Chapitre 9
Hermione avait parfaitement masqué sa surprise à l'annonce. Elle avait remercié la fleuriste, l'avait complimenté pour la qualité de ses bouquets et avait pris congé, un sourire aimable fixé sur les lèvres.
Drago Malefoy lui avait envoyé des fleurs. Son père Lucius étant en prison il était le seul Malefoy existant à l'heure actuelle.
Immédiatement, elle pensa à un plan sournois pour l'humilier. Après des années de disputes avec les Serpentard, de coups fourrés et de mesquineries, elle ne pouvait pas imaginer autre chose.
Cependant, ils n'étaient plus des enfants. Loin de là. Les disputes d'écoles avaient été oubliées. Après tout, ils devaient tous cohabiter dans le monde magique, ils n'étaient plus protégés par leurs maisons respectives…
Elle devait avouer que Malefoy avait été exemplaire depuis son procès. Il restait discret, se montrait parfaitement courtois avec tout le monde, y compris avec elle.
Ses pas l'avaient amenée dans le Londres moldu et elle entra dans un petit parc, puis se laissa tomber sur un banc, le regard dans le vide, pensive.
Des tonnes de questions tournaient dans sa tête, et elle ne savait plus où elle en était.
Devait-elle contacter Malefoy pour le remercier ? Devait-elle continuer à faire comme si elle ignorait qu'il lui avait envoyé des fleurs magnifiques ?
Comment devait-elle interpréter ce geste ? Comme un signe de paix, fermant la porte sur leurs disputes passées ? Comme un signe d'intérêt, surtout après qu'il lui ait clairement montré qu'il la désirait ?
Hermione ferma les yeux en se laissant aller en arrière sur le banc. Elle s'obligea à respirer lentement, faisant le vide dans son esprit.
Puis, elle s'obligea à faire le point sur la situation.
Elle était attirée par Malefoy. Il était devenu un bel homme, et son caractère plus… souple aidait à le rendre séduisant. Ses regards enflammaient son désir, et il suffisait qu'il s'approche un peu trop près pour que son corps la trahisse et se tende vers lui. Elle rêvait de lui, elle pensait sans cesse à lui.
Tous les reproches qu'elle pouvait lui faire dataient d'avant la fin de la guerre. Avant son procès, avant qu'il ne soit gracié grâce au témoignage de Harry.
Elle était du même avis que son meilleur ami sur ce point précis : tout le monde avait droit à une seconde chance, surtout parce que la situation pendant la guerre avait été terrible, et certaines personnes avaient montré le pire de leur personnalité uniquement pour survivre. Malefoy avait été un enfant comme eux, entraîné par des adultes qui ne se souciaient pas le moins du monde de leur avenir…
Mais ça restait Malefoy. L'ancien rival de Harry. Celui que Ron haïssait de tout son être. Le premier à l'avoir traitée de sang-de-bourbe. Il se trouvait toujours sur leur chemin, prêt à leur mettre des bâtons dans les roues.
Avec un grognement agacé, Hermione se releva. Il était temps pour elle de repartir au Ministère et de se remettre au travail. Sa pause avait après tout suffisamment duré, elle ne pouvait pas passer l'après midi à débattre avec elle-même pour savoir quoi faire au sujet de l'insupportable Serpentard… Qui réussissait même à la tourmenter sans le savoir !
Et pour son dilemme au sujet de sa conduite à tenir, elle poserait la question à Harry. Après tout, c'était lui qui lui avait suggéré de trouver l'identité de son admirateur secret… Il aurait peut être d'autres bonnes idées.
En la voyant revenir, sa secrétaire se leva précipitamment, un sourire aux lèvres.
- Monsieur Malefoy est passé.
Hermione se sentit rougir mais s'obligea à garder un air aussi indifférent que possible. Elle hocha la tête sèchement, comme si ça n'avait pas la moindre importance, alors que son coeur battait la chamade, et que les paumes de ses mains devenaient moites. Malgré tout, elle nota le sourire de Marlène et se retint de lever les yeux au ciel en comprenant que Malefoy avait joué les charmeurs pour se mettre la femme dans sa poche - et il avait visiblement réussi.
- A-t-il laissé un message ?
Marlène hocha vivement la tête, et lui tendit une liasse de parchemin.
- Je l'ai mis avec votre courrier, Miss.
- Parfait. Je m'occupe de ça tout de suite.
La jeune femme entra dans son bureau à pas mesurés, pour masquer son impatience de savoir ce que Malefoy lui voulait. Une fois la porte fermée derrière elle, elle fouilla dans le tas de parchemins pour trouver le message de l'homme qui lui tournait la tête.
Elle reconnut immédiatement son écriture serrée et nerveuse, bien que les lettres soient parfaitement formées. Elle se débarrassa du reste sur le bureau et déplia le parchemin avec fébrilité.
C'était un rendez-vous. Ou plutôt une demande de rendez-vous. Formelle. Professionnelle.
Elle relut lentement les quelques lignes, se mordillant la lèvre, et se sentant terriblement déçue. Il sollicitait un peu de son précieux temps pour débattre d'une affaire en cours. Rien de plus. Pas même quelques mots plus personnels, puisqu'après tout ils avaient été camarades de classe…
Avec une grimace dégoûtée, elle abandonna le parchemin, avec l'impression que ses illusions volaient en éclats. Visiblement elle avait imaginé tout une histoire à partir de rien… Son imagination avait probablement créé un jeu de séduction à partir d'un incident d'ascenseur et de quelques sourires échangés.
Elle se morigéna, ignorant le pincement de déception qui lui serrait le coeur, et poussa le message à l'écart pour s'occuper du reste de son courrier. Pendant près de deux heures, elle s'occupa de répondre aux sollicitations diverses, sérieuse et concentrée. Sa tâche terminée, il ne restait plus qu'à répondre à Malefoy.
Elle aurait pu lui indiquer de passer immédiatement, pour se débarrasser du rendez-vous qui la perturbait tant, mais elle préférait avoir un peu de temps pour se reprendre et ne pas montrer son trouble à son ancien camarade de classe.
Un coup d'œil à son agenda, et elle lui répondit sur le même ton formel qu'elle était disponible deux jours plus tard, en début d'après midi. Elle hésita à se débarrasser des fleurs, pour ne pas donner à Malefoy la satisfaction de les voir, trônant en bonne place, puis haussa les épaules. Les bouquets étaient magnifiques après tout, pourquoi s'en priver ?
