Chapitre 8


Après sa conversation un peu mouvementée avec Harry, Hermione s'était plongée dans le travail, occultant tout le reste. Elle se demandait pourquoi son meilleur ami avait cru bon de leur cacher qu'il sortait avec quelqu'un alors qu'elle lui répétait sans cesse qu'il devrait enfin se caser. Depuis qu'il avait rompu avec Ginny, elle espérait le voir retrouver le bonheur, trouver la personne qui serait faite pour lui. Cependant, Harry papillonnait, agissant comme un adolescent à s'abrutir chaque week-end dans des fêtes.

Elle avait vite repoussé ses questions, parce que Harry avait parfois des réactions étranges, dues à ses idiots de tuteurs moldus : même après toutes ces années, il restait au fond de lui un petit garçon qui avait peur d'être abandonné. Ainsi, elle devrait attendre avec patience qu'il soit enfin prêt à leur en parler, sans le brusquer au risque de le voir se renfermer.

Penser à Harry lui rappela sa réflexion au sujet des bouquets de fleurs, mais elle refusa de regarder la carte du fleuriste qui la narguait, plantée au milieu des bouquets, préférant prendre de l'avance sur ses dossiers. Hermione venait de décider qu'elle n'était pas assez désespérée pour courir après un collègue du Ministère qui lui envoyait des fleurs - probablement pour s'attirer ses bonnes grâces.

Elle quitta le Ministère le soir même à une heure indécente, ne croisant pas âme qui vive. La nuit était tombée depuis longtemps, mais ce n'était pas la première fois qu'elle restait aussi tard, loin de là. Une fois chez elle, elle s'effondra dans son lit sans même dîner, et s'endormit presque immédiatement.

Si elle fit des rêves érotiques, en ouvrant les yeux le matin suivant, elle les avait oubliés.

Après avoir paressé légèrement au lit, puis passé un temps fou sous une douche bouillante - tout en se jurant que son prochain appartement aurait une baignoire - Hermione grignota tranquillement en lisant, de bien meilleure humeur que la semaine passée.

Lorsqu'elle commença à tourner en rond, en début d'après midi, incapable de trouver quelque chose pour s'occuper, elle se rendit au Ministère, et se plongea dans ses dossiers jusqu'au soir. Elle répéta la même routine le dimanche, et au moment de se coucher à la fin du week end, elle décida qu'elle se sentait parfaitement bien. Elle avait eu probablement une baisse de régime à cause du stress, voilà tout.

Inconsciemment, elle fit en sorte de ne pas penser à Drago Malefoy - elle ne prononça même pas son nom. Hors de question pour elle que de se demander pourquoi il avait soudain attiré son attention, tout séduisant qu'il fut.

Le lundi matin, elle eut l'impression d'être parfaitement reposée et détendue. Elle arriva tranquillement au Ministère, se prépara son thé préféré et s'installa à son bureau avec un soupir d'aise.
Cependant, au bout d'une heure, tout son calme et sa maîtrise d'elle étaient prêts à voler en éclats.

Elle avait si bien avancé le vendredi précédent et durant le week-end qu'elle s'ennuyait. Tout ce qui restait à faire dépendait d'autres collaborateurs et elle ne pouvait pas décemment aller les houspiller un lundi matin pour qu'ils accélèrent… bien que la tentation soit grande.

Elle avait hésité un instant à aller déranger Harry dans son propre bureau - ce ne serait que justice après tout - mais un mot griffonné à la hâte du jeune homme l'informait qu'il partait en mission et qu'il passerait la voir à son retour…

Avec un soupir agacé, Hermione se leva pour regarder par la fenêtre. Mais elle se lassa rapidement de la vue et elle commença à aller et venir, cherchant quelque chose à faire. N'importe quoi pourvu qu'elle ne soit pas désoeuvrée.
Elle s'arrêta finalement devant les deux bouquets de fleurs - le premier était encore magnifique grâce au sort de conservation qu'elle lui avait jeté - et fronça les sourcils. Elle attrapa la carte du fleuriste entre ses doigts, et la détailla intriguée.

Aux fleurs du paradis
Fleuriste-sorcier
Chemin de Traverse, Londres

Compte-tenu de la qualité de la carte, elle devinait que ce n'était pas n'importe quel fleuriste. Probablement une boutique luxueuse.

Elle se mordilla la lèvre, hésitante, avant d'attraper une veste et de quitter son bureau.
En passant devant sa secrétaire, elle la héla avec un sourire.
- Marlène ! Je sors !
La femme hocha la tête, et Hermione se dépêcha de quitter le Ministère, de peur de changer d'avis.

Décidant que prendre l'air lui ferait du bien, elle se rendit sur le chemin de Traverse à pieds, flânant tranquillement. Elle ne mit pas longtemps à trouver la boutique, et elle se rendit vite compte qu'elle ne s'était pas trompée. C'était bel et bien une boutique haut de gamme, qui ne vendait que des bouquets hors de prix.

Elle secoua la tête, encore plus curieuse, et entra dans la petite boutique avec hésitation.

La femme qui l'accueillit, d'un certain âge, ressemblait beaucoup à Madame Chourave et Hermione lui sourit amicalement. Elle s'approcha du comptoir, la saluant poliment. Puis, elle exposa sa demande, prenant un air soucieux, toujours avec un sourire aimable.
- Bonjour. Votre boutique m'a fait livrer deux superbes bouquets, et j'aurais aimé remercier en personne celui qui m'a offert ces merveilles, mais il a hélas omis de laisser son nom. Pourriez-vous m'aider, je vous prie ?
La fleuriste hésita un bref instant, avant de hocher la tête.
- Je vais voir ce que je peux faire… Certains de nos acheteurs exigent l'anonymat le plus strict mais si rien n'a été spécifié, je pourrais vous renseigner. La livraison était à quel nom Miss ?

Hermione sourit de toutes ses dents, priant pour obtenir ce qu'elle cherchait.
- Hermione Granger, livré au Ministère.

La commerçante laissa échapper un rire amusé en secouant la tête.
- Oh je me souviens. Un Monsieur très exigent sur la qualité des fleurs.
Elle ouvrit un gros registre, et tourna les pages lentement, son doigt glissant sur les lignes. Puis, elle tapota le livre rempli de son écriture serrée d'un air victorieux.
- Voici. Aucun anonymat exigé. Deux bouquets "Prestige" à destination de Miss Granger, à faire livrer au Ministère.

Impatiente d'en savoir plus, Hermione se pencha un peu, totalement attentive. La fleuriste continua, avec le sourire.
- Commandé et payé par Monsieur Malefoy.