Chapitre 4


Durant le reste de la semaine, Hermione n'eut pas l'occasion de croiser Drago Malefoy de près. Elle devait avouer qu'elle pensait à lui à chaque fois qu'elle entrait dans l'ascenseur - ce qui la rendait folle de rage.
Sans compter qu'elle sentait son regard posé sur elle, troublant, à chaque séance du Magenmagot.

Sa fierté lui interdisait de flancher, et malgré son cœur qui battait la chamade, elle faisait ses discours avec tout le professionnalisme qui était attendu d'elle, sans regarder en direction du nouveau chef de la famille Malefoy.
Personne n'aurait pu deviner qu'elle était troublée, elle avait appris depuis Poudlard à cacher ses émotions et à ne plus réagir instinctivement. Parfois Harry riait en lui disant qu'elle devenait une parfaite Serpentard, mais lui-même avait adopté certains comportements purement vert et argent. Hermione ne répondait donc pas à sa plaisanterie, consciente que les qualités des Serpentard en faisaient de parfaits politiciens et qu'elle était prête à suivre les règles préétablies pour atteindre ses objectifs.
De leur trio, seul Ron restait l'indécrottable Gryffondor, impulsif, prêt à se lancer dans l'action avant de réfléchir…

Lorsqu'elle rentrait enfin chez elle après des heures de travail, épuisée, et qu'elle s'endormait enfin, elle en venait à rêver de ce qui s'était produit dans l'ascenseur. Sauf que dans ses rêves, ils étaient seuls. Et elle ne repoussait pas Drago Malefoy. Loin de là.
En y repensant, elle ne pouvait s'empêcher de rougir et de se traiter d'idiote. Le gamin insupportable qu'elle avait connu à Poudlard avait peut-être grandi et évolué, mais il restait un Sang-Pur élevé selon les croyances de ses parents - dévoués à Voldemort - et elle n'était qu'une Sang-de-Bourbe à ses yeux…

Le lundi matin, elle trouva Harry en arrivant, squattant son bureau sans la moindre gêne. Elle allait le réprimander sèchement, mais il lui offrit une tasse de chocolat chaud, juste comme elle l'aimait et elle soupira, vaincue.
Harry avait toujours eu le temps de l'attendrir, avec son regard de grand gamin et son sourire lumineux.

Elle allait lui demander la raison de sa présence, appuyée contre son bureau, debout devant lui, lorsque quelqu'un frappa à la porte. Harry eut un rictus amusé et invita son visiteur à entrer, sans faire mine de bouger de sa place.
En voyant Malefoy entrer, Hermione se redressa inconsciemment et rougit légèrement. Harry eut un large sourire et leva la main.
- Hey Malefoy !
- Potter. Tu travailles ici, maintenant ?

Hermione intervint sèchement, agacée.
- Malefoy. Tu as besoin de quelque chose ou tu t'es perdu ?

L'homme la regarda, la détaillant ouvertement, d'un regard brûlant. Hermione se sentit rougir encore plus, se retenant de ne pas se tortiller de gêne. Elle regretta la présence de Harry, parce que Malefoy n'oserait jamais s'approcher d'elle aussi près que dans l'ascenseur devant le brun…

Effarée de la direction que prenaient ses pensées, elle ferma un instant les yeux pour se reprendre. Elle ne savait pas comment elle en était arrivée à fantasmer sur ce foutu blondinet, mais il était urgent qu'elle oublie ces idioties et redevienne professionnelle.

Drago la dévisageait avec un rictus moqueur, comme s'il devinait son trouble, et ses yeux argent semblaient la déshabiller du regard. Fronçant les sourcils, elle croisa les bras sur sa poitrine, attendant une réponse.
Nullement gêné, il expliqua enfin les raisons de sa visite, d'une voix toujours aussi traînante mais bien plus grave qu'à son habitude, qui donna des frissons à la jeune femme.
- J'ai été désigné pour te prévenir qu'une séance exceptionnelle se tiendra cet après-midi.

Hermione fronça les sourcils, mais Harry se leva d'un bond.
- Hey je suis en retard moi ! Ravi de t'avoir vu Malefoy ! À la prochaine !
Il se pencha pour déposer un baiser sur la joue d'Hermione et elle le chassa d'un geste en souriant. Malefoy lui murmura quelques mots au passage que la jeune femme n'entendit pas, trop occupée à vérifier son agenda, puis Harry quitta la pièce en riant.

En se retournant pour répondre à Drago, elle se rendit compte qu'il s'était approché - pas assez pour entrer dans son espace vital, mais suffisamment pour qu'elle doive légèrement lever la tête pour lui répondre.
Clignant des yeux, elle s'obligea à oublier tout ce qui n'était pas le travail.
- J'ai des rendez-vous cet après-midi. La séance n'était pas prévue et je n'ai rien préparé. Il va…

Il la coupa avec un sourire tranquille et lui prit l'agenda des mains pour le reposer sur son bureau, se penchant ainsi tout contre elle. Son souffle se coupa un instant, alors qu'elle le fixait, avec la désagréable impression d'être une proie pour lui.
- Relax Granger. Tu n'as rien à préparer, tu as juste à venir et à écouter. C'est la présentation d'un rapport sur l'avancement des travaux des orphelinats magiques. J'ai pensé que ça t'intéresserait, après tout c'est ton projet, non ?

Elle hocha la tête avec l'impression qu'elle ne pourrait pas prononcer le moindre mot sans se ridiculiser, hésitant à le pousser ou à s'écarter pour pouvoir rassembler ses idées. Toutes ses pensées se diluèrent lorsqu'elle croisa son regard d'acier, ses pupilles si dilatées que ses yeux paraissaient noirs.
Elle déglutit nerveusement, fascinée, avec l'impression qu'elle avait bien trop chaud.

Elle se demanda stupidement depuis quand le Serpentard était aussi captivant, aussi magnétique. À Poudlard, elle l'avait toujours regardé avec une pointe de dégoût ou d'agacement. À Poudlard, elle n'aurait eu aucun mal à s'écarter de lui, à le repousser.

Drago s'approcha encore un peu, juste assez pour la frôler, pour qu'elle sente la chaleur de son corps. Hermione s'agrippa au rebord de son bureau pour ne pas se jeter contre lui, parce qu'elle n'était plus vraiment certaine de ses réactions face à lui.
Il semblait terriblement sérieux, alors qu'il ne la quittait toujours pas des yeux et il passa sa langue sur ses lèvres - Hermione dût mordre sa propre lèvre pour ne pas gémir - avant de parler, d'une voix rauque.
- Nous pouvons compter sur ta présence ?

La jeune femme ferma un instant les yeux, pour reprendre son souffle et ses esprits. Il lui fallut faire un gros effort pour se souvenir de la réunion et elle hocha la tête, hésitante.

Il allait s'approcher un peu plus - Hermione savait que ce serait sa perdition - quand quelqu'un frappa à la porte. Aussitôt, une ombre, comme des regrets, passa dans le regard argent et le jeune homme fit un pas en arrière, reprenant une place plus sûre pour la santé mentale de la sorcière.

Elle trébucha en se jetant presque derrière son bureau, comme si le lourd meuble de bois pouvait être une protection suffisante, et elle inspira lentement avant d'inviter son visiteur à entrer, satisfaite de se rendre compte que sa voix ne tremblait pas.