Chapitre 10
Le jour du rendez-vous avec Drago arriva rapidement, et Hermione se sentait particulièrement oppressée. Harry était toujours injoignable, parti pour une mystérieuse mission - même Ron ne savait rien en dehors du fait que leur ami était absent sur ordre du chef. Elle n'avait pas pu lui demander conseil, et même si ses relations avec Ron étaient amicales elle ne se voyait pas lui parler de sa vie sentimentale.
Il restait après tout son ex-compagnon, et ce serait définitivement étrange. Sans compter que Ron détestait Malefoy et tout son groupe de Serpentard, et qu'il pousserait aussitôt des cris d'horreur à l'idée qu'elle ait seulement imaginé l'embrasser…
Les bouquets étaient toujours aussi beaux, et à chaque fois qu'elle les regardait, son coeur loupait un battement, et elle se traitait d'idiote.
Elle était de mauvaise humeur, probablement parce qu'elle se sentait stupide de désirer encore Drago Malefoy. Et c'était bien la pire chose qui puisse lui arriver, de se sentir stupide.
Elle manqua le repas du midi, l'estomac trop noué pour songer à manger, se contentant d'un thé bien sucré, le regard perdu dans le vague, tournée vers la fenêtre.
Elle n'avait pas bougé de cette position, sa tasse entre ses mains fines, un air mélancolique sur le visage, lorsque la porte de son bureau s'ouvrit.
La jeune femme sursauta et cligna des yeux, rattrapant in extremis sa tasse et elle la posa sur le bureau pour se tourner vers son visiteur, persuadée que Harry venait de refaire surface et qu'il débarquait un grand sourire aux lèvres.
Cependant les reproches qu'elle voulait faire à son insaisissable et imprévisible ami moururent sur ses lèvres alors qu'elle tombait dans un regard argent fixé sur elle.
Elle se redressa et reprit place derrière son bureau, le dos droit, et afficha un air crispé.
- Malefoy.
Il lui sourit en retour et elle sentit son coeur accélérer légèrement. C'était loin de ses rictus moqueurs qu'elle connaissait. C'était un vrai sourire, sincère.
- Granger. J'ai frappé mais tu n'as rien entendu. Ta secrétaire m'a dit d'entrer…
Elle hocha la tête, toujours tendue et répondit, un peu plus sèchement qu'elle ne l'avait prévu.
- Je suis désolée, je… réfléchissais. Tu voulais me voir ?
Il grimaça imperceptiblement et se laissa tomber élégamment dans le siège face à elle. En lissant son pantalon d'un geste ample, il fronça légèrement les sourcils.
- Aurai-je fait quelque chose qui t'a déplu ? J'ai l'impression que tu es… en colère ?
Subitement toute la pression qu'elle avait accumulé depuis quelques jours se relâcha et elle laissa échapper un bref rire nerveux. Elle haussa les épaules et se passa une main un peu tremblante sur les yeux.
- C'est… peu importe. Je suis juste un peu à cran, Harry est… injoignable et je m'inquiète pour lui. Ce n'est pas contre toi, je m'excuse si tu…
Il croisa les bras sur sa poitrine et la dévisagea avec attention, avec un petit sourire en coin.
- Potter est un grand garçon tu sais. Tu devrais cesser de le materner…
En bonne Gryffondor, elle allait s'enflammer et réagir vivement, quand elle se rendit compte qu'il n'y avait aucune agressivité ou moquerie dans les paroles de son ancien camarades. Elle fronça le nez, et répliqua tranquillement.
- Harry est comme un frère pour moi et… c'est aussi un grand gamin qui s'attire sans cesse des ennuis. Donc, je suis inquiète.
Malefoy haussa un sourcil amusé.
- Un frère hein ? Et ça te détendrait si je te disais qu'il va parfaitement bien ?
Elle lui lança un regard agacé.
- Seulement si c'est la vérité, Malefoy.
- Et bien il se trouve que j'ai mes sources. Potter a été affecté sur la surveillance d'un trafic de potion d'allégresse. Il devrait rentrer avant la fin de la semaine.
Hermione se leva d'un bond, pour aller et venir nerveusement.
- Comment peux-tu avoir ces informations alors que moi, en tant que Directrice de la Justice Magique je ne sais rien ?
Il ricana, amusé.
- J'ai mes sources Granger. Pose-lui la question quand il reviendra, et si je me suis trompé tu pourras… me demander ce que tu veux.
Hermione se figea brusquement aux mots du jeune homme. Le ton de sa voix était subitement devenu bien plus rauque, presque caressant. Elle se retourna pour voir qu'il avait les yeux fixés sur elle.
Elle haleta presque, perdue, tiraillée encore une fois entre sa raison et ses envies. Cette fois pourtant, elle n'eut pas à choisir.
Drago se leva souplement pour avancer vers elle, sans la quitter des yeux. Arrivé près d'elle, il leva doucement la main, et repoussa une mèche de cheveux échappée de son chignon strict. Avec un petit sourire tendre, il murmura.
- Tu te poses trop de question, Granger.
La jeune femme cligna des yeux, incapable de le repousser. Elle attendait juste, le souffle court et les joues rouges, ses pupilles dilatées perdues dans les lacs de mercures fascinants face à elle.
Du bout des doigts, il effleura le velouté de sa joue, avec une telle douceur qu'elle en eut immédiatement la chair de poule. Cependant, malgré son frisson, elle ne bougea pas et ne chercha pas à lui échapper.
Il s'approcha encore un peu, la touchant presque, sans la quitter des yeux, et il posa sa main en coupe sur sa joue, délicatement, lui laissant la possibilité de s'écarter, de le fuir.
Hermione, cependant, n'avait pas la moindre intention de s'écarter. Elle pencha légèrement la tête, juste assez pour intensifier le contact avec sa main brûlante, comme pour lui donner l'autorisation de continuer.
Il eut un léger sourire, et il se pencha doucement vers elle, déposant en premier un léger baiser sur son autre joue, à peine un effleurement, mais largement suffisant pour l'électriser toute entière. Un second suivit, un peu plus proche de sa bouche et malgré elle, Hermione laissa échapper un gémissement.
Envoyant au diable toutes ses questions et toutes ses incertitudes, la jeune femme prit une inspiration tremblante et leva les bras, agrippant les épaules de Drago. Lorsqu'elle tourna légèrement la tête leurs lèvres s'effleurèrent et le jeune homme grogna doucement, visiblement aussi impatient qu'elle.
Dans le même mouvement, il posa son autre main au creux de ses reins pour coller leurs corps l'un à l'autre et il écrasa ses lèvres sur celles de la jeune femme. Avec l'impression que son monde volait en éclats, Hermione abdiqua totalement et répondit au baiser dévastateur.
