Chapitre 17
Après le départ de Harry, Hermione se réinstalla à son bureau, déterminée à reprendre son travail. La conversation l'avait perturbée et elle était déterminée à y réfléchir plus tard, à tête reposée.
Elle pensa distraitement qu'elle n'avait pas demandé à Harry l'identité de son mystérieux compagnon, celui qui lui avait fait tourner la tête au point de se poser enfin. Celui qui avait su calmer ses insécurités, visiblement. Elle eut un sourire amusé et décida qu'elle devrait avoir une longue, très longue conversation avec son meilleur ami pour assouvir sa curiosité naturelle…
La jeune femme soupira et son regard tomba sur les deux roses devant elle. Les deux fleurs étaient parfaites, sans le moindre défaut. Elle caressa l'un des pétales velouté, admirant la teinte écarlate vibrante, souriant malgré elle. Assurément, Malefoy avait exigé des fleurs irréprochables. Il les avait peut-être même sélectionnées lui-même, pour s'assurer que la rose correspondrait à ce qu'il voulait…
Son sourire se fit plus tendre - sans qu'elle ne s'en rende compte - alors que ses pensées dérivaient sur Drago. Elle l'avait redécouvert, en le côtoyant pour le travail et un peu plus… personnellement. À Poudlard, elle l'imaginait se servir de son nom et de la fortune de son père pour obliger ses camarades à faire ses devoirs à sa place, mais finalement, le jeune homme était travailleur et terriblement perfectionniste. Cette vision du gosse gâté incapable de faire la moindre chose disparaissait peu à peu, au profit d'une personnalité bien plus complexe.
Hermione eut du mal à lâcher du regard les deux fleurs, mais elle se fit violence et ouvrit le dossier de Lucius Malefoy.
Les premières pages résumaient ses hauts faits de Mangemort. Intimidation, pots-de-vin, corruption étaient les principaux chefs d'accusation. Il était accusé de porter la marque des Ténèbres et d'avoir participé à des raids. L'homme avait reconnu l'utilisation du Doloris, sans jamais avouer le moindre meurtre.
Il était accusé d'avoir aidé Voldemort lors de son retour, en l'accueillant chez lui et en lui fournissant les ressources nécessaires. Bien évidemment, il lui était reproché de s'être évadé d'Azkaban, alors qu'il avait été condamné pour sa petite excursion au Ministère.
De façon étonnante, l'homme n'avait pas nié ou cherché à minimiser ses actes. Il avait tout avoué, bien loin de son assurance lors de la fin de la première guerre des sorciers. Il avait également assuré que son épouse n'avait jamais pris part aux actes des Mangemorts, qu'elle avait juste été la spectatrice impuissante de ses choix.
Lucius Malefoy, bien loin d'avoir sa morgue habituelle, défait et tremblant, avait raconté qu'il avait rejoint les Mangemorts en pensant que c'était une bonne chose pour le monde magique, que les choses devaient changer, que la magie devait être préservée et non plus être diluée dans le monde moldu. Puis, à la fin de la première guerre, il avait pensé qu'il avait une nouvelle chance et il avait oublié cette période sombre de sa vie.
Le retour de Voldemort l'avait plongé dans la terreur. Il était lié à son Maître pour la marque, et il savait qu'il était impossible de lui échapper. Dans un premier temps, il avait suivi le mouvement, répondant à d'anciens réflexes.
Cependant, il avait compris son erreur de la plus douloureuse des façons. Après la débâcle du Ministère, il avait été jeté à Azkaban. Tourmenté par les Détraqueurs, il s'était rendu compte qu'il s'était attaqué à des enfants de l'âge de son fils.
Le coup de grâce était arrivé après son évasion, lorsqu'il avait découvert que Drago avait été marqué.
L'homme avait avoué sans hésitation qu'il avait été prêt à tuer pour protéger son unique enfant, qu'il savait que la mission confiée à son fils était une mission suicide et qu'il aurait fait n'importe quoi pour le sauver.
Hermione soupira face au témoignage de Lucius concernant le quotidien de sa famille alors que Voldemort vivait littéralement chez eux. Visiblement, l'aristocrate déchu s'était livré à un délicat travail d'équilibriste pour protéger son épouse et son fils. Promettant tout et n'importe quoi, s'avilissant sans hésiter.
Il avait admis qu'il aurait livré Harry Potter et ses amis sans la moindre hésitation s'il avait pu identifier le Sauveur lorsqu'il avait été amené chez lui par des rafleurs. Tout pour revenir dans les bonnes grâces du Maître, pas par conviction, juste pour sa famille.
À ses yeux, le grand et effrayant Mangemort devenait soudain humain. Bien trop humain. Elle en arrivait à comprendre ses actes et à les… justifier.
Les pages suivantes étaient une série de témoignages de personnes ayant vu Lucius agir comme Mangemort. Là encore, il avait été vu lancer le Doloris, mais visiblement personne ne l'avait vu tuer qui que ce soit…
Hermione était moyennement convaincue et elle décida de demander l'avis de Harry sur ce point. Il semblait après tout être devenu un expert au sujet de la famille Malefoy.
La suite du dossier était le compte rendu des gardiens d'Azkaban. Visiblement, Lucius Malefoy était un détenu modèle. Calme et silencieux, il restait dans son coin et ne protestait jamais. Il avait été malmené plusieurs fois par d'autres Mangemorts comme McNair et Yaxley, mais il était resté passif d'après ce que Hermione pouvait lire.
Les yeux fixés sur le dossier elle souffla doucement, perdue.
Elle peinait à se montrer objective. Elle n'avait aucun mal à imaginer Drago piégé dans son propre Manoir, contraint de rejoindre Voldemort pour sauver ses parents. La guerre avait tout changé et il était difficile de se rendre compte de la réelle personnalité des gens.
Elle savait avec certitude que Lucius Malefoy n'était pas un homme bien. Il était prétentieux, imbu de lui-même insupportable peut-être, mais ce n'était pas suffisant pour le condamner à une peine de prison.
S'il avait l'occasion de sortir d'Azkaban, il tenterait probablement de grappiller du pouvoir à l'aide de sa fortune. Il recommencerait probablement à vouloir manipuler son monde et à se montrer désespérément supérieur.
Un bref instant, elle se demanda quel impact aurait la libération de Lucius sur la vie de Drago. Le jeune homme devrait-il obéir à son père ? Ce dernier tenterait probablement de l'empêcher de la fréquenter - elle n'était pas une Sang-Pur après tout…
Avec un soupir résigné, Hermione referma le dossier en se mordillant la lèvre. Finalement, elle irait à ce dîner, comme Harry le lui avait suggéré. Elle avait besoin d'en savoir plus avant de prendre la moindre décision.
