/!\ La fin de ce chapitre comprend une scène à caractère sexuelle. C'est très peu développé, peu détaillé également, mais si jamais vous n'êtes pas à l'aise avec ce contenu, ne vous y aventurez pas /!\


Strasbourg, 10 juin 1943.

Harry parlait. Harry se confiait comme si l'invitation de Draco avait libéré la parole d'une entrave puissante. Plus rien ne retenait le flot d'aveux qui franchissaient d'ailleurs en nombre des lèvres du jeune juif. Les deux hommes s'étaient installés dans la salle à manger avant de se servir une tasse de café brûlante. Blaise et Hermione, par respect pour cet instant volé, avaient déserté les lieux.

Midi était largement dépassé lorsque le plus jeune en eu fini. La bouche, vide de mots et de plaintes, attirait toujours les yeux avides du blond. Lui qui, à aucun moment, n'avait interrompu le discours du Français. Il savait désormais ce qu'il fallait savoir et s'en trouvait à la fois honoré et bouleversé. En trois ans, leurs existences avaient pris des tournants tellement différents… C'était dans le récit de sa vie que Draco apercevait tous les dégâts de cette guerre.

— Tu savais, n'est-ce pas ?

— Mmh ? fit-il, trop absorbé par ses pensées pour construire un lien avec la nature de la question.

— Tu savais qu'un camp tel que Schirmeck existait ?

— La plupart des Alsaciens ne l'ignore pas, contra judicieusement l'Allemand.

— Donc, tu le savais.

— J'ignorais que tu y avais été enfermé.

Bien entendu, comment aurait-il pu en recevoir les échos ? Harry finissait sa tasse encore bouillante. L'atmosphère avait beau s'être considérablement détendue depuis leurs retrouvailles, un fossé demeurait entre eux. Les vestiges des erreurs et des non-dits.

— Depuis quand es-tu à Strasbourg ?

— Un mois, avoua Draco, à contrecœur.

— Et qu'est-ce qui te retenait cette fois ? Une urgence ?

— Non, je craignais ta réaction. Je pensais que tu me tuerais, sourit très gauchement l'aristocrate allemand.

— Tu m'as l'air plutôt vivant, pour un mort.

— Tu t'es montré plus clément que ce que je présageais. Je suis… vraiment heureux de te revoir, Harry. Crois-le ou non, mais ces trois ans ont été une véritable torture pour moi aussi.

— Raconte-moi.

Le Français ne demandait pas une faveur, il exigeait qu'autrui y réponde. Il n'y avait pas la moindre trace de supposition, mais simplement un ordre pur et simple auquel Draco devait se soumettre. Et Draco ne joua pas les bêtes indomptées, préférant se plier au désir impétueux de son homologue plutôt que s'attirer ses foudres une fois encore. La gorge sèche, il avala une gorge de café en grimaçant sous l'amertume de la boisson. Il n'en avait jamais été friand, mais le liquide lui semblait encore plus imbuvable qu'à l'ordinaire. Il ne vantait que les vertus énergisantes du café, et non son goût. Il réclama, de son éternelle voix traînante :

— Tu n'aurais pas plus fort ?

— Non, je n'ai pas de café plus fort qu'un café noir, désolé.

— Je parlais de quelque chose d'alcoolisé.

— Non plus, répondit Harry, sèchement et après avoir vrillé un regard accusateur sur son amant. J'ai mieux à faire que de dépenser mes tickets de rationnement en alcool.

— On dit que ça aide à tenir le coup.

— Tu en sais quelque chose, apparemment.

— L'alcool que vos commerçants vendent est une aberration, tu fais bien de ne pas gâcher des tickets pour ça !

Harry grinça des dents, prêt à attaquer, peut-être même à mordre. Derrière ses lunettes rondes, ses yeux verts flamboyants dangereusement et, Draco, sans relever la menace, ne pouvait s'empêcher de relever la beauté naturelle qui était sienne. Une sorte de magnificence farouche et libre qui le séduisait encore, malgré près de deux ans. L'Allemand ravalait sa surprise. Il s'était pensé guérir de son mal, de cet attachement interdit, de cette attirance réprimée pour cet homme. Il découvrait, à travers cette œillade courroucée, que son désir n'avait pas décliné, bien au contraire. Il avait le sentiment que jamais il n'avait été aussi tenace.

— Très bien.

Et il se lança dans son discours, fuyant tantôt les yeux perçants de son vis-à-vis, et lui imposant parfois l'insolence de ses orbes gris. Ils se cherchaient derrière ces paroles, derrière ce jeu destiné à sauver les apparences, et à enfuir leur inversion, ce secret honteux que le jour révélait encore une fois. Une tare qu'ils avaient tentée de maintenir dans l'ombre au prix de pénibles sacrifices, mais qui se révélait à la chaleur de leurs retrouvailles.

Draco conta ces deux années en quelques minutes. Un résumé grossier au sens du détail. Il prononça à plusieurs reprises le nom de Pansy, percevant le sourcillement de son ancien amant à chaque fois qu'il énonçait ces deux syllabes. Il prit même un certain plaisir à ne pas préciser à quel point leur relation s'était dégradée, entretenant le malentendu rien que pour le bonheur de voir la jalousie verdir le visage d'Harry. Il parla ensuite de sa relation avec son père, du travail qu'il avait mené et de son autorité grandissante parmi les hauts dignitaires nazis. Une petite fierté pour Lucius Malfoy, mais une preuve ignoble du rôle rempli par le blond dans une entreprise meurtrière. Cette fois, il serra les dents, encaissant le choc avec bravoure. Finalement, lorsque l'autre eut achevé son discours, il releva :

— Alors tu es marié… Toutes mes félicitations, je serais presque déçu de ne pas avoir été invité.

— Serait-ce de la jalousie, Potter ? railla Draco, toutefois soulagé que l'attention du plus jeune ait été retenue par un détail aussi léger de sens.

— Non.

— Tu es un piètre menteur, avisa-t-il encore, abandonnant sa tasse brûlante et presque inentamée pour se lever et profiter d'une délectable supériorité.

Harry eut l'ébauche d'un sourire, un dérapage incontrôlé qu'il ravala bien vite. Sa jalousie crevait les yeux et le nier davantage paraissait aussi surfait qu'inutile. Il choisit donc d'écarter un sujet sensible à ses yeux pour un autre :

— Et pourquoi ton cher géniteur a-t-il choisi de te faire revenir à Strasbourg ?

— Certainement pas par charité. Il m'a dégoté une place de choix ici.

— Un poste à la hauteur de ton expertise ?

— Une tentative pour redorer le blason familial. L'Allemagne est mécontente de l'ingratitude des Alsaciens et de l'insubordination d'une part de ses habitants. Wagner avait promis une germanisation en un temps record, et la promesse semble…

— Tomber à l'eau ? Les Allemands sont bien les seuls à en être étonnés ! rit amèrement Harry.

Un fossé semblait séparer les deux hommes, cette fois encore. Le prix du temps et de cette guerre qui n'en finissait pas. Debout face à son cadet toujours installé sur sa chaise, Draco savait qu'il s'aventurait sur un terrain particulièrement glissant.

Depuis que l'enrôlement de force des Alsaciens avait été décidé, le Reich faisait face à véritable rébellion. Ceux qui s'étaient tus lors de l'annexion de leur région clamaient haut et fort l'injustice. Les Malgré-nous devenaient de véritables martyrs aux yeux de leurs compatriotes, déchirés par la pâle figure d'un destin misérable.

— Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu étais parti, avança Harry, d'une voix bien plus mesurée.

— Je… balbutia Draco, pris au dépourvu par cette offensive brutale. Mon père demandait mon retour dans les plus brefs délais et… le jour-là, ma mère m'avait appelé pour m'en tenir informé. Il avait des soupçons au sujet de Blaise, il se doutait qu'il n'était pas aussi mort qu'on le prétendait. Mon retour était la seule solution pour apaiser la situation. Je devais couvrir ma mère et le risque qu'elle avait pris en couvrant ma décision. Et surtout, je le faisais un devoir de protéger Blaise de mon père, de protéger Hermione, et surtout, de te protéger toi. Comment crois-tu qu'il aurait réagi en voyant juif ? J'aurais eu beau lui assurer que tu avais sauvé ma vie et que je ne faisais que te rendre la pareille, il t'aurait envoyé aux camps. En Allemagne ou en Pologne, tu n'y aurais pas survécu longtemps. Ou il se serait débarrassé simplement débarrassé de toi. La nouvelle est arrivée si vite que… je n'ai eu que très peu de temps pour y réfléchir, pour envisager chaque solution.

Harry, captivé par ces justifications qu'il découvrait étonnamment plausibles malgré leur manque de structuration, ne l'interrompit par une seule fois. Il avait attendu ces mots durant près de deux ans, il s'était préparé à affronter la douleur, la peine, et s'était fait un devoir de rappliquer, de balancer à la figure de ce malotru la souffrance endurée. Mais, maintenant que la réalité remplaçait le fantasme et l'imagination, le juif perdait sa détermination et sa volonté. Les lèvres hermétiquement closes, il laissa même le blond reprendre, du haut de son mètre quatre-vingt et de son charisme certain :

— Même aujourd'hui, même après tous ces mois, je ne vois aucune autre hypothèse. J'aurais peut-être dû te confier tout ceci, mais je n'aurais jamais eu le courage de quitter Belfort si je l'avais fait.

Harry sentit sa gorge se serrer et, soudain, il lutta pour soutenir le regard de son ancien amant. Il opta pour la sincérité là où son orgueil lui hurlait de demeurer digne :

— Je t'ai haï. Je crois que c'était pour moi un remède pour m'en sortir, pour ne pas laisser la peine faire de moi ce qu'elle voulait. Tu aurais dû me voir, j'étais… pitoyable !

Draco sourit franchement. Lui aussi avait eu une période sombre, mais refusait catégoriquement de partager ces anecdotes humiliantes avec le Français Celui-ci, les lèvres trempées dans son breuvage chaud, l'observait derrière ses lunettes. L'Allemand retint sa respiration pendant quelques secondes, contenant des réflexions qui n'auraient probablement pas dû dépasser le stade de la pensée. Il finit par lâcher, du bout des lèvres, mais une sorte d'urgence dans l'inflexion de sa voix :

— Cesse de m'adresser ce petit regard.

— Pourquoi ?

— Ne joue pas l'innocent. On devrait monter directement dans la chambre, ou…

— Ou ?

— Ou Blaise et Hermione risquent de se trouver face à une situation qui risquerait de les choquer.

Un rictus se dessina sur le coin des lèvres d'Harry. Il jouait les idiots, bien sûr, mais tenait à entendre ces paroles et envisager la portée délicieuse de leur sens. Déjà, ses sens s'enflammaient et sa mémoire s'engageait à lui rappeler le plaisir connu dans les bras du blond. La rancœur n'y ferait rien, et le médecin ne s'imaginait déjà plus un seul instant décliner les avances de Draco.

— Tu n'as pas à t'en faire. Blaise et Hermione ne sont pas dans les parages et ne reviendront pas avant une heure ou deux.

— Qui t'a soufflé l'idée qu'un laps de temps aussi restreint serait suffisamment ?

— Une certaine expérience me le dit.

Un certain sens de la provocation qui ébranla Draco dans son ego. Celui-ci ne pouvait pas supporter que quiconque remette en question ses capacités, et encore moins lorsqu'il s'agissait de telles aptitudes. Harry savait qu'il obtiendrait la monnaie de sa pièce et s'en réjouissait par avance. Le regard de son ancien amant laissait présager de délectables représailles. Il se leva presque innocemment alors que l'autre s'approcha dangereusement de lui, faisant planer comme une menace dans l'air. L'air davantage saturé par un désir inavouable que par le danger leur faisait perdre toute rationalité.

Désormais, le brun toisait son vis-à-vis. Séparés d'à peine quelques minuscules centimètres, le badinage se poursuivait.

— Tu es bien certain qu'ils ne nous surprendront pas ?

— Tu as peur, Malfoy ?

— Peur ? Non… Je t'évite simplement d'honteuses justifications auprès de ton amie si prude.

Harry secoua la tête. Certaines choses restaient intactes, et Draco se montrait incorrigible. Il s'apprêtait à lui en faire la remarque, à le pousser encore davantage dans ses retranchements, lorsque le plus âgé mit fin à ses tergiversions. Il lui vola un baiser époustouflant, de ceux parés à remettre en question les absolus et les certitudes, à déchaîner des sensations pourtant éteintes et à raviver des émotions folles à lier. Avant de crier gare, les mains du juif se trouvaient enfouies dans les mèches soyeuses de l'homme et ses lèvres approfondissaient l'étreinte comme mues d'une volonté propre. Tout son corps répondait et ses membres signaient sa perte à l'unisson.

— Tu n'espères quand même pas que je vais céder ? énonça-t-il, au terme de quelques instants d'abandon, s'écartant sensiblement du blond.

— Tu as l'air bien parti pour, répondit Draco, un sourire lubrique franchissant le seuil de ses lèvres rougies par leurs baisers.

— Et si je refuse ?

— Je n'ai jamais eu à forcer quiconque.

— Heureux de constater que tu es resté le même. Ton orgueil n'a pas bougé.

Loin de se froisser, Draco se gorgea de ce qu'il percevait plus comme un compliment que la mise en avant d'un potentiel défaut. Il savait surtout que derrière les bravades fiers de son amant se trouvait une détermination proche de zéro. Ce n'était que des paroles et Harry n'y songeait même pas. Pour rien au monde il ne repousserait l'Allemand. L'absence avait creusé un désir encore plus grand qu'auparavant, et tous deux ne demandaient qu'à satisfaire cette soif de l'autre.

— Et toi ? Tes intentions en mon égard sont-elles inchangées ? s'enquit l'aristocrate, jouant de sa capacité à manier le langage et d'en faire un atout redoutable.

— Parce que tu en doutes ? Le grand Draco Malfoy douterait-il de ses…

— Attraits ? Non, bien sûr que non. Mais y es-tu aussi sensible qu'avant ?

Harry sourit à son tour. La question se posait-elle ? Qu'importe ! Il aimait la tournure badine que prenait la conversation et l'affolante proximité de Draco manquait de lui faire perdre la raison. Il savait que son trouble se lisait sur la rougeur qui avait envahi ses joues et dans ses paroles quasi dénuées de sens. Il pouvait presque lire l'amusement dans les prunelles aciers de son aîné. Comme tout ceci avait pu lui manquer ! Il se demandait, à le voir ainsi, si désirable, comment il avait pu supporter ces deux interminables années. Comment avait-il pu l'endurer ?

Harry devinait la véritable interrogation qui se cachait derrière leurs jeux de séduction. Il se hissa sur la pointe des pieds et effleura les lèvres entrouvertes de l'homme. Un homme, oui ! Et il l'embrassait ainsi, sans pudeur, dévoilé au beau milieu de la cuisine. Au diable les conséquences, au diable même tout le reste ! Le pauvre orphelin s'offrait sans demi-mesure au riche héritier d'une fortune colossale. Mais en temps de guerre, à la symphonie d'un amour inavoué, qui viendrait leur reprocher un tel détail ? Peut-être bien le monde entier, mais ni l'un ni l'autre ne s'attardait sur cette idée.

Draco, la main perdue sur la hanche du Français, ne faisait un devoir d'éveiller d'agréables souvenirs. Il se délectait du goût inimitable de la bouche du plus jeune et avait depuis longtemps oublié la pâle figure de son épouse dévorée par la possessivité. Devant cette manifestation de passion aussi brutale que délicieuse, Harry n'était pas en reste. Il dévorait les lèvres offertes et abandonnait sa langue à une danse des plus sensuelles. La température grimpait au fur et à mesure que la conscience se taisait. Le médecin se pressait contre ce corps ferme qui lui avait tant manqué, s'enflammait à la saveur de leur étreinte et se consumait d'une envie impératrice.

Et puis, soudainement, Harry craqua. Il ne sut jamais pourquoi, mais quelque chose se brisa en son sein. La tension éclata comme une bulle de savon, la luxure qui sommeillait dans cet air quasi irrespirable lui fit l'effet d'une bombe. Une sorte de sanglot l'ébranla avant qu'il n'abandonne la lutte. Draco ne remarqua ce brusque changement d'humeur que lorsque son ancien amant pressa son visage contre son torse, le corps secoué par de pénibles tremblements. Ainsi, le garçon semblait d'une vulnérabilité inacceptable et le blond le pressa encore davantage contre lui. Confus, il demanda :

— Harry, quelque chose ne va pas ? Je ne veux pas que tu te sentes forcé ou que…

— Pardon, murmura le Français, ses bras enserrant la taille de son aîné d'un geste presque désespéré. C'est… trop fort, je… J'ai tellement attendu ce moment, je l'ai rêvé si souvent… Et… Et maintenant, j'ai l'impression que…

— Hé, on se calme, Harry. Je sais, je sais.

Sans le savoir, sans même le réaliser un seul instant, les deux hommes étaient sur le point de dépasser un cap primordial. Dans ces aveux prononcés à mi-mots, ils confiaient l'impossible. Ils se disaient avec pudeur l'ampleur de leurs sentiments. Ils osaient le penser, mais l'exprimer paraissait trop réel, cela les rendait trop faible et ils ne l'acceptaient pas. Le mot « amour » semblait incongru, mais ils en étaient si proches. Si en octobre 1940, leur relation avait pu s'apparenter à une manière de prendre du bon temps sans égards pour les conséquences, une nette différence s'imposait en ce jour. Ils n'étaient plus de simples partenaires sexuels, bien qu'ils tentaient encore de s'en persuader.

— Je ne veux pas revivre ça, Draco. Je ne veux plus avoir à me répéter sans cesse que je n'étais qu'un amusement, un… vide-couilles, un rien que tu remplacerais aussitôt que j'aurais tourné les talons.

L'intéressé accusa le coup. Etait-ce là l'impression qu'il avait donnée ? Bien évidemment, et il l'avait même souhaité. Se dédouaner de toute responsabilité avait été une manière de se protéger, de s'épargner la peine et la honte de s'accepter tel qu'il avait toujours été. Il avait été d'un égoïste immense et en réalisait seulement l'ampleur dévastatrice.

Plongé dans le tourment de ses pensées, Draco embrassa le haut du crâne d'Harry, comme pour le rassurer, comme pour lui donner un aperçu de ce qu'il n'osait pas encore lui dire. Une manière, bien minable, de s'excuser pour le mal causé.

— Cela n'arrivera pas, s'entendit-il articuler, aux confins d'une réflexion fortuite. Je t'en ai donné l'impression, mais je peux t'assurer du contraire. Ces deux ans ont été… pénibles, suffisamment pour que je comprenne ce que j'avais à comprendre.

C'était bien peu, mais ces aveux prenaient une forme d'accomplissement. L'oreille tendue, Harry se taisait et guettait la sincérité de ces paroles. Devait-il y porter foi ? Les soubresauts de son corps s'étaient progressivement calmés et il accusait un regard clair sur ce qui se produisait. Son excitation ne s'était pas éteinte, bien au contraire, et il crevait d'envie d'abandonner les dires pour les actes, mais l'importance capitale de cette discussion l'en dissuada.

— Je n'aimais pas Pansy, et je ne l'aime pas encore aujourd'hui. Notre mariage aura été ce qu'il devait être : une union de convenance et… une belle connerie !

— Je n'ai donc pas à m'en faire au sujet de ma rivale, sourit le juif, toujours agrippé à la taille de l'autre.

— Ce serait plutôt à elle de s'inquiéter !

Les craintes d'Harry s'envolaient les unes après les autres. Jamais il n'avait espéré de grandes et promptes déclarations dégoulinantes de sentimentalité. Lui-même en était parfaitement incapable et ces pudiques paroles le comblaient pour l'heure. Il n'en demandait pas davantage.

Un nouveau baiser les unit. Moins empressé que les précédents, la tendresse y pointait tout nettement. La main du médecin trouva sa place au creux de la joue de son amant dans une caresse douce. L'impatience se bridait au profit d'une émotion plus douce que Draco aurait sûrement repoussée en d'autres circonstances. Il aimait sentir le tremblement des lèvres d'Harry contre les siennes, la chaleur de son corps et la sincérité presque émouvante de cette étreinte. Le grain de sa peau sous la pulpe de son doigt le rendait fou, il voulait s'enivrer de son odeur et inscrire chacune de ses courbes dans son esprit afin que jamais ces images ne le quittent.

Soudain, les mains du plus jeune se mirent à courir sur la peau de l'Allemand. D'abord au-dessus des vêtements, fuyant un regard qu'il imaginait inquisiteur, et enfin au contact de son épiderme brûlant. Il s'en émerveillait, en admiration devant la perfection qui se mouvait devant lui. Un ange tombé du ciel qui lui ferait l'honneur de sa présence parmi eux, misérables mortels.

— Tu en es certain ? demanda Draco, d'une voix étonnamment grave.

Harry était loin de se l'imaginer, mais l'héritier Malfoy n'avait pas pour habitude de poser ce genre de questions. S'il n'avait pas eu d'amantes lorsqu'il se trouvait à Munich, incapable de tromper le souvenir vivace de son amour perdu, il ne s'en était pas privé une fois de retour en Alsace. Il ne saurait expliquer ce comportement. Peut-être était-ce une manière bien personnelle de s'éloigner de l'épicentre de tous ses fantasmes, de s'en détourner avant de craquer et de tout abandonner pour aller le rejoindre. Encore était-il qu'il n'avait jamais demandé la permission, certain de la hauteur prodigieuse de ses charmes et se fichant éperdument des états d'âme de ces femmes offertes. Jamais il n'avait osé coucher avec un autre homme, comme si ce geste revenait à injurier Harry. Ou alors il craignait simplement de s'assurer d'une évidence : la gent féminine ne lui convenait pas et ne possédait pas le moindre attrait à ses yeux.

— Je n'ai jamais été aussi sûr de quelque chose.

Avide de cette peau encore en partie inaccessible, Harry entreprit de soulager son homologue des vêtements les plus encombrants. Le besoin viscéral qui motivait ses gestes le rendait tout aussi empressé. Il avait eu la preuve d'une tendresse dont il ne pensait pas Draco capable et réclamait désormais son dû, comme un enfant en plein caprice.

L'aristocrate allemand, loin d'en tenir rigueur, s'y conforma avec entrain. L'essentiel de leurs vêtements tomba au sol, jonchant le sol de la cuisine, et ils s'embrassèrent encore. Les yeux clos, le corps électrifié par des contacts volés, ils avaient le sentiment commun que ces deux ans venaient de disparaître. Il n'existait plus aucun fossé, rien qu'une excitation à la limite de l'intolérable.

— Tu m'as tellement manqué… gémit Harry, lorsque les lèvres de Draco piquèrent des baisers humides le long de son épaule halée. Mmh…

Les caresses du plus jeune se mêlaient aux embrassades de l'autre. Aucun des deux n'avait encore conscience du lieu où ils se trouvaient ou des risques de cette folle initiative. L'idée traversa momentanément l'esprit du Français, bref éclat de raison avant que l'égayement de ses sens ne l'efface pour de bon :

— On devrait peut-être… aller dans la chambre ?

— Je croyais qu'il n'y avait aucun risque.

— Mmh… Oui… B-Bien sûr.

Et Harry se tut. Ou plutôt, il cessa d'importuner son vis-à-vis avec ce type de réflexions. Sa peau s'embrasait au contact des lèvres attentionnées de son amant, mais c'était insuffisant. Il avait besoin de davantage et rechignait à en exprimer la requête à haute voix. La vue du sexe roide de Draco le bouscula dans un besoin devenu pressant.

— Draco…

Il croisa alors le regard acéré de l'intéressé. Le juif ne se rabaisserait pas à supplier son amant. Ses doigts caressaient avec plus d'insistance les courbes sèches du blond alors que la vue de son corps entièrement dénudé aurait pu entraîner la jouissance d'Harry. La tension était telle qu'il pouvait présager sa précocité avant qu'elle ne se présente. Il haletait alors que les doigts de Draco l'effleuraient à peine, il geignait en silence devant une frustration injustifiée et se maudissait pour tout cela.

Et l'aristocrate allemand en jouait. Il fondit sur les lèvres humides du Français, puis profita de cette diversion pour calquer une caresse aérienne, à peine exécutée, sur le pénis érigé de son cadet. Il traça une ligne le long de la hampe, arrachant une injure à sa délectable victime :

— Putain !

— Voyons, Potter, ne t'a-t-on jamais appris à surveiller ton langage ?

À charge de revanche, Harry se saisit du sexe de Draco. Les deux entamèrent un mouvement vif qui s'éternisa quelques secondes avant que le plus âgé ne mette à l'œuvre une idée plus délicieuse encore. Toujours debout, le dos du médecin en appui contre le mur de la cuisine, le blond entreprit un mouvement de va-et-vient contre l'érection de son amant. Les yeux mi-clos, le visage enfoui dans le cou de l'homme, le plus jeune gémissait sans pudeur. Comme il l'avait prédit, il éjacula quelques brèves minutes plus tard. Il planta ses dents dans l'épaule de son partenaire afin d'étouffer le cri que sa jouissance lui tira. Draco l'accompagna dans la volupté, le souffle coupé et les yeux écarquillés.

Le corps recouvert d'une fine pellicule de sueur, ils s'étreignirent. L'orgasme avait eu quelque chose de brutal, comme un raz-de-marée que n'importe quelle digue ne saurait maintenir. Satisfaits, mais en aucun cas repu, Harry embrassa la trace rouge qu'il avait laissée dans l'épiderme délicat de son amant. Celui-ci murmura, au creux de son oreille :

— Nous devrions monter dans ta chambre.

— Nous avons encore… une heure et demie, releva malicieusement le juif, son être tout entier paraissant transpirer la luxure.

— C'est juste, et je compte bien profiter de ce temps pour te faire l'amour.

— Je vais te prendre au mot, Malfoy.

— J'y compte bien, Potter, répondit Draco, entraînant déjà son cadet à sa suite, une lueur lubrique dans le regard. Tu ne croyais quand même pas que j'en avais fini avec toi ?


Des retrouvailles en bonne et due forme (bien que je ne sois pas fan de ce genre de scènes en général, je les trouve souvent affreusement clichées et j'espère être parvenue à passer à côté de ceux-ci). J'espère que ces retrouvailles auront été à la hauteur de vos attentes, je ne voulais pas les sous-estimer et, de toute évidence, il restera une petite part de rancoeur chez Harry comme chez Draco, à moins que cette rancoeur ne soit dirigée vers eux-mêmes...

J'approche de la fin de la rédaction de Cueillir les étoiles : il me reste dix chapitres à écrire et vingt-cinq à poster. Autant vous dire que vous en avez encore pour un moment. Quant à moi, je réfléchis déjà à un potentiel nouveau Drarry...

Je vous embrasse,

Jade