'il portait pas autant de pognon, je boufferais mon cheval. »


L'aubergiste l'avait reconnu tout de suite il faut dire qu'il ne s'était passé que deux jours depuis leur dernier séjour, et qu'une bande de chevaliers chassant l'hydre avec deux magiciens ça ne devait pas courir les sentiers.

Merlin prit trois chambres doubles, et les repas qui allaient avec. Le fils du patron avait abattu un cerf dans l'après-midi et le doux fumet du gibier en train de mijoter emplissait la cambuse. L'estomac du druide grommela, rappelant à son bon souvenir que son dernier repas remontait au matin et qu'il n'avait été constitué que d'un bout de bœuf séché et d'un quignon de pain.

Il secoua la tête d'abord, installer Elias et tenter quelque chose pour faire tomber la fièvre. Ensuite, il pourrait penser à manger.

Merlin perdit un temps fou à hisser le sorcier somnolent à l'étage, ce dernier ne soutenant qu'une infime fraction de son propre poids, et ce uniquement à cause du fait que ses deux pieds étaient à plat par terre. Une fois arrivés devant la chambre la plus proche, pour pouvoir se dégager une main et déverrouiller la porte, Merlin appuya Elias dos au mur et l'empêcha de tomber en l'y maintenant pressé avec son propre torse.

Autant dire qu'il fallut au druide bien plus d'un essai pour trouver la bonne clé, l'introduire dans la serrure et enfin ouvrir la chambre.

Dans un cliquètement victorieux, la porte s'ouvrit enfin. La chambre était petite, mais propre et plutôt bien tenue, avec des draps blancs et une épaisse fourrure sur chacun des deux lits. Dans un coin de la pièce, un petit foyer permettait de s'allumer un feu avec les quelques bûches posées à côté. Un unique fenestron étroit perçait le mur entre les deux couchettes, juste au-dessus d'une petite table de chevet, ouvrant la vue sur l'orée des bois environnants.

Merlin déposa Elias sur le lit le plus proche du foyer et se redressa, grimaçant d'inconfort quand son dos et ses épaules libérés craquèrent d'avoir été si longuement sollicités. Il n'avait plus l'âge pour ces conneries, il fallait être réaliste.

Il jeta les sacs et le bâton sur l'autre couchette, puis il se pencha sur son confrère.

« Elias ? Vous m'entendez ? » chuchota-t-il, une main venant automatiquement se poser sur l'épaule valide du sorcier. Il allait vraiment falloir qu'il se débarrasse de ce réflexe avant de rentrer au labo, le Fourbe n'était pas très porté tactile au quotidien. « Oh ? Vous êtes pas mort au moins ?

- Mhmm… oui oui…

- « Oui oui » vous êtes mort, ou « oui oui » vous m'entendez ?

- Mhmmmmm oui. »

Ça partait bien. Si les deux pauvres mots qu'Elias était capable d'aligner n'avaient même plus de sens, la soirée risquait d'être longue. Non pas que la question elle-même avait beaucoup d'intérêt, mais bon…

« Je vous abandonne mais pas longtemps, l'aubergiste m'a dit qu'il y avait un apothicaire à deux rues d'ici, je vais ramener de quoi vous soulager un peu. » Merlin rajusta la couverture autour de son confrère, jetant un regard en coin au foyer. « Vous voulez que je vous allume un feu ?

- Non. Trop chaud. »

Merlin faillit émettre une objection à la vue des petits frissons qui parcouraient le corps d'Elias mais il hocha finalement la tête en serrant doucement l'épaule qu'il tenait encore. « Je reviens vite, promis. Essayez de pas clamser avant, il est tard et je préfèrerais manger et dormir au lieu de devoir tout expliquer au roi. »

La dernière pique était dénuée de tout mordant, une simple tentative maladroite de la part du druide pour se rassurer lui-même et obtenir une réponse d'Elias, même une remarque désobligeante aurait fait l'affaire. Mais il décida de prendre le léger rictus qui déforma les lèvres de son confrère pour un sourire et sortit, non sans allumer une bougie sur la table de chevet et attraper sa besace.

Le guérisseur fit le plus vite possible, mais malgré ses foulées de trois pieds de long la nuit était déjà bien tombée quand il retourna à l'auberge, la besace alourdie de fioles odorantes et d'herbes, et le cœur un peu plus léger. Il avait de nouvelles armes pour combattre le mal qui terrassait Elias, et par tous les Dieux d'ici et d'ailleurs, il allait les utiliser !

« Hé ben vous vous pointez enfin ! C'est pas dommage ! »

…. enfin, les utiliser dès que possible, quoi.

Combattant un soupir, Merlin descendit les deux marches vers les chambres qu'il avait déjà empruntées et se tourna vers la source de la voix bourrue. Ses autres compagnons de route – les non blessés, qu'il avait du coup complètement oubliés – étaient assis à une table, chacun un verre à la main et différents niveaux d'agacement lisibles sur le visage. Enfin sauf Bohort, qui avait simplement l'air fourbu et à deux doigts de s'assoupir en position assise.

« Ben quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait encore ?

- C'est vous qui avez les clés des chambres, bougre d'âne ! grogna Léodagan. Vous avez filé comme un pet, pas moyen de vous mettre la main dessus.

- Ah ouais, merde, désolé. » Merlin fouilla dans une poche et en sortit deux clés, qu'il déposa dans un tintement sur la table devant Arthur. « Je m'en souvenais plus, avec tout ça.

- Charmant, on devrait voyager plus souvent avec vous, vous avez un esprit d'équipe qui fait vraiment plaisir à voir, ironisa le roi.

- Oui bon, ça va ! J'ai pas fait exprès, non plus ! J'ai dit que j'étais désolé. Je voulais juste filer chez l'herboriste avant qu'il ferme pour la nuit, la fièvre d'Elias est de pire en pire et j'avais pas de quoi faire les remèdes que je veux. J'étais pas vraiment en train de me taper une sieste. »

Arthur fronça les sourcils. « De pire en pire ? Mais… depuis quand ?

- Depuis ce midi, je pense. Il est brûlant et il arrive pas à aligner deux mots, même pas pour m'envoyer un fion.

- Ah bah en effet, quand on connait le bonhomme il y a de quoi se faire du mouron, fit Léodagan, sensiblement apaisé maintenant qu'il avait la clé de sa chambre serré dans la main.

- Tout juste. » Bon, ça faisait du mal à Merlin de l'admettre, mais si ça pouvait apporter de l'eau à son moulin… « Du coup, j'ai voulu faire vite et je comptais vous tomber dessus dans le village pour vous refiler les clés, mais dans la précipitation j'ai oublié. Je voulais vraiment pas, je suis désolé que vous ayez eu à poireauter ici aussi longtemps…

- Non mais c'est pas grave, vous inquiétez pas, le rassura Arthur en lui tapotant l'avant-bras. On est pas là depuis si longtemps que ça non plus, y a pas mort d'homme. Maintenant filez, on vous retient là. Vous voulez qu'on demande de vous faire monter deux écuelles ?

- Je veux bien, merci Sire. » Merlin se détourna pour repartir vers l'escalier, mais l'immobilité de ses compagnons lui fit marquer une pause. « Mais du coup… vous venez pas ?

- Venir ? Où ça ? demanda Calogrenant, interloqué.

- Bah à vos chambres, vous m'attendiez pas à cause des clés ?

- Oui ben on ira après manger, elles vont pas s'enfuir les piaules, si ? répondit Léodagan.

- Ah mais vous êtes en train de manger, là ?

- En train, en train, je connais un paquet de gargotes où on serait déjà en train de manger oui, grommela le roi de Carmélide. On a passé commande depuis deux plombes et y a rien qui s'agite.

- Mais du coup… vous êtes venus manger, vous étiez pas du tout en train de m'attendre pour avoir vos clés, en fait ?

- … Vous avez pas quelqu'un à aller tartiner de pommade ou je sais pas quoi ? Foutez le camp !


Merlin se félicita d'avoir pensé à allumer une bougie avant de partir. Sans ça, il aurait eu le plus grand mal à se repérer dans la petite chambre plongée dans la pénombre.

« C'est moi, annonça-t-il en refermant la porte derrière lui, donnant un tour de clé pour éviter d'être dérangé par les couillons d'en bas qui prétendaient avoir souffert le martyr par sa faute alors qu'ils attendaient simplement leurs bols de ragoût. Comment ça va ?

- Merlin… »

La grimace d'inconfort était visible sur le visage d'Elias même à la faible lueur de la bougie, mais il semblait avoir repris quelque peu connaissance. En tout cas il ne donnait plus l'impression d'être seulement à moitié conscient, et parvenait à lever sa tête de l'oreiller pour le regarder.

« Merlin… c'est vous ?

- Oui c'est moi, vous attendiez quelqu'un d'autre ? demanda le druide avec un sourire amusé, déposant sa besace sur la couchette libre pour en sortir ses récents achats.

- Ah c'est vous… ah super… j'vous avais perdu, vous savez… mais vous êtes revenu.

- Vous m'avez pas perdu, patate, je suis sorti acheter des trucs, pour que vous alliez mieux. Je vous ai dit que j'allais revenir, vous vous souvenez pas ?

- Non… vous restez ?

- Bien sûr que je reste, qui d'autre va s'occuper de votre cas sinon ? Léodagan ? Je suis pas sûr que vous serez content du résultat. »

Peut-être était-ce simplement un jeu de lumière, mais il sembla à Merlin qu'un sourire paresseux s'installait sur le visage du Fourbe. « Héhé… c'était marrant… vous êtes marrant. »

Oula. Soit les astres étaient alignés d'une bien étrange manière ce soir-là, soit la fièvre avait fini de faire fondre la cervelle de l'enchanteur du Nord. Certes il arrivait à faire des phrases mieux construites que plus tôt dans la soirée, mais avec guère plus de sens derrière.

« Je crois que vous commencez à délirer, mon vieux, dit Merlin en sortant de sa besace un amas de tissu sombre. Remarquez, ça change un peu des reproches. Vous arriveriez à vous asseoir ? Je vous ai acheté une chemise chez l'herboriste, il a des moutons et il file lui-même la laine pour faire des vêtements, vous y croyez, vous ? J'ai essayé une fois, ça m'a pris un temps fou et le résultat était hyper moche. »

Merlin aida Elias à se redresser et lui enfila tant bien que mal la chemise noire, en faisant particulièrement attention à son épaule blessée. Au final le vêtement était plutôt destiné à un paysan bedonnant qu'un enchanteur maigrichon les manches trop larges flottaient un peu et le col s'ouvrait en bâillant sur le torse pâle d'Elias. Mais au moins, plus besoin de se servir de la couverture comme d'un habit.

« Bon c'est peut-être un peu trop grand, mais au moins vous êtes plus à moitié à poil.

- J'aime bien… c'est noir, j'aime bien… et puis c'est chaud aussi, parce que j'ai froid… très froid…

- Ah vous avez froid maintenant ? demanda le druide en se hissant sur ses pieds malgré les protestations de son dos fourbu. Je vais nous allumer un feu alors, ça va vous réchauffer.

- Non, pas de feu, j'vais… j'vais avoir trop chaud, après…

- Pas de feu ? Bon, bah mettez-vous dans le lit, au moins avec la couverture et les draps ça vous tiendra plus chaud.

- Non… j'veux pas dormir maintenant… alors je rentre pas dans le lit…

- Ah mais dites ! Même au fond du trou vous trouvez le moyen d'être aussi pénible qu'une grosse écharde dans les fesses, ça va suffire maintenant ! » s'agaça Merlin malgré lui. Il avait l'habitude des blessés contraignants, mais là c'était limite fait exprès pour le contrarier !

En temps normal, Elias lui aurait retourné une quiche de sa propre invention dans le museau, probablement accompagnée du premier objet qui aurait eu le malheur de se trouver à portée de main à ce moment-là. Alors quelle ne fut pas la surprise de Merlin lorsque son enquiquineur de confrère se mit à rire.

Et pas un de ces petits ricanements narquois dont il avait le secret, non. Un rire franc, clair, qui s'il n'était pas très bruyant laissait tout de même transparaître un sincère amusement. De mieux en mieux, cette soirée.

« Hahaha… héhé… j'vous aime bien… j'aime bien, quand vous êtes tout énervé là, c'est mignon… héhé… avec vos p'tain de grands yeux bleus, là, on dirait un p'tit chiot fâché… j'adore… »

OK.

Merlin n'allait absolument pas s'arrêter deux secondes pour réfléchir aux mots englués qui se bousculaient pour sortir de la bouche d'Elias. Choisissant d'ignorer tout bonnement les dernières remarques du sorcier, il s'affaira avec les petits paquets d'herbes et les diverses fioles ramenés de chez l'apothicaire. Peut-être une décoction de tilleul lourdement dosée, avec une touche d'écorce de saule blanc en poudre ? Avec ça la fièvre devrait baisser, c'était obligé, ou alors il ne s'appelait plus-

« Hé Merlin… hé… vous vous souvenez, la semaine dernière ?

- Quoi, la semaine dernière ?

- Le corbeau qu'est entré… et qu'a chié juste sur votre établi… sur vos parchemins, là…

- Et ben ?

- C'tait pas un corbeau… enfin si, mais… c'tait moi ! Ah ha ! »

Merlin cessa brutalement de compter ses feuilles de tilleul, fixant un regard noir sur son confrère secoué par les caquètements moqueurs autant que les frissons fiévreux. « J'en étais sûr ! Vous êtes pas la moitié d'un salopard, vous ! En plus vous le saviez que j'avais mis deux jours à l'écrire, cette liste ! Vous en avez d'autres, des trucs pas jolis à m'avouer ?

- Héhé, vous avez pas idée… mais alors même pas idée… ça vous f'rait friser votre jolie barbichette… dites, j'ai toujours voulu la toucher, j'peux la toucher ?

- Non, répondit fermement Merlin en repoussant doucement la main déjà tendue vers lui, vous restez allongé et vous me foutez la paix. J'ai besoin d'un peu de silence pour décider si je dois vous soigner ou vous étrangler une bonne fois pour toute.

- Vous feriez pas ça, z'êtes trop gentil… z'êtes toujours trop gentil… est-ce que c'est parce que vous m'aimez bien ?

- Et vous alors ? » éluda le druide, son cœur s'emballant pitoyablement à la répétition de ces petits mots. Mais qu'est-ce qui lui arrivait, ces derniers jours ? « Vous êtes jamais gentil avec moi, j'imagine que ça veut dire que vous pouvez pas me supporter ?

- Non… moi j'vous aime bien… et c'est justement pour ça… »

Elias laissa sa phrase en suspens, comme si même la fièvre n'était pas suffisante pour lui retirer une certaine retenue, faire tomber certaines barrières invisibles qui existaient entre les deux magiciens. Merlin brûlait d'envie d'en demander plus, de questionner, de pousser un petit peu plus loin la piste de réflexion dans laquelle l'enchanteur du Nord venait de s'engager. Mais ç'aurait été prendre avantage d'un état de faiblesse d'Elias si les rôles avaient été inversés, le Fourbe n'aurait certainement pas hésité mais Merlin n'était pas taillé dans le même bois.

Et en plus de ça, il avait depuis bien longtemps appris à ne pas poser les questions pour lesquelles on redoute la réponse.