Chapitre 2
Lorsque la session du Magenmagot se termina enfin, Hermione se leva, épuisée - nerveusement et physiquement. Quelques membres de l'assemblée s'approchèrent pour la féliciter et elle sourit, un peu crispée.
Alors qu'elle allait quitter la pièce, Malefoy approcha tranquillement, et elle prit le temps de le détailler.
Il était déjà un jeune homme séduisant à Poudlard, mais son air arrogant le desservait. L'adolescent d'autrefois avait complètement disparu, pour laisser place à un homme sûr de lui. Il ne semblait plus aussi prétentieux : il souriait et saluait ceux qu'ils croisaient amicalement.
Elle savait qu'il avait échappé à Azkaban grâce à Harry, même si son ami avait refusé d'évoquer le sujet. Elle se souvint que ça avait été une terrible dispute avec Ron et Ginny, mais Harry n'avait pas cédé un pouce de terrain. Il avait fait en sorte que Malefoy puisse reprendre sa vie, et personne n'avait pu le faire fléchir.
Au cours de ces années, Malefoy n'avait pas vraiment fait parler de lui. Il avait probablement terminé ses études, mais il n'était jamais revenu à Poudlard. Il avait repris la place de son père, prenant la tête de la Famille Malefoy peu après ses vingt ans.
Elle l'avait probablement croisé au Ministère, mais elle n'avait jamais fait attention à lui, et ils ne s'étaient jamais retrouvés face à face réellement.
Comme toujours, Malefoy était parfaitement habillé. Impeccable. Contrairement à ses pairs, il avait adopté un costume de style moldu plutôt qu'une robe sorcière, et il semblait parfaitement à l'aise.
Une fois face à elle, il afficha un insupportable petit sourire malicieux et elle fronça les sourcils, prête à rendre coup pour coup. Il inclina légèrement la tête.
- Granger. Tu n'as pas perdu ton éloquence à ce que je vois. Joli discours.
La jeune femme resta bouche bée, avec l'impression d'avoir l'esprit vide de toute répartie. Elle s'attendait à tout sauf à ce genre de commentaire et elle finit par bégayer misérablement un "merci" presque inaudible.
Consciente de sa propre stupidité, elle se redressa et elle força un sourire figé sur ses lèvres.
- Malefoy. Heureuse de te revoir après tout ce temps. Je suppose que nous aurons l'occasion de nous recroiser.
Il laissa échapper un rire charmeur.
- Ça sera avec plaisir. Passe le bonjour à Potter.
Hermione hocha la tête et quitta la pièce, incrédule, ne parvenant pas à croire cette conversation surréaliste.
Prise par son travail, ses responsabilités la noyant sous les dossiers à traiter, Hermione n'y pensa plus. C'était Malefoy après tout. Ils allaient se croiser et ils se salueraient poliment. Il montrait peut-être patte blanche pour l'amadouer, pour gagner en pouvoir. Elle se souvenait parfaitement des petites manigances de Lucius Malefoy en son temps.
Elle le voyait toujours présent aux sessions du Magenmagot, mais ils n'eurent pas l'occasion de se parler. Hermione prenait ses marques, imposait ses idées, débattait.
Sa première bataille fut pour la création d'orphelinats sorciers. Harry lui avait longuement parlé de l'enfance de Tom Jedusor et elle n'avait pas eu de mal à faire le parallèle avec celle de Harry, tout aussi malheureuse.
Elle s'était longuement documentée avant de se lancer, consciente du changement profond que ça impliquait, mais elle avait présenté le projet, avec soin, ne laissant passer aucune faille.
Pour développer son argumentaire, elle avait raconté l'enfance de Tom Jedusor, dans l'indifférence générale de ces riches notables. Avec un rictus moqueur, elle avait ensuite révélé qu'il avait par la suite pris le nom de Voldemort, réveillant l'assemblée d'un coup.
Les débats avaient été interminables et elle avait lutté pied à pied, repoussant toutes les objections avec ses arguments pour au final convaincre tout le monde.
Pour sa première bataille, c'était une réussite éclatante !
Le lendemain, elle reçut un énorme bouquet, magnifique, vibrant de couleurs. Surprise, elle ne trouva qu'une carte non signée, avec juste "Félicitations".
Un peu surprise, mais touchée par le geste, elle métamorphosa un gobelet en vase et y installa le bouquet. Elle ne pouvait s'empêcher de l'admirer et elle regretta juste de ne pouvoir remercier l'expéditeur.
Lorsqu'elle se retrouva face à Drago Malefoy dans l'ascenseur qui devait la conduire à l'étage de son bureau, elle le salua poliment. Après tout, elle le voyait régulièrement et il ne lui avait jamais posé de problème ou fait de difficultés.
Il répondit de la même façon.
Un mouvement de foule les colla l'un contre l'autre, plaquant Hermione le dos contre la paroi. Drago arqua le dos, posant les mains de chaque côté de son corps, l'empêchant d'être écrasée.
La jeune femme cligna des yeux, incrédule, le cœur battant. Au lieu de se dégager ou de repousser l'homme qui était bien trop près d'elle, elle resta figée, comme un lapin pris dans les phares d'une voiture.
Il afficha un sourire en coin, visiblement amusé de son mutisme soudain alors qu'elle pouvait se montrer si… directive dans son travail, et Hermione s'en voulut de cette soudaine faiblesse. Elle ignorait ce qui lui prenait, alors qu'elle se trouvait piégée par ses prunelles mercure.
Contrairement aux autres filles à Poudlard, elle n'avait jamais trouvé Drago Malefoy charmant. Prétentieux, oui. Arrogant également. Mais… à Poudlard, elle l'avait détesté avec passion, parce qu'il était l'archétype de ce qu'elle haïssait. Fils à papa, riche, il avait tout d'un claquement de doigts alors qu'elle devait sans cesse faire ses preuves.
Ils avaient échangé de nombreuses insultes au fil des années, c'était lui le premier qui l'avait traitée de "sang-de-bourbe". Elle l'avait même frappé lors de leur troisième année !
Clignant des yeux, elle se demanda si elle pouvait oublier tout ce passé chargé face à cet homme nouveau et séducteur qu'il était.
Une nouvelle bousculade le plaqua contre elle, et elle devint écarlate, piégée contre lui. Elle avait soudain terriblement chaud lorsqu'elle prit conscience que Drago était grand, très grand, et qu'elle était coincée contre son corps.
Elle ne put que remarquer son corps sculpté - elle pensa mesquinement qu'il avait les moyens de s'entretenir vu son niveau social - et sa chaleur presque intoxicante.
En levant les yeux vers lui, Hermione se rendit compte qu'il la fixait avec un air presque affamé, les pupilles dilatées.
Elle déglutit, prête à dire n'importe quoi - même la pire idiotie qui soit - mais il se pencha légèrement vers elle, et elle haleta alors qu'elle sentait son souffle dans son cou.
- Tu es très en beauté, Granger.
