Chapitre 14
Retranchée dans son bureau, Hermione avait travaillé tard, ne quittant le Ministère qu'à la nuit tombée, titubante de fatigue. Elle fut soulagée de voir les lieux déserts et elle rentra chez elle pour s'écrouler sur son lit.
Bien évidemment, elle passa une mauvaise nuit. Entre rêves torrides, où l'insupportable Drago Malefoy la rendait folle de désir, caressant son corps, l'embrassant avec passion, et cauchemars où il reprenait son masque de prétentieux comme à Poudlard et où il lui disait froidement qu'il s'était uniquement servi d'elle.
Elle se réveilla les joues mouillées de larmes, amère et furieuse. Un instant, elle eut envie de rester chez elle, de se cacher du monde pour se laisser le temps de se reprendre. Mais elle était une lionne, une combattante. Rien ne pouvait l'abattre, c'était ce qu'elle avait décidé quelques années plus tôt, alors qu'elle était torturée par Bellatrix Lestrange.
La jeune femme prit une longue douche brûlante pour effacer les stigmates de sa nuit agitée. Déterminée à n'afficher aucune faiblesse, elle se prépara comme si elle partait en guerre, emprisonnant ses cheveux toujours aussi touffus en un chignon serré, fixant chaque mèche avec des épingles.
Elle enfila son tailleur le plus chic, celui qu'elle mettait en général pour s'adresser au Magenmagot. Elle savait qu'elle resterait probablement terrée toute la journée dans son bureau, mais elle avait besoin de ça pour se sentir bien. Pour se sentir forte, pour contrôler la situation.
Elle se décida pour un maquillage léger, à la façon de peintures de guerre. Personne ne pourrait dire que Hermione Granger, Directrice de la justice magique, montrait la moindre faiblesse…
Comme la veille, elle signifia à sa secrétaire qu'elle ne devait être dérangée sous aucun prétexte. Marlène hocha la tête sans poser la moindre question et lui remit un lourd dossier, envoyé par Kingsley. La jeune femme devina immédiatement qu'il s'agissait de l'affaire concernant Lucius Malefoy et elle s'en empara avec une grimace amère.
Puis, elle entra dans son bureau avec un soupir fatigué.
En prenant place sur son siège, elle grogna, agacée. Une seconde rose rouge, toute aussi belle que la première était posée comme la veille, la narguant presque. Elle s'en saisit, et la mit dans le vase avec la première, maudissant Malefoy et ses petits jeux stupides.
Elle fixa ensuite longuement le dossier de Lucius Malefoy, comme si c'était un objet dangereux. Elle n'était pas certaine de vouloir en apprendre plus sur cet homme… Il avait été un Mangemort convaincu, il avait failli tuer Ginny, et il avait recommencé avec Harry.
Il était probablement un prisonnier modèle. Elle n'avait aucun mal à le croire, puisqu'il devait tenter d'entrer dans les bonnes grâces de ses geôliers. Cependant, dire de lui qu'il était repentant lui semblait un peu exagéré.
Lucius Malefoy n'était pas homme à regretter ses actes ou à s'excuser de ses erreurs.
Avant qu'elle ne puisse commencer sa lecture, sa porte s'ouvrit brusquement et elle leva un regard furieux envers la personne qui avait forcé sa porte. Cependant, en voyant Harry elle hoqueta et se leva maladroitement, les larmes aux yeux, pour le prendre dans ses bras.
Elle ne put cacher ni sa détresse ni ses yeux humides, et son ami sembla soudain inquiet. Elle le bouscula après l'avoir enlacé, avant de siffler furieusement.
- Tu auras pu me tenir au courant ! Me faire passer le mot que tu allais bien ! Bon sang Harry j'étais morte d'inquiétude !
Le jeune homme fronça les sourcils et l'attirant contre lui.
- Hey, je suis rentré. Ce n'est pas la première fois que je dois partir précipitamment, pourtant. Tu sais que…
Les joues légèrement rouges d'avoir perdu son calme, Hermione haussa les épaules en détournant les yeux.
Harry lui frotta le dos, avec douceur, et Hermione se laissa aller contre lui, fermant les yeux, soulagée et rassurée. Harry était la seule famille qui lui restait. Ses parents ne se souvenaient plus de son existence et elle s'était juré de toujours protéger son meilleur ami, son frère, un peu trop tête brûlée.
Sans la lâcher, il finit par soupirer.
- Hermione ? Et si tu me disais exactement ce qui t'as mis dans cet état ?
Elle se raidit et s'écarta, ignorant le geste de Harry pour la retenir. Puis elle se laissa tomber dans son siège avec un grognement furieux.
- Toi et tes foutus conseils…
Harry gloussa et leva un sourcil moqueur.
- Précise un peu, je ne vois pas du tout ce que j'aurais pu te dire pour te mettre dans cet état, 'Mione.
Avec une grimace elle montra du doigt les bouquets de fleurs.
- Par exemple, retrouver l'expéditeur des bouquets pour… le rencontrer ?
Harry se pencha en avant, les yeux brillants, se retenant visiblement de rire.
- Alors ?
Elle lui lança un nouveau regard noir, qu'il ignora avec la force de l'habitude. Si elle avait eu un jour la moindre parcelle d'autorité sur son ami, ce temps était bel et bien révolu.
- Alors c'était Malefoy !
Harry croisa les bras sur sa poitrine, et leva un sourcil moqueur.
- En quoi est-ce un problème ?
Elle se leva d'un bond pour aller et venir comme elle le faisait toujours lorsqu'elle était énervée. Puis, elle se planta devant Harry, furieuse, et leva les bras au ciel.
- Ce foutu serpent m'a embrassé…
Harry gloussa, ignorant le regard outré de son ami et il croisa tranquillement les bras sur sa poitrine.
- Malefoy embrasse si mal que ça ?
Se souvenant du baiser dévastateur, Hermione rougit vivement, et détourna la tête, mais elle ne manqua pas l'air amusé de Harry. Elle grogna dans une vaine tentative de maîtriser la conversation.
- Peu importe.
Harry lui fit un clin d'oeil moqueur.
- Et bien, quelqu'un qui embrasse mal… je veux dire c'est plutôt… rebutant non ? Donc. La question est : as tu aimé le baiser que Malefoy t'a donné ?
Hermione passa à l'écarlate et marmonna des imprécations contre son ami trop curieux. Elle ferma un instant les yeux pour se calmer et pour repousser de son esprit les souvenirs du baiser dévastateur, de ce baiser qui l'avait laissée avide d'en avoir plus.
Finalement, elle soupira et fixa Harry dans les yeux, lui montrant qu'elle était totalement sérieuse.
- Harry. Ce n'est pas ça le problème.
