/!\ Le chapitre qui suit comprend une scène à caractère explicite /!\


Belfort, 25 mars 1944.

Harry se sentit fondre au contact de Draco et alors que celui-ci s'apprêtait à s'écarter, le Français approfondit le baiser. Un baiser presque violent pour répondre aux coups qu'ils s'étaient portés quelques minutes plus tôt. Finalement, Draco planta ses dents dans la lèvre inférieur de son amant, juste assez pour percer la peau et récolter quelques gouttes de sang à sa bouche. Harry s'écarta, le souffle court, puis revint une seconde fois, et une troisième. Les défenses de Draco succombaient, les unes après les autres. Acculé contre le mur, il tremblait comme un enfant, les lèvres et les joues rougies.

— Déshabille-toi, décréta Harry.

— Non.

La patience n'avait jamais une grande vertu chez Harry et pourtant, il réduisit une nouvelle fois la distance qui les séparait et sa main quitta la nuque de Draco pour descendre le long de son cou. Elle traversa sa clavicule, se perdit au détour de son épaule et alors que l'homme se raidissait, conscient du trajet emprunté par Harry, ce dernier bifurqua. Plutôt que de poursuivre le long de l'épaule gauche de son amant, il la contourna pour s'aventurer le long de son ventre. Il n'ouvrit aucun des boutons qui s'alignaient le long de son ventre, il se contenta de les effleurer. Draco se détendit, seconde après seconde et ses yeux se fermèrent à moitié pour apprécier une caresse qui n'avait plus rien d'un danger. Alors Harry remonta le long de ses côtes, le long de sa taille et le contact forma un frisson dans toute l'échine du blond. Le juif absorbait chaque réaction, chaque tressaillement, il lui réapprenait, avec maladresse certes, mais avec une patience qui donnait à chaque caresse toute son importance.

Harry déposa un baiser sur la gorge fine de Draco. Le vêtement l'entravait, mais il avait autre chose en tête et toutes les étapes possédaient leur importance. Sa main s'attarda sous l'aisselle et l'éclat de conscience qui traversa les yeux de l'Allemand lui signala qu'il avait compris. Le soldat savait ce qu'il s'apprêtait à faire, les dents serrées sur un souffle irrégulier. Il resta immobile de longues secondes, jusqu'à ce que les doigts d'Harry ne s'attardent sur la jonction entre son bras et son épaule. Il restait quelques centimètres de chair, un moignon inutile que Draco portait comme un fardeau. Il siffla :

— Non !

— Draco.

Cela sonna comme un avertissement.

— De quoi est-ce que tu as peur ?

Le visage levé, les yeux fous, Draco semblait terrifié. Cette partie de ce corps lui appartenait, il ne pouvait pas s'en débarrasser comme la chair détruite que les médecins avaient dû amputer, au coude d'abord, puis plus haut pour éviter les risques de gangrène. L'os avait été broyé par l'explosion et il n'y avait aucun espoir qu'il se resoude un jour. Peut-être qu'une chirurgie moderne l'aurait permis, mais les médecins militaires soignaient des milliers de soldats et n'en sauvaient qu'un faible pourcentage.

Le froid avait empêché l'infection de se développer, mais le temps que la bataille ne s'achève et que les Allemands rapatrient ses blessés loin du feu des combats, la plupart étaient morts. Il ne restait à Draco lui-même qu'un souffle de vie. Il y avait eu la souffrance du réveil, la morphine dans des doses trop insuffisantes, les médecins qui couraient d'un patient à l'autre et les infirmières qui tâchaient de rassurer les hommes, les traumatisés. Là-bas, sous la tente immense des blessés, Draco avait vu des loques humaines, des visages au milieu desquels il était impossible de discerner les yeux, la bouche, le nez et qui n'étaient guère plus qu'un amas gémissant.

Il y avait ensuite eu le retour à Munich, la peur dévorante et communicative de sa mère, l'incompréhension de Pansy et le recul de Lucius que son fils n'avait su interpréter. Sans doute prenait-il conscient de l'enfer dans lequel il avait plongé son héritier ? Les jours et les jours de convalescence avaient suivi la prise de conscience, amère et presque aussi douloureuse que la souffrance de ses chairs nécrosées. Les médecins lui avaient sauvé la vie, mais n'étaient pas parvenus à sauver son bras gauche. Les éclats d'obus fichés dans sa peau laisseraient aussi des cicatrices que rien ne saurait effacer. Des contusions à n'en plus finir, des nuits d'épouvante, des jours à hurler, le nez enfoui dans l'oreiller. Cette douleur-là, elle lui appartenait, à lui et à personne d'autre. Personne ne pouvait comprendre qu'il le sentait encore, son bras, son bras entier qui le démangeait, qui incendiait sa chair jusqu'à son épaule. Cette douleur était sienne et il n'était pas question de la partager, de l'exposer aux regards de tous.

— Ne me touche pas !

— Je ne te ferai aucun mal, Draco.

— Tu ne sais même pas à quoi cela ressemble en-dessous !

Harry embrassa la joue de son amant et goûta le sel de la sueur sur sa peau. Il se consumait littéralement de peur lorsque le médecin effleura le moignon. Un contact volé et pas uniquement pour se prouver à lui-même que c'était vrai, mais surtout pour apporter à son amant la preuve nécessaire. Ces caresses ne lui causeraient jamais le moindre mal. Harry réalisait un peu incrédule qu'il se moquait qu'il lui soit revenu diminué, réduit. Il était revenu et cela lui suffisait. Pour ce qui était du reste, ils l'atteindraient ensemble, ils avaient toute la vie pour cela.

— Tu veux voir à quoi cela ressemble ? rugit Draco, ivre d'une douleur qu'il n'avait jamais appris à contrôler.

Sa main unique se débattit avec les boutons avec rage. Il y parvenait avec peine et sa difficulté ne faisait qu'alimenter sa colère.

— Tu veux que…

— Non ! Je n'ai pas besoin de ton aide !

Il réussit à se défaire d'une première couche de vêtement et il attaqua ensuite la chemise après s'être débarrassé des bretelles. Il laissa tomber un pan de son vêtement et découvrit son épaule avec une fureur presque provocatrice. Il semblait dire « regarde-moi bien en face et voie ce que je suis devenu ». Harry détailla sa chair sans se presser et grava chaque élément dans sa mémoire. Il apercevait ses côtes et les cicatrices irrégulières qui parsemaient sa peau parfaite. Son teint diaphane, le satin de son épiderme, était déchiré par les traces indélébiles des combats. L'arrondi de son épaule se poursuivit sur l'amorce de son bras qui s'achevait abruptement à un tier de l'os. La plaie s'était refermée et la chair était rose, encore sensible, encore meurtrie. Les tissus formaient comme un nœud là où l'os avait été rompu. Cette vision se superposa à celle du souvenir d'Harry et il comprit qu'il ne s'agissait pas d'un état passager.

Une prise de conscience que Draco avait dû avoir, lui aussi, comprenant avec effroi que ce corps serait celui avec lequel il vieillirait. C'était définitif et il lui fallait vivre avec cela, avec la conscience d'un être qui l'avait trahi et qui avait refusé de l'abandonner complètement. Un corps lâche qui ne lui répondrait plus complètement. Un corps qui écoperait de regards insistants ou horrifiés des passants. Un corps de Draco avait appris à aimer et qu'il détestait désormais plus encore que la conscience qui l'amenait à haïr ce dont il ne saurait jamais se débarrasser. Il était trop lâche pour en finir avec cette vie diminuée à une demi-vie, alors il lui faudrait supporter tout cela. La honte, l'humiliation, la rancœur, la douleur. La guerre lui avait laissé un souvenir impérissable et si elle s'achevait un jour, le corps de Draco serait une œuvre bien moins intemporelle. Un présent dont la mort s'était délaissée avant de l'abandonner au monde des vivants avec, pour tout trophée, un bras.

D'un mouvement brutal, Draco attrapa le pan de sa chemise et le glissa sur son épaule, dissimulant le moignon et cette part ravagée de son corps. Ses joues l'incendiaient et son cœur envoyait un sang brûlant dans ses veines. Harry intercepta son geste.

— Attends.

— Tu as vu ce que tu voulais voir, rétorqua Draco, sèchement.

Harry retira le deuxième pan et la chemise tomba au sol dans un froissement de tissu. Son aman frissonna dans la tiédeur de la pièce.

— Harry… gronda-t-il.

— Je t'aime, Draco. Si tu veux partir, alors j'accepterai ton choix, si tu refuses que je te touche, alors je peux l'entendre, mais je t'aime toujours.

Draco parut suffoquer. Il n'était brusquement plus sûr de rien et ses certitudes s'émiettaient les unes après les autres. Il eut un regard pour son bras et pour le moignon dont il supportait à peine la vue. Comment Harry pouvait-il le désirer ? Il ne parvenait pas à le concevoir. Cette chair détruite le dégoûtait profondément et la seule pensée qu'il portait en lui une part de la guerre le répugnait encore davantage.

— Tu pourrais m'aimer malgré cela ?

— Tu es toujours le même homme.

Draco était pourtant certain d'être bien moins qu'un homme. Rien ne serait facile dorénavant, chaque tâche à accomplir deviendrait un défi et il lui faudrait les surmonter. Tous. Il aurait sans doute fui par lâcheté, parce que mériter sa part de bonheur demandait des efforts qu'il n'était pas prêt à accomplir, mais l'envie s'évanouissait au contact d'Harry.

— Prouve-le-moi, murmura-t-il.

Il alluma une lueur dans le regard singulier de son amant. Cette phrase, prononcée sur un autre ton, aurait pu être celle de l'ancien Draco à l'époque où ils profitaient de leur intimité presque sans la craindre.

Harry embrassa ses lèvres, d'abord fermement, pour le plaisir de s'assurer que tout ceci n'était pas un mirage, une illusion, puis plus doucement, pour le plaisir de se retrouver. Draco cueillit le gémissement de son amant à ses lèvres et s'en enivra. Sa main courut le long de l'épaule d'Harry, avec une maladresse qu'il ne se connaissait pas. Ces doigts qui avaient tant de fois pressé la détente n'étaient plus sûrs de savoir comment aimer.

Le plus jeune entraîna Draco en direction du lit. Celui qu'ils avaient occupé durant un moment quelques années plus tôt, lors de leur premier passage à Belfort. Draco se souvenait parfaitement de chaque détail, des sensations, des corps, des peaux. Il se rappelait aussi avoir abandonné Harry un jour, leur imposant une première longue et douloureuse sensation. Lorsque Draco s'assit sur le bord du lit, il se promit de ne jamais lui imposer cela, de ne jamais le leur imposer à nouveau. Harry le surplomba et son amant lutta contre une envie d'inverser leurs positions. Il y avait quelques mois, il l'aurait sans doute fait, presque par devoir. Il laissa le juif parcourir de ses lèvres la chair tendre à sa portée. Il hésitait scrupuleusement son bras gauche et toute la zone détruite. Draco put enfin s'abandonner.

La bouche d'Harry délaissa les lèvres de son amant après les avoir pillées. Il se laissait emporter sans même s'en rendre compte, le désir le consumait et il se surprenait à trouver ce corps nouveau, ce corps en partie ravagé, au combien désirable. Draco ne le comprendrait pas. Harry avait de quoi l'aimer pour encore de longues années, même lorsqu'ils auraient les cheveux gris, même lorsque la vieillesse trahirait leur éclatante jeunesse. Les cicatrices de Draco prouvaient à cette heure qu'il avait survécu.

Harry entreprit de se soulager des vêtements qui recouvraient son corps. Il se délaissa de la chemise, d'une qualité bien en-deçà de celle de son amant, d'une étoffe usée jusqu'à la toile et qui ne le protégeait pas entière du froid de l'hiver. Alors qu'il faisait tomber l'habit, la voix de Draco, rendue rauque par le désir, l'interrompit :

— Je t'aime.

Harry ouvrit la bouche sur une parole muette, les yeux froncés sur un regard incrédule. Le bras de Draco s'enroula autour de ses épaules et il pressa son visage contre le cou du brun pour y respirer son odeur, pour s'en gaver. Pour masquer l'émotion qui marquait ses traits. Il répéta :

— Je t'aime.

— Moi aussi, Draco.

Ils s'étreignirent longuement, jusqu'à ce qu'un demi-rire n'échappe au blond et qu'il n'articule :

— Si on me voyait, le grand Malfoy dans un état aussi pitoyable…

— On s'en fout, Malfoy, grogna Harry.

Draco avait suffisamment change pour être presque méconnaissable aux yeux de ceux qui l'avaient connu dans son adolescence. Blaise pouvait le confirmer, la métamorphose de son meilleur ami tenait presque du miracle.

Les doigts d'Harry s'égarèrent dans le dos de Draco et retracèrent le dessin de ses côtes, de ses muscles. Il retrouvait ce qu'il avait perdu et aurait pu demeurer ainsi des heures durant s'il ne sentait pas le sexe érigé de son amant contre le sien.

— Parfois, je n'ai même plus l'impression d'être humain.

— Je changerai ce regard, lui promit Harry, avant de mordiller le lobe de son oreille.

Un sourire hérissait les lèvres de Draco. Il ne se dérobait plus et il se sentait mieux, moins souffrant, plus apaisé. Harry en profita pour souffler encore :

— Et puis, je peux sentir une preuve concrète que tu es encore bien humain.

Draco ne s'empourpra pas et soutint le regard malicieux de son amant. Il n'avait rien d'un monstre, rien d'un homme diminué et Harry s'engageait à le lui prouver.

Il le soulageait du reste de ses vêtements tandis que Draco s'acharnait à lui rendre la politesse. Le médecin le laissa faire et ne lui apporta aucune aide, conscient que son aide ne serait en aucun cas la bienvenue. Lorsqu'Harry fut entièrement nu, offert à son regard, Draco retraça du regard les courbes qu'il pensait ne jamais revoir. Sa main se posa sur son épaule et descendit le long de son ventre, de ses abdominaux et des côtes qui saillaient encore, preuves des privations de la guerre. Les doigts de Draco s'attardèrent sur les hanches d'Harry et, après un regard pour l'expression fascinée de son amant, il initia une caresse le long du sexe roide exposée sans pudeur. Harry ne rougissait plus et c'était au tour de Draco d'avoir honte à l'instant où il fallait ôter les vêtements. Cela se poursuivrait encore de longues semaines, peut-être même des mois, avant que le blond accepte l'exercice sans frissonner d'effroi.

Harry haletait, le visage rejeté en arrière.

— Ça… m'avait manqué.

— Tais-toi, tu es indécent, Harry.

Un sourire mutin se déploya sur les lèvres du concerné. Les jambes écartées, assis sur les cuisses de son amant, les joues rouges, les lèvres entrouvertes et humides, le sexe dressé, il n'aurait pas pu être plus indécent. La caresse de Draco était exactement celle de son souvenir, celle dont il se rappelait lorsqu'il se soulageait, seul dans les draps. Cela, il ne l'avouerait pas sous la torture.

— Tu peux… parler.

Pour la peine, avec une expression vaguement outrée, Draco retira sa main et abandonna la queue d'Harry sans même se préoccuper de ses protestations.

— Un problème, Potter ?

La main de l'intéressé bloqua le menton de Draco et fit fi de toute culpabilité, il profitait largement de la faiblesse de son amant, mais après tout, il avait été capable de l'entraîner dans les méandres de la frustration, alors qu'importait. Il embrassait ses lèvres et mordit la lèvre inférieure. Une réponse, une vengeance. La peau fine ne se fendit pas sous ses assauts et cela fut probablement plus douloureux pour Harry, dont la lèvre était meurtrie par leur premier baiser. Draco ramena sa main droite et l'enfouit dans les cheveux désordonnés de son amant pour approfondir le baiser. Un baiser qui se voulait conquérant, mais au cœur duquel Harry refusa de céder du terrain. Ils retrouvaient leur complicité, leur entente naturelle dans leurs ébats, mais il y avait quelque chose en plus, ou bien quelque chose en moins.

— Couche-toi.

— Il n'en est pas question, dit Draco, contre ses lèvres.

— Tu ne me fais pas confiance.

Cela n'avait rien d'une question, c'était un véritable constat, un constat émit sur le ton de la déploration. Harry fut suffisamment convaincant pour Draco se résigne, à contrecœur. Il n'aurait jamais accepté s'il n'en ressentait pas l'envie et seule la fierté entravait encore ses mouvements. En quelques gestes, ils se retrouvèrent au milieu du lit étroit avec, dehors, les ombres nocturnes qui projetaient déjà l'obscurité sur tout Belfort. Allongé sur le dos, Draco paraissait presque anxieux.

Harry se pencha et l'embrassa doucement pour épuiser les résistances de son amant. Pour épuiser ses réserves de peur et pour laisser le désir s'alimenter. Le corps du plus jeune effleurait sans cesse celui de Draco et ses caresses devenaient plus aériennes, elles caressaient sans jamais maintenir le contact. Juste de quoi nourrir l'envie et Draco haletait, prisonnier, à la merci de son amant. C'était cela qu'il devait encore accepter, être dépendant et ne pas rougir d'être aidé, d'être gâté. Lorsqu'il tenta de se redresser, il se heurta au corps d'Harry et maugréa :

— Harry !

— Un peu de patience.

— Tu vas finir par me rendre fou.

— J'espère bien.

Il mordilla la peau à la naissance de sa gorge. Il avait connu la douleur jusqu'à en perdre la tête, jusqu'à mordre le coussin pour étouffer ses cris. Il était temps à présent de connaître une folie plus douce.

Les lèvres d'Harry retracèrent le dessin de ses cicatrices, mais ne s'attardèrent pas sur le moignon ou sur l'épaule gauche de son amant. Il aurait d'autres occasions d'apprivoiser cette part de Draco qui lui échappait. Il était des blessures qui nécessitaient du temps avant de guérir. Le seul fait d'avoir son amant nu devant lui, vulnérable sous ses caresses, tenait du miracle. Harry s'attarda longuement sur ces caresses et il évita scrupuleusement le sexe qui frôlait ses fesses, encore et encore. Chaque contact était voulu et il apprenait à Draco à apprivoiser son corps à nouveau. Jusqu'à en perdre tout notion du temps, jusqu'à en devenir qu'une loque gémissante. Le blond retenait sa voix, les lèvres fermement scellées, les yeux mi-clos. Comment un tel délice pouvait-il être proscrit, interdit par la loi et répugné par les mœurs ? Harry se décala légèrement et s'assit sur les hanches de son amant pour y frotter sa hampe sur toute la longueur de celle de Draco. Il lui arracha un grognement pour toute approbation. Le blond s'était défait de sa peur.

— Harry, espèce de…

— Pense à ta pauvre mère qui est ici.

Draco faillit répliquer qu'il venait de perdre, automatiquement, toute envie lorsqu'Harry enroula sa main autour de son sexe. Il se perdit à nouveau dans les limbes du plaisir et cambra son dos. Il songea à peine à ses tentatives infructueuses de retour du front et de la rage que cela lui avait suscité. Draco approchait la délivrance lorsqu'il murmura :

— Embrasse-moi.

Et les lèvres d'Harry dérobèrent les siennes dans un baiser prodigieux. Les échos du plaisir résonnaient encore si fort que Draco dut retenir ses larmes. Il avait oublié, l'espace d'un instant, la douleur de son bras disparu. Une plainte faillit lui échapper lorsqu'Harry se déroba. Les yeux mi-clos, il passa sa langue sur ses lèvres pour y goûter la saveur de leur baiser. Une sensation indescriptible le saisit et il ouvrit les paupières en grand pour découvrir Harry qui s'empalait sans un bruit sur son sexe. Sans préparation, sans prévenir, sans rien qui laissait suggérer son geste prématuré. Draco porta sa main à sa bouche pour contenir le grognement coincé au fond de sa gorge.

— Harry…

Un sourire éclaira le visage du susnommé et il retint toute grimace d'inconfort. Son corps n'était pourtant plus habitué à recevoir la queue de son amant et encore moins sans préparation. La vision de Draco qui tremblait sous ses jambes, vulnérable, un gémissement au bord des lèvres, suffit largement à effacer la douleur. Harry décidait du rythme, de l'intensité de leurs ébats et le blond crut succomber tant le fourreau étroit de son amant était bon.

— Tais-toi, lui souffla Harry.

Draco n'eut aucune envie de protester ou de le contredire, le Français venait d'entamer une danse qu'ils connaissaient bien et que la séparation n'avait pas rendu moins réelle. Ils recherchaient les sensations d'autrefois, ivres de ce point d'ancrage qu'ils venaient tous deux de retrouver. Ils avaient besoin d'être guéris, l'un autant que l'autre.

La main de Draco se posa sur la taille de son amant et accompagna chaque mouvement, insupportablement lent, insupportablement bon. Harry cherchait autant son propre plaisir qu'il cherchait à provoquer celui de son amant. Il n'avait jamais été autant à sa place, autant entier et la sensation n'en était que plus grisante pour Draco. Lorsqu'enfin, le plus jeune accepta d'initier un mouvement plus irrégulier, plus saccadé, plus indécent encore que tout ce qu'ils s'étaient permis jusque-là. Une perte de contrôle mutuelle et les gémissements d'Harry, torturé par le sexe de son amant qui effleurait le trésor enfoui dans son intimité, limait la patience et exacerbait la passion.

Brusquement, Draco se redressa, arrima sa main à la nuque du jeune français et lui vola un baiser désordonné, mais avide. Il lui souffla, contre sa bouche :

— Prends-moi.

Harry aurait pu s'attendre à un ordre, mais pas à cette requête énoncée sur le ton de la supplication, du besoin. Alors qu'il s'apprêtait à préparer son amant, Draco le retint :

— Non, maintenant.

— C'est hors de question, Draco.

— Je t'en prie.

Harry hésita. Il n'y avait pas de pot de vaseline caché dans cette pièce, mais une préparation, même sommaire, valait mieux que rien. C'était un constat théorique, mais pragmatique et la dernière chose qu'il voulait, c'était blesser Draco alors que celui-ci acceptait enfin de se livrer, de s'abandonner. Il avait la sensation de retrouver son amant, de retrouver l'homme qu'il avait appris à aimer.

Harry obéit et s'immisça entre les cuisses ouvertes de Draco. Celui-ci ne le quittait pas des yeux, la mâchoire serrée, vibrant d'une émotion dévastatrice qui se déployait bien au-delà de leur étreinte. Lentement, Harry rampa jusqu'à lui pour embrasser son front, ses joues, puis ses paupières. Il goûta à la saveur de ses larmes avant de réaliser que Draco pleurait d'une douleur trop longtemps accumulée. Le médecin recula et, sans avoir pénétré son amant de toute sa longueur, il s'apprêta à mettre un terme à leurs ébats. Il y avait bien plus important, plus essentiel, qu'un désir à assouvir, aussi terrifiant et ravageur soit-il. Draco l'en empêcha, la main toujours accrochée à sa nuque.

— S'il te plaît.

Jamais il ne se serait rabaissé à supplier qui que ce soit, mais ces retrouvailles étaient particulières et cette étreinte l'était tout autant. Ils se cherchaient, se trouvaient, soignaient petit à petit les blessures du temps, celles du corps et celles de l'âme. Draco pleurait pour la guerre, pour son parrain, pour son père incapable de l'aimer, pour Pansy qu'il avait été incapable de chérir comme il l'aurait due, pour sa mère qu'il ne reverrait peut-être pu, pour toutes ces vies reniées, bafouées, ignorées, pour tout ce que la guerre avait pu déchaîner, pour lui aussi, sûrement, pour eux.

Draco avait pleinement conscience du sexe d'Harry profondément enfoui dans son intimité et il s'accrochait désespérément à lui, même lorsqu'il initia les premiers mouvements. Entre deux baisers, entre deux larmes qui ne déclenchèrent aucun sanglot, Harry lui fit l'amour.

Tendrement, puis presque durement, comme un besoin, jusqu'à ce que Draco ne s'abandonne à la délivrance et qu'Harry soit emporté dans sa chute. Des éclats d'extase les fauchèrent et ils n'eurent plus conscience du monde, plus conscience de la guerre, plus conscience de tout ce qui les excluait.

Lorsque Draco reprit pleinement conscience de ce qui l'entourait, Harry reposait en parti sur son corps. Le lit trop étroit les y contraignait, mais pour l'heure, cela n'en dérangea ni l'un ni l'autre. La nuit était tombée depuis un long moment et Harry grignotait le satin de la peau de son amant, les yeux petits de fatigue. Les émotions les avaient épuisés, mais Draco se sentait plus léger, plus vivant. Ce n'était qu'une étape dans sa reconstruction et il faudrait aussi achever celle d'Harry. Ils détenaient à présent les moyens nécessaires pour guérir, pour se relever, pour se réparer l'un l'autre.

Le juif se redressa pour embrasser la tempe de son amant et pour murmurer :

— La guerre aura son terme et si tu en garderas des traces, elle n'aura pas eu raison de toi.

Harry finit par s'endormir et Draco se glissa dans les bras de Morphée à son tour, une main posée sur le bas des reins de l'homme. Cette perspective, ce soulagement démesuré, le suivit jusque dans les méandres du sommeil. Il avait envie d'y croire et l'aube se lèverait sur cette volonté de survivre à cette guerre qui elle connaissait, enfin, son crépuscule.


C'était le dernier chapitre de Cueillir les étoiles. Je vous réserve mon petit pavé larmoyant pour la prochaine fois, puisqu'il reste encore l'épilogue à publier avant que la fin soit finalement actée. D'ici là, je serais ravie de lire vos avis !

Ceci était donc le dernier "lemon" de Cueillir les étoiles et j'ai aimé l'écrire, malgré un petit pincement au coeur. Ce Drarry m'aura tout de même occupé un long moment. Le prochain n'avance pas vraiment en ce moment, depuis un bon mois, puisque je bloque un petit peu au passage où je me trouve. Je vais tâcher de me creuser la tête et de poursuivre, lentement, mais sûrement, afin de proposer, dans les plus brefs délais, ce troisième Drarry. Petit indice : le titre est une locution latine...

Je vous souhaite une belle semaine et une bonne rentrée !